Petite philosophie du parking

Liège prévoit de construire deux parkings souterrains, projet qui m’estomaque au plus haut degré. Ce billet a obtenu de nombreuses réactions construites et motivées, ce dont je me réjouis, a fortiori en vertu de leur caractère fortement contradictoire. Autrement dit, chers lecteurs, la question du parking sensibilise nombre d’entre vous. Petit essai de philosophie du parking.

Le parking est un symptôme. Il est l’âme damnée de la voiture. Le parking est à la fois l’achèvement, la raison d’être du trajet et à la fois la condition de réalisation de celui-ci. Sans parking, le déplacement automobile n’a pas de sens. Entamons une petite remontée à contre-sens de ces assertions.

Premièrement, le parking est une ressource gourmande en espace. De ce fait, c’est une ressource rare, d’autant plus dans des centres urbains fortement densifiés et conçus dans leur principe, un peu anarchiquement, à une époque où la voiture n’existait pas, tels que celui de Liège. L’augmentation chronique du trafic motorisé a pour conséquence logique la raréfaction croissante des emplacements de stationnement, et donc une pression accrue en vue de la construction de nouveaux équipements.

Le problème est double à cet égard. D’une part, c’est d’espace public qu’il s’agit, et toute construction supplémentaire grignote un peu plus l’espace public, au détriment donc de ses autres « co-propriétaires » : les piétons, les cyclistes et autres usagers faibles de la route. D’autre part, la place de parking est devenue une sorte de quête à laquelle l’automobiliste ne peut déroger.

Deuxièmement, il convient de revenir sur cette notion de quête. L’emplacement de stationnement est la destination privilégiée par essence de tout déplacement. Ce simple fait, couplé à la raréfaction des places, donne un tour presque métaphysique à la recherche d’un parking. Le conducteur anticipe la pénurie, la redoute, sachant que s’il est bredouille, son trajet ne sera pas pleinement accompli. Plus les ressources à mobiliser pour prendre sa voiture sont grandes, plus le conducteur concevra de la frustration de ne pas trouver d’emplacement ou d’en trouver un mauvais.

Parce que, troisièmement, là est le problème : trouver une place est absolument nécessaire. Or, les places étant rares (et chères, de ce fait), l’automobiliste se trouve, à leur égard, dans une situation de dépendance. Comme toute situation de dépendance, celle-ci est marquée par un rapport amour / haine. Amour, parce qu’il faut trouver une place, sans quoi le trajet n’a pas abouti et que cette place permettra d’accomplir ce pourquoi le trajet a été initié. Autrement dit, si le conducteur prend la peine de prendre sa voiture, une place de parking est une récompense de ses « efforts ». Haine, parce que ce rapport est ambigu, que les places sont rares et chères et que, de plus en plus fréquemment, l’exercice s’achève par une frustration intense, et au prix d’efforts décuplés.

Finalement, le parking est un symptôme. Il est un symptôme du lien de dépendance entretenu à l’automobile. Tout part du problème qu’en dépit de l’augmentation continue des coûts, directs et indirects, de la conduite automobile, la solution reste avantageuse – en termes d’efforts et de ressources mobilisées – pour bon nombre d’usagers de la route. Pour le formuler différemment, quels qu’en soient les inconvénients, les automobilistes préfèrent leur voiture à d’autres modes de déplacement : transports en commun, voies de mobilité douce.

Le parking est l’alpha et l’omega de l’automobiliste.

Dès lors, pour en revenir à la question qui nous anime, faut-il construire des parkings souterrains à Liège? On peut se poser cette question en termes d’espace public et en termes de « philosophie du parking ».

Tout d’abord, d’une part, cela n’empièterait pas sur l’espace public puisqu’il s’agirait d’espaces à créer, à ouvrir. D’autre part, le projet consiste actuellement à juxtaposer au parc de stationnement existant deux parkings supplémentaires. Dans cette perspective, cela ne fait qu’accroître le nombre d’emplacements, sans aucunement prévoir la possibilité d’une quelconque compensation.

On comprend bien, Gilles et Frédéric, que la construction de ces parkings devrait s’accompagner d’une vision stratégique, d’un vaste plan de désengorgement de l’espace public « à ciel ouvert », comprenant une réhabilitation d’espaces verts, des réseaux de transport en commun, des voies cyclables. On n’en est tout simplement pas là. La ville propose deux parkings supplémentaires, point. Aucune espèce de compensation n’est imaginée à l’heure actuelle. Il avait bien été question d’inscrire ces parkings dans un projet plus vaste, mais cette idée semble pour le moment écartée.

