Réhabiliter Daerden, ça, c’est fait…

deontologie

Vous avez remarqué l’opération de retour en grâce de Michel Daerden? Ce week-end, campagne médiatique aux petits oignons, confessions médiatiques par-ci, Livre vert sur les Pensions par là. Un président qui couvre son ministre sur les plateaux télé et proclame à qui veut l’entendre qu’en tout état de cause il n’y aura pas de démission, qu’il faut attendre la fin de la procédure en justice, de l’éventuel appel, etc.

Tiens, et le comité de déontologie du PS?

Hé bien, il a déjà statué sur le cas Daerden, et c’est un scoop Périscope. Ce sont des gens sérieux, le comité de déontologie. Ils ont examiné le dossier avec attention. Ils ont passé les chiffres à la loupe: « ha, ouais, 60.0001, quand même »… « Houlàlà, c’est du 4 à 5 %, du gros calibre2 », « Rhôô, dis, un fameux numéro 6… »3, etc.

Il a vite compris, le comité de déontologie électorale, qu’on ne foulait pas du pied une pointure populiste comme Michel Daerden. Il a bien saisi qu’il allait remiser ses conclusions au placard, pour une durée indéterminée. Après l’offensive « On lave plus blanc que blanc » concernant Michel Daerden, on voit que le PS opère une courbe rentrante et on se dit que le comité de déontologie sera forcément fantoche. On finira bien par « laisser la justice faire son travail »…

Évidemment, on jugera sur pièce. En attendant, plus que jamais, l’opération de communication du week-end fait planer des doutes sur la sincérité et l’étendue des prérogatives du comité de déontologie.

  1. voix aux prochaines élections -projection
  2. en moins pour le PS sans un poids lourd électoral comme Daerden – projection
  3. en position au baromètre politique des personnalités préférés en Wallonie

Tram à Liège : le bonheur n’est pas dans le pré-

insi, le gouvernement wallon, par l’entremise du ministre Ecolo Philippe Henry, vient de se prononcer sur la question du tram à Liège, dans la plus grande discrétion médiatique.

C’est que le projet retenu par son cabinet n’a rien de vraiment folichon.

Tout d’abord, il entérine le principe d’une ligne unique qui va traverser le fond de vallée (relier Seraing à Herstal, en passant par Liège). Bon, des tas d’interventions très savantes ont déjà expliqué que ce n’était pas judicieux, dans la mesure où c’est déjà là qu’est condensé tout le trafic routier. Un fonctionnement optimal serait atteint avec un réseau complet, qui aurait un effet de « taille critique ».

Le second problème concerne le calendrier; en gros, les engagements budgétaires sont reportés à la prochaine législature, si j’ai bien compris. Alors que Liège se propose d’accueillir une exposition internationale en 2017, la ligne ne devrait même pas être achevée comme il se doit à cet horizon. Même le partenaire gouvernemental critique ces échéances trop, beaucoup trop tardives. Disons que l’engagement n’est ni clair, ni ferme, ni surtout immédiat. En un mot comme en cent, il est faible.

Le troisième problème est encore plus préoccupant que les deux premiers, car il ajoute l’hypocrisie à la faiblesse. Il s’agit du problème des « axes de pré-tram », et voilà ce dont je souhaiterais traiter dans ce billet.

TramHenry

Le gouvernement reconnaît l’importance d’une structure en réseau, mais refuse d’y adjoindre les moyens nécessaires: pour pallier à cette situation, on propose des « BHNS » (en vert sur cette carte). C’est quoi, ce bidule?  Pour ta gouverne, cher lecteur, l’acronyme barbare de « BHNS » désigne

… des bus TEC. Bref, il s’agit de bons vieux bus, à l’ancienne, dont la révolution principale consiste en la possibilité de monter aussi par l’arrière. Ces lignes auraient, je l’imagine, une fréquence relativement élevée. Dans le projet gouvernemental, elles seraient de nature provisoire et se destineraient, à terme, à être remplacées par des lignes de tram. En ce sens, on appelle ces BHNS des « axes de pré-tram » (sic).

