L’Europe est-elle en crise ?

Comme je le mentionne dans mon article précédent, deux motifs sont à l’origine du « non » irlandais au Traité de Lisbonne.

D’une part, les eurocrates ont eu le tort de chercher à passer outre les « non » français et hollandais, sans tenir compte le moins du monde du malaise qui était exprimé en ces occasions, fût-ce de manière maladroite. En cherchant à imposer Lisbonne par la force, ils ont accrédité la thèse du viol de la volonté populaire et contribué à reproduire, à l’identique, le schéma ayant conduit au « non » français.

D’autre part, l’opposition hétéroclite fédérée par le camp du « non » a incontestablement instrumentalisé, au moins en partie, la campagne référendaire. Trop souvent, les simplismes et amalgames ont rythmé la campagne, conduisant au rejet d’un texte qui, selon moi, se serait avéré bénéfique à l’UE.

Qui va ramasser les miettes ?

Passons : le mal est fait. Qui va s’occuper maintenant de réparer les dégâts ?

Le Traité de Lisbonne était promu sous le vocable de « Traité simplifié« , par le Président français Nicolas Sarkozy. Ce dernier s’est d’ailleurs amplement auto-félicité de la grande réussite politique qu’incarnait ce texte. Or, hasard du calendrier, la France s’apprête à prendre la Présidence de l’Union. Le menu annoncé était plus que copieux, touchant aux matières sociales, fiscales ou environnementales.

Aujourd’hui, les analystes concordent pour signaler logiquement un bouleversement de l’agenda politique de la présidence française. La priorité sera de veiller à l’adoption d’un Traité fondateur pour l’Union européenne.

Quel est le scénario le plus plausible ?

Le scénario le plus plausible est que la présidence française se borne à enfoncer le clou et à faire passer le Traité en force, moyennant quelques menues compensations, le Traité de Lisbonne. Cela suppose que le Traité soit ratifié là où ce n’est pas encore fait, Royaume-Uni en tête (ils ont l’air en passe de le faire).

Les résultats ? Les institutions européennes, convaincues de leur bon droit, se féliciteront d’avoir débloqué la crise européenne. Et pourtant, la crise sera toujours là car rien n’aura été fait pour réconcilier l’UE avec la voix des peuples. Français, Néerlandais et Irlandais ont avant tout exprimé un malaise en rejetant ces textes ; selon moi, le Traité n’est qu’un élément accessoire du « non » prononcé.

Le projet européen ne peut faire l’économie du soutien populaire, doit se réinventer et avoir le courage et l’honnêteté de s’amender dans un souci de répondre aux rejets manifestés. Sans quoi le fossé continuera de s’élargir entre l’UE et ses diverses populations.

Je reviendrai sous peu avec une idée pour que l’Europe, demain, ne rate pas son rendez-vous avec elle-même (rien que ça! :-).