Qui va répondre à l’impératif écologique ?

Appartient-il aux pouvoirs publics ou au monde privé (économique et société civile) de répondre à l’impératif écologique? À cet égard, quelle place l’innovation technologique, qui est principalement le fait du privé mais téléguidée par le public, peut-elle occuper?

Il y a une distinction fondamentale à l’œuvre dans le cas qui nous préoccupe : celle entre les biens privés et le bien public. Postulons l’existence d’un quelconque bien public, c’est-à-dire d’un intérêt général qui englobe et transcende les intérêts particuliers. Pour ma part, je peux sans peine concevoir l’existence d’un tel bien public, et je dirais que l’impératif écologique qui s’annonce relève éminemment d’une logique de bien public.

Notre société est à l’aube de problèmes qui nécessitent une réponse urgente et globale. Cette réponse doit nécessairement intégrer un niveau de réflexion supra-individuel. Dès lors, qui du secteur privé et du secteur public est le plus compétent pour en formuler les termes?

Mon opinion est : ni l’un ni l’autre spécifiquement, la réponse doit impérativement être coordonnée. Je refuse à cet égard le discours poujadiste d’un rejet intégral du secteur privé considéré à priori comme vicié et inepte.

Pour autant, je ne suis pas un fervent de Mandeville ; je ne suis pas persuadé qu’une logique égoïste (aka se rapportant à l’individu) puisse générer ce bien public. De la poursuite d’intérêts privés ne pourra jamais émerger spontanément du bien public. Par exemple, la politique écologique des USA tend parfois à se limiter à la production massive d’innovation technologique verte, dixit Schwarzenegger. Cela se conçoit avant tout en termes de fenêtre d’opportunité industrielle, de parts à grappiller d’un marché en expansion et de business.

Or, la profusion d’innovation est selon moi a priori contraire à la démarche écologique, qui est fondamentalement une démarche d’économie. Cette présomption est bien entendu réfragable, c’est-à-dire qu’il est entendu que ce principe peut connaître des exceptions, et que l’innovation fait partie de la réponse à apporter aux problèmes !

Est-ce que ces motifs conduisent à déléguer la gestion de la crise aux pouvoirs publics? L’on souligne régulièrement l’incurie écologique dont ils sont frappés, à tout le moins dans nos contrées, ce qui se fait à juste titre pour bonne part. Pour rester en Belgique, pays ridiculement petit à l’échelle mondiale, il est formidable de voir à quel point l’éclatement institutionnel proscrit toute possibilité d’une réponse intégrée, coordonnée et cohérente. Bien que… la crise financière amène un cinglant démenti à l’incapacité postulée des pouvoirs publics de mener une telle politique coordonnée, et aggrave d’autant leur maigre bilan écologique.

La classe politique contemporaine est coincée dans des échéances beaucoup trop courtes, beaucoup trop étroites pour répondre aux vastes problèmes qui s’annoncent sur le long terme… Et l’écologie n’est pas payante électoralement, sauf celle vert bonbon et sucrée que nous sert Magnette, dont le seul effet utile est de gaspiller salive et papier.

Un discours un peu pessimiste, peut-être. Mais je pense que nous serons inévitablement confrontés en nos manquements en matière écologique, et qu’à ce moment tout ce qui aura été entrepris l’aura été à bon escient, par qui que ce soit!

Agir, courir pour le Tibet!

Drapeau du Tibet

Le Tibet se sera décidément trouvé au cœur de l’actualité ces dernières semaines, suite aux soulèvements populaires de Lhassa. Quelle est la réalité? Il est très difficile, vu d’ici et avec le filtre idéologique pro-tibétain omniprésent dans les médias, de se fonder une opinion un tant soit peu raisonnée et « objectivable ». Par exemple, un article du blog d’Aurélien, extrêmement intéressant, repris par Rue89 et Arrêts sur Images (abonnement recquis) laisse plus de place à la nuance que certains articles publiés dans la presse traditionnelle. Ainsi, certains commerçants chinois, certes complices d' »agression démographique« , peut-être innocents pour le surplus, auraient été pendus haut et court par des Tibétains en révolte. Difficile évidemment de ne pas prendre fait et cause pour le Tibet.

