Une idée de solution pour l’Europe

Série sur l’Europe, suite et fin. En discutant du « non » irlandais autour de moi, une idée a pris corps qui pourrait à mon humble avis permettre de réconcilier la voix des peuples avec un projet européen et les dirigeants.

J’ignore si cette proposition est originale ou éculée, il serait étonnant que personne n’en ait eu l’idée plus tôt (à vrai dire, je crois qu’il en avait été question au sujet de la Constitution européenne).

Quel est le plan ?

1. Redéfinir un texte et un projet pour l’Europe (ce que plus aucun gouvernement ne veut faire aujourd’hui).

2. Adopter une directive prévoyant que ce texte sera soumis au référendum dans tous les États membres, à charge pour ceux-ci d’adapter leurs législations nationales (exemple : en Belgique). J’ignore si la directive est la meilleurs technique juridique pour ce faire.

3. L’Europe entière est consultée par voie référendaire sur le projet de texte, simultanément, à l’occasion des élections européennes.

Inconvénients

D’abord, la nouvelle équipe en place après les élections doit tenir compte d’un projet qui lui est antérieur. Cela dit, il me semble que les énormes bouleversements électoraux sont si rares (sur un plan européen) qu’ils permettent stabilité et continuité.

Ensuite, comme je l’ai dit, plus personne ne veut négocier et certains États bloquent actuellement la possibilité même de certaines politiques européennes.

Enfin, tout ce processus prendrait du temps, beaucoup de temps, trop de temps (j’imagine déjà les débats stériles sur la possibilité d’un référendum en Belgique…).

Avantages

À mon sens, le fait d’avoir rendez-vous avec l’opinion publique stimulerait les ambitions d’un projet qui pourrait se laisser un peu plus aller à une vision commune, au delà de l’agrégation des vues nationales.

Précisément, ce serait bien ici le pouls européen qui serait palpé, ce qui est à la fois plus transparent et plus démocratique que la situation actuelle où une majorité d’État ratifient le texte dans une relative opacité et où une minorité d’État dont le peuple s’exprime directement le rejettent.

En outre, l’avantage majeur consiste en l’impossibilité d’instrumentaliser le texte. En liant ce texte aux élections nationales, on en fait un enjeu partagé par tous, plutôt qu’un levier politique dont se sert l’opposition pour déstabiliser le pouvoir en place.

En effet, on imagine mal les candidats sur les listes européennes, qui tous briguent un mandat à ce niveau, tirer à feu continu sur l’Europe.

Pour une analyse plus fine, plus complète et mieux informée, voyez les Coulisses de Bruxelles.

Pour une destruction créative de la Belgique

Un an. Nous y sommes. Un an de turpitudes, médiocrités, coups bas. Long, interminable calvaire politique. Clairement, le bilan est désastreux et l’ambiance morose. Hier encore, un des négociateurs de la majorité avec qui j’avais l’occasion de débattre affirmait qu’à l’heure actuelle et malgré le bidouillage d’un gouvernement, les vraies questions n’étaient toujours pas abordées.

Différentes échéances tétanisent nos élus. Électorales, bien sûr. Ce n’est pas tout : comme si cela ne suffisait pas, ils ont procédé en se fixant eux-mêmes des deadlines temporelles qui agissaient à la fois comme facteur de pression supplémentaire et comme facteur de paralysie (écouter le commentaire de Geoffroy Matagne).

Les mots manquent aux plus fins analystes de notre vie politique, à l’instar de Charles Bricman :

J’avoue rester pantois au spectacle de l’espèce de prostration morbide dans laquelle la totalité de notre personnel politique, de gauche à droite et du sud au nord, se laisse dériver vers les récifs qui menacent de pulvériser le radeau Belgique. Mardi, il y a aura un an que nous avons voté. Et nous n’avons toujours pas de gouvernement.

Je crois que dans l’ensemble, tout le monde s’accorde pour dénoncer l’incurie des négociateurs et l’impuissance dans laquelle ils semblent s’enfermer un peu plus chaque jour. Presque avec résignation. Chaque partie du pays, Nord et Sud, campe sur ses positions tristement restrictives et creuse un peu plus, de la sorte, le sillon d’un discours unilatéral qui chaque jour tourne davantage à l’obsession monomaniaque.

Les motifs ? Maintes fois répertoriés, ils dénoncent principalement le manque d’espaces de dialogue instaurés entre Communauté flamande et Région wallonne. Élections découplées, trop peu de représentativité au Parlement fédéral, absence de toute forme de circonscription fédérale, etc. L’heure n’est plus aux diagnostics. Il s’agit aujourd’hui de prendre les devants et de proposer un avenir pour ce pays, un avenir pour cette Belgique dont tout le monde s’accorde à dire qu’en l’état, elle n’est plus viable.

Plaider que le pays est arrivé au bout d’une logique institutionnelle s’avère séduisant. Il est vrai que le pays semble à bout de souffle, radicalement incapable de faire souffler un vent de fraîcheur. Les caprices politiques de ces derniers mois sont un caprice de nantis, un privilège de luxe d’un pays où malgré tout beaucoup de choses tournent bien. La richesse – pas uniquement matérielle – y est considérable et il y est, par conséquent, d’autant plus dommageable de s’enfermer dans une telle médiocrité.

En bref, le temps n’est plus à la complainte et à l’inertie. Flamands comme francophones doivent oser sortir des tranchées, sortir de la caverne et contempler la lumière. Ils doivent maintenant faire preuve de créativité. Ce ne sont pas les idées qui manquent, comme en témoignent les 100 projets pour la Belgique conçus par des jeunes de tous rangs, de tout bord. Les politiques doivent piocher dans ce vivier, prendre la responsabilité d’endosser un projet, une vision pour le pays. Qui ne repose pas forcément sur sa dualisation actuelle, au contraire.

Il n’est jamais trop tard ! À condition de prendre les utopies à bras-le-corps et de les porter sur la place publique, nos politiciens peuvent encore sortir gagnants de cette gabégie. Leur pragmatisme électoral ne porte plus et a enfoncé le pays dans l’impasse. Prenons-en acte, de l’impasse. Prenons-en acte pour mieux relancer des pistes de renouveau, faisant fi des réalités institutionnelles, proposant de l’inédit !

La Belgique vaut mieux que l’affligeant spectacle auquel elle est confronté et je veux croire que notre classe politique peut encore, au fond de la crise, rebondir et rendre au pays un élan fédérateur, un beau projet qui vaille la peine de s’extirper de l’interminable conflit de tranchées qui mine le pays !

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update le 11/06 : ce post très intéressant d’Alexandre Plennevaux