Le phœnix Liège 2015

Poum! Bardaf… C’est l’embardée!

En effet, le collectif Liège 2015 a introduit ce jour les signatures nécessaires à la demande d’organisation d’une consultation populaire.

Attentif aux nombreuses réactions, il a préféré remettre le mandat démocratique qui lui avait été confié à ceux qui le lui réclamaient et qui en avaient le droit.

A titre personnel, je suis satisfait de ce qui, loin d’être un dénouement définitif, marque toutefois un aboutissement certain dans une démarche longue, harassante, épuisante, qui peut maintenant laisser à place au débat, aux idées, à la confrontation. Gageons que ceci se fera in fine au plus grand bénéfice de l’objectif final, qui est de promouvoir, de faire rayonner et de consolider la culture à Liège en général.

Les positions manifestées par le Collège communal restent pertinentes et le combat mené quant à la création d’un pôle des arts émergents devra être continué. Mais il ne peut faire l’économie d’une réflexion plus générale. Les 22000 signataires, les médias et les partis de l’opposition vont pouvoir s’approprier le débat qu’ils nous ont réclamé, au même titre que le collectif ou le Collège.

Voici le communiqué du collectif :

Mesdames,
Messieurs,

Le collectif « Liège 2015 » a annoncé mardi la conclusion d’un accord avec le Collège communal.

Toutefois, en accord avec les 22 000 signataires qui lui donnent sa force et sa légitimité, le collectif a décidé de ne pas en rester là et de soumettre au vote populaire la question « Souhaitez-vous que Liège dépose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 »? Par cet acte, le collectif restitue le mandat démocratique qui lui a été confié à qui de droit.

Suite à la décision de la Communauté française de raccourcir au 1er mars 2009 le délais pour se porter candidat, le collectif exige l’examen de sa demande à la séance du conseil communal de lundi 22 décembre prochain, par son inscription en extrême urgence à l’ordre du jour. En outre, renseignements à l’appui, il affirme que la consultation peut matériellement être organisée d’ici la mi-février 2009 et que cette échéance doit être respectée par les autorités compétentes.

Enfin, le collectif se réjouit du débat démocratique qui va désormais s’ouvrir pour la culture à Liège et maintient son entière ouverture aux résultats des délibérations du conseil communal de lundi prochain.

Le collectif Liège 2015

Liège 2015 : la particratie a parlé !

Ce n’est un secret pour personne, j’assistais hier soir aux débats publics du conseil communal de la Ville de Liège. Deux points devaient toucher à la candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015 : une motion de l’opposition appuyant cette candidature et un protocole de la majorité visant à soutenir la candidature de Mons. Le conseil communal s’est prononcé contre Liège 2015, majorité contre opposition. Le conseil communal s’est prononcé pour Mons 2015, majorité et MR contre opposition (Ecolo). L’article qui suit est un peu long mais me semble intéressant à lire pour bien clarifier les enjeux.

Les mécanismes qui président à la décision politique sont éminemment complexes. Plusieurs conseillers socialistes et humanistes avaient déjà jadis interpellé le conseil dans la perspective d’une telle candidature. Ces derniers jours, la fronde a fait rage au sein des partis : nombreux étaient les conseillers qui refusaient de se plier à une décision qu’en leur for intérieur ils n’acceptaient pas. Pourtant, hier soir, toute la majorité, sans le moindre résistant en ses rangs, a voté contre la motion et pour le protocole.

Une lecture convaincante décline l’essence de la décision adoptée in fine sur un axe d’équilibre tracé entre le jeu partisan et la démocratie, sans être manichéen. Je précise directement que mon analyse n’est pas originale. C’est la lecture qui domine la plupart des interventions, comme ici ou ici. Je voudrais pourtant formaliser l’analyse et pondérer les arguments en présence.

Les partis politiques

Par définition, un parti politique est une organisation de moyens et de personnes formée en vue d’acquérir ou de conserver le pouvoir. Cet objectif est reconnu, légitime, et participe au jeu démocratique belge depuis longtemps. Ce simple constat permet déjà de tirer des enseignements féconds et explique en partie la médiocrité abyssale des débats d’hier, comme je m’en expliquerai. En effet, sur un plan temporel, on peut situer ses arguments dans trois registres.

1. Le registre du passé : par définition, un parti politique est tourné vers l’avenir (acquérir le pouvoir) ou vers le présent (le conserver). Le passé ne peut que lui servir de justificatif – parfois commode – à ses positions présentes. En effet, l’acteur politique ne prête foi à des accords informels antérieurs qu’en vertu d’une stratégie qu’il poursuit, s’il croit que le respect de cet accord lui sera bénéfique dans le présent ou dans le futur. À moins d’observer une règle morale rigide qui confine au sado-masochisme incompréhensible par l’électeur… En bref, l’essentiel des positions développées par la majorité était ancrée dans le registre du passé : ce que Liège était, comment elle a évolué, les accords d’antan, etc.