Un ami, Ben, aujourd’hui au Népal pour plusieurs mois, a déjà pu, dans le passé, constater la politique impérialiste pratiquée par les Chinois. Si les Chinois sont notre main d’oeuvre exploitée, à nous autres les Européens occidentaux, ce qu’il ne faut jamais perdre de vue avant de se livrer à quelque critique que ce soit, eux-mêmes procèdent de la manière la plus éhontée qui soit à l’arrachage primitif supposé par l’extension capitaliste. Ils se livrent sans conteste à des exactions envers certains peuples voisins, comme les Népalais ou les Tibétains. Par exemple, Ben m’a rapporté certains éléments essentiels, en direct du Népal, relatifs au pillage écologique qui est en train de se produire sur la voie ferrée de Lhassa. Ce train a essentiellement pour vocation l’extraction en plein massif de l’Himalaya de matières premières. Sauf erreur, il est question d’uranium et de prospectives pétrolières.

Bref, la situation au Tibet, que je décrirais comme un état de révolte légitime, un mouvement de libération nationale, doit être dénoncée avec vigueur et mérite tout geste susceptible de donner un poids politique à cette cause. Pour illusoire qu’il puisse y paraître, il me semble au contraire que seule une vigoureuse protestation internationale, avec pour caisse de résonnance médiatique les Jeux Olympiques de Beijing, sera à même d’infléchir, même peu, même mal, la politique chinoise au Tibet. Et en la matière, il n’y a pas de petits profits…

Agir, donc, c’est ce que je vous propose. Pour celles et ceux d’entre vous qui seraient inscrits aux 20 km de Bruxelles (inscriptions clôturées), ou qui escomptent y assister en qualité de spectateurs, Les Amis du Tibet  (je ne suis pas certain de cette URL, mais amisdutibet.be n’est pas encore en service) cherchent des bonnes âmes pour orner une tenue à leur effigie, un magnifique T-Shirt, histoire de défendre la cause. Cela se passera le 25 mai 2008 à Bruxelles, départ prévu à l’esplanade du Cinquentenaire. Plus d’infos en commentaire (adresse: 20km@amisdutibet.be). Autre action, signer cette pétition en ligne, qui a déjà recueilli plus d’1.300.000 de signatures, invitant au dialogue sino-tibétain.

Encore plus d’infos et quelques liens judicieux sur le blog d’Himself.

Tristes Jeux Olympiques | Périscope (par Anne)

Tristes Jeux Olympiques

Lorsque j’avais 11 ans, j’ai présenté devant ma classe un exposé sur les Jeux Olympiques. Je trouvais alors cet évènement exceptionnel. Toutes ces nations réunies autour du sport et du jeu concourrant pour la victoire, dans un esprit forcément pacifique, offraient à l’enfant idéaliste et naïf que j’étais l’espoir de voir ces pays unis pour le mieux et non le pire.Depuis, j’ai grandi. Ce fut l’occasion de nombreuses désillusions à cet égard. Aujourd’hui, à l’heure où les Jeux sont au cœur de la polémique, me voila une fois de plus face à cette gamine de 11 ans, à ne plus savoir quoi lui dire.

Existe-t-il encore un esprit des Jeux? Honnêtement je ne suis pas férue de sport et je supporte toujours le meilleur ; mon analyse sera celle d’une citoyenne belge qui s’interroge.

Parlons d’abord du Tibet. Parlons-en pour ne pas dire grand-chose. Le constat semble clair : les informations en notre possession sont trop faibles quantitativement et qualitativement pour prétendre avoir une juste opinion. Avant même les évènements récents, le comportement des autorités chinoises envers les Tibétains aurait dû heurter notre conscience par rapport au Jeux. Je ne sais pas pourquoi soudainement, les médias ont trouvé bon de se tracasser du sort des Tibétains? Avons-nous les moyens d’agir? N’est-il pas tard pour avoir des scrupules? Comment agir?

