Alice in Wonderland

AliceAlice au Pays des Merveilles, version originale sous-titrée, en 3D, vient d’être admis au titre de Bon Divertissement décerné par moi-même, avec la plus grande satisfaction.

On ne va pas bouder son plaisir : le film se laisse regarder, les effets visuels sont sympas, l’univers est burtonien (on le sent tiraillé entre ses pulsions sombres et gothiques et un univers de conte de fées – le mélange des genres n’est pas toujours réussi), c’est gentil et bien tissé, comme trame.

En revanche, n’allez pas voir ce film si vous cherchez du fond, un contenu solide et quelque chose d’un peu moins banal qu’un film (très) grand public. On se trouve alors aux antipodes de l’oeuvre originale de L. Carroll, très malicieux, où Alice fait preuve d’une ingénuité savoureuse mais d’une grande profondeur de caractère, à l’occasion.

Pour une journée mondiale des hommes

Image 1La journée mondiale des femmes, c’est fini. C’était hier.

Impossible de passer à côté. Cette année, les journaux avaient fait le plein du beau sexe. Les hommages se sont multipliés, de vieilles controverses ont été relancées. « Enfin, l’émancipation! » versus la fracture du féminisme. Sans compter les inégalités persistantes, dénoncées. À la télévision, les émissions spéciales ont abondé.

Voilà, maintenant, c’est fini.

Femmes, je vous le dis solennellement: votre journée de gloire annuelle est révolue. Et les 364 journées traditionnelles recommencent de plus belle. Le voile de pudeur aura été jeté sur les inégalités. Les problèmes auront été pointés du doigt, dans une grande catharsis collective, avant d’être remisés sous le boisseau. Rendons-nous à l’évidence: après toute cette agitation médiatique, la journée mondiale de la femme n’a déjà plus les faveurs des « Unes », ce matin. Ainsi tourne la roue… L’ONU, qui organise cette journée internationale, est tellement pressée d’en finir qu’elle n’a même pas annoncé l’événement sur le site officiel (fr).

Voilà pourquoi je suggère un renversement de paradigme et l’organisation d’une journée mondiale des hommes. Loin des poncifs de la discrimination positive, qui conduit à remiser les femmes aux côtés des gauchers, de l’autisme, des droits d’auteurs, des enfants disparus, j’en passe et des meilleurs, organiser une journée mondiale des hommes reviendrait à remettre, de facto, les clés de la maison à toutes celles qui en ont été trop longtemps privées, pendant le reste de l’année.

Plus de la moitié de l’humanité mérite mieux que ça.

L’inutile mais nuisible tourmente

La croisade populiste contre cette jeune députée qui n’a pas encore eu le moindre mot à dire au sein d’un hémicycle me fait vomir.

Quelqu’en soient les aboutissements (ou les impasses), l’image publique de la députée Özdemir, élue aussi démocratiquement que le permet notre système particratique, en sortira écornée. Cette agitation est parfaitement nauséabonde.

Nous vivons dans un régime des cultes tolérant et pluraliste – c’est une de ses principales caractéristiques – et la régression prônée par les ayatollahs d’un laïcisme débridé a de quoi laisser pantois.

A bon entendeur…

Plainte contre la députée Özdemir pour négationnisme – lesoir.be.

NB : quant au so-called “Comité de Vigilance Citoyenne”, je ne sais pas ce qu’il cherche, mais si c’est à détruire le peu de crédibilité qu’aurait pu lui laisser le bénéfice du doute, c’est plutôt réussi. Qu’on m’explique à nouveau, s’il vous plaît, l’objet social de ce CVC, mis à part quelques interventions populistes de bas-étage! Quel est le but de leur intervention? Témoignent-ils de leur disponibilité pour le Grand Soir, lorsque se fera sentir le besoin d’engager une milice privée pour lutter contre les barbus?

Google Inc. endigue la fuite des cerveaux

Inquiet de laisser son monopole sur le marché des moteurs de recherche s’enrayer et, surtout, terrifié à l’idée de perdre la dynamique d’innovation qui l’anime depuis sa création, le géant américain Google Inc. vient de réagir, en faisant ce qu’il fait de mieux : un algorithme.