Ensuite et enfin, une réflexion en termes de « philosophie du parking » conduit à conclure que la construction de deux parkings supplémentaires conduit à entériner la dépendance à leur égard des automobilistes et la pression croissante qui s’exerce en faveur de la construction de parkings. C’est jouer le jeu du symptôme sans traiter le mal urbain à la racine. C’est enterrer la « quête » à laquelle est livré tout automobiliste dans une tentative dérisoire de l’externaliser. Dérisoire, parce que c’est une logique forcément (très) limitée, les espaces souterrains n’étant pas inextensibles.

Le risque serait d’en arriver à une cité bâtie complètement hors-sol et à la sérénité superficielle, dont les rues piétonnières et les charmants espaces verts dissimulent dans leurs entrailles un puits à noirceur et à goudron, le crissement de pneus et le râle de la ménagère qui cherche désespérément la place la plus proche de l’ascenseur. Une belle couronne posée sur une carie profonde, un peu à l’instar de Louvain-la-Neuve.

Liège enterrée avec ses parkings

Non, c’est non!

Non de non!

Non, non, non!

Pour ce qui est de mener des projets intéressants et de faire vivre la commune de Liège au rythme de l’innovation et de politiques un peu sensées d’urbanisme ou de mobilité, les autorités locales sont régulièrement aux abonnés absents.

Mais cette fois, ils dépassent clairement une limite en prévoyant d’injecter 15 millions d’euros dans l’édification de deux parkings souterrains supplémentaires, afin de concurrencer les opérateurs privés(si, vous avez bien lu!). L’un est prévu sous la place Cokerill, soit sur un site jouxtant l’Université de Liège. L’université a sa place au cœur de la Cité en tant que centre de savoir et d’apprentissage critique. En la maillonnant de toutes part d’autoroutes urbaines, les autorités en ont déjà dit long sur le respect et la liberté dont ils honoraient l’institution (sans parler des problèmes récurrents de mobilité à destination du campus du Sart-Tilman). Inutile d’en rajouter.

L’autre parking est prévu sous le parc d’Avroy, seul parc véritablement situé dans l’épicentre de Liège et lui aussi quadrillé de routes à trois, quatre voire cinq bandes, sans compter les nombreuses perpendiculaires qui rognent son unicité à chaque intersection routière. Ce parc est déjà ravagé en surface une fois par an par la foire et fait l’objet d’un manque d’entretien chronique le reste du temps. Construire des parkings souterrains à cet endroit achèverait de ruiner les lambeaux du parc qui ont survécu à la colonisation par l’automobile, par d’autres parkings (côté Pont d’Avroy) ou encore par le nombre excessif de voies routières.

Trop, c’est trop!

La ville de Liège étouffe littéralement sous le poids d’un trafic automobile complètement démesuré. Chaque matin, la foire d’empoigne automobile se répète comme un pitoyable cirque sans fin. La ville est sale, les bâtiments sont noirs. Les bagnoles envahissent déjà allègrement les trottoirs, les abords des rues et bien des espaces souterrains. On ne peut plus accepter ça! De toute évidence, construire de nouveaux parkings n’arrangera rien aux problèmes de trafic mais fera sombrer Liège encore un peu plus dans la politique du symptôme et du tout-à-la-voiture. Ainsi, de nouveaux parkings dont le but est d’être (un peu) moins coûteux vont forcément drainer un flux supplémentaire de bagnoles, lorsque Liège est déjà trop engorgée.

Deux remarques encore: l’opposition semble ne trouver à redire sur ces projets que sur des détails techniques (création de filiales, structures de financement, etc.). Deuxièmement, le fait de pouvoir injecter 15 millions d’euros pour ce projet néfaste pour la ville rend irrecevable a priori tout refus d’injecter des fonds publics pour des projets qui amènent vraiment une valeur ajoutée à la ville (qui a susurré « Liège 2015« ?)

Homme et ville

Une exposition en ligne a été crée très récemment avec pour objectif de montrer l’architecture de Liège au cours des années 1960. Intitulée « Homme et ville », cette exposition s’accompagne d’un texte introductif de très grande qualité qui remet en contexte des initiatives qu’il est de bon ton aujourd’hui, le recul aidant, de vilipender.

Il est intéressant de comprendre mieux les politiques urbaines de la ville et cette nécessité qui s’est fait jour, dans un contexte donné, à une période précise, d’une mobilité axée sur la voiture individuelle et la création d’espaces habitables en hauteur. Certes, des dommages irréversibles ont été causés et l’on peut nourrir des regrets du patrimoine perdu à bon droit. Toutefois, j’interprète cette exposition en ligne comme une véritable incitation, d’une part, à aller de l’avant dans la réflexion sur les politiques urbaines et, d’autre part, à exercer une vigilance accrue sur les enjeux actuels.

