Résister au FN: ni le doigt, ni sa lune

Le proverbe dit:

Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt

Le Front national français désigne constamment sa « lune » à lui: sécurité, immigration, et islam. Ce sont là les trois problèmes essentiels qui font du FN un parti « lunatique ».

Une stratégie consiste à dénoncer le messager, et à focaliser l’ensemble de la critique sur le parti politique « Front national » et sur son leader, Le Pen & fille. C’est la diabolisation des personnes. Ca peut fonctionner, mais ça correspond globalement à « regarder le doigt ». Le FN, en tant que parti, est le vecteur qui désigne les problèmes cités ci-dessus, et s’en prendre au FN consiste à délégitimiser le messager, plutôt que le message – la « lune ».

C’est le grand enseignement du premier tour des élections que cette stratégie est un échec. Plus vous lancez un mot d’ordre contre « Le Pen », plus les récalcitrants leur offrent des parts de marché électorales. Alors, que faire?

C'est ce qui s'appelle se fourrer le doigt dans la lune

Sarkozy dit: « j’arrête de diaboliser le doigt, et je vais m’en prendre à la lune« .Autrement dit, il fait siens les problèmes que le FN dénonce: sécurité, immigration, islam. Le raisonnement consiste à dire que, si 17 % des Français ont voté Le Pen, c’est parce qu’ils étaient sensibles à la lune que leur désignait le FN, et qu’il faut donc aller décrocher cette lune pour les ramener dans le giron de la droite. C’est une stratégie dangereuse, très dangereuse, qui consiste à brouiller complètement les cartes, puisque tout à coup plusieurs doigts se mettent à devenir lunatiques, et veulent de concert s’en prendre aux musulmans, à l’immigration et à l’insécurité, dans un grand amalgame.

Dans ce contexte, que doit faire la gauche? Courir après la lune, ou changer de lune? Souvenons-nous du proverbe: « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ».

S’approprier la lune, ce serait donc admettre pour la gauche que le FN est sage, qu’il avait désigné les bons problèmes, que sa lune n’était pas une lubie, mais répondait bien aux « vrais problèmes des vrais gens ». Ce serait ne pas faire la part du vote contestataire, ces électeurs qui votent Le Pen, non pas tant parce qu’elle leur aurait montré la bonne lune, mais parce qu’ils en ont assez d’être essorés.

Il faut contester la lune du FN. Aujourd’hui qu’elle est en passe de faire imploser la droite et d’être récupérée par une multitudes de doigts, il faut identifier clairement ces lunes, voir au fond les problématiques qu’elles imposent à l’agenda politique. Il faut les dénoncer avec la dernière fermeté. Il faut rappeler toujours les inégalités qui s’accroissent, les ravages de la croissance à tout prix, la destruction avancée de la nature et du lien social. Il faut surtout, et sans relâche, proposer d’autres possibles, les mille et une lunes de la justice sociale, de l’écologie politique, de la sobriété joyeuse.

La chronique du lundi #1: Le mouvement des Indignés

indignés bastilleLe 15 octobre 2011, ce qui restera dans l’histoire comme le mouvement des «Indignés» organisait des manifestations d’ampleur dans la majorité des pays occidentaux. De Washington à Bruxelles, où pas moins de 7.000 personnes ont pris part au cortège, les principaux centres de décision politique du monde global ont été pris d’assaut. Retour sur ceux qui ont, au choix, pris le nom ou suivi le mot d’ordre d’un essai polémique de Stéphane Hessel, ancien haut diplomate et résistant, «Indignez-vous!».

Les indignés, c’est une contestation radicale du pouvoir politique qui prend racine en Espagne, dans la foulée du Printemps arabe. Là où les populations arabes sont parvenues à mettre à pied d’antiques régimes dictatoriaux, les indignés européens concentrent leur critique sur le délitement des institutions démocratiques et représentatives. Ils dénoncent le détournement du pouvoir opéré par quelques élites au détriment des masses populaires. Les manifestations résonnent au rythme des «¡Democracia real YA!», en Espagne, ou encore du «1-99 %» américain (l’immense majorité de la population subit la domination sans partage d’une infime minorité d’élites – We are the 99 %).

Ces mouvements populaires s’inscrivent dans un contexte très particulier, celui de la mise en retrait de l’ordre du politique par rapport à l’économie de marché. Depuis la chute du mur de Berlin, les grandes familles politiques européennes traditionnelles  ont renoncé à contester le développement industriel et la logique de la croissance par l’activité économique, qui veut que l’on crée d’abord des richesses, pour (éventuellement) les distribuer ensuite. Et pour cause, nos nations en ont tiré d’indéniables profits matériels, en termes de création d’emplois ou d’accessibilité aux produits de consommation.

