Le syndrome « demain, j’arrête »

La saga de l’été de La Libre Belgique porte sur nos hommes politiques, décortiqués recto / verso, à la suite d’entretiens plus informels qu’à l’accoutumée.

Au-delà du côté sympathique de l’initiative, je retiens ce fait étonnant : la plupart de nos élus annoncent plus ou moins prévoir, plus ou moins anticiper la possibilité d’un retrait du milieu politique. Beaucoup conçoivent une espèce de rapport amour / haine à leur passion / profession.

Il est évident que 90 % de ces personnes qui déclarent envisager très sereinement de changer complètement de cap, de renoncer à leur carrière politique ou de prendre du recul ne le feront pas, ou en dernière instance.

Il y a indubitablement un syndrome « demain, j’arrête » dans ces déclarations. L’impression qui se dégage est celle d’une assuétude à la politique, une sorte de virus qui tout à la fois accapare, fascine et effraye nos élus. Qui cherchent à se prouver qu’ils peuvent s’arrêter demain.

A tout le moins, ils s’en auto-persuadent.

La politisation made in .be

Ce jour, les médias devraient se faire en partie l’écho d’une initiative appelée sans nul doute à prendre de l’ampleur dans les semaines qui viennent.

Cette initiative fait suite au renouvellement litigieux des hauts mandats à la Direction générale de l’aménagement du territoire (DGATLPE), dont je faisais état ici. Pour schématiser, le gouvernement wallon et lui seul prend des décisions en dernier ressort qui ne tiennent pas compte des examens présentés devant le Selor par les candidats (en piégeant littéralement les candidats à l’aide de questions subsidiaires tortueuses).

Certains fonctionnaires de la DGATLPE, rejoints semble-t-il par des collègues d’autres administrations, ont résolument saisi l’affaire et décidé d’initier un débat sur ce qui s’apparente à une véritable confiscation des procédures démocratiques par les édiles politiques.

Ils ont dans un premier temps lancé le site politisation.be qui retrace les tenants et aboutissants de ce qui est ici sommairement évoqué, notamment par le biais d’une FAQ. Dans un second temps, une pétition a été mise en ligne en vue d’appeler le Parlement, instance démocratiquement élue et gardienne de la représentativité, à exercer une vigilance accrue dans l’attribution des hauts mandats dans la fonction publique.

Le site web de l’initative

La pétition « Pour une administration performante et équitable, au service du citoyen« 

Qu’est-ce que la pauvreté ?

Au regard des derniers développements sur le pouvoir d’achat, une évidence vient à l’esprit : oui, la question de la précarité croissante se pose avec une acuité particulière ; non, le pouvoir d’achat n’est pas cette solution miracle qui réglera tous les problèmes, tout au plus une formule qui fait recette. En vérité, elle s’avère beaucoup trop réductrice et mal adaptée pour restituer le malaise des plus démunis.

Le débat sur le pouvoir d’achat

En fait, le pouvoir d’achat est dénoncé par d’aucuns comme s’apparentant à un pouvoir de consommer. Autrement dit, il ne peut se positionner – et n’entretient pas d’autre ambition – que sur un axe matériel. Finalement, c’est à cet axe que se réduit la bipolarisation de notre système politique que cherchent à entretenir les deux partis dominants, le MR et le PS.

Débat cantonné sur un axe matériel, donc. C’est en cela que le débat sur le pouvoir d’achat me semble tronqué. En réalité, je pense que la notion de « pouvoir d’achat » est extrêmement réductrice et qu’il faut chercher dans la multidimensionnalité de la pauvreté les motifs qui fondent le malaise exprimé par le prisme du pouvoir d’achat ; ces motifs pourtant ne peuvent être réduits à un quelconque pouvoir de consommer.

Une bonne définition de la pauvreté

Pour étayer cela, voici une des nombreuses définitions de la « pauvreté » qui me semble englober la plupart des aspects de cette réalité ; « La pauvreté est la condition dans laquelle se trouve un être humain qui est privé de manière durable ou chronique des ressources, des moyens, des choix, de la sécurité et du pouvoir nécessaires pour jouir d’un niveau de vie suffisant et d’autres droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux » [1].