Je vois deux inconvénients à cette appellation ridicule.

Premièrement, il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes. Si le ministre veut faire un réseau, qu’il fasse un réseau. S’il veut faire une ligne unique, qu’il l’annonce clairement. S’il veut rajouter des lignes de bus par ailleurs, grand bien lui fasse: mais autant appeler un bus « un bus », et ne pas se réfugier sous le vocable trompeur « d’axe de pré-tram ». Il s’agit de lignes de bus, ni plus, ni moins.

Deuxièmement, j’entends déjà que l’on me rétorque: « Mais ces lignes sont provisoires! Elles ne font qu’annoncer l’arrivée du tram! ». Là encore, qu’il soit permis au lecteur averti de rire sous cape: on ne sait que trop la signification, en Wallonie, de « l’éternel provisoire« . Songeons aux solutions de mobilité à destination du Sart-Tilman, qui sont toujours en rade après plus de 30 ans. Songeons également au Théâtre de la Place, construit « provisoirement » il y a longtemps, très longtemps de cela…

En conclusion, le projet n’est pas à la hauteur des attentes; c’est clairement un pis-aller à bien des égards. Un projet de cette envergure relève d’une décision collégiale du gouvernement wallon, et l’on se doute que le ministre Henry est tributaire d’arbitrages budgétaires effectués à ce niveau. Cela dit, il lui appartient d’endosser la portée exacte des projets qui rentrent dans ses attributions. En d’autres mots, il devrait reconnaître publiquement les limites actuelles du redéploiement du tram à Liège – l’engagement des budgets, les délais, la ligne unique, etc. – et ne pas tenter de camoufler ces insuffisances manifestes.

L’alternative à cette modestie de principe existe: il peut tout aussi bien renoncer au projet du tram, en justifiant de l’impossibilité de trouver un compromis satisfaisant au sein du gouvernement. Renoncer au saupoudrage et tenter le pari du « tout ou rien »; car, dans l’état actuel du projet, peut-être le statut quoest-il préférable. Faisons les choses convenablement, ou ne les faisons pas. En l’occurrence, le bonheur n’est pas dans le « pré- »…

Alice in Wonderland

AliceAlice au Pays des Merveilles, version originale sous-titrée, en 3D, vient d’être admis au titre de Bon Divertissement décerné par moi-même, avec la plus grande satisfaction.

On ne va pas bouder son plaisir : le film se laisse regarder, les effets visuels sont sympas, l’univers est burtonien (on le sent tiraillé entre ses pulsions sombres et gothiques et un univers de conte de fées – le mélange des genres n’est pas toujours réussi), c’est gentil et bien tissé, comme trame.

En revanche, n’allez pas voir ce film si vous cherchez du fond, un contenu solide et quelque chose d’un peu moins banal qu’un film (très) grand public. On se trouve alors aux antipodes de l’oeuvre originale de L. Carroll, très malicieux, où Alice fait preuve d’une ingénuité savoureuse mais d’une grande profondeur de caractère, à l’occasion.

Un Leterme de combat !

Impossible de le louper: le Premier ministre, Yves Leterme, vient d’entamer une offensive politique de grande ampleur. Il arrive avec un plan stratégique, une vision politique pour la Belgique à l’horizon 2020.

On ne peut que se féliciter qu’enfin, un homme politique de ce pays élève le niveau du débat politique et l’extirpe des ornières communautaires, voire sous-régionalistes, dans lesquelles il s’embourbe trop souvent.

Suis-je d’accord avec cette stratégie? On s’en fout, là n’est pas la question. L’important est que cet espace de débat ait été ouvert, et je me réjouis d’entendre les réactions qui ne manqueront pas d’abonder de la part des partenaires de la majorité, comme de l’opposition.

Les médias, véritables girouettes de papier lorsqu’il s’agit d’Yves Leterme, portent cette fois le Premier au pinacle du volontarisme politique, saluent son rôle de fer de lance dans le redéploiement de la Belgique.

À mon sens, ils ont cette fois entièrement raison, pour trois motifs.