Je dois ajouter qu’on me souffle à l’oreillette (à très bonne source – son initiateur) que l’initiative rencontre un flamboyant succès, ayant atteint pas loin de 10 000 visites à la date d’hier et ce, quelques jours seulement après son lancement !

L’exposition est en ligne ici (Homme et ville).

L’écologie au quotidien

Depuis longtemps maintenant, j’entretiens une réflexion sur l’écologie et une série d’enjeux qui gravitent autour de cette thématique générale, comme la mobilité, l’alimentation, etc. Au long de cette période, j’en suis venu à concevoir théoriquement une ébauche de modèle de vie particulier, que j’aspirais à pouvoir implémenter dans la pratique.

C’est désormais chose en train de se faire, dans la mesure où j’ai quitté le cocon familial depuis deux semaines, pour aller investir mon humble demeure du centre-ville de Liège. Loin de moi l’idée de m’ériger en donneur de leçons ou en porteur d’un quelconque idéal à atteindre ; il me semble toutefois intéressant de témoigner de mon expérience de l’écologie au quotidien.

Quelle expérience ? Et bien, certains choix de consommation ou de mode de vie que je pose, à titre tout à fait individuel, et qui sont le fruit d’une réflexion de longue haleine menée avec Anne, ma compagne. À raison d’un billet par semaine pendant quatre ou cinq semaines (et plus si affinités), j’essayerai de vous faire partager le plaisir de la confrontation des expériences !

Liège 2015 : quand la Communauté française accélère (!)

C’est hier qu’a été lancé l’appel à candidature pour le titre de capitale européenne de la culture par la Communauté Française. Le délai pour introduire le dossier de candidature a été restreint au minimum acceptable en vue de torpiller toute velléité, fût-elle citoyenne (ou à ce motif, précisément), à concourrir à ce titre en dehors de la seule ville dont la candidature soit admise et officiellement soutenue.

Faut-il le rappeler? Depuis le départ, les enjeux de ce dossier se jouent contrairement à la règle européenne et au mépris des plus élémentaires droits procéduriers. Il est à déplorer que la Communauté française, traditionnellement lente et inefficiente, manifeste un entrain déplacé sur ce dossier en particulier. Il est également à déplorer que les édiles politiques communales liégeoises manifestent un manque criant de répondant à une requête légitime, portée aussi bien par des citoyens que des associations.

M. le Bourgmestre Demeyer a largement fait savoir dans les médias, au courant de la semaine dernière, qu’il irait « où il serait le plus utile » en 2009, et que ma foi après 10 ans de maïorat liégeois, un portefeuille ministériel ne lui déplaîrait pas. Interrogé sur le mouvement « Liège 2015 », qui prend bel et bien corps, que cela lui plaise ou non, il se déclare « fier de ce mouvement » le vendredi et, 2000 signatures et un week-end plus tard, se ravise en dénonçant « les pétitionnaires qui exploitent les événements organisés par la Ville ».

Au vu de ces éléments, le comité « Liège 2015 » a pris les choses en main et donné un coup d’accélérateur. Désormais, l’échéance du 18 octobre est fixée à toutes et à tous. À cette date, une énorme soirée est organisée :

Le samedi 18 octobre, une soirée exceptionnelle aura lieu, sous l’égide de « Liège 2015 », dans l’ancienne Grand-Poste, place Cockerill. Aux manettes : le collectif Chokuegambo. Et la programmation sera assurée, excusez du peu, par Jaune Orange, Empreintes digitales et Legendz, réunis pour la première fois. Et quelques-uns des meilleurs musiciens liégeois (Superlux, Compuphonic, Colonel Bastard, Sonar,…) et internationaux (Nathan Fake,…) seront présents.

La mobilisation doit atteindre son apogée : dès ce mardi prochain, tout un chacun est invité à l’inauguration de notre local de campagne, rue du Stalon 4 (voir groupe facebook). Si des proches sont susceptibles de soutenir l’appel et de signer le formulaire légal (il faut habiter Liège et avoir plus de 16 ans), foncez! Un groupe facebook est créé pour toute personne qui s’engage à ramener 10 signatures. S’il atteint 600 personnes, c’est dans la poche!

Liège 2015 : la particratie a parlé !

Ce n’est un secret pour personne, j’assistais hier soir aux débats publics du conseil communal de la Ville de Liège. Deux points devaient toucher à la candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015 : une motion de l’opposition appuyant cette candidature et un protocole de la majorité visant à soutenir la candidature de Mons. Le conseil communal s’est prononcé contre Liège 2015, majorité contre opposition. Le conseil communal s’est prononcé pour Mons 2015, majorité et MR contre opposition (Ecolo). L’article qui suit est un peu long mais me semble intéressant à lire pour bien clarifier les enjeux.

