Consultation populaire à Liège

Ce lundi 22 décembre, le conseil communal de Liège a voté à l’unanimité en faveur d’une consultation populaire portant sur la question : « Souhaitez-vous que la Ville de Liège pose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 »? Il a été décidé qu’un quorum de participation de 16000 votants rendrait le suffrage recevable et que, dès maintenant, une commission issue du conseil communal et présidée par l’échevin de la culture travaillerait au montage d’un dossier de candidature. Cette commission sera appelée à ouvrir grand les portes du débat démocratique à tous les acteurs, associations et institutions concernés, ainsi qu’à travailler en toute transparence, avec de réguliers compte-rendus publics de l’état d’avancement du dossier.

Le collectif « Liège 2015 » se réjouit très sincèrement de cette issue, et tient à adresser ses sincères félicitations au conseil communal pour sa décision, aussi bien aux partis de la majorité qu’à ceux de l’opposition. Le vote à l’unanimité sur un sujet aussi politiquement délicat, à une encablure d’élections lourdes d’enjeux, est un témoignage de bonne foi de la part de tous les acteurs concernés. Le collectif estime maintenant réunies les conditions nécessaires à la tenue d’un débat de qualité et appelle le conseil à poursuivre ses travaux dans la voie de respect mutuel et d’esprit constructif pour laquelle il s’est prononcé, en se dotant pour ce faire des moyens suffisants.

Voici une belle manière de clore provisoirement la trilogie mouvementée, très mouvementée, de Liège 2015 et de l’introduction de la demande de consultation populaire annoncée dès le 27 juin. Pour rappel, en voici le mode d’emploi, qui donne peut-être une vague idée de l’immense travail accompli par Alain De Clerck, François Schreuer et tous ceux qui se sont investis avec beaucoup d’abnégation et un volontarisme en béton armé pour que cette consultation puisse avoir lieu. L’enjeu culturel sera maintenant placé pour un temps au cœur des débats publics.

Quelques remarques sur cet épilogue temporaire.

Avant

Quels qu’aient été les aléas menant à la décision adoptée à l’unanimité par le conseil communal de ce lundi 22 décembre, l’important est précisément qu’elle ait été adoptée, qui plus est à l’unanimité. Je suis persuadé que les épisodes animés, voire franchement bordéliques, qui ont conduit par une improbable alchimie à susciter la cohésion du conseil communal, font partie intégrante de sa décision unanime. Voudrait-on en réécrire la trame, voire le scénario, que nous serions bien en peine de le faire. C’est la raison pour laquelle je tiens à maintenir, après réflexion, mes deux billets précédents, pourtant rédigés dans le feu de l’action et sans le moindre recul. Je peux témoigner qu’il réside quelque chose de proprement initiatique dans le cours de ces événements.

Maintenant

D’ores en avant, le collectif va se doter d’une structure juridique et du cadre formel qui lui ont fait défaut jusqu’à présent. Il veillera bien entendu, tant que faire se peut, à la bonne tenue des débats initiés par le conseil communal et à y contribuer utilement. Pour ma part, je resterai bien entendu à la disposition du collectif pour jouer les petites mains, me rendre utile lorsque (et si) le besoin s’en fait sentir. En effet, d’ici quelques petites semaines, je serai appelé sous d’autres lattitudes pour des motifs professionnels, et ce pour une longue durée. Cher lecteur, n’aie crainte : pour le 22 février, je donnerai procuration!

Ils en parlent

La Libre

La Meuse (I et II)

Actu 24

RTL Info

Liège 2015 : la particratie a parlé !

Ce n’est un secret pour personne, j’assistais hier soir aux débats publics du conseil communal de la Ville de Liège. Deux points devaient toucher à la candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015 : une motion de l’opposition appuyant cette candidature et un protocole de la majorité visant à soutenir la candidature de Mons. Le conseil communal s’est prononcé contre Liège 2015, majorité contre opposition. Le conseil communal s’est prononcé pour Mons 2015, majorité et MR contre opposition (Ecolo). L’article qui suit est un peu long mais me semble intéressant à lire pour bien clarifier les enjeux.

Les mécanismes qui président à la décision politique sont éminemment complexes. Plusieurs conseillers socialistes et humanistes avaient déjà jadis interpellé le conseil dans la perspective d’une telle candidature. Ces derniers jours, la fronde a fait rage au sein des partis : nombreux étaient les conseillers qui refusaient de se plier à une décision qu’en leur for intérieur ils n’acceptaient pas. Pourtant, hier soir, toute la majorité, sans le moindre résistant en ses rangs, a voté contre la motion et pour le protocole.

Une lecture convaincante décline l’essence de la décision adoptée in fine sur un axe d’équilibre tracé entre le jeu partisan et la démocratie, sans être manichéen. Je précise directement que mon analyse n’est pas originale. C’est la lecture qui domine la plupart des interventions, comme ici ou ici. Je voudrais pourtant formaliser l’analyse et pondérer les arguments en présence.