La génération post-chute du mur de Berlin est née dans ce contexte particulier d’États-providence gavés de richesses par les trente glorieuses, qui on su préserver un modèle de redistribution aussi généreux que dispendieux en dépit des crises répétées. Cela n’a d’ailleurs été possible qu’au détriment des pays pauvres de notre planète, réduits à l’état de grenier ou d’usine de l’Occident, ou par une exploitation sans précédent des ressources naturelles, dont les effets secondaires indésirables se manifestent chaque jour davantage.

Les institutions démocratiques sont aux abois, dépassés qu’elles sont par la marche du monde et la prééminence annoncée du régime autoritaire chinois. Et revoilà nos indignés, saisis dans la tourmente de ces crises multiples, économiques, politiques ou écologiques, en proie aux interrogations existentielles. Démarche fondatrice ou imposture? Quête de sens ou perte de repères?

Dans tous les cas, nous assistons à un moment historique. Les lignes de fond tanguent à tout va. Et je saisis cette occasion comme point de départ d’une série de chroniques hebdomadaires, sur le monde tel qu’il est en voie de recomposition.

 

Barbarie ordinaire chez bpost

Franchement, il y a des fois où on aimerait que l’histoire soit moins caricaturale.

Il y a quelques mois, je reçois dans ma boîte aux lettres, sur laquelle est pourtant apposé un autocollant « pas de publicité », une … publicité de La Poste. On m’annonce sa transformation en « bpost », pour un meilleur service au client, sans toutefois qu’on m’explique en quoi le service serait effectivement meilleur.

Tournant typique d’une stratégie néo-managériale, on parle anglais parce que le français, c’est la langue du bas peuple, et que l’anglais, c’est la langue des rois: les actionnaires. Actionnaires qui, sans surprise, raflent la mise: en 2010, distribution record de dividendes.

En janvier 2011, barbarie ordinaire au programme; le dernier bastion postal de Sainte-Marguerite, le quartier dans lequel j’habite et m’investit, devrait fermer ses portes en mars. Bien sûr, la décision est tombée vite et mal, sèche comme un couperet. Les habitudes, c’est fait pour ne pas être pris; chantons, chantons, les louanges du flexible, de l’instable, de l’absence totale et délibérée de repères stables et rassurants. Le XXIème siècle sera adaptable ((pour les travailleurs et le vulgum pecus – rien ne permet de penser que l’actionnaire doive s’adapter à quelque moment que ce soit, par exemple quant à ses exigences pornographiques de dividendes)) ou ne sera pas.

Pour y faire la file relativement souvent, je sais à quel point ce bureau ne suffisait pas à absorber la demande des usagers clients, et pas que pour les services bancaires. Je sais que la population qui le fréquente est celle d’un quartier à part entière, qui compte pas moins de vingt-six associations et qui frémit d’une dynamique nouvelle.

Bpost, quant à elle, ferme ses antennes, au profit de « post points », succursales d’enseignes privées aux services très limités dont les services postaux ne sont pas, loin s’en faut, l’occupation principale. Elle restructure. Elle change. Elle arrache. Elle déplante. Elle extrait la productivité de son personnel comme on extrait du charbon d’une mine.

La résistance s’organise, évidemment prise au dépourvu. Elle tentera bien de griffer l’acier trempé du glaive, aveugle autant qu’implacable, qui s’abat sur ce bureau de poste et ses employés.

Pauvre société, barbarie ordinaire.

Élections en 2011 ?

de wever di rupo

La crise se prolonge et commence à tourner à rien, tout comme en 2007. Les ténors de la négociation, Bart de Wever et Elio di Rupo, s’installent maintenant dans des postures pré-électorales, qui pourraient bien être justifiées. Je parie sur des élections début 2011.

Charles Bricman a démontré que la NV-A estimait avoir perdu sur toute la ligne dans le processus de négociation: réforme de l’État impressionnante sur les montants mais à la marge en terme de pouvoir réel, des principes sur la loi de financement qui en balisent très sévèrement la réforme et, surtout, un débordement sur son flanc gauche au sein du gouvernement à venir. Rendez-vous compte; le cdh, en vertu de la parité, y obtiendrait 3 ministres, soit autant (ou presque) que la NV-A. Avec Elio 1er ministre, la NV-A serait mise en minorité avec son programme socio-économique de droite. D’où l’erreur fondamentale, séminale, initiale de Bart De Wever: s’embarquer dans des négociations à 7, SANS les libéraux. Raison pour laquelle il ne bougera plus sans les libéraux: on peut le comprendre.