Premièrement, le plan d’Yves Leterme contient un axe programmatique fort: relancer la croissance économique pour protéger et stimuler l’emploi. On peut discuter cette proposition sur le fond, et c’est justement là son intérêt. En effet, le Premier nous avait habitués à être plus évasif sur le fond, et à truffer ses interventions médiatiques de formule creuses, répétées jusqu’à la caricature, telles que « avec les collègues du gouvernement, nous prendrons nos responsabilités », ou encore « nous travaillons pour trouver des solutions ». Donc, un débat de fond hors-période électorale. Premier bon point.

Deuxièmement, la tactique stratégique de Leterme fait incontestablement mouche. En mars dernier, la Commission européenne a proposé un plan pour l’Europe, intitulé « Europe 2020″. Le Conseil européen doit statuer sur ce plan la semaine prochaine. Il est difficile de ne pas voir dans le plan « Belgique 2020″ un alter ego national de cette stratégie européenne. En rejoignant ce débat, non seulement le Premier ministre permet la – nécessaire – intégration des enjeux nationaux (belges) et européens, très explicitement assumée et soutenue, mais il profite en outre du momentum médiatique et politique crée autour de cette échéance stratégique, 2020.

Troisièmement, Yves Leterme consulte largement et tente de rassembler les gouvernements des entités fédérées, autrement dit de rassembler un large consensus autour de sa stratégie. C’est en réalité une opérationalisation de son concept de « fédéralisme de coopération ». Au delà de ce slogan, avancé par le Premier depuis janvier, il s’agit donc d’un véritable mode opératoire, très concret. Dans un pays où la logique est plutôt « centrifuge », tend à la séparation plutôt qu’aux initiatives qui rassemblent, ce n’était pas gagné d’avance.

Triple coup de chapeau, donc. C’est assez rare que pour qu’on le souligne.

La société du fait divers fait son cinéma

Mettons en lumière deux cas similaires et, pourtant, fondamentalement différent, portant sur la mise à l’écran d’affaires judiciaires qui ont défrayé la chronique.

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En France, un film sera réalisé sur l’affaire d’Outreau (voir ici). Scandale judiciaire comme on n’en fait plus, sur fond d’histoires de pédophilie, ce procès se sera égrené au long d’une saga rocambolesque, aux propriétés destructrices aussi bien pour l’appareil judiciaire que pour l’idée de la démocratie et de l’État de droit qu’il incarne. Ce film aura pour base le témoignage d’une victime d’erreurs de procédure lourdes, qui persisteront longtemps. Intitulé « Présumé coupable », il abordera la question de laprésomption d’innocence, un droit fondamental de toute justice digne de ce nom. Ce droit est actuellement mis à mal de toute part, à cause notamment de la pression médiatique, mais également par des voies détournées, plus insidieuses, telles que l’explosion du nombre de gardes à vue en France (1). L’écueil, on le pressent, consiste à se vautrer dans un fait divers hors-du-commun, très choquant, et de se complaire à raconter les misères des victimes, sur un de pitié dégoulinante.

Or, en Belgique, la Ministre de la culture de la Communauté française, Fadila Laanan, se propose – à son corps défendant (2) – de financer un projet de long-métrage portant sur l’ »affaire Lhermitte ». Le problème est le suivant: ladite affaire, aussi tragique et choquante soit-elle, n’est qu’un acte isolé, accompli par une personne souffrant de problèmes psychiatriques graves et manifestes. C’est un fait divers – indépendamment, je le répète, de sa gravité extrême. L’alternative, pour le cinéaste Joachim Lafosse, me semble donc limpide.