Cet algorithme établit un “profil de risque” des employés, basé sur une série d’indicateurs, pour déterminer lesquels, parmi les 20 000 qu’en compte l’entreprise, sont les plus susceptibles de quitter prématurément leur fonction. Les rouages de cette méthode qui sont, comme de coutume, jalousement gardés par ses concepteurs, incluraient notamment les rapports d’évaluation, les promotions et l’évolution barémique des employés.

Comme le dit le Wall Street Journal, “appliquer une équation complexe à une question fondamentale de gestion des ressources humaines, c’est du Google en plein” (Applying a complex equation to a basic human-resource problem is pure Google). Ces brillants éléments peuvent manifester, à un moment donné, le désir de quitter une entreprise qui s’est éloignée des promesses dont sont emplies les start-ups, au fur et à mesure que sa taille s’est accrue.

Le directeur des ressources humaines, Laszlo Bock, l’annonce avec pertes et fracas : “[l’algorithme de Google] aide la firme à pénétrer l’esprit des gens avant même qu’ils ne se rendent compte qu’ils pourraient la quitter” (Google’s algorithm helps the company get inside people’s heads even before they know they might leave).

On imagine sans peine les idées terriblement séduisantes et les promesses pleines de potentiel que permet une telle conception de ressources humaines, en termes de politique migratoire. Quelle facilité dorénavant d’identifier ceux des pieds nickelés, un peu moins “nickelés” que leurs congénères, à qui l’ont pourrait décerner l’insigne honneur de franchir les barrières de la forteresse européenne (la fameuse “immigration économique”)! Ce n’est pas tout ; non contents de draîner les éléments les plus prometteurs hors de leurs terres natales, un tel outil permettrait, à l’inverse, de cibler les bons éléments susceptibles de foutre le camp, et de mettre en place des mécanismes spécifiques pour les en dissuader. Bref. Tout cela ne nous rendra pas Aldous Huxley…

Du voile à l’école et de l’autonomie des établissements

La controverse du port du voile à l’école connaît un aboutissement provisoire avec l’arrêt du Conseil d’État. Sur la teneur juridique de cet arrêt et ses conséquences pratiques, je ne puis que vous renvoyer à l’excellent blog d’Henri Goldman, qui une fois de plus parle d’or et adopte une position nuancée (mais ferme) – denrée rare lorsqu’il s’agit d’adresser la question délicate du voile dans les établissements scolaires.

Comme lui, je ne me prononcerai pas sur le fond de la question, mais j’en appelerai au courage politique. L’hypocrisie dont font preuve les autorités politiques en déléguant le pouvoir de décision en la matière aux établissements scolaires, dans leur singularité, n’est plus à démontrer. Elle transpire : “les règlements d’ordre intérieur contestés resteront en vigueur et le politique ne s’en mêlera pas au nom de l’autonomie des établissements et de la confiance due aux équipes éducatives” (H. Goldman, lien susmentionné).

Je voudrais prolonger le raisonnement et dénoncer la double hypocrisie qui règne ici. Car si le cas d’espèce rend bien commode un renvoi du pouvoir décisionnel aux établissements au nom de leur autonomie, il faut se rendre compte que cette attitude fait figure d’exception. L’inflation décrétale relative aux écoles est tout bonnement stupéfiante ; les directeurs croulent sous une masse incroyable d’obligations légales et administratives. Leur marge de manoeuvre dans le “gouvernement” de l’école se réduit comme peau de chagrin. Ils ont de moins en moins autorité sur les équipes pédagogiques et disposent d’une flexibilité toujours réduite quant aux programmes et aux activités qu’ils entendent dispenser. Les cabinets ministériels sont lancés dans un processus d’étouffement procédural et bureaucratique des établissements scolaires.