Les mécanismes qui président à la décision politique sont éminemment complexes. Plusieurs conseillers socialistes et humanistes avaient déjà jadis interpellé le conseil dans la perspective d’une telle candidature. Ces derniers jours, la fronde a fait rage au sein des partis : nombreux étaient les conseillers qui refusaient de se plier à une décision qu’en leur for intérieur ils n’acceptaient pas. Pourtant, hier soir, toute la majorité, sans le moindre résistant en ses rangs, a voté contre la motion et pour le protocole.

Une lecture convaincante décline l’essence de la décision adoptée in fine sur un axe d’équilibre tracé entre le jeu partisan et la démocratie, sans être manichéen. Je précise directement que mon analyse n’est pas originale. C’est la lecture qui domine la plupart des interventions, comme ici ou ici. Je voudrais pourtant formaliser l’analyse et pondérer les arguments en présence.

Les partis politiques

Par définition, un parti politique est une organisation de moyens et de personnes formée en vue d’acquérir ou de conserver le pouvoir. Cet objectif est reconnu, légitime, et participe au jeu démocratique belge depuis longtemps. Ce simple constat permet déjà de tirer des enseignements féconds et explique en partie la médiocrité abyssale des débats d’hier, comme je m’en expliquerai. En effet, sur un plan temporel, on peut situer ses arguments dans trois registres.

1. Le registre du passé : par définition, un parti politique est tourné vers l’avenir (acquérir le pouvoir) ou vers le présent (le conserver). Le passé ne peut que lui servir de justificatif – parfois commode – à ses positions présentes. En effet, l’acteur politique ne prête foi à des accords informels antérieurs qu’en vertu d’une stratégie qu’il poursuit, s’il croit que le respect de cet accord lui sera bénéfique dans le présent ou dans le futur. À moins d’observer une règle morale rigide qui confine au sado-masochisme incompréhensible par l’électeur… En bref, l’essentiel des positions développées par la majorité était ancrée dans le registre du passé : ce que Liège était, comment elle a évolué, les accords d’antan, etc.

2. Le registre du présent : la cartographie institutionnelle et politique est telle, aujourd’hui en Belgique, que plus aucun des partis représentés au conseil communal ne peut décemment offusquer ou brusquer un partenaire gouvernemental… À l’exception d’Ecolo qui s’érige de facto en ramasse-baffe de toute la classe politique, tous les partis se ménagent entre eux, c’était particulièrement manifeste hier.

Le cdH suivait le PS pour un motif éminemment contemporain : il s’agissait de toute évidence d’éviter le casus belli et le débarquement de la majorité manu militari. La défaite cinglante du cdH aux dernières élections liégeoises ne lui permet plus d’exercer un contre-poids efficace au sein de la majorité.

Le MR, par le biais de son chef de file au conseil communal, Didier Reynders, a adopté une position pâlement consensuelle : oui à Liège 2015 et oui à Mons 2015. De toute évidence, il s’agissait de ne pas froisser les partenaires fédéraux. En contrepartie de cette attitude insipide, certain(e)s conseiller(e)s du groupe ont été autorisés à monter au front et à sonner la charge dans un bel esprit démagogique.

3. Le registre de l’avenir : c’était évidemment le plus prégnant lors des débats hier soir. Les regards sont tournés vers 2009 depuis juin 2007. Le PS, qui défend la « solidarité wallonne », qui hurle au sous-régionalisme quand on lui parle de « Liège 2015 », avait très clairement en vue les élections de 2009 et l’attribution plus ou moins heureuse des postes liégeois dans les prochains exécutifs wallon et communautaire.

Du pur sous-régionalisme dans l’esprit, en bref. Sans parler des probables stratégies individuelles de carrière qui se sont mêlées aux débats. Pourtant, sur le pur plan de la stratégie, le PS semble avoir paniqué et s’être replié sur sa frilosité interne et ses tabous. Il y a fort à parier qu’ils seraient sortis gagnants d’une attitude plus constructive envers le mouvement populaire qui prend naissance. Des alternatives stratégiques existaient, fut-ce celle d’une candidature fantoche.

Démocratie

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple (demos, kratos). D’emblée, une remarque : la démocratie n’est pas forcément la panacée et il convient d’éviter à tout prix, selon moi, l’écueil d’une tyrannie de la doxa (l’opinion). Il faut maintenir des ressorts proprement politiques qui permettent le recul nécessaire à la volonté populaire.

Le système belge est une démocratie représentative, ce qui signifie que le peuple exerce son pouvoir par le biais de représentants qu’il élit à cette fin. Il décerne aux candidats victorieux le mandat de les représenter, à charge pour eux de rendre des comptes lors des prochaines élections. Voilà pour les principes.