La pauvreté devient extrême lorsque la précarité afférente à l’un ou plusieurs de ces domaines d’existence devient persistante et difficilement réversible. En outre, dans les textes tout au moins, cette conception de la pauvreté reflète l’’indivisibilité et l’’interdépendance de tous les droits de l’’homme.

Conformément à cette définition, le phénomène de la pauvreté, multidimensionnel, trouve en Belgique, et notamment en Région wallonne, des extensions beaucoup plus complexes que le « pouvoir d’achat ». En guise de ressources, il s’agit de réduire la problématique aux ressources matérielles : en matière de droits, il s’agit de limiter les atteintes aux droits économiques (quelle que soit l’ampleur de ces atteintes).

Domaines d’existence où sévit (potentiellement) la pauvreté

En circonscrivant les quelques éléments qui suivent au territoire de la Région wallonne, quelques réalités sont révélatrices d’une pauvreté qui, à défaut se s’accroître (?), reste préoccupante.

Première observation : l’accès au logement reste une difficulté majeure pour de nombreuses personnes, le marché locatif étant loin d’être suffisamment développé (et, à vrai dire, les conditions de location pour les propriétaires ont encore été durcies par la loi Onkelinx de 2007, ce qui n’arrange rien). C’est la principale priorité soulevée par le Plan d’Action National Inclusion 2006-2008 [2].

Bien entendu, seconde observation, l’accès à l’emploi pose problème également. En Région wallonne, le taux d’emploi peine à se relever. Or, l’emploi reste un levier important, voire prépondérant, de sortie de la pauvreté. Ainsi, si « seulement » 4,1 % des travailleurs courent un risque accru de pauvreté, les personnes sans emploi sont dans une situation nettement plus inquiétante : 27 % d’entre elles courent ce même risque [3]. Bien entendu, le « risque accru de pauvreté » repose sur un critère exclusivement matériel (se situer en dessous de 60 % du revenu médian) et tombe de ce fait dans le travers réducteur dénoncé ci-dessus.

Troisième observation : la qualité de l’enseignement semble se détériorer en Communauté française (et donc en Région wallonne), selon les rapports PISA [4]. Or, selon moi autant que l’emploi, la formation est plus que jamais une clé d’accès essentielle aux armes nécessaires pour faire sa place au sein de la société. L’éducation reste un vecteur privilégié pour éviter l’exclusion.

Quatrième observation, sans prétention à l’exhaustivité : citons encore l’accès au droit, qui pose problème. En Région wallonne, d’importants débats ont eu lieu sur l’inflation normative et la complexité du droit, auxquels j’ai eu l’opportunité d’être associé. J’y reviendrai dans une série dédiée à ce thème. Un droit trop complexe joue assurément en défaveur des plus démunis et se rend inaccessible en premier lieu aux personnes (citoyens et étrangers) qui n’ont pas les moyens (ni matériels ni intellectuels) de s’y forger un chemin.

Conclusion

Nous vivons dans un pays riche, très riche sur un plan mondial, dans une véritable abondance. Si les revenus ne sont pas toujours répartis également, en toute justice et équité, ce n’est selon moi qu’un aspect du problème plus vaste de la pauvreté. Cet aspect est dénoncé à haute et claire voix sous l’angle du pouvoir d’achat – parfois d’ailleurs par des classe-moyennards qui témoignent à l’occasion d’un manque flagrant d’humilité et de sens critique.

Il existe un problème préoccupant de pauvreté en Région wallonne ; de cela je suis persuadé. Ce problème est infiniment plus complexe et multidimensionnel que ce que laisse indiquer la seule revendication d’une augmentation du pouvoir d’achat. Il touche à tous les domaines fondateurs de l’existence : le logement, l’emploi, la formation, l’accès au droit, et bien d’autres aspects probablement.

La conclusion (provisoire) que je voudrais tirer au terme de ces lignes est que le pouvoir d’achat peine à restituer un semblant de réalité sociale, mais la vigueur avec laquelle de nombreuses voix le revendiquent fait peut-être écho à un malaise plus profond, plus diffus, bien plus complexe que ce que l’on veut bien (s’) avouer.

____________________________________________

A lire également : cet article de l’économiste de renom Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie), qui montre bien à mon sens certains paradoxes de la problématique du pouvoir d’achat.

[1] Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, en 2001, E/C.12/2001/10, Annexe VII, § 8.