De son côté, les francophones et Elio di Rupo en tête, ont de l’avis général bien poussé la négociation. Personne ne conteste sérieusement aujourd’hui la responsabilité déterminante de la NV-A dans l’échec des négociations. Elle s’en trouve isolée. Mais voilà, il est dangereux d’isoler un mammouth électoral qui se sait incontournable. La NV-A a les moyens de l’intransigeance et peut se permettre, stratégiquement aussi bien que programmatiquement, d’aller au clash. Le PS a rudement bien joué son coup, il a ficelé Ecolo et le cdH, il a négocié une grande réforme de l’État qui ne fasse pas perdre un euro aux francophones, qui les renforce sans les appauvrir et, enfin, il a isolé politiquement son adversaire principal. Au passage, Di Rupo y gagne ses galons d’Homme d’État primo-ministrable. Il refuse dès lors de toucher à cet équilibre qui lui est foncièrement favorable et profite de sa position de force pour pousser la NV-A dans les retranchements de sa responsabilité.

La conclusion s’impose d’elle-même. Aucun des deux ténors, ni De Wever, ni Di Rupo, n’ont avantage ni intérêt à bouger d’un pouce sur leurs positions rigides. La suite est inéluctable: on va au clash. Alors, nonobstant les hypothèses dramaturgiques (un bordel généralisé, la scission du pays), le scénario qui se profile est celui d’élections en 2011. De Wever et Di Rupo sont clairement entrés dans des postures pré-électorales, tous les analystes de Sans langue de bois le soulignent, et La Boulette endosse leurs conclusions. La guerre qui fait rage sur le front intra-francophone, avec ces spectaculaires passes d’armes entre PS-Ecolo-cdH et le MR, en est un témoin supplémentaire. Et puis, le cdH n’a-t-il pas déjà acheté le nom de domaine « elections2011.be »?

Je pense que les élections auront lieu en janvier 2011. Pourquoi janvier? D’une part, parce que trois mois correspondent plus ou moins au délais de dissolution des chambres et de convocation des électeurs. D’autre part, parce que ce sera là le terme de la présidence belge de l’UE et que le souhait existe que le gouvernement actuel, même démissionnaire, poursuive et achève cette mission de présidence. Le seul espoir qui subsiste est que le degré de ridicule absolu de ce scénario – retourner aux élections sans même avoir eu la formation d’une coalition de gouvernement – éveille chez les plus hauts responsables de la crise la crainte d’une punition spectaculaire des électeurs. Si malgré tout des élections devaient se produire, j’en connais alors qui pourraient lancer leur slogan, « Stop au cirque politique », sans la moindre trace de poujadisme.

Arriver à rien pour repartir de zéro

Après le petit De Croo, c’est le gros De Wever qui fait ses dents.

Est-ce qu’un sondage sérieux a montré la lassitude de l’opinion publique francophone?

La plupart des gens que je croise de ci et de là sont passablement échaudés, voire carrément sur des charbons ardents, avec cette crise interminable. L’indigence du politique et en l’espèce, bien qu’il me soit arrivé plus souvent qu’à son tour de les défendre, l’imbécilité obtuse des politiciens flamands en particulier, commence à faire des dégâts sérieux, pour ne pas dire grave, auprès de l’électorat lambda.

Bref, j’espère qu’une solution radicale et efficace existe, et pourra parer au plus pressé de ce néant politique.

La déclaration complète de De Wever – lesoir.be.

La page blanche de l’avenir de la Belgique

Et voilà. Un blocage de plus.

Le dernier soubresaut d’une série proprement vomitive de circonvolutions en tous sens. Franchement, j’en ai ma claque.

Je ne trouvais déjà pas de mots assez durs pour dénoncer cette irresponsabilité infantile en 2007-2008. Depuis lors, j’en ai perdu jusqu’à l’envie de me forger une quelconque opinion sur ces querelles de bas-étage qui ne conduisent à rien, ni d’ailleurs sur cette situation de blocage permanent.

Lion Rooster fight Walloon Flemish
Cela fait quatre ans que l’on sait que le « compromis à la belge » est mort. Nous ne sommes qu’en train de chercher la manière d’éviter la mort concomitante du pays. Bien évidemment, cette espèce d’improvisation permanente et urgentiste va nous conduire droit dans le mur… La question à se poser est de savoir comment aménager au mieux les dégâts collatéraux.