Si, sur le point précis du port du voile, les directeurs sont habilités à statuer de manière autonome (ce qui produit des contre-résultats, puisque 90 % des établissements l’interdisent, conduisant à une nette getthoïsation), leur autonomie est rabotée, sabotée, piétinée, réduite à peau de chagrin pour le reste. Double hypocrisie, donc, à laquelle il n’existe vraisemblablement d’issue tangible que par le haut ; en revalorisant les écoles, en améliorant la qualité de l’enseignement, en général, on évite le phénomène de “fiefs d’excellence”. De la sorte, la compétition se tasse quelque peu et les problèmes qu’elle engendre – refus du port du voile, périodes d’inscriptions en bataille rangée – s’amenuisent, à défaut de se résorber complètement. Dans cette optique, l’autonomie des établissements (sincère, pleine et entière, et non pas ponctuelle et contingente) apparaît très nettement, tout à la fois, comme un objectif à atteindre et une partie de la solution.

Qu’ainsi émerge le sens !

I. L’information formidablement informatique

A ma droite, les tenants du média-multimédia, du flux d’information en continu, du journalisme hyperactif et impliqué sur tous les différents espaces qu’ouvrent les nouvelles technologies. Les avantages, cher lecteur, tu en fais notamment l’expérience en ce moment-même ; libre à toi d’interagir, avec très peu de moyen, d’exprimer, d’échanger et de collaborer sur ce blog, à la vitesse du clavier. C’est une liberté nouvelle mais qui n’est pas sans risque : le pire côtoie le meilleur, y compris en terme d’information. L’immanence brutale de l’information, sa péremption instantanée et finalement son inflation galopante qui, si l’on poursuit la métaphore avec le sens économique du mot « inflation », conduit à diminuer la valeur de l’information à mesure qu’augmente la quantité qui en est acheminée ; ces facteurs conduisent à rendre le écueils des TIC aussi vertigineux que leur potentiel prometteur. Des espaces riches, souvent ; parfois trop, parfois galvaudés.

II. L’information formidablement papiérisée

A ma gauche, les tenants d’un autre journalisme, que je ne remercierai jamais assez pour avoir eu le cran de se jeter corps et âme dans l’aventure XXI. Un an après, l’initiative est plus qu’un franc succès, c’est un plébiscite. Il m’est loisible maintenant d’affirmer le sentiment que m’a procuré la lecture du premier numéro ; je réapprends à lire. C’est un processus initiatique, qui demande certainement un effort, au début, pour se laisser percer par le sens fécond de ces articles, remarquablement rédigés et documentés. Il s’agit de tisser une toile de moments, de situations, de personnages, qui donnent finalement une vision globale que l’on sent instinctivement plus juste que n’importe quelle dépêche AFP. Félicitations à l’équipe de XXI !

III. Et au milieu, coule la rivière

Au milieu, la nécessaire conjonction vers des médias de qualité, la convergence inévitable d’un journalisme rigoureux, intelligent et critique, véhiculé auprès du plus grand nombre à la vitesse des technologies de l’information et de la communication. A mon sens, les tenants des deux options (renseignés ci-dessus) travaillent avec pour horizon une telle démarche intégrée (que les intéressés me signalent si je fais erreur). Le meilleur exemple à l’heure actuelle, en francophonie, est probablement à chercher du côté d’Arrêt sur Images. Tout en tombant dans certains travers (l’impératif « cherchez le buzz »!), que je n’évite moi-même parfois qu’à grand-peine, ASI fait preuve d’une veille médiatique et politique particulièrement lucide et éclairée, par le biais d’une site web riche en contenu multimédia, où la part belle est laissé à l’interaction avec le lecteur.

Avec son angle d’approche très particulier, Entreprise globale promet d’être une plateforme riche de sens et de créer des outils innovants, combinant le meilleur de la technologie à une démarche intellectuelle structurée et pertinente.

Ces deux outils, parmi tant d’autres, ont pour vocation d’instaurer des « labels qualité » au sein d’espaces technologiques potentiellement infinis mais où le pire cotoie le meilleur, à l’image de la société en général. « Label qualité », si l’on veut, c’est permettre à l’information d’attérir, lui donner une perspective, du recul. C’est la digérer et l’entourer d’un cadre analytique pertinent, c’est lui restituer une portée critique que l’information-minute ne permet pas. C’est donc essentiel, tout simplement.

