« Prise d’otage » : illustration

Comme à l’accoutumée, les mouvements de grève du personnel de la SNCB ont suscité de nombreux débats sur le service minimum. Il y a-t-il une spécificité de la grève dans le cadre d’un service public? En d’autres termes, les travailleurs d’une entreprise privée ne prennent-ils pas en « otage » les clients et fournisseurs de ladite entreprise? Je veux dire par là : il est difficile d’apprécier la réalité d’une « prise d’otage », a fortiori lorsque le fait de porter le mouvement contre l’usager est le seul moyen de donner un écho aux revendications manifestées.

Pour autant, la réalité est là, brute et méchante : je suis venu à Liège ce matin par mes propres moyens. J’apprends à l’instant que les chauffeurs de Liège ont débrayé par « solidarité » avec leur collègues. Or, les motifs de cette manifestation sont tout simplement inacceptables : un chauffeur, ancien paracommando, a commis des violences graves, qui plus est sur une personne handicapée, pour lesquelles il est inculpé.

Bon, je l’ai déjà exprimé, je n’ai pas encore de position dogmatique tranchée sur les questions de grèves dans les services publics, ni sur le service minimum. Cela dit, les chauffeurs et syndicalistes devraient prendre garde aux conséquences de leurs actes, car les faits sont là : en l’espèce, les motifs de la grève sont inadmissibles et, en l’absence de tout avertissement, des usagers se retrouvent dans des positions inconfortables. Dans ces conditions, les futurs mouvements sociaux et leur légitimité seront probablement moins bien acceptés… Moi, ce que j’en dis, hein?!

Débats sur le service minimum

Avec les grèves entreprises par la SNCB, c’est tout le débat sur le « service minimum » qui revient sur la table. Les journaux relayent des polémiques ressassées mille fois (voir aussi Le Soir). Les blogs ne sont pas en reste, et rapportent des tribunes d’opinion plus clairement orientés idéologiquement : ainsi par exemple Des Bulles de François.

J’ai le malheur ou le bonheur de n’avoir pas encore une idée clairement formulée – à défaut d’être définitivement arrêtée – sur la question du service minimum. À tout le moins, cette dernière suscite une interrogation profonde ; elle se fond en un dilemme qui semble a priori extrêmement pointilleux à résoudre de manière satisfaisante. Je voudrais donc simplement partager deux réflexions pour alimenter le débat.

1. En tant qu’usager très régulier des transports en commun, il m’est arrivé à de multiples reprises de me trouver dans des situations inconfortables suite à des grèves intempestives. Ce qui m’amène à procéder à une distinction à laquelle je me suis déjà livré antérieurement ; il existe des grèves sauvages et des grèves licites. Je veux dire par là, comme je m’en suis déjà ouvert, que le droit de grève est précisément un droit ; qu’en sa qualité de droit, il est nécessairement assorti de devoirs.

À partir de là, la grève me pose nettement moins de problèmes, dès lors que les conditions légitimes d’exercice en sont respectées. Concrètement, il s’agit d’annoncer le mouvement social dans les règles et de permettre à l’usager de s’y adapter. Bien entendu, cela n’est pas toujours facile ; ainsi d’une grève consécutive à une agression, visant à réclamer des mesures de protection, qui aurait lieu une semaine après ladite agression. Quelle en serait la pertinence?

1. Aujourd’hui, toute grève dans les transports en commun (principalement) s’accompagne de débats plus ou moins virulents sur le service minimum. C’est, on le sait, une mesure réclamée de longue date par les libéraux. En ma qualité d’usager, bien sûr, un tel service minimum présente immanquablement des attraits, si je me situe dans la pure logique de l’individu rationnel. En ma qualité d’être social, je me demande toutefois si des exceptions intangibles au droit de grève ne conduisent pas à faire de ce dernier une option subsidiaire, et ainsi à le vider de son contenu?

Le noeud gordien du débat est ici, cher lecteur, et sans vouloir te décevoir, il ne m’appartient pas de le trancher. Pour autant, je constate – de la manière la plus neutre possible – une médiatisation importante de ces fameux débats sur le service minimum qui accompagnent toute grève dans les transports en commun. Et je m’interroge. D’une certaine guise, relayer ces débats, n’est-ce pas leur faire droit? Le simple fait de s’en faire l’écho ne conduit-il pas à légitimer la question du service minimum et, par là, à renforcer sa crédibilité?