Les partis politiques

Par définition, un parti politique est une organisation de moyens et de personnes formée en vue d’acquérir ou de conserver le pouvoir. Cet objectif est reconnu, légitime, et participe au jeu démocratique belge depuis longtemps. Ce simple constat permet déjà de tirer des enseignements féconds et explique en partie la médiocrité abyssale des débats d’hier, comme je m’en expliquerai. En effet, sur un plan temporel, on peut situer ses arguments dans trois registres.

1. Le registre du passé : par définition, un parti politique est tourné vers l’avenir (acquérir le pouvoir) ou vers le présent (le conserver). Le passé ne peut que lui servir de justificatif – parfois commode – à ses positions présentes. En effet, l’acteur politique ne prête foi à des accords informels antérieurs qu’en vertu d’une stratégie qu’il poursuit, s’il croit que le respect de cet accord lui sera bénéfique dans le présent ou dans le futur. À moins d’observer une règle morale rigide qui confine au sado-masochisme incompréhensible par l’électeur… En bref, l’essentiel des positions développées par la majorité était ancrée dans le registre du passé : ce que Liège était, comment elle a évolué, les accords d’antan, etc.

2. Le registre du présent : la cartographie institutionnelle et politique est telle, aujourd’hui en Belgique, que plus aucun des partis représentés au conseil communal ne peut décemment offusquer ou brusquer un partenaire gouvernemental… À l’exception d’Ecolo qui s’érige de facto en ramasse-baffe de toute la classe politique, tous les partis se ménagent entre eux, c’était particulièrement manifeste hier.

Le cdH suivait le PS pour un motif éminemment contemporain : il s’agissait de toute évidence d’éviter le casus belli et le débarquement de la majorité manu militari. La défaite cinglante du cdH aux dernières élections liégeoises ne lui permet plus d’exercer un contre-poids efficace au sein de la majorité.

Le MR, par le biais de son chef de file au conseil communal, Didier Reynders, a adopté une position pâlement consensuelle : oui à Liège 2015 et oui à Mons 2015. De toute évidence, il s’agissait de ne pas froisser les partenaires fédéraux. En contrepartie de cette attitude insipide, certain(e)s conseiller(e)s du groupe ont été autorisés à monter au front et à sonner la charge dans un bel esprit démagogique.

3. Le registre de l’avenir : c’était évidemment le plus prégnant lors des débats hier soir. Les regards sont tournés vers 2009 depuis juin 2007. Le PS, qui défend la « solidarité wallonne », qui hurle au sous-régionalisme quand on lui parle de « Liège 2015 », avait très clairement en vue les élections de 2009 et l’attribution plus ou moins heureuse des postes liégeois dans les prochains exécutifs wallon et communautaire.

Du pur sous-régionalisme dans l’esprit, en bref. Sans parler des probables stratégies individuelles de carrière qui se sont mêlées aux débats. Pourtant, sur le pur plan de la stratégie, le PS semble avoir paniqué et s’être replié sur sa frilosité interne et ses tabous. Il y a fort à parier qu’ils seraient sortis gagnants d’une attitude plus constructive envers le mouvement populaire qui prend naissance. Des alternatives stratégiques existaient, fut-ce celle d’une candidature fantoche.

Démocratie

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple (demos, kratos). D’emblée, une remarque : la démocratie n’est pas forcément la panacée et il convient d’éviter à tout prix, selon moi, l’écueil d’une tyrannie de la doxa (l’opinion). Il faut maintenir des ressorts proprement politiques qui permettent le recul nécessaire à la volonté populaire.

Le système belge est une démocratie représentative, ce qui signifie que le peuple exerce son pouvoir par le biais de représentants qu’il élit à cette fin. Il décerne aux candidats victorieux le mandat de les représenter, à charge pour eux de rendre des comptes lors des prochaines élections. Voilà pour les principes.

Or, sur le plan de la démocratie, tout, absolument tout plaidait en faveur d’une candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015.

1. Le PS et le cdH, majorité sortante, ont fait campagne sur le thème d’une ville culturelle forte. Le PS surtout a fait de la culture à Liège un des fers de lance de sa campagne électorale, exprimant le souhait de faire de Liège une locomotive culturelle internationale, en tous cas à l’échelle de l’Euregio.

2. Reconduite sans panache, cette majorité a adopté avec force flonflons un « Projet de Ville 2007-2015 » qui intègre des objectifs très ambitieux en matière culturelle, qui auraient trouvé leur plein épanouissement dans le cadre d’une capitale culturelle européenne. Il y est notamment écrit que « la Ville mise sur la culture pour son avenir » et entend « positionner Liège comme métropole culturelle ».

Au demeurant, de nombreux conseillers de la majorité étaient très attachés au projet et ont longtemps résisté avant de le brader. J’ignore les pressions réelles qui ont été exercées. Ce que je sais, c’est que plusieurs ont voté « non » la mort dans l’âme. Dans l’ensemble, le groupe cdH à voté à contre-cœur. Quelle force a-t-elle pu les y contraindre ?

