Résultats

Certains de mes lecteurs parmi les plus fidèles se seront peut-être étonnés de ma non-réaction aux résultats du scrutin électoral. C’est que ce même résultat, faisant suite à une campagne morose et peu portée sur le fond, est – quant à lui – largement commenté dans les médias. En outre, j’ai été pas mal occupé par mes études, de Bruxelles à Namur, etc.

Je voudrais d’abord faire un bref commentaire sur le résultat de l’autre côté de la frontière linguistique. J’ai trouvé les Flamands plus lucides que nous sur les enjeux électoraux. Je trouve qu’ils ont su – mieux qu’en Wallonie, tirer les leçons de la violette, qui a été selon moi un non-gouvernement pendant quatre ans, en sanctionnant lourdement la majorité sortante. Même si je pense aussi que le SPa a subi un revers probablement démesuré, lequel est à mon avis dû en partie aux affaires du PS wallon. Les Flamands, en votant massivement, d’une part, pour le CD&V-NVA et, d’autre part, pour le Vlaams Belang et la Lijst Dedecker, font passer un message fort, bien qu’il ne soit pas toujours véhiculé de la bonne manière. Qu’on le cautionne ou non est une question, sur laquelle je reviendrai dans mon prochain contre-édito (n° 5), à paraître ici-même. Que ce message soit entendu de l’autre côté de la frontière linguistique en est une autre. Les Wallons font la sourde oreille. A fortiori, à défaut de percer dans le débat public wallon, l’exaspération manifestée par les Flamands n’entraînera aucune remise en question.

De sanctionner la majorité sortante sur son bilan et son programme, c’est précisément ce qui aura manqué chez nous. Le PS aura davantage subi des pertes – importantes mais à relativiser au regard des pertes du VLD et du SPa, lesquels sont loins d’avoir connus autant de scandales – sur les systèmes « troisième-dimensionnels », complètement invraisemblables, qu’il a mis en place ci et là, et par la culture politique qu’il tendait ces derniers temps à promouvoir.

Le MR, en revanche, est en franche progression. Le seul parti de la majorité sortante à tirer son épingle du jeu. Alors, pourquoi? Sur base d’un bilan flamboyant à porter à leur seul crédit? Tout ce que le MR avait à vendre – et ne s’est d’ailleurs pas privé de le faire – c’est une maigre réforme fiscale dont les fruits ont été convertis en mécanisme sociaux par le PS. Tout ce qu’il proposait dans son programme était… De refaire une réforme fiscale. Ce parti vit par et pour la fiscalité! L’environnement? « on va augmenter la déductibilité fiscale entraînant une exonération sur les voitures de société qui produisent un moins de CO2 préférentiellement aux voitures plus polluantes ». Le logement? On va exonérer. L’emploi? On va exonérer. La fraude fiscale? On va pénaliser.

Alors, comment en sont-ils arrivés à ce résultat? C’est bien simple. C’est le fruit d’une campagne hypermédiatique, c’est-à-dire portée exclusivement sur l’image, et surtout extrêmement agressive, pour bien surfer sur la vague sarkozyste. Ainsi que d’une extrême complaisance des médias, je l’ai déjà dit sur ce blog, quant à leur stratégie bipolarisante de la campagne.

Belle tolérance! Les choses n’ont pas tellement changé en 82 ans…

Le cdH aura peut-être été victime de cela, ainsi que de ne s’être pas suffisament démarqué du partenaire socialiste régional. Pourtant, le parti ne s’est pas privé de critiquer avec ardeur le bilan du gouvernement fédéral, socialistes compris. Mais il a refusé de jouer la surenchère médiatique à la Vrebos, style « le PS, pour ou contre? ». Selon moi, c’est tout à l’honneur de ce parti – peut-être certains lecteurs connaissent-ils mes sensibilités politiques – de refuser la critique gratuite, bien que rentable médiatiquement, et de laisser Reynders seul avec sa guerre des tranchées. Le programme était cohérent, reposait sur d’importantes avancées prises en Région wallonne, et la voie proposée par le cdH, bien que n’ayant pas convaincu massivement, doit rester à l’ordre du jour. Le centrisme est en soi un positionnement politique intéressant, dont j’aimerais reparler plus ouvertement un de ces jours.

Il ne me reste qu’à féliciter Ecolo, grand gagnant wallon des élections. Le parti a su tirer parti de l’engouement autour du « réchauffement climatique » et ne pas se laisser déposséder de son thème de prédilection par « l’écologie sociale » (vide de sens) ou encore par l’écologie de pure façade du MR (vide de contenu). En dépit de pans entiers de programme électoral trop ancrés dans une gauche qui ne me convainc pas, Ecolo avait un programme fort, qu’il a défendu de manière cohérente, défendant bec et ongles son indépendance.