Consultation populaire à Liège

Ce lundi 22 décembre, le conseil communal de Liège a voté à l’unanimité en faveur d’une consultation populaire portant sur la question : « Souhaitez-vous que la Ville de Liège pose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 »? Il a été décidé qu’un quorum de participation de 16000 votants rendrait le suffrage recevable et que, dès maintenant, une commission issue du conseil communal et présidée par l’échevin de la culture travaillerait au montage d’un dossier de candidature. Cette commission sera appelée à ouvrir grand les portes du débat démocratique à tous les acteurs, associations et institutions concernés, ainsi qu’à travailler en toute transparence, avec de réguliers compte-rendus publics de l’état d’avancement du dossier.

Le collectif « Liège 2015 » se réjouit très sincèrement de cette issue, et tient à adresser ses sincères félicitations au conseil communal pour sa décision, aussi bien aux partis de la majorité qu’à ceux de l’opposition. Le vote à l’unanimité sur un sujet aussi politiquement délicat, à une encablure d’élections lourdes d’enjeux, est un témoignage de bonne foi de la part de tous les acteurs concernés. Le collectif estime maintenant réunies les conditions nécessaires à la tenue d’un débat de qualité et appelle le conseil à poursuivre ses travaux dans la voie de respect mutuel et d’esprit constructif pour laquelle il s’est prononcé, en se dotant pour ce faire des moyens suffisants.

Voici une belle manière de clore provisoirement la trilogie mouvementée, très mouvementée, de Liège 2015 et de l’introduction de la demande de consultation populaire annoncée dès le 27 juin. Pour rappel, en voici le mode d’emploi, qui donne peut-être une vague idée de l’immense travail accompli par Alain De Clerck, François Schreuer et tous ceux qui se sont investis avec beaucoup d’abnégation et un volontarisme en béton armé pour que cette consultation puisse avoir lieu. L’enjeu culturel sera maintenant placé pour un temps au cœur des débats publics.

Quelques remarques sur cet épilogue temporaire.

Avant

Quels qu’aient été les aléas menant à la décision adoptée à l’unanimité par le conseil communal de ce lundi 22 décembre, l’important est précisément qu’elle ait été adoptée, qui plus est à l’unanimité. Je suis persuadé que les épisodes animés, voire franchement bordéliques, qui ont conduit par une improbable alchimie à susciter la cohésion du conseil communal, font partie intégrante de sa décision unanime. Voudrait-on en réécrire la trame, voire le scénario, que nous serions bien en peine de le faire. C’est la raison pour laquelle je tiens à maintenir, après réflexion, mes deux billets précédents, pourtant rédigés dans le feu de l’action et sans le moindre recul. Je peux témoigner qu’il réside quelque chose de proprement initiatique dans le cours de ces événements.

Maintenant

D’ores en avant, le collectif va se doter d’une structure juridique et du cadre formel qui lui ont fait défaut jusqu’à présent. Il veillera bien entendu, tant que faire se peut, à la bonne tenue des débats initiés par le conseil communal et à y contribuer utilement. Pour ma part, je resterai bien entendu à la disposition du collectif pour jouer les petites mains, me rendre utile lorsque (et si) le besoin s’en fait sentir. En effet, d’ici quelques petites semaines, je serai appelé sous d’autres lattitudes pour des motifs professionnels, et ce pour une longue durée. Cher lecteur, n’aie crainte : pour le 22 février, je donnerai procuration!

Ils en parlent

La Libre

La Meuse (I et II)

Actu 24

RTL Info

Le phœnix Liège 2015

Poum! Bardaf… C’est l’embardée!

En effet, le collectif Liège 2015 a introduit ce jour les signatures nécessaires à la demande d’organisation d’une consultation populaire.

Attentif aux nombreuses réactions, il a préféré remettre le mandat démocratique qui lui avait été confié à ceux qui le lui réclamaient et qui en avaient le droit.