Or, sur le plan de la démocratie, tout, absolument tout plaidait en faveur d’une candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015.

1. Le PS et le cdH, majorité sortante, ont fait campagne sur le thème d’une ville culturelle forte. Le PS surtout a fait de la culture à Liège un des fers de lance de sa campagne électorale, exprimant le souhait de faire de Liège une locomotive culturelle internationale, en tous cas à l’échelle de l’Euregio.

2. Reconduite sans panache, cette majorité a adopté avec force flonflons un « Projet de Ville 2007-2015 » qui intègre des objectifs très ambitieux en matière culturelle, qui auraient trouvé leur plein épanouissement dans le cadre d’une capitale culturelle européenne. Il y est notamment écrit que « la Ville mise sur la culture pour son avenir » et entend « positionner Liège comme métropole culturelle ».

Au demeurant, de nombreux conseillers de la majorité étaient très attachés au projet et ont longtemps résisté avant de le brader. J’ignore les pressions réelles qui ont été exercées. Ce que je sais, c’est que plusieurs ont voté « non » la mort dans l’âme. Dans l’ensemble, le groupe cdH à voté à contre-cœur. Quelle force a-t-elle pu les y contraindre ?

3. La démocratie est étroitement liée à l’État de droit et au respect des procédures. À cet égard, la ville de Liège était déliée de tout engagement politique et de toute contrainte juridique. Elle disposait en droit de toutes les clés pour déposer une candidature. En fait, un accord avait été conclu dont certains se sont prévalus (c’était l’argument prépondérant du cdH) lorsque même cet accord, devenu illégal entretemps, pouvait être dénoncé. Il était plus commode de s’y référer…

4. Pour couronner le tout, un fort mouvement citoyen s’est fait jour spontanément, soucieux de défendre les intérêts culturels de la ville. Un mouvement pas précisément opposé aux idées politiques de la majorité, contrairement à un certain dénigrement qui a consisté à voir dans le chef des pétitionnaires une attitude de déstabilisation politique peu recommandable. Or, ce mouvement n’a pour ambition que de faire renaître sa ville et lui rendre un second souffle.

5. Au demeurant, je crois que systématiquement tous les intervenants ont reconnu la légitimité de principe d’une candidature de Liège, tous ont souligné ses fantastiques atouts culturels, tous ont remercié « l’enthousiasme » des promoteurs de l’appel, tous ont salué l’envie forte des Liégeois d’une culture différente, tous ont applaudi la mobilisation citoyenne, tous ont promis de meilleurs lendemains…

Et pourtant…

Conclusion

… Tous, au sein de la majorité, accompagnés du MR sur la motion entérinant la candidature de Mons, ont clairement pris une décision de principe défavorable à Liège, contraire aussi bien à leur programme qu’à leur Plans stratégiques, contraire à l’État de droit et contraire à la volonté citoyenne. Dont acte.

En l’espèce, j’ai voulu montrer que le jeu partisan est un mal nécessaire. Sans doute trouve-t-il une légitimité dans la manière dont fonctionne une démocratie représentative. Pour autant, la démocratie pose une série de principes qui ne sont pas toujours compatibles avec les intérêts partisans. À mon sens, je l’ai dit, la tyrannie de l’opinion n’est pas une option nécessairement viable. Je crois sincèrement qu’un point d’équilibre doit être fondé et légitimer le consensus qui émerge. Entre démocratie et particratie.

Manifestement, ce point d’équilibre n’a pas été trouvé hier. C’est un constat, pas une opinion. Les argumentaires développés par de trop nombreux membres de la majorité sonnaient hélas bien creux. Il est évident que, pour ce cas-ci, ce sont les partis politiques qui ont parlé, en lieu et place du peuple supposé être le détenteur ultime et légitime du pouvoir.

Bon, ce n’est pas un drame. Maintenant, il va s’agir pour la majorité d’être confrontée à ses actes et d’assumer ses responsabilités. Fondamentalement, l’intérêt premier de Liège a été mis en sourdine au regard de considérations irrecevables pour la population. Celle-ci devra prendre acte et renouveler les voies du combat culturel à Liège : il ne fait que commencer.

CHB : déconstruction des discours

Dimanche dernier, le 4 mai 2008, a eu lieu une « vélorution » à Liège, c’est-à-dire une masse cycliste visant en l’espèce à délivrer un message politique clair : « Oui au tram! Non à l’autoroute!« . Comme l’explique très bien François Schreuer dans cette interview, le tram n’est pas l’apanage de la mobilité ni son avenir exclusif, mais participe de choix collectifs qu’il faut poser aujourd’hui sur la mobilité future. Et à cet égard, une certitude : ce n’est pas la liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays (CHB) qui va résoudre tous les problèmes de Liège.