Bref, des élections étranges, aux résultats parfois surprenants, et une coalition qui sera bien difficile à mettre en place pour le prochain formateur. Le PS est-il vraiment si « contournable » que cela, avec un résultat supérieur aux législatives de 1999 et sommes toutes considérable? Quelle stratégie adoptera le CD&V-NVA, qui voit s’éloigner sa précieuse majorité des 2/3? Je ne cache pas que j’appelle des mes voeux une coalition « Jamaïque » (Chrétiens-humanistes, libéraux et écolos), stable politiquement et ouverte à une nouvelle culture politique, orientée notamment vers des thématiques plus que jamais essentielles.

0 réflexion sur « Résultats »

  1. Concernant la jamaïque,elle m’enthousiasme égalemment. Néanmoins, on peut croire que les verts ont déjà choisis l’opposition. En effet, dans l’hypothèse où ils viendraient à participer à la coalition, ils ne seraient ni indispensables pour obtenir une majorité simple, ni assez importants que pour obtenir une majorité de 2/3. Or l’expérience de 2003 leur à peut-être démontré qu’il est peut-être parfois préférable de ne pas participer au pouvoir, plutôt que de se voir relegué au rôle de second valet.
    Mais si dans ce cas la bipartite « orange-bleue » semble la plus plausible, est-ce pour autant que le CD&V lié par ses positions fortes à son allié de la NV-A renoncera à obtenir une majorité des 2/3 qui pourtant exige une tripartite? En tout cas, on peut s’attendre à des négociations serrées entre les chrétiens (les humanistes, daignez m’excuser)et les libéraux. L’électorat flamend semble s’être largemment prononcé en faveur d’une réforme de l’Etat. On peut imaginer qu’un parti comme le CD&V qui en a fait son cheval de bataille, ne prendra pas le risque de l’abandonner. Ce faisant, il s’exposerait à une sanction des électeurs lors des prochaines élections. Enfin dernier point. Si le SP-A -comme il l’a déjà annoncé- fait le choix de l’opposition, il n’est pas dit qu’il ne soutiendra pas les projets de Leterme. Après 20 ans « d’Etat PS » et 34 ans de « Vlaams Premier », on compte sur sa Majesté pour arbitrer le duel Leterme-Reynders(/Reynders-Leterme)…

    Dlamot.

  2. Mais pourquoi Jamaïque?
    déjà c’est plutôt jaune vert et noire le drapeau…

    ecolo avec vivant ( qui est mort) et le vlaams belang?

    j’aurai pu écrire un commentaire plus long, plus constructif et plus argumenté, car en réalité j’ai suivi d’assez près…

  3. Entièrement d’accord avec toi, Dlamot, les négociations seront serrées. Mais je vois mal comment la NVA pourrait exercer le poids politique suffisant à réunir une majorité des 2/3, sauf l’accord du SPa à la réforme proposée. Ce qui n’est pas gagné. En réalité, le CD&V est coincé par son programme électoral et les résultats en wallonie. Le cdH est dans une position inconfortable, partenaire minoritaire dans plusieurs majorités différentes, il risque de se faire rosser la gueule à tous les étages… Bref, un beau casse-tête. Les libéraux représentent une famille plus stable et plus équilibrée… Mais comment le VLD pourrait-il imposer de grandes prétentions alors qu’il a subi un cuisant revers? Et les flamands accepteraient-ils un Reynders-Leterme, lorsque leur Ministre-Président a massivement bénéficié de leurs suffrages, représente de loin le parti le plus important? COmpliqué, compliqué!

    Pour ce qui est de la couleur, je suis d’accord, le terme Jamaïque est trompeur, sauf à dépénaliser le cannabis 🙂 La réalité, c’est que le nom le plus approprié à une coalition Ecolo – Humanistes-Chrétiens et Libéraux, c’est… Le « dégueulis »…

  4. Lire cette interview sur http://www.lesoir.be/dossiers/elections_2007/actu/carl-devos-un-gouvernement-en-2007-06-16-535076.shtml

    Pourtant, la perspective d’une profonde réforme de l’Etat exigée par la Flandre et repoussée par l’ensemble des partis francophones réduit fortement les chances de mise sur pied d’une coalition orange bleue. Les exigences institutionnelles du cartel flamand sont-elles surmontables au Sud du pays ?

    Il y aura une réforme de l’Etat. Elle sera moins radicale que celle dont rêvent les démocrates-chrétiens d’Yves Leterme et n’exécutera pas les cinq résolutions adoptées par le Parlement flamand en mars 1999. Yves Leterme sait parfaitement qu’il n’est pas en mesure d’obtenir tout cela »

    Les nationalistes de la N-VA vont-ils avaler une telle couleuvre ?