2. Le registre du présent : la cartographie institutionnelle et politique est telle, aujourd’hui en Belgique, que plus aucun des partis représentés au conseil communal ne peut décemment offusquer ou brusquer un partenaire gouvernemental… À l’exception d’Ecolo qui s’érige de facto en ramasse-baffe de toute la classe politique, tous les partis se ménagent entre eux, c’était particulièrement manifeste hier.

Le cdH suivait le PS pour un motif éminemment contemporain : il s’agissait de toute évidence d’éviter le casus belli et le débarquement de la majorité manu militari. La défaite cinglante du cdH aux dernières élections liégeoises ne lui permet plus d’exercer un contre-poids efficace au sein de la majorité.

Le MR, par le biais de son chef de file au conseil communal, Didier Reynders, a adopté une position pâlement consensuelle : oui à Liège 2015 et oui à Mons 2015. De toute évidence, il s’agissait de ne pas froisser les partenaires fédéraux. En contrepartie de cette attitude insipide, certain(e)s conseiller(e)s du groupe ont été autorisés à monter au front et à sonner la charge dans un bel esprit démagogique.

3. Le registre de l’avenir : c’était évidemment le plus prégnant lors des débats hier soir. Les regards sont tournés vers 2009 depuis juin 2007. Le PS, qui défend la « solidarité wallonne », qui hurle au sous-régionalisme quand on lui parle de « Liège 2015 », avait très clairement en vue les élections de 2009 et l’attribution plus ou moins heureuse des postes liégeois dans les prochains exécutifs wallon et communautaire.

Du pur sous-régionalisme dans l’esprit, en bref. Sans parler des probables stratégies individuelles de carrière qui se sont mêlées aux débats. Pourtant, sur le pur plan de la stratégie, le PS semble avoir paniqué et s’être replié sur sa frilosité interne et ses tabous. Il y a fort à parier qu’ils seraient sortis gagnants d’une attitude plus constructive envers le mouvement populaire qui prend naissance. Des alternatives stratégiques existaient, fut-ce celle d’une candidature fantoche.

Démocratie

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple (demos, kratos). D’emblée, une remarque : la démocratie n’est pas forcément la panacée et il convient d’éviter à tout prix, selon moi, l’écueil d’une tyrannie de la doxa (l’opinion). Il faut maintenir des ressorts proprement politiques qui permettent le recul nécessaire à la volonté populaire.

Le système belge est une démocratie représentative, ce qui signifie que le peuple exerce son pouvoir par le biais de représentants qu’il élit à cette fin. Il décerne aux candidats victorieux le mandat de les représenter, à charge pour eux de rendre des comptes lors des prochaines élections. Voilà pour les principes.

Or, sur le plan de la démocratie, tout, absolument tout plaidait en faveur d’une candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015.

1. Le PS et le cdH, majorité sortante, ont fait campagne sur le thème d’une ville culturelle forte. Le PS surtout a fait de la culture à Liège un des fers de lance de sa campagne électorale, exprimant le souhait de faire de Liège une locomotive culturelle internationale, en tous cas à l’échelle de l’Euregio.

2. Reconduite sans panache, cette majorité a adopté avec force flonflons un « Projet de Ville 2007-2015 » qui intègre des objectifs très ambitieux en matière culturelle, qui auraient trouvé leur plein épanouissement dans le cadre d’une capitale culturelle européenne. Il y est notamment écrit que « la Ville mise sur la culture pour son avenir » et entend « positionner Liège comme métropole culturelle ».

Au demeurant, de nombreux conseillers de la majorité étaient très attachés au projet et ont longtemps résisté avant de le brader. J’ignore les pressions réelles qui ont été exercées. Ce que je sais, c’est que plusieurs ont voté « non » la mort dans l’âme. Dans l’ensemble, le groupe cdH à voté à contre-cœur. Quelle force a-t-elle pu les y contraindre ?

3. La démocratie est étroitement liée à l’État de droit et au respect des procédures. À cet égard, la ville de Liège était déliée de tout engagement politique et de toute contrainte juridique. Elle disposait en droit de toutes les clés pour déposer une candidature. En fait, un accord avait été conclu dont certains se sont prévalus (c’était l’argument prépondérant du cdH) lorsque même cet accord, devenu illégal entretemps, pouvait être dénoncé. Il était plus commode de s’y référer…

4. Pour couronner le tout, un fort mouvement citoyen s’est fait jour spontanément, soucieux de défendre les intérêts culturels de la ville. Un mouvement pas précisément opposé aux idées politiques de la majorité, contrairement à un certain dénigrement qui a consisté à voir dans le chef des pétitionnaires une attitude de déstabilisation politique peu recommandable. Or, ce mouvement n’a pour ambition que de faire renaître sa ville et lui rendre un second souffle.

