#1: L’obsession quantitative

J’annonçais il y a un mois déjà (ici) mon intention de lancer une série qui me tient particulièrement à cœur et dont le thème se rapporte, de manière générale, à l’écologie au quotidien. Autrement dit, il s’agit de partager et de débattre avec vous la manière dont Anne, ma compagne, et moi-même, tentons de réfléchir nos actes en concordance avec nos idéaux.

Bien évidemment, tout n’est pas parfait et est bien entendu sujet à discussion : l’intérêt de cette série réside davantage dans la confrontation des expériences. Vos commentaires sont donc les bienvenus!

Pour ce premier billet, je voudrais mettre en avant le fondamental de notre réflexion, à savoir le refus de ce que, faute de mieux, j’appelle « l’obsession quantitative ». Bien entendu, ceci peut trouver des échos particulièrement intéressants dans le cadre de la crise financière. Les critères qui régissent actuellement la qualité de vie réfèrent tous à un objectif chiffré et induisent l’idée d’une performance réalisée sur une base comparable (l’unité monétaire).

Ainsi par exemple, à un niveau international, du critère du PIB (produit intérieur brut), censé mesurer le niveau de vie des habitants comparé à d’autres pays, dont l’étroitesse excessive est régulièrement dénoncée. Ainsi également de l’objectif de politique économique n° 1, qui est la recherche de la croissance, autrement dit l’accroissement du produit national comme but politique en soi. Il faut constater que le revenu (pour le revenu), cette unité de mesure baroque et exclusive employée par les Gouvernements, est également celle retenue par d’autres groupes sociaux.

Si les syndicats dénoncent – probablement à bon droit – la course au profit à laquelle se livrent patrons et spéculateurs, l’essentiel de leur programme politique consiste aujourd’hui à augmenter le salaire de leurs affiliés. Rappelons-nous les propos d’Anne Demelenne, patronne de la FGTB, qui dénonçait comme un scandale majeur le fait que beaucoup de ses affiliés subsistent avec 1200 € net mensuels… Je ne dis pas que c’est la panacée, certes, mais je prétends qu’il est largement possible de payer logement, énergie, pain et déplacement avec un revenu tel que celui-là. Le reste est affaire de choix, et de ces choix il sera question dans les billets qui suivront celui-ci.

Descendons encore un étage en deçà des groupes sociaux : beaucoup de citoyens ne conçoivent plus leur bonheur qu’en termes étroits de consommation, ce dont témoigne la revendication martelée et médiatiquement relayée pour plus de pouvoir d’achat. Pouvoir d’acheter quoi ? Dépassé un certain stade, cette revendication confine à l’aporie manifeste.

Bref, l’idée est simple : il n’y a pas que les chiffres dans la vie. Le bonheur ne se mesure pas, n’est pas quantifiable, n’est pas susceptible d’une comparaison en termes de « performance ». Croissance et revenus nets sont probablement des indicateurs intéressants, mais ne doivent certainement pas primer à titre exclusif. Voilà pour la réflexion tarte-à-la-crème. Pourtant, dans les faits, force est de constater que cette approche davantage qualitative est à la fois peu cultivée et relayée. Elle sort très clairement des sentiers battus de la « réussite sociale » telle que nous nous la représentons actuellement.

Les prochains billets tenteront de montrer concrètement, exemples et liens à l’appui, comment ces beaux principes peuvent trouver leur application matérielle dans une sorte d’écologie du quotidien. Être heureux… ça n’a pas de prix (et c’est pas cher) ! Comme je l’ai dit, tout cela est éminemment subjectif – encore plus que d’habitude – et est sujet à discussion… Les commentaires sont là pour çà !