On part d’une page blanche.

Où sont les politologues? Je les entends égrener des options A, B et C. J’entends des discours rationalisants, rassurants, très cadrants sur ce qui se produit. Aucun ne met en évidence la profonde et intrinsèque irrationalité de ce qui se passe et n’admet avec honnêteté la profonde incertitude liée à cette page blanche.

Alors, allons-y. À l’heure où certains idiots se demandent si on va provoquer (encore) de (nouvelles) élections anticipées, je propose l’option bien plus intéressante de supprimer de facto le gouvernement fédéral. Nous avons assez de gouvernements de parlements en Belgique, et la structure est suffisamment résiliante pour absorber le choc.

une bonne bagarreQue chacun prenne ce qu’il veut, qu’on ouvre la guerre des tranchées, qu’on déclenche la guerre d’intérêts. Espérons simplement ne pas en arriver aux mains. Après une période de chaos et de bordel surgira la stabilité. Essoufflés, exsangues, défoulés, épuisés, peut-être allons-nous alors nous donner une petite tape dans le dos et – pourquoi pas? – esquisser un petit sourire complice. « Qu’est-ce qu’on s’est foutu, pas vrai? ». Un tantinet hasardeux, je le concède. Mais certainement très productif en fin de compte.

D’alternative, il n’y a point. Le chaos a déjà commencé. Vouloir l’organiser est illusoire. La seule règle crédible est d’éviter les affrontements physiques dans la mesure du possible. Alors, laissons les passions se déchaîner dans une tourmente salvatrice.

Vente d’arme : cache-sexe wallon ?

La gouvernement wallon vient de compliquer singulièrement la procédure d’octroi de licence d’armes, à en croire cet édito. L’idée est d’éviter de vendre des armes à des États voyous, voire terroristes. Le client devra dorénavant montrer patte blanche, en produisant ce que l’on appelle un « certificat d’utilisateur final ». Histoire d’éviter que des armes wallonnes se retrouvent en de mauvaises mains…

Est-ce éthique, ou est-ce stupide?

Produire et vendre des armes est foncièrement immoral. Les armes sont faites au mieux pour emporter la conviction d’autrui par la force, ce qui n’est pas franchement démocratique, au pire pour blesser, voire tuer. On voit mal ce qui peut justifier cela. Il me semble méthodologiquement douteux d’avancer que les armes puisse servir de nobles causes utilement, dans ce sens que si la cause était suffisamment noble et non point, par exemple, liée aux intérêts géostratégiques d’une des parties prenantes au conflit, alors elle ne nécessiterait sans doute pas le recours à la violence armée. Voilà pour le principe.

Qui de son application, en termes de vente d’armes? Lorsque l’on encadre le processus de vente d’armes de manière trop contraignante, le risque est bien sûr de pousser ses partenaires commerciaux à déserter. Ils pourraient préférer négocier avec des fournisseurs moins regardants. Avec cet inlassable argument, mille fois répété, que la Wallonie ne résoudra pas tous les conflits dans le monde et que, dès lors que des conflits armés existent, il faut bien que quelqu’un équipe ces conflits. Tant qu’à faire, autant que ce soit nous plutôt que d’autres. C’est l’opinion de cet éditorialiste de La Libre, qui avance: « La paix s’arrache aussi parfois avec les armes. Et il ne sert à rien de la construire sur un désert économique« .

Cet argument relève à l’évidence d’une double faille intellectuelle. Premièrement, il impose une dictature de la fatalité, technique de gouvernement ô combien trop souvent employée de nos jours. Cela consiste sommairement à asséner cyniquement que quelqu’un doit bien s’occuper du sale boulot, que de toutes façons c’est comme cela et que l’on y peut rien. Faux. On peut très bien décider de limiter ou d’encadrer notre vente d’armes. C’est un choix politique. Deuxièmement, il relève d’un égoïsme économique régionalisant du plus mauvais aloi. En effet, cet éditorialiste justifie la vente d’arme au nom de la « paix », qu’il ne sert à rien de « construire sur un désert économique ». Problème: on parle de deux choses différentes, ici. On parle d’assurer la prospérité économique ici, pour « arracher la paix » ailleurs. Petite dissonance spatio-temporelle.

