Bons baisers de Belgique

Comme c’est désormais la tradition en Belgique, le Royaume a l’infini plaisir et le très grand honneur d’offrir aux Belges son gouvernement nouveau. Cet année, le bouquet est amer et la coupe est pleine. Le gouvernement neuf de l’an (200)9 est de composition délicate et aux multiples arômes divergents, qui lui donnent une amertume vacillante, avec un arrière-goût de BHV.

Profitez-en bien, petits veinards!

Bons baisers de Belgique et très bonne année 2009!

Démagogie(s) pétrolière(s)

Je suis dépendant, tu es dépendant, nous sommes dépendants, … Le pétrole est une ressource en voie de raréfaction à laquelle nos sociétés sont inextricablement liées. L’ensemble des transports est configuré sur un syllogisme tristement simple, mais redoutablement efficace :

Primo, je crée un mode de déplacement (par exemple, la voiture), qui nécessite une ressource particulière, en l’occurrence une ressource minérale non-renouvelable, le pétrole.

Secundo, grâce à cette invention, je modifie mes comportements de déplacement notamment. En réalité, ce mode de déplacement que j’ai inventé crée des distances qu’il est seul à même de parcourir.

Tertio, je bénéficie donc de ce mode de déplacement sans plus pouvoir m’en passer. Je suis donc dépendant.

Double problème

D’abord, je ne suis pas seul à m’être rendu dépendant à ce mode de déplacement et ipso facto à son carburant principal, le pétrole. Non seulement mes semblables m’ont imité, mais les entreprises ont également emprunté en bonne partie le chemin du transport à l’aide de ce même carburant. Coûts de congestion!

Ensuite, parce que comme tout le monde fait comme moi, on commence à en manquer, de cette fameuse ressource, de ce fameux pétrole. À quand la fin du pétrole?

Triple réponse des gouvernants

Face à la raréfaction, trois réponses (sans prétendre à l’exhaustivité) sont actuellement données par les gouvernements

  1. La mauvaise idée démagogique. D’abord, « le pétrole c’est mal, c’est bien vrai, pour éviter le réchauffement climatique poursuivons l’activité nucléaire ». Cette solution revient à soigner le mal par le mal. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Ulrich Beck, le théoricien de la société du risque.
  2. L’inertie démagogique. Une autre attitude consiste, tout en multipliant les discours écologiques, à demander à l’Europe (sachant qu’elle n’en fera rien) de suspendre ou diminuer la TVA sur les produits énergétiques pour faire face à la crise, solution conjoncturelle et court-termiste (sans préjudice de réductions ciblées pour les plus bas revenus). Sarkozy avait fait ça bien, fin mai-début juin… Et n’avait bien sûr pas manquer de rejeter la faute sur l’Europe après le prévisible refus de celle-ci…
  3. La fuite en avant démagogique. Une dernière attitude consiste à anticiper la crise du pétrole en construisant des gros axes routiers (jusqu’à dix-sept bandes! – l’article vaut la peine d’être lu jusqu’au bout). C’est pourtant très logique ; pour faire une route, il faut du bitume. Sans pétrole, comment on fait?

Dernière réponse pour la bonne bouche : stimuler l’écodriving, dernière fantaisie en date de « l’écologie sociale ». Cette proposition ultime en matière de révolution environnementale mérite une catégorie à elle seule. Car pour être totalement inerte, personne ne le contestera, elle ne semble même pas être démagogique.

Et si la Belgique était douée en fait?

Conclusion : mauvaises solutions, pas de solution ou euthanasie programmée (et accélérée).

Finalement, et si la meilleure solution face à la crise du pétrole consistait à n’avoir point de gouvernement pour faire des bétîses et laisser la ressource se mettre d’elle-même hors d’atteinte du commun des mortels?  La Belgique excelle sur ce plan là!

ADD : l' »écodriving » passé au fil de l’épée par Jacky Morael

Pour une destruction créative de la Belgique

Un an. Nous y sommes. Un an de turpitudes, médiocrités, coups bas. Long, interminable calvaire politique. Clairement, le bilan est désastreux et l’ambiance morose. Hier encore, un des négociateurs de la majorité avec qui j’avais l’occasion de débattre affirmait qu’à l’heure actuelle et malgré le bidouillage d’un gouvernement, les vraies questions n’étaient toujours pas abordées.