Pékin

Par ailleurs, cette focalisation sur le sort du Tibet n’éclipse-t-elle pas d’autres problèmes liés à l’organisation des Jeux par la Chine? La mise en place d’un tel évènement nécessite la construction d’infrastructures hypermodernes, coûteuses et mégalos. L’exploitation d’ouvriers, hommes, femmes et enfants par les autorités chinoises devrait être plus âprement condamnée. L’expulsion sans préavis de familles entières, de quartiers entiers, afin d’y établir un stade gigantesque, devrait nous émouvoir davantage que la Saga des Sagawé (mais que fait le ministre Antoine?).

Cependant, la Chine est-elle la seule coupable? Chaque J. O. organisé représente un gaspillage inouï d’énergie. Je n’ose imaginer les dégâts écologiques provoqués par cette manifestation : déplacement de toutes les délégations nationales, des spectateurs, des médias, implantations des infrastructures, gâchis de nourriture et déchets en tous genres… Bref, toute l’opulence occidentale concentrée dans une manifestation sportive. N’est-il pas, d’ailleurs, paradoxal de l’installer en Chine, au cœur d’une population si largement marginalisée?

Je m’interroge également sur le rôle des sportifs. Leur belle tenue, qu’ils portent fièrement en pensant à l’argent que ça leur rapporte, n’est en réalité qu’un produit issu de l’exploitation d’hommes et de femmes privés d’amusements, de jeux…. en Chine.

Enfin, le problème du dopage vient encore assombrir la piteuse image que j’ai désormais des jeux.

Bref, je ne crois plus en cette compétition. Les Jeux Olympiques n’ont plus rien de sportif : pas d’esprit d’équipe, d’entraide, nul moyen de devenir meilleur, le meilleur, aucune égalité entre participants ni respect d’autrui.

Comme bien des compétitions sportives, les Jeux Olympiques mériteraient d’être réinventés, de devenir des étendards de l’écologie, de la solidarité, de la paix ou que sais-je.

Personnellement, je ne regarderai pas les Jeux Olympiques cet été. C’est ma manière de les boycotter et de manifester mon désintérêt profond pour une manifestation épouvantail.

Anne

Attention : criminel en liberté!

J’ai découvert hier, avec stupéfaction, la stupidité incroyable des propos tenus à Libération, dans cette interview, par Eduardo Lopez, un « analyste senior de la demande pétrolière au sein de l’Agence internationale de l’Energie ».

Avec une fulgurance économique peu commune, notre homme attribue la flambée du prix du pétrole à la hausse de la demande et à un phénomène spéculatif (qui n’est que la résultante d’une demande forte, selon lui, ce qui me semble très réducteur).

La suite est purement onirique : il n’y a pas de raréfaction de la ressource (« la fin du pétrole, c’est un faux débat! »). Tout ce qui importe est d’améliorer la technologie extractive ; il faut produire plus, exploiter plus. Billevesées!

Sa conclusion, bien entendue reprise dans le titre, mériterait une incarcération en aller simple. Le conseil que cet économiste se sent habilité à donner au consommateur n’est rien autre que : « Voyagez tant que vous pouvez maintenant car le coût des voyages en avion va devenir exorbitant ! »

Pétrole

Cher anonyme, …

Cher anonyme,

[votre commentaire]

Après mûre réflexion, voici quelques-uns des éléments qui me sont venus en tête suite à ton commentaire. Ils donneront probablement lieu à quelque chose de plus construit ultérieurement sur le positionnement politique. Je vais d’abord tuer le suspense : non, je ne suis pas Ecolo. Bien que la thématique de l’environnement me préoccupe au premier plan, je ne suis pas convaincu qu’elle soit soluble dans un parti politique. A fortiori dans un parti qui attend encore le Grand Soir et l’Emancipation de l’Humanité pour arriver à ses fins écologiques…
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