Heureux Euro?


L’Euro, ou € ne fonctionne pas. Ou du moins, pas si l’on en croit les sondages. En effet, « Questions à la Une » (RTBF) nous l’apprenait mercredi passé: 85 % des Belges mais 95 % des Français, ainsi que des Italiens, estiment que l’€uro a fait flamber le coût de la vie. Selon tous ces mécontents, les commerçants auraient profité de l’introduction de l’Euro pour revoir (« arrondi ») leur prix à la hausse.

Face à ce constat, l’excellent Defossé à mené l’enquête pour la Une. Le résultat est, selon lui, sans appel. Les chiffres officiels, qui n’indiquent pas une inflation extraordinaire, sont tout à fait vérifiables. Un autre cliché trop souvent véhiculé en a pris pour son grade; non, la hausse des prix ne s’est pas appliquée aux petits produits de la vie courante, au panier très courant de la ménagère.

Alors, pour expliquer que l’attitude des sondés ne correspond visiblement pas à la réalité, Defossé avance des éléments de réponse. En bref, l’Europe économique (la zone Euro) serait à la traîne à cause du manque d’Europe politique. Une Banque centrale qui se préoccupe plus de maintenir l’inflation que de l’intérêt des gens, des institutions européennes à qui l’on confère des missions, sans leur donner les moyens de les réaliser. Et une Europe qui sert de bouc émissaire pour justifier les errements ou les choix politiques difficiles des Etats membres.

D’aucuns visionnaires invitaient d’ailleurs, lors de cette émission, à la création d’un Etat fédéral européen, avec un gouvernement digne de ce nom et doté de moyens à la hauteur de ses ambitions. Ceci est un autre débat.

Un autre argument, quoiqu’esquissé dans l’enquête de Defossé, n’a cependant presque pas été développé. Il me semble pourtant intéressant de tenir compte de cet aspect du problème. L’€uro à complètement changé notre échelle de valeur, nos références de bases. Qui ne s’est jamais fait la réflexion que, tout de même, jadis, on dépensait beaucoup moins vite 500 BEF qu’on ne dépense aujourd’hui 20 malheureux €uros? Tout nous paraît meilleur marché avec l’€uro. Et la politique de consommation de certaines grandes chaines de distribution n’y est d’ailleurs probablement pas étrangère*.

Le dernier argument qui peut justifier cet écart entre sondages et réalité est l’influence des médias. Premièrement, ceux-ci ont en général énormément relayé les résultats des études du Crioc et de l’Observatoire du crédit, selon lesquelles notre pouvoir d’achat aurait diminué, statistiques à l’appui, de 2,08 % à 3,25 %. Une baisse bien minime, lorsque l’on sait que globalement, ce même pouvoir d’achat a plus que doublé en a peine plus d’une vingtaine d’années! Il me semble que cette médiatisation parfois outrancière se fait sur le ton qui plaît au lecteur lambda, qui aime à s’entendre dire que tout va mal et que finalement, il a bien raison de se plaindre. Tout s’en va…

En bref, il y a un malaise avec l’Euro, de toute évidence. Mais pour en revenir à Defossé, ce malaise semble dû au fait que l’€ est le seul bouc émissaire à la portée du peuple. L’Europe échappe à la majorité de ses citoyens, influencés qu’ils sont par leurs gouvernements nationaux, la grande distribution et certains médias. Ces citoyens ne savent pas vraiment sur quoi porter leurs récriminations, alors tout naturellement elles se portent sur ce qu’ils peuvent palper, sur ce qu’ils connaissent peut-être le mieux: l’argent.

* Certaines chaînes de grande distribution ont mené une politique de légère baisse des prix, accompagnée d’une publicité, plus qu’abondante, plus que massive; une publicité incommensurable. Prix faibles + publicité outrancière = consommation exponentielle. Puisqu’on parle des publicités, et même si cela s’est plus remarqué en France qu’ici, celles-ci n’ont pas manqué de véhiculer plus souvent qu’à leur tour l’idée d’une perte du pouvoir d’achat, d’une hausse inconsidérée des prix. Ils ont joué sur le sentiment et le malaise populaire, selon un procédé proprement scandaleux. Messieurs les publicistes, merde.

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