[2] PAN Inclusion 2006-2008.

[3] Quelques faits et chiffres, Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale.

[4] Accès aux résultats des enquêtes PISA (menées par l’OCDE).

Liège 2015 : la particratie a parlé !

Ce n’est un secret pour personne, j’assistais hier soir aux débats publics du conseil communal de la Ville de Liège. Deux points devaient toucher à la candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015 : une motion de l’opposition appuyant cette candidature et un protocole de la majorité visant à soutenir la candidature de Mons. Le conseil communal s’est prononcé contre Liège 2015, majorité contre opposition. Le conseil communal s’est prononcé pour Mons 2015, majorité et MR contre opposition (Ecolo). L’article qui suit est un peu long mais me semble intéressant à lire pour bien clarifier les enjeux.

Les mécanismes qui président à la décision politique sont éminemment complexes. Plusieurs conseillers socialistes et humanistes avaient déjà jadis interpellé le conseil dans la perspective d’une telle candidature. Ces derniers jours, la fronde a fait rage au sein des partis : nombreux étaient les conseillers qui refusaient de se plier à une décision qu’en leur for intérieur ils n’acceptaient pas. Pourtant, hier soir, toute la majorité, sans le moindre résistant en ses rangs, a voté contre la motion et pour le protocole.

Une lecture convaincante décline l’essence de la décision adoptée in fine sur un axe d’équilibre tracé entre le jeu partisan et la démocratie, sans être manichéen. Je précise directement que mon analyse n’est pas originale. C’est la lecture qui domine la plupart des interventions, comme ici ou ici. Je voudrais pourtant formaliser l’analyse et pondérer les arguments en présence.

Les partis politiques

Par définition, un parti politique est une organisation de moyens et de personnes formée en vue d’acquérir ou de conserver le pouvoir. Cet objectif est reconnu, légitime, et participe au jeu démocratique belge depuis longtemps. Ce simple constat permet déjà de tirer des enseignements féconds et explique en partie la médiocrité abyssale des débats d’hier, comme je m’en expliquerai. En effet, sur un plan temporel, on peut situer ses arguments dans trois registres.

1. Le registre du passé : par définition, un parti politique est tourné vers l’avenir (acquérir le pouvoir) ou vers le présent (le conserver). Le passé ne peut que lui servir de justificatif – parfois commode – à ses positions présentes. En effet, l’acteur politique ne prête foi à des accords informels antérieurs qu’en vertu d’une stratégie qu’il poursuit, s’il croit que le respect de cet accord lui sera bénéfique dans le présent ou dans le futur. À moins d’observer une règle morale rigide qui confine au sado-masochisme incompréhensible par l’électeur… En bref, l’essentiel des positions développées par la majorité était ancrée dans le registre du passé : ce que Liège était, comment elle a évolué, les accords d’antan, etc.

2. Le registre du présent : la cartographie institutionnelle et politique est telle, aujourd’hui en Belgique, que plus aucun des partis représentés au conseil communal ne peut décemment offusquer ou brusquer un partenaire gouvernemental… À l’exception d’Ecolo qui s’érige de facto en ramasse-baffe de toute la classe politique, tous les partis se ménagent entre eux, c’était particulièrement manifeste hier.

Le cdH suivait le PS pour un motif éminemment contemporain : il s’agissait de toute évidence d’éviter le casus belli et le débarquement de la majorité manu militari. La défaite cinglante du cdH aux dernières élections liégeoises ne lui permet plus d’exercer un contre-poids efficace au sein de la majorité.

Le MR, par le biais de son chef de file au conseil communal, Didier Reynders, a adopté une position pâlement consensuelle : oui à Liège 2015 et oui à Mons 2015. De toute évidence, il s’agissait de ne pas froisser les partenaires fédéraux. En contrepartie de cette attitude insipide, certain(e)s conseiller(e)s du groupe ont été autorisés à monter au front et à sonner la charge dans un bel esprit démagogique.

3. Le registre de l’avenir : c’était évidemment le plus prégnant lors des débats hier soir. Les regards sont tournés vers 2009 depuis juin 2007. Le PS, qui défend la « solidarité wallonne », qui hurle au sous-régionalisme quand on lui parle de « Liège 2015 », avait très clairement en vue les élections de 2009 et l’attribution plus ou moins heureuse des postes liégeois dans les prochains exécutifs wallon et communautaire.

