Di Rupo dans « Les Salons », campagne on the rocks

Didier Reynders lance la campagne électorale en donnant uppercut (le « mal wallon » ou « la Wallonie au cœur du mal belge« ) sur uppercut (« je suis disponible pour Namur« ).

L’Empereur contre-attaque : on va parler social, économique, écologique et… « dans les salons ». Le lieu nouveau de la lutte des classes est ainsi défini : on se battra « dans les salons ». C’est la prochaine marotte de notre As de la comm’, Elio di Rupo, qui nous déclare, dans une interview au Soir, à zéro question d’intervalle (autrement dit coup sur coup) :

Le président du Parti socialiste [Lui-Même!, nda] est toujours fâché de voir des gens qui gagnent jusqu’au-delà du million d’euros se réunir dans les salons et déclarer que, bien entendu, les autres doivent se serrer la ceinture ! Et que la Sécu ça coûte cher ! Ou que les chômeurs sont des fainéants assistés ! Tout ça, c’est de l’idéologie de droite.

La seconde citation est issue du même registre et le bon vieux salon y tient encore la vedette :

On ne va quand même pas me demander de plonger une partie de nos concitoyens dans la misère parce que, dans des salons, entre un morceau de foie gras et un verre de champagne, on considère qu’il y a trop d’assistés ! C’est juste le contraire.

Bien, vous constatez comme dans quel jus nous sommes partis pour mariner jusqu’en 2009, et je vous fiche mon billet qu’il va en pleuvoir dans tous les sens, tout à l’heure, sur les plateaux télé dominicaux. La campagne est partie et sera, en francophonie, résolument « socioéconomique » (vous savez, le grand-amalgame-qui-vous-parle-de-tout-sauf-d’institutionnel).

Exit Laloux

Laloux lors de sa prestation de serment devant le Roi

On a fait grand foin du cas Laloux, je ne vais pas m’amuser à répertorier les liens qui ont parlé de cette affaire tellement ils sont nombreux. Il a donc « remis son mandat« … C’est ce qui arrive lorsqu’on avale de travers, on remet. Sans le savoir, je présume que cette rémission s’est faite sous la pression du Président Di Rupo. Le pauvre Laloux, dire qu’il venait hier de se « mettre en congé » de ses divers autres mandats… Pour des congés, s’en sont de brefs!

C’est amusant, je comptais en toucher un mot sur ce blog. Car l’affaire, au delà des broutilles de carte à essence etc., était tout à fait significative, un cas d’école de la présidence dirupienne. Et cette nomination en particulier avait été l’axe pivotant d’un basculement important. Jusque là, les dissidents publics internes – rares – existaient au PS. Pour la plupart, des dinosaures mis précocement à la prépension politique ; que l’on songe à Van Cau ou à De Clercq.

M. De Clercq avec son bouc Élio...

Dans le cas Laloux, cependant, il s’est produit un basculement, c’est-à-dire qu’avec la sortie de Moureaux, la révolte a été mise sur la place publique. Pour clarifier, avec ces « erreurs de casting » voire de « scénario » dans les Secrétariats d’État, l’opposition à la politique présidentielle a cessé d’être marginale pour être ouverte. Fabrice Grosfilley évoque des parlementaires socialistes qui auraient eu les larmes aux yeux à l’annonce des nominations.

Peut-être faut-il, dès lors, interpréter cette démission précoce comme un signal fort adressé par Di Rupo à son parti, qui le montre combatif et prêt à ré-endosser sa constestée pourpre cardinalice à l’issue du round médiatique de demain.

Le train gratuit

Lundi, Elio di Rupo déclare dans Métro qu’il souhaite la gratuité du train pour dans dix ans. Un grand écho est donné à ses déclarations ; pour autant, que cachent-elles et que faut-il en penser?

Premièrement, il ne faut pas avoir fait des études en communication politique pour deviner l’intérêt d’annoncer la gratuité du train aux lecteurs du … métro, le journal de tous les navetteurs. Cela, c’est pour l’effet d’annonce. Qui se trouve largement tempéré par la lecture de l’interview en question. Jugez-en : « Je sais que ce n’est pas quelque chose que l’on fera du jour au lendemain. Je demande cependant que, dans les prochains contrats de gestion, on impose à la SNCB de proposer des moyens pour réduire le coût du train, notamment pour les familles« . Et d’évoquer une « politique de soutien » à la SNCB en contrepartie.

Entre l’annonce « gratuité pour dans 10 ans » et l’application concrète que M. di Rupo entend lui donner, qui consiste à « imposer de proposer » … il y a de la marge! En fait, « il faudra entamer une réflexion plus fondamentale sur le chemin de fer et les transports en commun« .

Deuxièmement, que faut-il penser de la gratuité du transport en commun? De manière étonnante, cette simple suggestion concernant le train soulève une levée de boucliers dans le forum instauré sur cette question par La Libre Belgique. Il faudrait vérifier les chiffres de M. di Rupo, qui estime en substance son coût à 600 millions d’Euros (l’équivalent des recettes passagers, sauf erreur). Ils sont de toutes façons irréalistes, car la gratuité entraînerait une extension importante du trafic ferroviaire et in fine l’obligation d’étendre largement un réseau déjà saturé.

Cependant, ce réseau doit déjà faire l’objet d’une extension. L’accroissement des prix du pétrole et de celui des automobiles a d’ores et déjà poussé le réseau existant dans ses retranchements. Alors, quitte à l’agrandir ou à proposer un beaucoup plus grand nombre de liaisons, pourquoi ne pas en profiter pour le faire dans le cadre d’une politique ambitieuse et volontariste des transports en commun, beaucoup moins polluants malgré tout?

En outre, la gratuité du train existe déjà pour un grand nombre de citoyens – les fonctionnaires, les seniors, les jeunes enfants, etc. Or, malgré cela, toutes les infrastructures de délivrance de titre de transport et de contrôle sont maintenues pour ceux qui payent encore. Rendre le train gratuit, c’est aussi faire de substantielles économies sur ces postes… et faire grincer les dents des syndicats cheminots. Il y faut donc aussi un certain courage politique!

Bref, au-delà de l’effet d’annonce, il existe un vrai potentiel dans cette mesure qui permettrait d’avoir enfin un service public à la hauteur de ses ambitions à un coût tout à fait mesuré et écologiquement très rentable!