La controverse Aernoudt, vue de l’intérieur

Un communiqué très mal placé des MJS (jeunes socialistes) a critiqué le support du cours dispensé par Rudy Aernoudt à l’ULg. Il sous-entendait qu’un maître de conférence, intervenant ponctuel invité, était tenu à un devoir de réserve et se devait d’être politiquement asexué. Cet argument ne tient pas la route une seconde: au long de mon expérience d’étudiant à l’ULg, j’ai eu la chance de recevoir des cours d’une série de personnalités de terrain, dites « extraordinaires », engagées bien évidemment. Songeons, par exemple, à Louis Michel ou Guy Quaden.

Le Recteur, pensant apaiser le débat, a fait remarquer que, suite à une réforme de ses programmes, le Conseil de Faculté de la Faculté de Droit et de Science politique n’avait pas reconduit M. Aernoudt dans ses fonctions. Il semblerait que ce dernier ait lancé une chasse aux sorcières, émettant des liens intempestifs entre ces deux événements et dénonçant « l’interférence politique dans les milieux universitaires ».

Idiot et erroné.

C’est idiot, d’une part, car c’est exactement le genre d’attitude qui abîme fortement la crédibilité du vice-Président du Parti Populaire. En déclarant ouvert le Grand Complot à tort et à travers, surtout dès que cela concerne sa petite personne, M. Aernoudt se vautre dans un statut de victime perpétuelle, en instrumentalisant les faits, ce qui est toujours dangereux. Le Recteur a des mots très durs pour qualifier cette prise de position, et je ne puis qu’y acquiescer.

C’est erroné, d’autre part, car les faits démentent formellement les cris d’orfraie poussés par M. Aernoudt. Car il se trouve que j’y travaille, moi, au département de science politique. Que j’ai eu l’occasion de suivre d’assez près la réforme des programmes. Je peux garantir deux choses. La première, c’est qu’il n’y avait aucune espèce d’éminence grise politique à la barre; le Conseil de Faculté a pris ses décisions en pleine et entière indépendance, suite d’ailleurs à un audit externe fructueux1. La seconde, c’est que la réforme du programme visait plusieurs objectifs, qui tous entendaient s’inscrire dans une économie générale, faisant totalement fi de cas particuliers comme celui-là. Il y avait, d’un côté, volonté manifeste de recentrer les activités de la Faculté sur les membres de son corps académique et, d’un autre côté, d’augmenter l’offre et, partant, de restructurer les cours de langues dispensés.

En bref, cette controverse s’apparente à une tempête dans un verre d’eau. Un communiqué d’un goût franchement douteux suivi d’une croisade personnelle pas franchement plus inspirée. D’où le sentiment qu’il était bienvenu de clarifier un peu la situation de mon petit point de vue, pas si mal placé; si cela peut contribuer à éteindre le feu au lac…

Bernard Rentier, Recteur » Une université multicolore et libre de pressions.

Un cours universitaire de Rudy Aernoudt supprimé, sur 7 sur 7.be.

La participation citoyenne et l’urbanisme

Je publie ce jour une analyse sommaire des différents mécanismes de participation citoyenne dans les décisions d’urbanisme et d’aménagement du territoire, pour le compte du Chaînon Manquant, une publication de l’ASBL urbAgora.

Plutôt qu’une analyse, c’est plutôt un survol des différentes modalités de participation, qui montre que, finalement, rien ne vaut l’action spontanée de la société civile! L’analyse est disponible ici.

La participation citoyenne aux décisions d’urbanisme et d’aménagement du territoire.

Une campagne frileuse ?

Sur le blog « Sans langue de bois« , Charles Bricman, en accord en cela avec la majorité des commentateurs, fait l’analyse d’une campagne frileuse, tiédasse, défensive avant tout.

Sur le plan communautaire, c’est on ne peut plus vrai. Les quatre grands partis font preuve d’une attitude en recul, sur la défensive, dénoncent sans proposer, refusent sans être constructifs. En résumé, ils sont tous d’accord, d’un côté, de régionaliser à la marge et, de l’autre côté, de refuser toute forme de confédéralisme et de toucher à la sécurité sociale (sous toutes ses formes). À noter, dans cette approche excessivement étroite, deux maigres ouvertures: d’une part, Ecolo qui tente, tant bien que mal, de tisser des liens avec Groen! (et qui s’en voit abondamment vilipendé) et, d’autre part, le PS qui manifeste quelques d’ouvertures aux thèses flamandes, en ce compris confédéralistes (et qui s’en voit abondamment vilipendé itou).