Du pur sous-régionalisme dans l’esprit, en bref. Sans parler des probables stratégies individuelles de carrière qui se sont mêlées aux débats. Pourtant, sur le pur plan de la stratégie, le PS semble avoir paniqué et s’être replié sur sa frilosité interne et ses tabous. Il y a fort à parier qu’ils seraient sortis gagnants d’une attitude plus constructive envers le mouvement populaire qui prend naissance. Des alternatives stratégiques existaient, fut-ce celle d’une candidature fantoche.

Démocratie

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple (demos, kratos). D’emblée, une remarque : la démocratie n’est pas forcément la panacée et il convient d’éviter à tout prix, selon moi, l’écueil d’une tyrannie de la doxa (l’opinion). Il faut maintenir des ressorts proprement politiques qui permettent le recul nécessaire à la volonté populaire.

Le système belge est une démocratie représentative, ce qui signifie que le peuple exerce son pouvoir par le biais de représentants qu’il élit à cette fin. Il décerne aux candidats victorieux le mandat de les représenter, à charge pour eux de rendre des comptes lors des prochaines élections. Voilà pour les principes.

Or, sur le plan de la démocratie, tout, absolument tout plaidait en faveur d’une candidature de Liège au titre de capitale européenne de la culture en 2015.

1. Le PS et le cdH, majorité sortante, ont fait campagne sur le thème d’une ville culturelle forte. Le PS surtout a fait de la culture à Liège un des fers de lance de sa campagne électorale, exprimant le souhait de faire de Liège une locomotive culturelle internationale, en tous cas à l’échelle de l’Euregio.

2. Reconduite sans panache, cette majorité a adopté avec force flonflons un « Projet de Ville 2007-2015 » qui intègre des objectifs très ambitieux en matière culturelle, qui auraient trouvé leur plein épanouissement dans le cadre d’une capitale culturelle européenne. Il y est notamment écrit que « la Ville mise sur la culture pour son avenir » et entend « positionner Liège comme métropole culturelle ».

Au demeurant, de nombreux conseillers de la majorité étaient très attachés au projet et ont longtemps résisté avant de le brader. J’ignore les pressions réelles qui ont été exercées. Ce que je sais, c’est que plusieurs ont voté « non » la mort dans l’âme. Dans l’ensemble, le groupe cdH à voté à contre-cœur. Quelle force a-t-elle pu les y contraindre ?

3. La démocratie est étroitement liée à l’État de droit et au respect des procédures. À cet égard, la ville de Liège était déliée de tout engagement politique et de toute contrainte juridique. Elle disposait en droit de toutes les clés pour déposer une candidature. En fait, un accord avait été conclu dont certains se sont prévalus (c’était l’argument prépondérant du cdH) lorsque même cet accord, devenu illégal entretemps, pouvait être dénoncé. Il était plus commode de s’y référer…

4. Pour couronner le tout, un fort mouvement citoyen s’est fait jour spontanément, soucieux de défendre les intérêts culturels de la ville. Un mouvement pas précisément opposé aux idées politiques de la majorité, contrairement à un certain dénigrement qui a consisté à voir dans le chef des pétitionnaires une attitude de déstabilisation politique peu recommandable. Or, ce mouvement n’a pour ambition que de faire renaître sa ville et lui rendre un second souffle.

5. Au demeurant, je crois que systématiquement tous les intervenants ont reconnu la légitimité de principe d’une candidature de Liège, tous ont souligné ses fantastiques atouts culturels, tous ont remercié « l’enthousiasme » des promoteurs de l’appel, tous ont salué l’envie forte des Liégeois d’une culture différente, tous ont applaudi la mobilisation citoyenne, tous ont promis de meilleurs lendemains…

Et pourtant…

Conclusion

… Tous, au sein de la majorité, accompagnés du MR sur la motion entérinant la candidature de Mons, ont clairement pris une décision de principe défavorable à Liège, contraire aussi bien à leur programme qu’à leur Plans stratégiques, contraire à l’État de droit et contraire à la volonté citoyenne. Dont acte.

