CHB : déconstruction des discours

Dimanche dernier, le 4 mai 2008, a eu lieu une « vélorution » à Liège, c’est-à-dire une masse cycliste visant en l’espèce à délivrer un message politique clair : « Oui au tram! Non à l’autoroute!« . Comme l’explique très bien François Schreuer dans cette interview, le tram n’est pas l’apanage de la mobilité ni son avenir exclusif, mais participe de choix collectifs qu’il faut poser aujourd’hui sur la mobilité future. Et à cet égard, une certitude : ce n’est pas la liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays (CHB) qui va résoudre tous les problèmes de Liège.

Je voudrais par cet article clarifier les différents registres de discours qui encadrent les débats autour de cette autoroute controversée. C’est important, car enfermer la discussion dans un registre particulier conditionne la validité de la décision, qui sans cela serait discutable. Je distingue trois registres différents : l’un technique, le second juridique et le dernier, qui est authentiquement politique.

1. Un registre technique : il s’agit de « prouver », scientifiquement et techniquement, la pertinence d’un tronçon autoroutier supplémentaire (selon une analyse type coûts/bénéfices). Côté pile, il permettrait de finaliser un ring autour de Liège ainsi que de désengorger les voies rapides du centre, abondamment fréquentées, en partie en reliant l’Allemagne et l’autoroute du Luxembourg. Côté face, la construction d’une nouvelle route créerait un appel à voitures (comme le tunnel de Cointe qui est déjà engorgé après moins de dix ans) et modifierait les habitudes de déplacement ; enfin, cette liaison ne suffirait pas à parachever le ring.

2. Un registre juridique : ce registre de discours vise à établir la validité du projet en raison de sa conformité au droit. J.-P. Grafé, promoteur du projet, déclarait ainsi récemment que « le Conseil d’État et la Cour constitutionnelle belges, qui sont des juridictions habilitées à dire le droit, ont reconnu la parfaite légalité du plan de secteur autorisant la liaison CHB » (voir ici). Il s’agirait de dire que les études d’incidences ont été correctement réalisées, que la procédure a été respectée et que le montage juridique du projet tient la route. A nouveau, il ne fait nul doute qu’un combat juridique serait entrepris contre le permis CHB s’il devait être délivré, c’est-à-dire que sa légalité serait remise en cause. On annonce déjà des querelles autour d’avis juridiques de la Commission européenne…

3. Un registre authentiquement politique : quand bien même le projet d’autoroute CHB serait techniquement justifiable et juridiquement validé, sa réalisation en est-elle pour autant souhaitable? Bien entendu, les arguments techniques et juridiques participent au débat, mais il ne faut pas écarter le débat proprement politique. Cela consiste à poser la question de l’acceptabilité morale d’une autoroute au regard des défis écologiques, à prendre en considération le modèle de vie qui est proposé par la construction de CHB, de se poser la question de sa pertinence sociale. Il s’agit de voir également dans l’opposition à CHB le refus symptomatique de choix de mobilité posés sans autre forme d’interrogation que technique et juridique, et la réappropriation salutaire du débat politique par des collectifs citoyens.

Conclusions : ma conviction intime est que ce projet ne prendra pas corps. Il vacille, tremble sur ses bases et bredouille ses raisons d’être. Le Ministre Antoine défend le projet à voix basse. S’il devait être réalisé, ce tronçon créerait de toutes pièces un martyr à la cause anti-autoroute. Trop souvent, les tenants de CHB et les hommes politiques qui promeuvent cette autoroute ont retranché le débat derrière un discours technique et juridique. Ils sont aujourd’hui confrontés à une opposition citoyenne aussi ferme qu’inattendue et qui met ses promoteurs d’autant plus mal à l’aise que c’est un élément relativement neuf dans le débat public. À mon sens, ils devront apprendre à en tenir compte!

Article dans Le Soir.

Photos de la vélorution