Di Rupo dans « Les Salons », campagne on the rocks

Didier Reynders lance la campagne électorale en donnant uppercut (le « mal wallon » ou « la Wallonie au cœur du mal belge« ) sur uppercut (« je suis disponible pour Namur« ).

L’Empereur contre-attaque : on va parler social, économique, écologique et… « dans les salons ». Le lieu nouveau de la lutte des classes est ainsi défini : on se battra « dans les salons ». C’est la prochaine marotte de notre As de la comm’, Elio di Rupo, qui nous déclare, dans une interview au Soir, à zéro question d’intervalle (autrement dit coup sur coup) :

Le président du Parti socialiste [Lui-Même!, nda] est toujours fâché de voir des gens qui gagnent jusqu’au-delà du million d’euros se réunir dans les salons et déclarer que, bien entendu, les autres doivent se serrer la ceinture ! Et que la Sécu ça coûte cher ! Ou que les chômeurs sont des fainéants assistés ! Tout ça, c’est de l’idéologie de droite.

La seconde citation est issue du même registre et le bon vieux salon y tient encore la vedette :

On ne va quand même pas me demander de plonger une partie de nos concitoyens dans la misère parce que, dans des salons, entre un morceau de foie gras et un verre de champagne, on considère qu’il y a trop d’assistés ! C’est juste le contraire.

Bien, vous constatez comme dans quel jus nous sommes partis pour mariner jusqu’en 2009, et je vous fiche mon billet qu’il va en pleuvoir dans tous les sens, tout à l’heure, sur les plateaux télé dominicaux. La campagne est partie et sera, en francophonie, résolument « socioéconomique » (vous savez, le grand-amalgame-qui-vous-parle-de-tout-sauf-d’institutionnel).

Alors, Reynders au 16?

Seize

La question est sur toutes les lèvres et a déjà fait couler beaucoup d’encre. On en parle encore avec Laurette Onkelinx ce matin dans La Libre, dans cette interview. Avant de bêler avec le troupeau pour évaluer les « chances » de Didier Reynders d’accéder au premier portefeuille, il convient de tenter de prendre un peu de recul.

Sur la réalité des ambitions de Didier Reynders, il me semble que ne règne aucune équivoque. Il ne s’est jamais caché de ce que l’accession au 16, rue de la loi, serait un aboutissement et une consécration de sa carrière nationale. Le chef des libéraux a de nombreuses facettes tout à fait insupportables. Notamment, sa propension à distiller son venin médiatique à des adversaires politiques qui (pour être honnête) le lui ont souvent bien rendu, ont largement contribué à ce climat de méfiance morose et délétère. Toutefois, il serait malhonnête de ne pas lui reconnaître le mérite de la franchise sur la question du 16.

On la croyait résolue, cette question. Elle ressurgit fort mal à propos, il faut bien le dire, à l’occasion des problèmes de santé d’Yves Leterme et elle rebondit, à 3 semaines de la passation du sceptre, suite au refus de la NV-A d’entrer dans le gouvernement. Et tout le monde d’en parler, et tous les journaux de poser cette fameuse question. Pour être honnête, je trouve inquiétante l’exposition que reçoit l’expression de cette ambition personnelle et la fausse naïveté qui consiste à relayer cette possibilité, « on sait bien qu’il n’a aucune chance mais on essaye quand même sans l’assumer ouvertement« .

Reynders

Je m’explique. A en parler tous azimuts, l’ensemble des acteurs donnent corps à cette hypothèse et la rendent crédible. Une indifférence généralisée aurait le même effet sur cette ambition qu’une mauvaise cuisson sur un soufflé ; elle resterait cantonnée au domaine de l’ambition personnelle de Didier Reynders, dont personne n’a à juger de l’opportunité. A la limite, il n’est pas illégitime de se demander publiquement qui dirigera le gouvernement. Mais à mon sens la question ne peut être prise isolément.

En effet, réduire l’enjeu stratégique de la formation du gouvernement à la question du 16 me semble parfaitement tronqué, pour ne parler que de « basse stratégie » (pas de programme politique). En outre, en donnant corps et en soulignant les déclarations du patron du MR à cet égard, les médias crédibilisent une candidature à laquelle pourtant ils se refusent à apporter un soutien explicite (à ma connaissance, pas d’édito prônant un premier ministre francophone).

Alors, faut-il en parler? Si oui, faut-il isoler la question ou poser celle d’un équilibre politique global? Et surtout, au-delà de la distribution des portefeuilles, le contenu politique des discours ne doit-il pas être préféré?