Différentes échéances tétanisent nos élus. Électorales, bien sûr. Ce n’est pas tout : comme si cela ne suffisait pas, ils ont procédé en se fixant eux-mêmes des deadlines temporelles qui agissaient à la fois comme facteur de pression supplémentaire et comme facteur de paralysie (écouter le commentaire de Geoffroy Matagne).

Les mots manquent aux plus fins analystes de notre vie politique, à l’instar de Charles Bricman :

J’avoue rester pantois au spectacle de l’espèce de prostration morbide dans laquelle la totalité de notre personnel politique, de gauche à droite et du sud au nord, se laisse dériver vers les récifs qui menacent de pulvériser le radeau Belgique. Mardi, il y a aura un an que nous avons voté. Et nous n’avons toujours pas de gouvernement.

Je crois que dans l’ensemble, tout le monde s’accorde pour dénoncer l’incurie des négociateurs et l’impuissance dans laquelle ils semblent s’enfermer un peu plus chaque jour. Presque avec résignation. Chaque partie du pays, Nord et Sud, campe sur ses positions tristement restrictives et creuse un peu plus, de la sorte, le sillon d’un discours unilatéral qui chaque jour tourne davantage à l’obsession monomaniaque.

Les motifs ? Maintes fois répertoriés, ils dénoncent principalement le manque d’espaces de dialogue instaurés entre Communauté flamande et Région wallonne. Élections découplées, trop peu de représentativité au Parlement fédéral, absence de toute forme de circonscription fédérale, etc. L’heure n’est plus aux diagnostics. Il s’agit aujourd’hui de prendre les devants et de proposer un avenir pour ce pays, un avenir pour cette Belgique dont tout le monde s’accorde à dire qu’en l’état, elle n’est plus viable.

Plaider que le pays est arrivé au bout d’une logique institutionnelle s’avère séduisant. Il est vrai que le pays semble à bout de souffle, radicalement incapable de faire souffler un vent de fraîcheur. Les caprices politiques de ces derniers mois sont un caprice de nantis, un privilège de luxe d’un pays où malgré tout beaucoup de choses tournent bien. La richesse – pas uniquement matérielle – y est considérable et il y est, par conséquent, d’autant plus dommageable de s’enfermer dans une telle médiocrité.

En bref, le temps n’est plus à la complainte et à l’inertie. Flamands comme francophones doivent oser sortir des tranchées, sortir de la caverne et contempler la lumière. Ils doivent maintenant faire preuve de créativité. Ce ne sont pas les idées qui manquent, comme en témoignent les 100 projets pour la Belgique conçus par des jeunes de tous rangs, de tout bord. Les politiques doivent piocher dans ce vivier, prendre la responsabilité d’endosser un projet, une vision pour le pays. Qui ne repose pas forcément sur sa dualisation actuelle, au contraire.

Il n’est jamais trop tard ! À condition de prendre les utopies à bras-le-corps et de les porter sur la place publique, nos politiciens peuvent encore sortir gagnants de cette gabégie. Leur pragmatisme électoral ne porte plus et a enfoncé le pays dans l’impasse. Prenons-en acte, de l’impasse. Prenons-en acte pour mieux relancer des pistes de renouveau, faisant fi des réalités institutionnelles, proposant de l’inédit !

La Belgique vaut mieux que l’affligeant spectacle auquel elle est confronté et je veux croire que notre classe politique peut encore, au fond de la crise, rebondir et rendre au pays un élan fédérateur, un beau projet qui vaille la peine de s’extirper de l’interminable conflit de tranchées qui mine le pays !

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update le 11/06 : ce post très intéressant d’Alexandre Plennevaux

Eclairage public : les actions Flash ne suffisent pas

« C’est une grande première en Wallonie: la nuit de l’obscurité plongera samedi soir plusieurs communes wallonnes dans un noir tout relatif. Cette initiative, qui existe en Flandre depuis 13 ans, a pour but de lutter contre la pollution lumineuse. L’occasion en passant de faire quelques économies d’énergie et peut-être de voir le ciel avec d’autres yeux… » [A plongé!]

J’avais 12 ans en 1996. Un jour, à l’occasion d’un trajet nocturne Bruxelles-Liège, il m’a pris la fantaisie de compter le long de l’autoroute le nombre de réverbères défectueux. Je peux vous assurer qu’il y en avait déjà beaucoup… mais pas encore assez! Car ce que j’ai surtout retenu de cette expérience, c’est tout simplement la quantité invraisemblable de poteaux éclairants que l’on retrouve partout, sur l’ensemble de notre réseau routier, sur la moindre petite nationale, la plus minuscule route, le plus minable chemin.