En l’espèce, j’ai voulu montrer que le jeu partisan est un mal nécessaire. Sans doute trouve-t-il une légitimité dans la manière dont fonctionne une démocratie représentative. Pour autant, la démocratie pose une série de principes qui ne sont pas toujours compatibles avec les intérêts partisans. À mon sens, je l’ai dit, la tyrannie de l’opinion n’est pas une option nécessairement viable. Je crois sincèrement qu’un point d’équilibre doit être fondé et légitimer le consensus qui émerge. Entre démocratie et particratie.

Manifestement, ce point d’équilibre n’a pas été trouvé hier. C’est un constat, pas une opinion. Les argumentaires développés par de trop nombreux membres de la majorité sonnaient hélas bien creux. Il est évident que, pour ce cas-ci, ce sont les partis politiques qui ont parlé, en lieu et place du peuple supposé être le détenteur ultime et légitime du pouvoir.

Bon, ce n’est pas un drame. Maintenant, il va s’agir pour la majorité d’être confrontée à ses actes et d’assumer ses responsabilités. Fondamentalement, l’intérêt premier de Liège a été mis en sourdine au regard de considérations irrecevables pour la population. Celle-ci devra prendre acte et renouveler les voies du combat culturel à Liège : il ne fait que commencer.

BHV : ficelles et désarroi

Le direct de RTL est encore tiède qu’on a cessé de rire depuis longtemps. La blague, saumâtre, s’avère une fois encore de mauvais goût. En matière de débat politique, c’est une énième ficelle improbable qui est survenue – je l’avais prédit dans mon article précédent. C’est Van Rompuy qui a du mettre de l’ordre à la place d’Yves Leterme. Comme c’est son rôle de Président de la Chambre, il a fait adopter un ordre du jour. Il a proposé avec succès de donner la priorité à la loi-programme et au budget, et de postposer le point BHV.

Celui-ci refera surface dans les débats à très court terme. En outre, la crise éclate de plus en plus ouvertement au sein du CD&V, puisque le Président de la Chambre, en faisant adopter un ordre du jour sans BHV, se range du côté du Premier ministre mais contre le chef du groupe parlementaire CD&V à la Chambre.

Mes aïeux, quel capharnaüm! Et pour quoi faire? Il y a la frustration flamande des blocages francophones, et il y a les gifles flamandes arguées par les francophones. Mais quand une issue rationnelle à cette histoire, qui a cessé depuis longtemps d’être signifiante pour les citoyens, sera-t-elle enfin trouvée? Difficile de manifester aujourd’hui autre chose que du désarroi devant tant d’obtusion intellectuelle et politique.

BHV : quelles stratégies francophones?

Aujourd’hui, cela sera la cacophonie annoncée, on le sent, on le sait. BHV s’invite à nouveau à l’agenda politique et, une fois encore, va provoquer des crispations.

Ce qu’il se passe, en réalité, c’est ce qui a abondamment été relayé dans la presse comme un « empêche moi de te faire mal« . A savoir, les francophones auraient pu agiter la sonnette d’alarme et postposer la mise à l’ordre du jour du texte en séance plénière de la Chambre. Ils ne l’ont pas fait. Or, les flamands, quant à eux, étaient pris au piège de leurs déclarations et ils n’envisagent toujours pas, à l’heure actuelle, de changer leur fusil d’épaule : il est encore question de tirer à bout portant. Ils auraient bien voulu ne pas en arriver là…

Je peux concevoir, en termes stratégiques et électoraux, l’intérêt flamand de se livrer à de mâles déclarations puis de pousser la logique à son terme, si stupide cela soit-il. En revanche, lors d’une séance de séminaire hier à l’ULg, nous avons mené une réflexion collective sur l’intérêt qu’avaient les partis francophones du Gouvernement de laisser Leterme se casser les dents, de clasher le CD&V-NVA et probablement, si cette loi BHV était votée, de faire chuter la majorité?

Plusieurs pistes ont été avancées, mais restent peu convaincantes. Pourquoi les francophones auraient-ils intérêt à la crise maintenant et probablement à de nouvelles élections? Stratégie personnelle de Didier Reynders, qui se verrait bien reprendre la main lors de négociations ultérieures et décrocher le poste que l’on sait? Le cdH, donné en hausse par la plupart des sondages? Le PS entendrait-il se lancer, suivant les déclarations de Caroline Gennez, à la poursuite d’une coalition olivier, qui mettrait les libéraux hors jeu grâce aux succès, annoncés par les sondages, d’Ecolo et du cdH?