Sur le plan « socioéconomique », la fameuse formule creuse qui veut tout dire et rien à la fois, à nouveau c’est le grand consensus qui règne. Tout le monde s’accorde à vouloir plus de moyens pour la justice, les pensionnés, les démunis, les fragilisés, etc. Là-dessus, les pétitions de principe sont légion, les slogans creux, les idées vides – à défaut d’êtres chiffrées – abondent en tous sens. C’est très consensuel, de promettre un peu de tout à tout le monde, surtout en demeurant très flou. Surtout que l’on sait ce qu’il advient, dans un régime de coalition, des intentions programmatiques (c’est-à-dire, pas grand chose).

En revanche, toujours sur les aspects socio-économiques, on a eu un vrai débat de fond, hier, entre les présidents de parti (sur La Première). Un bon vieux débat clivé sur un axe gauche-droite, et qui porte sur la nécessaire réforme de la fiscalité. L’Etat belge, comme tous les Etats européens, s’est endetté pour parer au plus pressé de la crise économique. Maintenant que le système bancaire et financier est retourné à la normale (les banques font du profit, les spéculateurs spéculent), se pose la question de comment combler ces déficits qui ont été creusés. Et pour ça, il n’y a pas 36 solutions: il faut soit diminuer les dépenses, soit accroître les recettes, soit les deux. En toute hypothèse, la réforme doit passer par une réforme fiscale.

Et là, me semble-t-il, on a droit à un vrai débat. Faut-il taxer davantage les revenus du capital? Faut-il taxer l’épargnant ou l’actionnaire? Si l’on taxe l’actionnaire, faut-il distinguer entre l’actionnaire « bon père de famille », qui contribue à « l’économie réelle », et l’actionnaire spéculateur, qui contribue à la détruire? Faut-il supprimer ou revoir le régime des intérêts notionnels? Si l’on refuse toute nouvelle mesure taxatoire, autrement dit, si l’on refuse d’augmenter les recettes, il faut alors diminuer les dépenses. Comment s’y prend-on? Quelles priorités met-on en place? Quelles coupes budgétaires?

Ce débat-là est authentiquement politique et confronte des visions de la société. Aussi bien le PS, le cdH qu’Ecolo sont en faveur de taxations du capital: une taxe sur la plus-value des actifs boursiers, une taxe sur les opérations de spéculation, une taxe sur les banques. Le PS et Ecolo réclament une révision des intérêts notionnels: on conditionne le bénéfice de ce mécanisme à des conditions en termes d’emploi. Le MR se distingue en prônant un statut quo fiscal: selon Didier Reynders, il faut maintenir la taxe sur les banques qu’il aurait mis en place (et rapporté 600 millions d’Euros), ainsi que le prélèvement sur les acteurs du nucléaire (conformément à l’accord Magnette) – ce qui présuppose bien évidemment la prolongation des centrales.

Le PS, le cdH et Ecolo refusent l’austérité, la coupe sombre dans les budgets des pouvoirs publics: ils prônent la « rigueur ». À mots à peine voilés – même si ne l’admettant que du bout des lèvres et à reculons, le MR est davantage en faveur d’une sorte « d’austérité » budgétaire, en tous cas si l’on compare aux trois autres partis (car le terme en lui-même est soigneusement évité par le MR). Bref, je pense raisonnable d’affirmer que le MR est en faveur de mesures d’austérité drastiques telles que les gouvernements grec, espagnol ou anglais ont adopté ou sont en voie de le faire.

Bref, sur la thématique fiscale, on voit se confronter des points de vue assez divergents, qui retracent un axe gauche-droite sur lequel se situent clairement, à gauche, le PS, le cdH et Ecolo et, à droite, le MR. Le tout se déroule dans un contexte, je le rappelle, globalement consensuel, même sur le plan socio-économique. Bref, la campagne n’est pas entièrement frileuse, à condition que l’on creuse dans les recoins les plus fouillés, à la recherche du contenu programmatique.