Je voudrais par cet article clarifier les différents registres de discours qui encadrent les débats autour de cette autoroute controversée. C’est important, car enfermer la discussion dans un registre particulier conditionne la validité de la décision, qui sans cela serait discutable. Je distingue trois registres différents : l’un technique, le second juridique et le dernier, qui est authentiquement politique.

1. Un registre technique : il s’agit de « prouver », scientifiquement et techniquement, la pertinence d’un tronçon autoroutier supplémentaire (selon une analyse type coûts/bénéfices). Côté pile, il permettrait de finaliser un ring autour de Liège ainsi que de désengorger les voies rapides du centre, abondamment fréquentées, en partie en reliant l’Allemagne et l’autoroute du Luxembourg. Côté face, la construction d’une nouvelle route créerait un appel à voitures (comme le tunnel de Cointe qui est déjà engorgé après moins de dix ans) et modifierait les habitudes de déplacement ; enfin, cette liaison ne suffirait pas à parachever le ring.

2. Un registre juridique : ce registre de discours vise à établir la validité du projet en raison de sa conformité au droit. J.-P. Grafé, promoteur du projet, déclarait ainsi récemment que « le Conseil d’État et la Cour constitutionnelle belges, qui sont des juridictions habilitées à dire le droit, ont reconnu la parfaite légalité du plan de secteur autorisant la liaison CHB » (voir ici). Il s’agirait de dire que les études d’incidences ont été correctement réalisées, que la procédure a été respectée et que le montage juridique du projet tient la route. A nouveau, il ne fait nul doute qu’un combat juridique serait entrepris contre le permis CHB s’il devait être délivré, c’est-à-dire que sa légalité serait remise en cause. On annonce déjà des querelles autour d’avis juridiques de la Commission européenne…

3. Un registre authentiquement politique : quand bien même le projet d’autoroute CHB serait techniquement justifiable et juridiquement validé, sa réalisation en est-elle pour autant souhaitable? Bien entendu, les arguments techniques et juridiques participent au débat, mais il ne faut pas écarter le débat proprement politique. Cela consiste à poser la question de l’acceptabilité morale d’une autoroute au regard des défis écologiques, à prendre en considération le modèle de vie qui est proposé par la construction de CHB, de se poser la question de sa pertinence sociale. Il s’agit de voir également dans l’opposition à CHB le refus symptomatique de choix de mobilité posés sans autre forme d’interrogation que technique et juridique, et la réappropriation salutaire du débat politique par des collectifs citoyens.

Conclusions : ma conviction intime est que ce projet ne prendra pas corps. Il vacille, tremble sur ses bases et bredouille ses raisons d’être. Le Ministre Antoine défend le projet à voix basse. S’il devait être réalisé, ce tronçon créerait de toutes pièces un martyr à la cause anti-autoroute. Trop souvent, les tenants de CHB et les hommes politiques qui promeuvent cette autoroute ont retranché le débat derrière un discours technique et juridique. Ils sont aujourd’hui confrontés à une opposition citoyenne aussi ferme qu’inattendue et qui met ses promoteurs d’autant plus mal à l’aise que c’est un élément relativement neuf dans le débat public. À mon sens, ils devront apprendre à en tenir compte!

Article dans Le Soir.

Photos de la vélorution

Liege 2015 : le débat enfle

Il n’est jamais trop tard pour amener un débat sur la place publique!

La pétition lancée en vue de faire de Liège la capitale européenne de la culture en 2015 commence à faire parler d’elle (déjà plus de 800 signatures) et la motivation de ses promoteurs fait qu’actuellement, des échos de cet appel résonnent de plus en plus fort aux quatre coins de la Belgique. La meilleure preuve en est que Namur, à son tour, revendique le droit à l’émancipation culturelle et au débat démocratique en vue de 2015.

Certains observateurs ont fait montre de leur pessimisme dans les commentaires donnés à cet article. En gros et en caricaturant, Élio di Rupo aurait confisqué la décision de manière irréversible en faveur de Mons et au demeurant, Bart Somers, en faisant postuler Malines, a communautarisé le dossier, ce qui serait la meilleure manière de le paralyser définitivement. Certes, il y a là des éléments de pertinence.

Pour autant, un engouement est en passe de se produire, fort duquel un débat démocratique aura lieu, et qu’alors le meilleur l’emporte! L’enjeu est de taille : la logique belge veut qu’après Anvers (1993), Bruxelles (2000) et Bruges (2002), une ville wallonne bénéficie du titre de capitale européenne en 2015. Si l’on se réfère à Lille, où cet événement a été un franc succès, ce titre est un indéniable facteur de dynamisme culturel.

