Le compromis à la Belge est mort

Un commentaire donné à cet article clamait, comme un slogan, que « le compromis à la Belge [était] mort ». Cette assertion faisait suite aux propos décriés du Ministre De Gucht, connu par ailleurs pour son sens aigu de la diplomatie frontale. De quoi est-il question et comment en est-on (nous, les Belges) arrivés là ?

Il est question de loi du nombre versus compromis à la belge. Pour schématiser, les Flamands voudraient violer la minorité francophone, abusant de leur supériorité numérique pour imposer leurs vues aux francophones. Francophones qui seraient, au demeurant, de fervents héraults du « compromis à la belge », autrement dit des personnes censées et ouvertes au dialogue. Admettons. En effet, c’est une très belle vue de l’esprit, qui fait la part belle aux francophones.

La réalité est toute autre. De part et d’autre de la frontière linguistique, c’est l’obtusion d’esprit qui fait loi. Indéniablement. Il est devenu radicalement impossible de penser la réforme de l’État en termes rationnels ; l’émotif a pris le dessus. La décision politique semble être devenue impensable en elle-même à nos édiles politiques, engoncés dans une dévastatrice lutte des minorités. D’où ma question : comment en est-on arrivés là?

Hé bien, si j’ose me permettre, à mon sens, la Belgique en est arrivée à ce point de non-retour, au pourrissement ultime de la situation institutionnelle, à force de « compromis à la belge ». Aucun accord n’a été enregistré sur la réforme de l’État depuis les années ’70, ou alors sur un plan strictement minimaliste. Il s’agissait plutôt de non-désaccords. La seule réponse trouvée aux blocages a été l’élaboration d’un système politico-administratif ultra-complexe, permettant à chaque partie de défendre son bilan devant ses électeurs tout en ne résolvant les problèmes de fond qu’à court, voire moyen terme.

Personne n’y a jamais trouvé pleine et entière satisfaction, et chaque étape de démantèlement de l’État unitaire fut non seulement source de frustration, mais source de complexité également. Ce phénomène a sans nul doute empiré avec le temps. Les accords de 2001, exécrables, en sont un excellent exemple. D’où un État-pelote emberlificoté, l’impossibilité sévère de jeter de nouvelles bases pour un nouvel État ex nihilo. Tout au plus discutons-nous d’emplâtres sur une jambe de bois, actuellement.

Aujourd’hui, chaque communauté regarde son nombril et accuse l’autre de tous les maux, la faute à des accords bâclés dont personne n’est jamais vraiment sorti satisfait. L’émotionnel a pris le dessus, les réactions se font sanguines. De quoi cela augure-t-il ? Je n’ai pas la réponse à cette question. Mais ce que je sais, c’est que ce n’est pas un énième « compromis à la belge », bancal, boîteux, complexe et, in fine, frustrant pour tout le monde qui résoudra la crise.

C’est plus probablement un « compromis belge », tout court. Sans fioritures, sans excès. Qui jette les bases profondes d’un vivre-ensemble renouvelé, qui fasse fi des médiocrités et turpitudes de rigueur à l’heure actuelle. Qui pratique à un degré élevé (parce que tout cela est allé loin) la tabula rasa institutionnelle. En sera-t-on seulement capables un jour ?