3. La démocratie est étroitement liée à l’État de droit et au respect des procédures. À cet égard, la ville de Liège était déliée de tout engagement politique et de toute contrainte juridique. Elle disposait en droit de toutes les clés pour déposer une candidature. En fait, un accord avait été conclu dont certains se sont prévalus (c’était l’argument prépondérant du cdH) lorsque même cet accord, devenu illégal entretemps, pouvait être dénoncé. Il était plus commode de s’y référer…

4. Pour couronner le tout, un fort mouvement citoyen s’est fait jour spontanément, soucieux de défendre les intérêts culturels de la ville. Un mouvement pas précisément opposé aux idées politiques de la majorité, contrairement à un certain dénigrement qui a consisté à voir dans le chef des pétitionnaires une attitude de déstabilisation politique peu recommandable. Or, ce mouvement n’a pour ambition que de faire renaître sa ville et lui rendre un second souffle.

5. Au demeurant, je crois que systématiquement tous les intervenants ont reconnu la légitimité de principe d’une candidature de Liège, tous ont souligné ses fantastiques atouts culturels, tous ont remercié « l’enthousiasme » des promoteurs de l’appel, tous ont salué l’envie forte des Liégeois d’une culture différente, tous ont applaudi la mobilisation citoyenne, tous ont promis de meilleurs lendemains…

Et pourtant…

Conclusion

… Tous, au sein de la majorité, accompagnés du MR sur la motion entérinant la candidature de Mons, ont clairement pris une décision de principe défavorable à Liège, contraire aussi bien à leur programme qu’à leur Plans stratégiques, contraire à l’État de droit et contraire à la volonté citoyenne. Dont acte.

En l’espèce, j’ai voulu montrer que le jeu partisan est un mal nécessaire. Sans doute trouve-t-il une légitimité dans la manière dont fonctionne une démocratie représentative. Pour autant, la démocratie pose une série de principes qui ne sont pas toujours compatibles avec les intérêts partisans. À mon sens, je l’ai dit, la tyrannie de l’opinion n’est pas une option nécessairement viable. Je crois sincèrement qu’un point d’équilibre doit être fondé et légitimer le consensus qui émerge. Entre démocratie et particratie.

Manifestement, ce point d’équilibre n’a pas été trouvé hier. C’est un constat, pas une opinion. Les argumentaires développés par de trop nombreux membres de la majorité sonnaient hélas bien creux. Il est évident que, pour ce cas-ci, ce sont les partis politiques qui ont parlé, en lieu et place du peuple supposé être le détenteur ultime et légitime du pouvoir.

Bon, ce n’est pas un drame. Maintenant, il va s’agir pour la majorité d’être confrontée à ses actes et d’assumer ses responsabilités. Fondamentalement, l’intérêt premier de Liège a été mis en sourdine au regard de considérations irrecevables pour la population. Celle-ci devra prendre acte et renouveler les voies du combat culturel à Liège : il ne fait que commencer.

Liège 2015 : happening au conseil communal

Cher lecteur, tu as certainement suivi l’importante médiatisation – à l’échelle principautaire au moins – de l’appel public pour que Liège soit capitale européenne de la culture en 2015. De quoi s’agit-il au fond ? D’un titre européen décerné par un jury d’experts au terme d’un examen attentif des candidatures valablement introduites. Voilà pour le principe.

Liège 2015

En réalité, deux problèmes se posent à deux échelles différentes.

Premièrement, ce n’est une surprise pour personne, une ville a été désignée officieusement depuis longtemps déjà, ce qu’ont entériné des décisions des gouvernements de la Communauté française et de la Région wallonne depuis quelques années. Ces décisions accordent notamment des moyens financiers pour monter une candidature solide à cette seule ville, au mépris le plus flagrant de l’égalité qui devrait régner entre les candidats en vertu des prescrits européens.

La procédure de sélection, qui doit respecter des règles européennes, n’est visiblement pas bien intégrée par la Ministre Laanan qui a démontré avec brio, à la fois son ignorance totale du dossier et son très haut respect des procédures en vigueur. En outre, la sélection de la capitale européenne de la culture 2015 serait en phase alléguée de « communautarisation », suite à un leurre grossier de Bart Somers qui jette un voile sur les mécanismes de décision. Bref, rien ne concourt à une grande transparence de la procédure de sélection de la capitale européenne de la culture en 2015. Les promoteurs de l’appel s’en sont ouvert dans un communiqué.

Deuxièmement, l’appel public met le doigt sur un point sensible et suscite une importante ferveur populaire. Or, quel constat peut-on tirer ? Pour l’instant, la majorité politique ne semble pas vouloir donner le change. Il faut espérer qu’un débat constructif se tiendra sur la culture à Liège mais ce n’est pas la voie dans laquelle s’engage actuellement l’échevin de la culture. François Schreuer, sur son blog, indique à quel point les promoteurs de l’appel sont déterminés à aller jusqu’au bout. À commencer par la tenue d’une conférence de presse, dès demain à 10h30 à l’An Vert, lieu de culture alternative en péril de disparition.

C’est pour inciter la classe politique liégeoise à adopter une attitude constructive qu’un rendez-vous est pris ce lundi 26 mai, à partir de 18h, en séance publique du conseil communal. Il ne s’agit pas de perturber les travaux du conseil mais bien d’exprimer pour notre ville de Liège l’envie d’un « mieux » sur le plan culturel.