A titre personnel, je suis satisfait de ce qui, loin d’être un dénouement définitif, marque toutefois un aboutissement certain dans une démarche longue, harassante, épuisante, qui peut maintenant laisser à place au débat, aux idées, à la confrontation. Gageons que ceci se fera in fine au plus grand bénéfice de l’objectif final, qui est de promouvoir, de faire rayonner et de consolider la culture à Liège en général.

Les positions manifestées par le Collège communal restent pertinentes et le combat mené quant à la création d’un pôle des arts émergents devra être continué. Mais il ne peut faire l’économie d’une réflexion plus générale. Les 22000 signataires, les médias et les partis de l’opposition vont pouvoir s’approprier le débat qu’ils nous ont réclamé, au même titre que le collectif ou le Collège.

Voici le communiqué du collectif :

Mesdames,
Messieurs,

Le collectif « Liège 2015 » a annoncé mardi la conclusion d’un accord avec le Collège communal.

Toutefois, en accord avec les 22 000 signataires qui lui donnent sa force et sa légitimité, le collectif a décidé de ne pas en rester là et de soumettre au vote populaire la question « Souhaitez-vous que Liège dépose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 »? Par cet acte, le collectif restitue le mandat démocratique qui lui a été confié à qui de droit.

Suite à la décision de la Communauté française de raccourcir au 1er mars 2009 le délais pour se porter candidat, le collectif exige l’examen de sa demande à la séance du conseil communal de lundi 22 décembre prochain, par son inscription en extrême urgence à l’ordre du jour. En outre, renseignements à l’appui, il affirme que la consultation peut matériellement être organisée d’ici la mi-février 2009 et que cette échéance doit être respectée par les autorités compétentes.

Enfin, le collectif se réjouit du débat démocratique qui va désormais s’ouvrir pour la culture à Liège et maintient son entière ouverture aux résultats des délibérations du conseil communal de lundi prochain.

Le collectif Liège 2015

Ma clarté sur Liège 2015

Cher lecteur, tu n’es pas sans savoir que le Comité Liège 2015 a décidé d’écarter la piste d’une consultation populaire et de nouer un accord avec le Collège communal concernant la création d’une fondation fonctionnelle (lieu, équipe, moyens financiers) et durable dédiée aux « arts émergents ». L’accord porte également sur différentes revendications à faire émerger conjointement devant les autorités compétentes – communautaires, régionales, européennes, etc.

Par souci d’honnêteté, de clarté et de transparence, je voudrais donner ma position strictement personnelle sur l’évolution du processus et sur l’accouchement difficile, très difficile, sur l’accouchement particulièrement douloureux de cette décision. Je voudrais revenir un peu plus longuement, pour ceux que cela intéresse, sur ma position au sein du bureau, en ma qualité d’initiateur de la consultation populaire.

1. Lancer la consultation populaire

Je n’étais pas spécialement partisan du lancement de la consultation populaire, en juin, mesurant les innombrables difficultés qui nous attendaient ; mes estimations les plus lourdes se sont, en sus, avérées bien en deçà de la réalité. Initier une consultation populaire est un processus extrêmement lourd, vraiment. Or, le collectif a réussi à obtenir 22 000 signatures, ce qui est un exploit, mais dont je voudrais que l’on restitue la juste portée. Ces 22 000 signatures sont avant tout le fruit du travail acharné d’une poignée d’acteurs très volontaristes, qui ont sué sang et eau à les récolter.

2. Pour l’ouverture et la négociation

Depuis septembre, j’ai lancé des signaux d’alerte concernant la suite des événements et les stratégies à long terme que le collectif aurait dû planifier et mettre en œuvre. En particulier, j’ai soutenu avec force l’amorce d’un dialogue avec les autorités et l’adoption de positions d’ouverture par le mouvement. Malheureusement, il s’est avéré extrêmement difficile de mener ces discussions de fond, si essentielles, notamment en raison de la collecte de signature qui accaparait toutes les énergies disponibles. J’en porte d’ailleurs mon entière part de responsabilité : je n’ai vraisemblablement pas été suffisamment disponible et impliqué, et/ou j’ai échoué à imposer ces débats sur lesquels a toujours primé la recherche de signatures, qui étaient et qui restent le ciment du collectif.

