La contradiction atomique

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de mettre en évidence un décalage particulièrement important des paroles aux actes, au sujet de la construction de nouvelles centrales nucléaires. En d’autres termes, le présent billet ambitionne de placer un parti, le cdH, face à ses promesses électorales. L’on sait la vacuité desdites promesses et que ce n’est plus, depuis longtemps, à l’aune de celles-ci que l’on juge la qualité de l’action d’une parti…

Il n’empêche, les sorties médiatiques particulièrement désastreuses du ministre Antoine sur le sujet du nucléaire ne peuvent laisser indifférent. Ramasser une gamelle aux élections fédérales n’est pas un bon prétexte pour faire feu de tout bois (encore qu’on serait dans le registre de la biomasse) ! Petite dialectique contradictoire.

Le programme en vue des élections fédérales de 2007, p. 8 :

Programmer la sortie de l’énergie nucléaire était une bonne chose. Malheureusement, cette décision impliquait la mise en place d’un ambitieux plan de substitution de l’énergie nucléaire par des énergies « propres ».

André Antoine :

« Cela suffit de les laisser répandre leur illusion écologiste. Maintenant, on doit dire la vérité aux gens, même si ça ne va pas dans le sens du vent : nous ne pourrons pas sortir du nucléaire à partir de 2015, comme cela avait été promis sous l’arc-en-ciel il y a quelques années. Et non seulement nous ne pouvons pas, mais nous ne devons pas le faire. »

Qui ment? Le programme ou Antoine?

Le programme dit encore, p. 132 :

Le cdH propose d’adopter  un  plan  ambitieux  d’énergie  alternatif à l’énergie fossile (pétrole, gaz, charbon) poursuivant un objectif clair de -30% d’émissions de gaz à effet de serre en 2020 et -80% en 2050 articulé autour de la réduction de notre consommation d’énergie et du développement des énergies renouvelables, élaboré dans le cadre de la « Task force pour une alternative à l’énergie fossile », prévoyant des mécanismes contraignants, des évaluations, des étapes et objectifs intermédiaires.

Le ministre Antoine :

« Ecolo n’avance aucune base chiffrée quand il s’agit de substituer la capacité de production nucléaire par des unités de production d’énergie renouvelable, mais nous signalons que cela supposerait d’implanter 16.000 éoliennes en Belgique, soit une moyenne de 27 éoliennes par commune ! Vous imaginez : 27 éoliennes à Ixelles… » Il insiste : « En tenant compte des autres filières alternatives (biomasse, hydraulique, etc.), les mêmes études montrent qu’au total, tout cela représenterait au maximum un sixième de la production électrique assurée par le nucléaire aujourd’hui. Or, la consommation d’électricité est en augmentation : de 88,8 % entre 1979 et 2006 ».

C’est ça la Task Force ?

Le programme, p. 132 toujours :

A cet égard, l’absence de stratégie énergétique en Belgique, imputable au gouvernement fédéral, a introduit une forte incertitude, comme en témoigne le retour à l’avant-plan du débat sur l’énergie nucléaire, malgré l’adoption de la loi de sortie en 2003. (…) La Belgique doit sortir en priorité de sa dépendance aux énergies fossiles. Elle doit, également, sortir de l’énergie nucléaire.

La conclusion d’Antoine sur le dossier du nucléaire :

« C’est quand même autre chose que l’impasse idéologique d’Ecolo ».

Ma conclusion personnelle : l’impasse idéologique, elle réside dans les promesses à tout crin que l’on ne tient pas. Sortir du nucléaire aujourd’hui demande un investissement massif et unidirectionnel dans les énergies alternatives et – n’en déplaise à M. Antoine – dans la réduction drastique de la consommation. C’est tout. Vouloir poursuivre le nucléaire ne nécessite pas de courage politique. Ce n’est pas « impopulaire » : ce qui l’est, c’est de rationner l’énergie disponible, d’implanter des parcs d’éoliennes ou de mettre le hola sur l’illusion photovoltaïque (les panneaux solaires ne vont pas résoudre tous les problèmes énergétiques, loin s’en faut). Bref, le courage politique, en matière énergétique, c’est d’éviter la procrastination.

NB : la Belgique compte 7 réacteurs nucléaires (contre 1 aux Pays-Bas, 0 en Italie ou au Portugal, par exemple), ce qui est proportionnellement une des densités les plus fortes au monde.

NB2 : lire également ceci sur le site d’André Antoine.

UPDATE : à lire cet indispensable complément d’information (David Leloup, journaliste Imagine).

UPDATE 5/11 : Daras passe les « Schtroumpfs oranges » à la sulfateuse

La saga wé

Quelle histoire que cette affaire Sagawé, pourrait-on dire en bon belge!

A ma gauche, les tenants d’un respect strict de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. Ils estiment qu’un jugement coulé en force de chose jugée doit être exécuté, sous peine d’induire un sentiment d’impunité dans le chef des citoyens.

A ma droite, un ménage d’un autre âge qui a élu domicile dans un bâtiment illégal construit par eux en connaissance de cause ; ils avaient déjà été jugés. Ils n’entendent pas se laisser faire et voir leur construction démolie « pour l’exemple » (c’est bien de cela qu’il s’agit vu la tournure médiatique des évènements) et disposent probablement d’un taux de sympathie de 85 % des auditeurs de RTL.

Sagawé

Où trancher?

D’un côté, on ne peut laisser tout citoyen aménager le territoire selon son bon plaisir ; derrière le CWATUP(E) (le code qui régit cette matière) résident une conception particulière de la Wallonie et les règles de sa mise en oeuvre. En principe. A l’heure où le quatre-façade de banlieue péri-urbaine, car porch en option, devient la norme, les pouvoirs publics doivent se donner les moyens d’une politique forte et claire, au-delà de l’effet d’annonce. En commençant par homogénéiser le bloc de compétence sur cette matière (voir la potentielle régionalisation de la loi Ikéa).

D’un autre côté, dans le cas Sagawé, le signal vient après de nombreuses tergiversations, sources de conflit entre l’ancienne majorité MR et l’actuelle cdH (voir Le Soir et La Libre). En outre, on peut discuter l’opportunité de sévir dans un dossier particulier – a fortiori dont la presse s’est emparé – au titre d’exemple. Vouloir faire l’exemple en matière d’infractions urbanistiques, c’est aussi planter les germes d’une discrimination.

En bref, vous constaterez qu’il est difficile de trancher. L’image qui ressort est probablement celle que dénonce la presse ; celle d’un politique qui peine à se dégager de la mêlée et à assumer ses choix sous la constante pression médiatique. L’essentiel, constatant combien il est difficile de revenir en arrière une fois la construction érigée, est d’adopter une approche préventive. Mais l’aménagement du territoire ne peut être sacrifié aux intérêts particuliers!