Enfin, tout cela reste hypothétique, d’autant plus que je ne serais pas étonné qu’une petite solution bricolée de derrière les fagots ne surgisse en dernière minute et ne bouscule le cours des événements.

Bref, pourquoi diable les francophones n’ont-ils pas tiré la sonnette d’alarme?

Politique Walt Disney

Les sites de campagne commencent à fleurir sur Internet :

La première salve est donnée par le MR qui s’inspire très ouvertement du design des pubs pour machine à lessiver avec leur campagne « De Vous à Nous« .

Vient ensuite le tour du PS, qui nous réalise avec « On y gagne tous! » une magnifique publicité de supermarché, avec une référence très amusante à la roue de la fortune.

Politique-spectacle, marketing, on peut appeler cela comme on veut… Sauf de l’authentique politique. Ô tempora, Ô mores… Si le MR et le PS mettent en place ce genre de campagne « Walt Disney », sauf mon respect m’sieur le colonel, c’est que je suppose que cela fonctionne. J’éprouve pourtant une certaine difficulté à accréditer ce genre d’initiatives et à me dire qu’elles influent véritablement sur le choix de l’électeur? Franchement, qui s’en fout de ces sites?

Rédactions, logique de marché et conflits

J’assistais ce soir à une conférence extrêmement intéressante, donnée par Jean-Jacques Jespers (le surnomme-t-on « 3J »?) à l’Université catholique de Louvain (UCL). Le thème en était « Opinion publique, médias et pouvoir politique : le choc des représentations et le poids des émotions« . Cette conférence était intéressante au moins à double titre. Premièrement, parce qu’elle faisait suite à une table ronde entre les plus éminents politologues, interrogés dans leur rapport aux médias (font-ils de la « volcanologie » politique, extrêmement réactive, rapide et adaptable au temps médiatique qui diffère du temps d’expertise?). Deuxièmement, cet exposé était magistralement dispensé par un expert académique qui, c’est le moins qu’on puisse dire, connaît le monde médiatique de l’intérieur.

Le mérite majeur consistait en une mise en perspective préalable, une relativisation fondamentale de la portée des médias informatifs « traditionnels ». Ainsi, l’image des « médias » actuellement discutée et véhiculée par les experts du récit médiatique, également sur internet (notamment sur ce blog) fait en réalité référence, pour une très large part, à autre chose que ce que « consomment » très majoritairement la plupart des gens. Que ce soit dans les magazines (surtout les programmes TV), la télé ou la radio, les programmes ludiques ou les divertissements l’emportent largement sur « l’information » au sens des doctes savants académiques ou des critiques, même « amateur », des médias.

J’aimerais revenir un instant sur un propos plus particulier de Jean-Jacques Jespers, à l’intérieur de ce microcosme du média « informatif ». D’autres conférenciers ont par ailleurs souligné les rôles respectifs de la triade politique, médias et public. Dans certaines dérives dénoncées, chacun porte sa part de responsabilité. Ainsi, sans entrer dans les rapports politiques/journalistes, le public, quant à lui, demande moins au paysage médiatique d’être un acteur influent sur la scène publique que d’être diverti et de se voir offrir du spectacle.

Ainsi, le pouvoir au sein des organes médiatiques glisse progressivement des journalistes au profit de managers, dont le but premier est de capter l’attention du public et de le fidéliser, notamment en répondant à cette demande. Cet objectif peut les mettre en porte-à-faux avec les journalistes, lesquels au demeurant souffrent d’une fragilisation de leur situation professionnelle. Ainsi, selon J.-J. Jaspers, on compterait aujourd’hui environ un quart de journalistes « faux indépendants » (problème juridique de déterminer la relation de travail entre le journaliste et son employeur, la controverse appartient aux tribunaux).

Le marketing éditorial imprègne ainsi les médias, qui recyclent des recettes éprouvées, de préférence bon marché, et génèrent l’évènement. Ce qui m’intéresse, c’est la fracture rapportée explicitement par M. Jespers entre l’équipe rédactionnelle et sa direction. Plus tard dans sa conférence, il affirmera que les choix rédactionnels sont de plus en plus dictés, la marge et l’indépendance des journalistes réduite petit à petit.