    Les dirigeants du cartel flamand ne sont pas naïfs. Ils savent qu’ils ne pourront pas réaliser tous leurs rêves et devront accepter des compromis institutionnels. Bart De Wever, le chef de file de la N-VA, a lui-même déclaré que son parti devra passer par là. Si les futurs partis flamands de la majorité souhaitent un tant soit peu concrétiser leur programme institutionnel, ils devront dialoguer avec les Francophones.

    Le nouvel équilibre des forces issu des urnes ne facilitera pas le dialogue entre les communautés…

    Il y a une série de noeuds communautaires qu’il est facile de dénouer. Le problèmes des vols de nuit, par exemple, celui de la partition de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde…

    Comment ?

    Je vous rappelle que, sous le dernier gouvernement, le problème a failli être résolu s’il n’y avait eu l’opposition en dernière minute de Spirit, l’allié de la SP.A, tous deux dans l’opposition aujourd’hui. Posez la question à l’informateur : Didier Reynders l’a suffisamment rappelé à l’époque… Mais il n’y a pas que BHV ou les vols de nuit…

    Quels autres pas institutionnels pourrait franchir la prochaine coalition ?

    Ceux de la régionalisation du marché de l’Emploi.Avant son intronisation comme informateur, Didier Reynders avait clairement marqué son opposition à tout nouveau transfert de nouvelles compétences vers les entités fédérées qui pourrait, jusqu’en 2009, date du prochain scrutin régional, renforcer les socialistes francophones, au pouvoir à Namur…

    Je l’ai bien capté. Mais qu’est-ce qui interdirait au prochain gouvernement d’inscrire dans les textes que les prochains transferts de compétence ne seraient exécutés qu’en septembre 2009 par exemple ? Les socialistes flamands voteront ces lois depuis l’opposition, d’autant qu’ils se sont toujours montrés favorables à cette régionalisation de l’emploi.

    Même dans l’opposition ?

    Le SP.A sera dans l’opposition jusqu’en 2009. Il n’a pas l’intention d’ici là, croyez-moi, de bloquer de nouvelles compétences en faveur de la Flandre et d’apparaître comme un parti qui freinerait l’aspiration du Nord à davantage d’autonomie en la matière. Les socialistes flamands savent qu’ils le paieraient cher en 2009.

    En attendant, dans ces compromis communautaires, les Francophones ne sont pas à la fête…

    Et le refinancement de Bruxelles ? Vous savez, pour les Flamands, Bruxelles, c’est une ville francophone. Non, je suis convaincu que des compromis sont possibles. Et qu’un gouvernement orange-bleu sera mis sur pied d’ici octobre. N’oubliez pas qu’en comptant la prochaine campagne électorale qui démarrera l’année prochaine, la future coalition a une année utile devant velle pour faire ses preuves. Elle n’a pas intérêt à faire traîner les négociations…

  5. Concernant Bruxelles, « l’enfant mal aimé », voir Rudy Aernoudt.

    Une remarque sur la régionalisation probable (et peut-être salutaire)de la politique de l’emploi: Reynders n’a pas déployé tant d’énergie pour « faire basculer le centre de gravité en Wallonie », pour que cette compétence stratégique soit finalement exercée par le PS à la Région…

    Dlamot.

  6. L’institutionnel est contrairement à ce que les francophones le pense, le centre du débat. Nous sommes dans un fédéralisme qui ne fonctionne pas. Je pense que la ventilation des compétences et les rapports de forces entre les niveaux de pouvoirs sont source de nombreuses innefficacités. Perso, je suis pour une réforme institutionnelle, mais pas dans le sens où les flamends l’entendent. Au contraire,je plaide pour un fédéralisme qui marche. La solution que je préconise est une Belgique à 3 plutôt qu’à 2 « blocs » (remeber the cold war)çàd BR-W-F plûtot que F-W. Cela exigerait de faire péter « le carcan communautaire » autour de Bruxelles(élargissment à 1M de personnes),la seule capitale à vocation internationale au monde à être à ce point étriquée dans ses frontières (cf. Berlin 2nd world war II). Cela impliqerait bien-sûr de nombreux remaniements institutionnels (Provinces, Communauté Française…). Dans cette configuration, Bruxelles pourrait alors jouer le rôle de juge-arbitre entre la flandre et la Wallonie et ainsi résoudr ela problème du rapport de force qui nous est aujourd’hui nettement défavorable (6millions VS 3.3 millions).

    Déso si c’est brouillon, je manque de temps.

    Dlamot.

  7. Concernant la « jamaïque », je pense que le noir est dans d’autres pays -l’Allemagne, me semble t-il avec le CDU- la couleur politique des conservateurs (Ou disons simplement les partis d’origine cléricale).

    Dlamot.

  8. Je serais aussi partisan d’une solution style une Communauté flamande, une Région wallonne et une entité Bruxelloise, sans plus. Ce qu’il faut d’urgence, en Belgique, c’est clarifier qui fait quoi. Donc, qui est responsable devant qui et pour quelles matières.

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