En conclusion, le gouvernement wallon a fait un choix politique courageux. La FN-Herstal est détentrice d’un savoir-faire de très longue tradition, héritière du bassin sidérurgique que la Région wallonne est depuis bien longtemps. Sa production mérite mieux qu’un vil bradage à des dictateurs libyens. En encadrant strictement les destinataires de sa production, le gouvernement wallon assure à cette filiale des débouchés à la hauteur de que la qualité de ses productions mérite.

UPDATE: encore plus explicite que La Libre, cet article de La Meuse: Mobilisez-vous pour l’armement liégeois.

La controverse Aernoudt, vue de l’intérieur

Un communiqué très mal placé des MJS (jeunes socialistes) a critiqué le support du cours dispensé par Rudy Aernoudt à l’ULg. Il sous-entendait qu’un maître de conférence, intervenant ponctuel invité, était tenu à un devoir de réserve et se devait d’être politiquement asexué. Cet argument ne tient pas la route une seconde: au long de mon expérience d’étudiant à l’ULg, j’ai eu la chance de recevoir des cours d’une série de personnalités de terrain, dites « extraordinaires », engagées bien évidemment. Songeons, par exemple, à Louis Michel ou Guy Quaden.

Le Recteur, pensant apaiser le débat, a fait remarquer que, suite à une réforme de ses programmes, le Conseil de Faculté de la Faculté de Droit et de Science politique n’avait pas reconduit M. Aernoudt dans ses fonctions. Il semblerait que ce dernier ait lancé une chasse aux sorcières, émettant des liens intempestifs entre ces deux événements et dénonçant « l’interférence politique dans les milieux universitaires ».

Idiot et erroné.

C’est idiot, d’une part, car c’est exactement le genre d’attitude qui abîme fortement la crédibilité du vice-Président du Parti Populaire. En déclarant ouvert le Grand Complot à tort et à travers, surtout dès que cela concerne sa petite personne, M. Aernoudt se vautre dans un statut de victime perpétuelle, en instrumentalisant les faits, ce qui est toujours dangereux. Le Recteur a des mots très durs pour qualifier cette prise de position, et je ne puis qu’y acquiescer.

C’est erroné, d’autre part, car les faits démentent formellement les cris d’orfraie poussés par M. Aernoudt. Car il se trouve que j’y travaille, moi, au département de science politique. Que j’ai eu l’occasion de suivre d’assez près la réforme des programmes. Je peux garantir deux choses. La première, c’est qu’il n’y avait aucune espèce d’éminence grise politique à la barre; le Conseil de Faculté a pris ses décisions en pleine et entière indépendance, suite d’ailleurs à un audit externe fructueux1. La seconde, c’est que la réforme du programme visait plusieurs objectifs, qui tous entendaient s’inscrire dans une économie générale, faisant totalement fi de cas particuliers comme celui-là. Il y avait, d’un côté, volonté manifeste de recentrer les activités de la Faculté sur les membres de son corps académique et, d’un autre côté, d’augmenter l’offre et, partant, de restructurer les cours de langues dispensés.

En bref, cette controverse s’apparente à une tempête dans un verre d’eau. Un communiqué d’un goût franchement douteux suivi d’une croisade personnelle pas franchement plus inspirée. D’où le sentiment qu’il était bienvenu de clarifier un peu la situation de mon petit point de vue, pas si mal placé; si cela peut contribuer à éteindre le feu au lac…

Bernard Rentier, Recteur » Une université multicolore et libre de pressions.

Un cours universitaire de Rudy Aernoudt supprimé, sur 7 sur 7.be.

La participation citoyenne et l’urbanisme

Je publie ce jour une analyse sommaire des différents mécanismes de participation citoyenne dans les décisions d’urbanisme et d’aménagement du territoire, pour le compte du Chaînon Manquant, une publication de l’ASBL urbAgora.

Plutôt qu’une analyse, c’est plutôt un survol des différentes modalités de participation, qui montre que, finalement, rien ne vaut l’action spontanée de la société civile! L’analyse est disponible ici.

La participation citoyenne aux décisions d’urbanisme et d’aménagement du territoire.

Une campagne frileuse ?

Sur le blog « Sans langue de bois« , Charles Bricman, en accord en cela avec la majorité des commentateurs, fait l’analyse d’une campagne frileuse, tiédasse, défensive avant tout.