J’interviens sur ce point : on constate cette rupture de plus en plus marquée au sein de bon nombre de rédactions en France, il suffit de songer aux aventures du journal Le Monde et de son actionnaire très influent, Lagardère (il détient le contrôle des publicités dans Le Monde), ou de Libération avec de Rothschild. Des conflits ouverts ont éclaté.

Pour autant, la Belgique ne semble pas en reste de conflits, en tous cas en ce qui concerne la presse écrite. Comme je le mentionnais dans une intervention sur interMédias (voir notamment tous les liens pertinents pour ce qui suit), on relève plusieurs cas concordants. Ainsi, La Libre Belgique aurait à trois reprises condamné sévèrement M. Konen depuis son arrivée à la tête de la rédaction (information datant de juin 2007). Ensuite, Le Vif/L’Express ; l’excellent directeur de la rédaction, Jacques Gevers, y avait été remercié dans des conditions douteuses. Son remplaçant aurait critiqué son équipe dans un mail de service qui a filtré. Enfin, la rédaction du Soir, pour des motifs probablement en partie commerciaux, a récemment pris le contre-pied d’un de ses journalistes, dans l’affaire dEUS/Universal.

Bref, les rédactions belges fonctionnent-elles selon une logique de marché dans laquelle les journalistes peinent parfois à se reconnaître? Des conflits latents couvent-ils au sein des rédactions belges? Pourraient-ils, comme en France, déborder l’organigramme interne de la rédaction et s’étaler sur la place publique? Certains journalistes vont-ils entrer en résistance, un peu à l’instar de l’initiative XXI, qui montre que les règles de l’audimat biaisent parfois l’approche des médias et qu’il existe une demande forte pour la rigueur, la longueur et la qualité?

La question Le Soir / dEUS / Universal était abordée lors de l’émission interMédias à la radio sur La Première ce vendredi 25 avril à partir de 10h00 (détails).

Tristes Jeux Olympiques

Lorsque j’avais 11 ans, j’ai présenté devant ma classe un exposé sur les Jeux Olympiques. Je trouvais alors cet évènement exceptionnel. Toutes ces nations réunies autour du sport et du jeu concourrant pour la victoire, dans un esprit forcément pacifique, offraient à l’enfant idéaliste et naïf que j’étais l’espoir de voir ces pays unis pour le mieux et non le pire.Depuis, j’ai grandi. Ce fut l’occasion de nombreuses désillusions à cet égard. Aujourd’hui, à l’heure où les Jeux sont au cœur de la polémique, me voila une fois de plus face à cette gamine de 11 ans, à ne plus savoir quoi lui dire.

Existe-t-il encore un esprit des Jeux? Honnêtement je ne suis pas férue de sport et je supporte toujours le meilleur ; mon analyse sera celle d’une citoyenne belge qui s’interroge.

Parlons d’abord du Tibet. Parlons-en pour ne pas dire grand-chose. Le constat semble clair : les informations en notre possession sont trop faibles quantitativement et qualitativement pour prétendre avoir une juste opinion. Avant même les évènements récents, le comportement des autorités chinoises envers les Tibétains aurait dû heurter notre conscience par rapport au Jeux. Je ne sais pas pourquoi soudainement, les médias ont trouvé bon de se tracasser du sort des Tibétains? Avons-nous les moyens d’agir? N’est-il pas tard pour avoir des scrupules? Comment agir?

Pékin

Par ailleurs, cette focalisation sur le sort du Tibet n’éclipse-t-elle pas d’autres problèmes liés à l’organisation des Jeux par la Chine? La mise en place d’un tel évènement nécessite la construction d’infrastructures hypermodernes, coûteuses et mégalos. L’exploitation d’ouvriers, hommes, femmes et enfants par les autorités chinoises devrait être plus âprement condamnée. L’expulsion sans préavis de familles entières, de quartiers entiers, afin d’y établir un stade gigantesque, devrait nous émouvoir davantage que la Saga des Sagawé (mais que fait le ministre Antoine?).