Or, la prochaine ville belge désignée après 2015 le sera en … 2027, et alors la même logique belge voudra probablement qu’une ville flamande hérite à nouveau du précieux sésame culturel. Pour résumer : si Liège ne profite pas maintenant du vent qui lui souffle dans le dos, notamment suite au sacre du Standard, elle passerait à côté d’une opportunité qui ne se reproduirait pas avant les calendes grecques!

Signez l’appel Liège 2015, cliquez ici! Merci de votre soutien!

___________

Liens

Déclaration qui montre l’importance accordé à Liège par la Région : selon le ministre Lutgen, « Liège est la seule ville wallonne capable de devenir un “city breack”, une destination touristique qu’on visite pour elle-même« . « Le gouvernement wallon veut faire de Liège une destination touristique majeure à l’échelle européenne et tous les dossiers rentrés par la Ville de Liège ces dernières années ont obtenu accord de financement de ma part« . Interview dans le Soir (17 novembre 2007).

Liège 2015 sur Clik & Clak.

Update 12h : Expresso! Le blog du quotidien de Namur relaie la pétition namuroise.

Update 14 h : la Phrase de La Libre de ce jour : « Liège est sans nul doute la principale ville culturelle du Sud du pays« .

Le site officiel de Mons 2015.

Liège capitale européenne de la culture 2015

Un appel public a été lancé ce jour par François Schreuer et Alain De Clerck avec pour objectif de faire de Liège la capitale européenne de la culture en 2015. Cet appel doit être soutenu, relayé et faire l’objet de la plus large diffusion possible, tant il est vrai que Liège peut et doit nourrir des projets ambitieux, à la hauteur de son riche potentiel.

Trop souvent, des diagnostics correctement posés ne sont pas suivis d’effets significatifs et c’est dommageable. La première chose à faire est de signer l’appel, ici, et la seconde est de relayer un maximum cette information autour de vous!

En plus cela ferait la nique à Élio et au doudou, patrimoine mondial de l’UNESCO (Mons est aussi candidate)!

Mobility contest : Liège-Maastricht 0-1

Maastricht

Il y a quelques temps de cela, j’ai profité du soleil timide pour aller me balader en aval de la Meuse, par rapport à ma bonne ville de Liège, c’est-à-dire à Maastricht. Les pauvres 30 km qui séparent les deux villes dissimulent mal le gouffre creusé de l’une à l’autre sur le plan de la mobilité. C’était si flagrant qu’il convient que je m’en justifie et illustre mon propos.

Liège, c’est clairement le tout-à-la-voiture. De tous les peuples de la Gaulle, les Liégeois sont indubitablement les plus dépendants de leur voiture, sans hyperbole aucune. On pourrait s’amuser à répertorier le nombre de voies rapides à 3, voire 4 bandes de circulation, sens unique et double sens, qui sillonnent, quadrillent, entourent, harcèlent Liège. L’étouffent. Les quais sont tous convertis en autoroutes urbaines, quand les bras de fleuve n’ont pas été proprement asséchés à cet effet, comme sur le Boulevard de la Sauvenière. Le bien maigre piétonnier de l’hypercentre ne doit sa survie qu’à l’étroitesse des rues qui le composent. Et encore conviendrait-il de fermer tout le quartier cathédrale, de l’opéra à Saint-Lambert en allant jusqu’au XX août. Hum! On est loin du compte.

Une évolution en matière de mobilité est depuis longtemps palpable à Maastricht. En premier lieu, au risque de jeter un pavé dans la marre, je dirais que les autorités locales ont le bonheur de s’être dotées d’une politique de la mobilité. Honnêtement, Liège donne franchement très peu l’impression d’avoir réellement réfléchi à une juste répartition de l’espace public, à la cohabitation de différents modes de mobilité. Les seuls espaces piétons sont dans leur entièreté dédiés au temple du commerce qui semble être le seul à habiter les autorités liégeoises. Revenons à Maastricht. Le Hollandais roule beaucoup à vélo, c’est entendu. Ainsi de nombreux axes sont dédiés aux cyclistes et piétons, dans une cohabitation parfaitement sereine, l’habitude aidant probablement.

Cela n’est incompatible ni avec le commerce – à mon avis celui-ci s’en porte mieux – ni avec la préservation d’axes routiers importants. Simplement le traffic automobile a été réfléchi, canalisé, et externalisé au maximum. Il reste tout à fait possible de pénétrer le centre-ville à bord d’une automobile, mais il vous en coûtera un parking onéreux. Cependant, primo, aucun embouteillage. Le traffic est entièrement régulé à l’aide de feux réguliers et fréquents. Secundo, aucune difficulté de trouver un parking en plein centre, même si le prix à payer est fort.