Tout d’abord, il peut traiter ce sujet pour ce qu’il est, c’est-à-dire un simple fait divers. Il choque le spectateur, provoque une émotion, étale les troubles de Mme Lhermitte au grand jour. L’intérêt pour la société d’un tel film serait nul, et il ne pourrait susciter qu’une sensation de choc, aussi morbide que malsaine. Osons donc croire qu’il optera pour l’autre option, qui consiste à élargir le propos du film, à embrasser l’idée que cette affaire de meurtre sordide est en réalité un fait de société, qui nous concerne tout un chacun; que l’on peut sortir grandi d’une réflexion sur cette atrocité. La case inévitable, dans ce cas, le point de passage obligé, c’est l’explication des troubles psychiatriques de Mme Lhermitte. Forcément, il faudra alors sortir la grosse louche, nous montrer la pression invivable qu’elle subissait, son enfance malheureuse dans un contexte sans doute dramatique, la fermeture de toutes les pistes devant cette dame désemparée, de toutes les opportunités, le désespoir sombre qui l’a conduit à commettre l’irréparable.

J’ai beau réfléchir, je ne vois pas comment une interprétation convaincante de ce cas psychiatrique lourd, extrême, de nature exceptionnelle, pourra être donnée. Relier ce crime à une société éprouvante, écrasante ou excluante, c’est postuler la généralité de ce cas de figure particulier, c’est assumer que d’autres bourreaux potentiels sont « fabriqués » par notre mode de vivre-ensemble. C’est adopter une posture forcément paternalisante et déterministe, dans lequel l’individu est si contraint par les structures sociales qui l’environnent qu’il ne considère plus d’autre issue que d’assassiner, purement et simplement, toute sa progéniture. Cette interprétation me semble difficile à éviter et, pourtant, inacceptable.

Voilà deux mises à l’écran de deux affaires judiciaires différentes qui, sous les apparences, conduiront à deux projets cinématographiques distincts. À titre personnel, je tiens à objecter fermement quant à l’octroi de deniers publics pour la réalisation du film sur l’affaire Lhermitte. Selon moi, le sujet dont il traite relève du plus strict fait divers et ne se prête en aucun cas à un film à portée sociétale.

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(1) Qui, quoique légitimes au regard de la présomption d’innocence, se sont muées en une forme de sanction per se: c’est le recours systématique à l’incarcération temporaire à des fins d’instruction qui est ici mis en cause, lorsque ces instructions n’aboutissent pas, ne sont pas conduites ou concernent des délits mineurs.

(2) La Ministre déclarait à la RTBF, lors de l’émission Intermédias, se contenter de suivre l’avis de la Commission chargée de statuer sur les projets de films, tout en trouvant le projet dont question ici « prématuré »; elle dit notamment comprendre l’opposition du père survivant de la famille.

Pour une journée mondiale des hommes

Image 1La journée mondiale des femmes, c’est fini. C’était hier.

Impossible de passer à côté. Cette année, les journaux avaient fait le plein du beau sexe. Les hommages se sont multipliés, de vieilles controverses ont été relancées. « Enfin, l’émancipation! » versus la fracture du féminisme. Sans compter les inégalités persistantes, dénoncées. À la télévision, les émissions spéciales ont abondé.

Voilà, maintenant, c’est fini.

Femmes, je vous le dis solennellement: votre journée de gloire annuelle est révolue. Et les 364 journées traditionnelles recommencent de plus belle. Le voile de pudeur aura été jeté sur les inégalités. Les problèmes auront été pointés du doigt, dans une grande catharsis collective, avant d’être remisés sous le boisseau. Rendons-nous à l’évidence: après toute cette agitation médiatique, la journée mondiale de la femme n’a déjà plus les faveurs des « Unes », ce matin. Ainsi tourne la roue… L’ONU, qui organise cette journée internationale, est tellement pressée d’en finir qu’elle n’a même pas annoncé l’événement sur le site officiel (fr).

Voilà pourquoi je suggère un renversement de paradigme et l’organisation d’une journée mondiale des hommes. Loin des poncifs de la discrimination positive, qui conduit à remiser les femmes aux côtés des gauchers, de l’autisme, des droits d’auteurs, des enfants disparus, j’en passe et des meilleurs, organiser une journée mondiale des hommes reviendrait à remettre, de facto, les clés de la maison à toutes celles qui en ont été trop longtemps privées, pendant le reste de l’année.

Plus de la moitié de l’humanité mérite mieux que ça.