Cependant, la Chine est-elle la seule coupable? Chaque J. O. organisé représente un gaspillage inouï d’énergie. Je n’ose imaginer les dégâts écologiques provoqués par cette manifestation : déplacement de toutes les délégations nationales, des spectateurs, des médias, implantations des infrastructures, gâchis de nourriture et déchets en tous genres… Bref, toute l’opulence occidentale concentrée dans une manifestation sportive. N’est-il pas, d’ailleurs, paradoxal de l’installer en Chine, au cœur d’une population si largement marginalisée?

Je m’interroge également sur le rôle des sportifs. Leur belle tenue, qu’ils portent fièrement en pensant à l’argent que ça leur rapporte, n’est en réalité qu’un produit issu de l’exploitation d’hommes et de femmes privés d’amusements, de jeux…. en Chine.

Enfin, le problème du dopage vient encore assombrir la piteuse image que j’ai désormais des jeux.

Bref, je ne crois plus en cette compétition. Les Jeux Olympiques n’ont plus rien de sportif : pas d’esprit d’équipe, d’entraide, nul moyen de devenir meilleur, le meilleur, aucune égalité entre participants ni respect d’autrui.

Comme bien des compétitions sportives, les Jeux Olympiques mériteraient d’être réinventés, de devenir des étendards de l’écologie, de la solidarité, de la paix ou que sais-je.

Personnellement, je ne regarderai pas les Jeux Olympiques cet été. C’est ma manière de les boycotter et de manifester mon désintérêt profond pour une manifestation épouvantail.

Anne

Il est né l’accord indécent

Pom pom

Il est né l’accord indécent… Jouez hautbois, résonnez musettes!

Un accord, enfin!

Après 282 jours de tergiversations et à peu près autant de turpitudes, on a un accord sur quelque chose qui ressemble à un gouvernement. C’est officiel : dès aujourd’hui, à 11h, Verhofstadt passe le flambeau. Je n’ai pas toujours été fan de sa manière de faire de la politique, ni de la paralysie qu’induisait un gouvernement violet. Mais je dois admettre qu’il a su se montrer séduisant, faire une sortie fracassante et, tout de même, contribué sérieusement à débloquer une situation pourrie. Et puis, si un gouvernement violet générait des blocages idéologiques, qu’en sera-t-il d’un pentapartite?

Quel accord?

Son menu (table des matières)

J’ai reproduit la table des matières de l’accord ici.

Sa digestibilité

Comme j’ai pu le lire par ailleurs, l’accord de gouvernement:

– ratisse large ;

– ne chiffre pas précisément les mesures ;

– reporte les arbitrages délicats ;

– et délègue tout le volet institutionnel à l’Octopus.

Sur ce dernier point, je ne peux que constater que les Flamands ont été contraints de culotte baisser. Rappelez-vous les mâles déclarations, il y a quelques mois seulement ; « pas d’accord institutionnel fort, pas de gouvernement! ».

Enfin, toujours est-il qu’un accord a été trouvé. A mon sens, à force de manger à tous les râteliers, cette accord se montre incapable de dégager une vision politique claire, un projet de société. Beaucoup de points sont de grandes intentions dont on perçoit mal l’effectivité et l’applicabilité concrète. Je dois toutefois admettre que (selon mon opinion, et je la partage), sur deux points qui ont été mieux développés et réfléchis, l’intention affichée est tout à fait louable et authentiquement politique (pas de simples mesurettes ou arbitrages fiscaux) : l’environnement et les migrations (notamment l’accord sur une régularisation des sans-papier).

Reste à voir la traduction concrète…

Un accord indécent

Je voudrais quand même souligner que, s’il est important pour notre pays d’être doté d’un gouvernement et d’un accord, si précaire soit-il, il n’en reste pas moins qu’il est proprement indécent d’avoir mis 282 jours pour y parvenir, sans compter les mélodrames en voie de confection (qui ne manqueront pas de se rappeler à nous… en juillet?).

J’observe un peu certains blogs sur Internet. La plupart se préoccupent de la crise boursière d’ampleur qui se prépare, qui signifie peut-être le début d’une phase de récession, voire l’effondrement d’un système. Bien plus que d’un accord politique boîteux et trop tardif. On a une chance inouïe de pouvoir se payer le luxe de pinailler autant sur des détails dont l’importance, ancrée dans le moment présent et dans notre petit contexte localo-belgo-belge, est somme toute très relative!

Tout ça ne nous rendra pas le Tibet…