Qu’on ne vienne pas me dire que cela serait impossible à Liège, situé dans une cuvette. Que je sache, les axes reliant les hauteurs de Liège existent mais n’ont pas été développés conformément à cette philosophie. La voiture éprouve moins de difficultés dans les côtes qu’un cycliste ou un piéton, ce n’est ni un obstacle pertinent ni un argument plausible. Dans l’état, Liège fonctionne à l’image de la France. Tous les axes mènent à Paris qui est le passage obligatoire, quelle que soit la destination. Et bien, il en va de même entre toutes les banlieues périurbaines de Liège. Le centre-ville est complètement engorgé de véhicules et rien n’est fait pour leur trouver des alternatives.

Liege

Peu de bus font des trajets de boucles variés dans la ville (style le 1 ou le 4 pour les connaisseurs). Amercoeur, Longdoz, Fétinne, les Vennes, Outremeuse, tous ces quartiers, notamment, peuvent et doivent être mieux desservis et reliés. Un progrès en ce sens : la ligne 28 à venir. Les vélos? Rien, mais rien n’est fait pour eux. A part un ravel dont l’existence est à attribuer aux autorités européennes et régionales et dont la fonctionnalité est au surplus limitée, Liège à vélo c’est zéro pointé. Aucun axe dédié, pour ainsi dire aucun emplacement de parking (ne rêvons pas d’une sécurité!)… Quelques marques au sol à moitié effacée, comptabilisées comme « pistes cyclables », voilà tout. Et des SUL (sens uniques limités), qui induisent plus de dangers qu’ils ne résolvent de problèmes.

On parle de l’instauration de Vélib’, comme à Paris ou Bruxelles. Sans vouloir faire le difficile, aucune objection de principe, mais il convient d’être très vigilant. Ca sent l’aventure électoralement sexy, rose bonbon et visible médiatiquement. Mais quid de l’efficience? Comment peut fonctionner le vélo dans une ville ou tout est prévu pour la voiture? Illustration : l’an passé était refait le pont Léopold, un des plus importants de Liège. Trottoirs agrandis, énorme bande d’égouts au milieu et surtout encore plus de place pour les voitures. Pourquoi ne pas avoir profité de cette réfection pour refaire une piste cyclable physique pour rejoindre le centre commercial et le RAVEL?Une conférence aura lieu lundi 21 avril prochain sur l’instauration de Vélib’ à Liège. Cela se passe à 19h30 salle Wittert, en présence de Willy Demeyer (Bourgmestre), de Didier Castagne (GRACQ – Cyclistes quotidiens), Alain Vandenplas (responsable du dossier « Cyclocity » au cabinet du ministre bruxellois de la mobilité, Pascal Smet) et François Schreuer, président de la nouvelle association urbAgora, le tout sous la modération de David Leloup, journaliste à « Imagine ».

A Maastricht, une voie rapide existait sur les quais, au-delà du vieux pont. Elle passait sur le pont suivant, là où se dresse fièrement aujourd’hui un centre commercial flambant neuf plutôt réussi esthétiquement (pas comme l’ilôt Saint-Michel). Et bien, ce pont s’est adouci, et est à moitié réservé aux usagers doux de la route. Les voies rapides? Une gigantesque esplanade très exposée au soleil, où il fait maintenant bon déambuler… Tout près des commerces! Et les voitures? De nombreuses places de parking ont été conçues et réalisées juste en face, de l’autre côté du pont où passe le ring et des axes routiers importants, hors hypercentre. On le paie, certes. Mais le choix est laissé d’enfourcher sa bicyclette ou d’employer ses gambettes.

Bref, la mobilité, cela ne s’improvise pas. Au-delà de la gestion contingente, circonstancielle, il y a lieu de mettre en place de véritables politiques réfléchies et équilibrées. Si mon verdict peut paraître sans appel, c’est qu’il est le fruit d’une longue expérience d’exproprié de la route. Je ressens de plus en plus l’omniprésence automobile à Liège comme une véritable agression, et je refuse de me laisser démunir par ce manque de clairvoyance communal. Il est encore temps d’opérer des choix stratégiques! Et bien entendu, je ne parle pas de l’édification de cette autoroute rétrograde sur l’axe Cerexhe – Beaufays. C’est un autre débat. Quels que puissent être les arguments en sa faveur, il est un fait constant qu’elle ne répondra ni à l’engorgement routier (les coûts de congestion), ni aux défis écologique et énergétique auxquels nous serons prochainement confrontés. Cela mériterait des développements, bien sûr. Cher lecteur, tu y auras droit. chaque chose en son temps.