Avec le temps, mais très rapidement tout de même, sensibilisée qu’est notre génération aux problèmes écologiques, je me suis posé la question de savoir quelle quantité d’énergie consommaient tous ces réverbères. Cette réflexion fut naturellement prolongée par la question de leur coût intrinsèque. Combien coûte leur entretien?

Je n’ai pas de réponse à ces questions. A priori, les sites internet belges restent discrets sur le sujet. Néanmoins, j’ai été très intéressé de découvrir une étude publiée par l’ULg (en 2006) Cette étude est un véritable plaidoyer, non pas du non-éclairage, mais de l’éclairage intelligent. La question n’est pas de proscrire tout éclairage public. Mais sans remettre en question sa raison d’être, il me semble important de mener une brève réflexion sur les moyens mis en oeuvre.

Il existe des modèles de réverbères beaucoup plus ergonomiques, qui pour une économie d’énergie d’environ 2/3, procurent exactement la même qualité d’éclairage au sol, mais sans polluer le ciel nocturne d’une lumière trop importante.Un modèle innovant avait fait l’objet d’un article sur ce blog en son temps : le Windela (lien repris en bas d’article avec les « liens utiles »).

Outre la stricte consommation d’énergie, les dégâts causés par une luminosité irrationnelle peuvent aller se cacher là où on ne les attend pas. Ainsi, il est stupéfiant de constater le nombre d’oiseaux qui se tuent, induits en erreur par une luminosité artificielle. La Wallonie n’est pas dotée de ces modèles. Vu le nombre de poteaux qu’il faudrait remplacer, le coût de l’opération pour remettre un équipement plus moderne, plus économique, plus rationnel, plus respectueux de la nuit serait… conséquent, sans nul doute.

Toujours est-il que l’étude susmentionnée cite plusieurs exemples de villes où des travaux similaires ont été entrepris; s’ils engendrent à coup sûr un certain coût, en revanche ce coût est vite amorti, au vu des économies réalisées. Dans un registre plus localo-localiste, je tiens de source sûre que la ville de Liège travaillait (en 2006) sur un projet (certes pas pilote, il ne faudrait pas trop en demander) consistant tout simplement à remplacer les ampoules des feux de circulation par des leds. Pour des raisons d’opportunité politique, le projet ne s’est pas concrétisé. Mais il s’agit de projets porteurs d’avenir sur le principe, et il faut absolument veiller à en soutenir un maximum dans les années à venir.

Il s’agit du respect de nos engagements internationaux (Kyoto) mais également, et tout simplement, du respect de notre environnement ainsi que de bon sens élémentaire.

Alors, si on coupait 4 heures par nuit, on économiserait 12 millions d’€uros pour une diminution de confort franchement minime, et on pourrait financer… que sais-je… un circuit de Formule 1!

NB : cet article est une remise à l’actualité d’un des tous premiers articles de ce blog, daté du 26 janvier 2006, mais actualisé. Parmi ce qui a changé, je mentionnais l’éclairage de nuit scandaleux ; sous cette législature, le ministre Lutgen a calqué les mesures flamandes consistant à couper la lumière sur les autoroutes en seconde partie de nuit.

Liens utiles

L’enquête de l’ULg

Les études du MET (rubrique trafic)
Les leds
Windela sur Périscope

Un Noscar pour la Belgique!

SCOOP EXCLUSIF!

C’est tombé cette nuit, peu après 6h du matin.

La Belgique vient de se voir décerner un Noscar et pas n’importe lequel : celui du pays le plus compliqué politiquement. Le jury de la Noscar company, qui décerne le prix, est encore hilare au souvenir de la lecture de l’accord du comité des sages portant sur le « premier paquet » de réformes institutionnelles et de compétences à transférer aux entités fédérées dans le cadre d’une modernisation de l’Etat belge.

Le Nonos, surnom de ce fameux trophée, a été décerné vers 6h12 à GMT + 1 aux émissaires du Gouvernement belge qui, pour l’anecdote, ont été un peu gênés par le poids de l’objet, semble-t-il trop pesant pour un si petit pays que la Belgique.

Allez… Tout cela ne nous rendra pas le Congo, c’est bien entendu, mais qu’il est bon de temps en temps de pouvoir flatter sa belgitude!