3. La consultation impraticable à tous points de vue

La consultation populaire n’est plus une issue envisageable depuis un bon moment. Pourquoi? Parce qu’endéans un délais raisonnable, il était encore possible de plaider un recomptage rapide des signatures. En deçà de ce délais, écoulé depuis maintenant plusieurs semaines, le Bourgmestre aurait parfaitement pu, et à bon droit, réclamer un délais légitime de vérification de la demande. De ce fait, les marges temporelles dont nous disposions étaient extrêmement serrées, trop sans doute.

Il était parfaitement impossible d’espérer pouvoir tenir la consultation dans une période propice et suffisante à l’introduction d’un dossier. Autrement dit, impossible de tenir la consultation avant le 1er mars, date limite de dépôt de la candidature. En outre, le temps manquait pour préparer un dossier cohérent, construit et sensé ; au-delà, rien ne garantissait son succès dans la décision prise par le Comité paritaire chargé de statuer sur le dossier, que du contraire.

Ajoutons à cela que je maintiens que la consultation était un processus éminemment dangereux et contre-productif :

– nous n’avions ni les moyens humains et matériels de mener campagne de manière adéquate ;

– partant, l’opposition aurait fait campagne à notre place, avec peu de moyens de riposte de notre part, et la consultation aurait sans nul doute été instrumentalisée à des fins pré-électorales bien éloignées de la culture, selon un jeu politique classique et de bon aloi, je n’en disconviens pas, mais différent de l’objectif du collectif ;

– en sus, nous courrions le risque – à ne pas sous-estimer – d’obtenir un taux de participation inférieur au minimum requis pour que le résultat soit recevable (10%) et de couler toute l’énergie investie. Comprenez : sept mois pour recueillir les signatures de 10 % de la population, au forcing. Il aurait fallu qu’au minimum tous ces signataires se déplacent en une seule demi-journée, non en sept mois… un fameux challenge!

– enfin, le processus risquait de s’avérer contre-productif sur le point de vue strictement culturel, d’entériner une logique d’opposition avec de trop nombreux acteurs (y compris culturels) et, in fine, de détériorer la situation existante.

Voilà pourquoi j’ai plaidé très tôt pour l’investigation de pistes alternatives à la consultation, ce qui supposait à tout le moins une négociation et éventuellement une issue concertée avec le Collège.

4. Des négociations houleuses, très houleuses

Toutefois, je suis en désaccord avec la manière dont les négociations se sont déroulées. De très nombreuses erreurs ont été commises, dues probablement au manque de structure et de formalisation des rôles et responsabilités de chacun. Ces erreurs, parfois manifestes et indiscutables, se sont répétées et font que les débats au sein du bureau (l’organe exécutif en charge de la gestion de Liège 2015) ont été – et restent – particulièrement houleux.

5. Prendre ses responsabilités ou dénier

Face à cela, il n’y a pas eu d’autre choix que d’endosser la décision prise, autant à contre-cœur que possible et vraiment très douloureuse au regard du volet démocratique et participatif de la démarche, de cela tout le monde est conscient. L’alternative?  Dénier, dénoncer, faire péter. A quoi cela aurait-il servi de ruer dans les brancards et de tout dénoncer en vrac, même sur des questions de pure forme du processus décisionnel?

D’une part, cela aurait probablement réduit à rien l’accord politique qui a été noué. Or, je suis convaincu que cet accord est une des moins mauvaises solutions qui était accessible au collectif. Partant du principe que la consultation n’était plus envisageable, que le collectif était en retard et donc en position de faiblesse, il lui a fallu faire ce qu’il pouvait avec les moyens (humains et politiques) dont il disposait. L’accord enregistre des avancées intéressantes, bien qu’insuffisantes. Autrement dit, je refuse de nuire au fond lorsque je ne puis dénoncer que certains vices de forme. Accessoirement, je réfute toute logique destructrice qui aurait pour effet de saboter ce qui est acquis, ce qui existe, sans proposer des alternatives constructives.