5. Au demeurant, je crois que systématiquement tous les intervenants ont reconnu la légitimité de principe d’une candidature de Liège, tous ont souligné ses fantastiques atouts culturels, tous ont remercié « l’enthousiasme » des promoteurs de l’appel, tous ont salué l’envie forte des Liégeois d’une culture différente, tous ont applaudi la mobilisation citoyenne, tous ont promis de meilleurs lendemains…

Et pourtant…

Conclusion

… Tous, au sein de la majorité, accompagnés du MR sur la motion entérinant la candidature de Mons, ont clairement pris une décision de principe défavorable à Liège, contraire aussi bien à leur programme qu’à leur Plans stratégiques, contraire à l’État de droit et contraire à la volonté citoyenne. Dont acte.

En l’espèce, j’ai voulu montrer que le jeu partisan est un mal nécessaire. Sans doute trouve-t-il une légitimité dans la manière dont fonctionne une démocratie représentative. Pour autant, la démocratie pose une série de principes qui ne sont pas toujours compatibles avec les intérêts partisans. À mon sens, je l’ai dit, la tyrannie de l’opinion n’est pas une option nécessairement viable. Je crois sincèrement qu’un point d’équilibre doit être fondé et légitimer le consensus qui émerge. Entre démocratie et particratie.

Manifestement, ce point d’équilibre n’a pas été trouvé hier. C’est un constat, pas une opinion. Les argumentaires développés par de trop nombreux membres de la majorité sonnaient hélas bien creux. Il est évident que, pour ce cas-ci, ce sont les partis politiques qui ont parlé, en lieu et place du peuple supposé être le détenteur ultime et légitime du pouvoir.

Bon, ce n’est pas un drame. Maintenant, il va s’agir pour la majorité d’être confrontée à ses actes et d’assumer ses responsabilités. Fondamentalement, l’intérêt premier de Liège a été mis en sourdine au regard de considérations irrecevables pour la population. Celle-ci devra prendre acte et renouveler les voies du combat culturel à Liège : il ne fait que commencer.

Mise au point sur le débat des Présidents

Je suis en train de regarder la rediffusion de l’émission Mise au Point, sur la RTBF, enregistrée hier en direct de la Chambre. Le débat a lieu entre tous les Présidents de partis francophones.

Deux réflexions me viennent à l’esprit.

La première porte sur la forme. Il faut se féliciter qu’enfin un débat serein puisse avoir lieu entre ces éminences de notre vie politique. On a trop vu, depuis les élections, Mme Milquet et MM. Reynders, Javaux et di Rupo, se tirer dans les pattes pour des motifs préélectoralistes parfois flagrants. Ce matin, en toute honnêteté, je suis très heureux d’assister à un véritable débat respectueux. Alors, je ne dis pas que tout le monde est d’accord, on a eu droit à de belles passes d’armes entre Jean-Michel Javaux et Joëlle Milquet, et entre Jean-Michel Javaux et Elio di Rupo. Ecolo fait son job d’opposition et critique le gouvernement, c’est normal, le gouvernement fraîchement formé défend son accord, c’est tout aussi normal. Pour autant, les sales vannes, les tackles du fond des âges n’ont pas eu lieu. On a discuté programme, pas personnes.

Ma seconde réflexion porte sur le fond, et c’est là que le bât blesse un peu plus. Bon, j’ai la critique légère mais c’est aussi le rôle d’un blogueur. Je trouve que la discussion est restée très limitée. Le thème principal a sans conteste été une potentielle réforme fiscale, avec de multiples questions ; fallait-il chiffrer l’accord? Le projet favorise-t-il les bas ou les hauts revenus? Quelles mesures pour les pensionnés, les précarisés, etc? Chacun tente de défendre son bilan, c’est entendu. Bien sûr, c’est important. Il n’empêche ; on discute de l’effet plus ou moins redistributif de certains leviers fiscaux, en partant du principe que l’argent fait le bonheur. Ce n’est « que ça », c’est orienter un peu plus ou un peu moins les moyens publics vis-à-vis de certains publics. Ensuite, on parle (un peu) des peines de prison et, enfin, de la réforme de l’Etat et de son calendrier, ainsi que des rapports entre communautés et entre francophones.

Un grand nombre de débats cruciaux auxquels sera inévitablement confronté le nouveau gouvernement ne seront même pas abordés. Comment le gouvernement entend-il faire face à la crise boursière qui s’annonce? Est-ce un faux problème? Et la fin du pétrole, un faux débat?  Au fond, à part la mise en place d’une « Task Force« , quelles mesures environnementales sont envisagées (JMJ en a d’ailleurs fait la remarque tout à la fin)? On pourrait aller plus loin : le gouvernement ne doit-il pas réagir collégialement aux évènements de Lhassa?

Voilà, il était positif d’assister à un débat serein et constructif, respectueux, dommage simplement qu’il soit resté cantonné au belgo-belge et à des thématiques très limitées, certes importantes mais parfois fort éloignées des enjeux vraiment importants qui s’annoncent à l’avenir.

Il est né le divin gouvernement

Source : le Politique Show