Sur le plan communautaire, c’est on ne peut plus vrai. Les quatre grands partis font preuve d’une attitude en recul, sur la défensive, dénoncent sans proposer, refusent sans être constructifs. En résumé, ils sont tous d’accord, d’un côté, de régionaliser à la marge et, de l’autre côté, de refuser toute forme de confédéralisme et de toucher à la sécurité sociale (sous toutes ses formes). À noter, dans cette approche excessivement étroite, deux maigres ouvertures: d’une part, Ecolo qui tente, tant bien que mal, de tisser des liens avec Groen! (et qui s’en voit abondamment vilipendé) et, d’autre part, le PS qui manifeste quelques d’ouvertures aux thèses flamandes, en ce compris confédéralistes (et qui s’en voit abondamment vilipendé itou).

Sur le plan « socioéconomique », la fameuse formule creuse qui veut tout dire et rien à la fois, à nouveau c’est le grand consensus qui règne. Tout le monde s’accorde à vouloir plus de moyens pour la justice, les pensionnés, les démunis, les fragilisés, etc. Là-dessus, les pétitions de principe sont légion, les slogans creux, les idées vides – à défaut d’êtres chiffrées – abondent en tous sens. C’est très consensuel, de promettre un peu de tout à tout le monde, surtout en demeurant très flou. Surtout que l’on sait ce qu’il advient, dans un régime de coalition, des intentions programmatiques (c’est-à-dire, pas grand chose).

En revanche, toujours sur les aspects socio-économiques, on a eu un vrai débat de fond, hier, entre les présidents de parti (sur La Première). Un bon vieux débat clivé sur un axe gauche-droite, et qui porte sur la nécessaire réforme de la fiscalité. L’Etat belge, comme tous les Etats européens, s’est endetté pour parer au plus pressé de la crise économique. Maintenant que le système bancaire et financier est retourné à la normale (les banques font du profit, les spéculateurs spéculent), se pose la question de comment combler ces déficits qui ont été creusés. Et pour ça, il n’y a pas 36 solutions: il faut soit diminuer les dépenses, soit accroître les recettes, soit les deux. En toute hypothèse, la réforme doit passer par une réforme fiscale.

Et là, me semble-t-il, on a droit à un vrai débat. Faut-il taxer davantage les revenus du capital? Faut-il taxer l’épargnant ou l’actionnaire? Si l’on taxe l’actionnaire, faut-il distinguer entre l’actionnaire « bon père de famille », qui contribue à « l’économie réelle », et l’actionnaire spéculateur, qui contribue à la détruire? Faut-il supprimer ou revoir le régime des intérêts notionnels? Si l’on refuse toute nouvelle mesure taxatoire, autrement dit, si l’on refuse d’augmenter les recettes, il faut alors diminuer les dépenses. Comment s’y prend-on? Quelles priorités met-on en place? Quelles coupes budgétaires?

Ce débat-là est authentiquement politique et confronte des visions de la société. Aussi bien le PS, le cdH qu’Ecolo sont en faveur de taxations du capital: une taxe sur la plus-value des actifs boursiers, une taxe sur les opérations de spéculation, une taxe sur les banques. Le PS et Ecolo réclament une révision des intérêts notionnels: on conditionne le bénéfice de ce mécanisme à des conditions en termes d’emploi. Le MR se distingue en prônant un statut quo fiscal: selon Didier Reynders, il faut maintenir la taxe sur les banques qu’il aurait mis en place (et rapporté 600 millions d’Euros), ainsi que le prélèvement sur les acteurs du nucléaire (conformément à l’accord Magnette) – ce qui présuppose bien évidemment la prolongation des centrales.

Le PS, le cdH et Ecolo refusent l’austérité, la coupe sombre dans les budgets des pouvoirs publics: ils prônent la « rigueur ». À mots à peine voilés – même si ne l’admettant que du bout des lèvres et à reculons, le MR est davantage en faveur d’une sorte « d’austérité » budgétaire, en tous cas si l’on compare aux trois autres partis (car le terme en lui-même est soigneusement évité par le MR). Bref, je pense raisonnable d’affirmer que le MR est en faveur de mesures d’austérité drastiques telles que les gouvernements grec, espagnol ou anglais ont adopté ou sont en voie de le faire.

Bref, sur la thématique fiscale, on voit se confronter des points de vue assez divergents, qui retracent un axe gauche-droite sur lequel se situent clairement, à gauche, le PS, le cdH et Ecolo et, à droite, le MR. Le tout se déroule dans un contexte, je le rappelle, globalement consensuel, même sur le plan socio-économique. Bref, la campagne n’est pas entièrement frileuse, à condition que l’on creuse dans les recoins les plus fouillés, à la recherche du contenu programmatique.