D’autre part, l’accord noué correspond grosso modo au collectif, c’est-à-dire qu’il promeut non pas la culture à Liège en général, mais une certaine culture alternative et, n’ayons pas peur des mots. Depuis le départ, notre mouvement est cantonné à une certaine frange de la population culturelle, probablement celle impliquée dans ces fameux « arts émergents », notamment en raison du refus de toutes les institutions culturelles de poids de rejoindre notre mouvement. Dès lors, premièrement, cet accord est en adéquation avec la portée du mouvement. Deuxièmement, il proscrit toute critique de la part de quiconque émargerait à une desdites institutions : que des gens du conservatoire ou de l’association X ou Y émettent des critiques ne peut être accepté que dans la mesure ou leur institution d’appartenance a publiquement pris fait et cause pour Liège 2015.

6. Conclusions : ma position

Ma décision est donc d’observer la neutralité par rapport à ce qui se passe. Je regrette certaines choses, mais j’ai maintenant la volonté de tourner la page et de ne pas générer des dommages superfétatoires. Liège 2015 fut une belle aventure, très instructive, et je tiens à en rester là malgré ce que je pourrais regretter ou dénoncer. Je n’ai aucune appartenance politique ni intérêt personnel dans l’aventure. J’ai simplement la volonté de ne pas envenimer à tout prix une situation déjà compliquée.

Toutefois, pour finir, j’accepte de cosigner une carte blanche, car j’estime qu’une position de neutralité en ce qui me concerne est inacceptable en tant qu’initiateur de la consultation : sur ce point, je me dois de rendre des comptes et je suis d’accord avec les faits que restitue – avec beaucoup d’honnêteté et avec vulnérabilité – cette carte blanche, en ce qui concerne la consultation.

Merci M. Dupont!

Le décret « mixité » est enterré et c’est une bonne chose.

Je voudrais saluer le courage du Ministre Dupont dans cette affaire. Ce n’est pas évident d’assumer une erreur, même manifeste et même imputable à son précesseur, à l’approche d’un terme électoral (juin 2009). J’aime le discours du Ministre Dupont que je trouve à la fois audible et crédible. Audible parce qu’il ne raconte pas que des conneries et ne manipule pas la langue de bois. Crédible parce que son discours est argumenté et sonne juste. Bref, il fallait oser remettre de l’ordre dans ce décret adopté contre vents et marées suite à un entêtement peu commun (et peu fondé) de la Ministre Arena, sourde à toute autre oreille que la sienne.

Car ce décret est une ineptie totale. La mixité ne s’impose pas par décret. Le système scolaire a besoin d’une certaine souplesse en la matière et doit pouvoir s’adapter de facto a une certaine demande sociale. Qu’on veuille garantir la transparence du processus et éviter les passe-droits, c’est une chose. Au-delà d’un certain stade d’interventionnisme, toutefois, que constate-t-on? Des mécanismes parallèles, diffus, des accommodements au système se nouent et se recréent inévitablement. Je pense qu’il est illusoire de mener ce combat-là et que des soupapes doivent être préservées.

Qu’en revanche, il y a fort à faire pour revaloriser d’une manière ou d’une autre l’enseignement technique et professionnel. L’intention en est régulièrement manifestée par le Ministre Dupont qui devrait pousser loin sa position de principe dans les faits.

1) Faire en sorte que le technique et professionnel ne soient plus des choix résiduels auxquels on se résigne en cas d’échec dans le général ;

2) Restaurer des filières d’artisanat qui valorisent une expertise et une main d’œuvre uniques et parfois en voie de disparition ;

3) Mener campagne d’information tambour battant pour expliquer la pénurie de main d’oeuvre dans tous les secteurs manuels, et ne pas voiler les avantages matériels que cette situation procure pour le moment ;

4) Adopter toute initiative concrète propre à assurer cet objectif… !