Pour une destruction créative de la Belgique

Un an. Nous y sommes. Un an de turpitudes, médiocrités, coups bas. Long, interminable calvaire politique. Clairement, le bilan est désastreux et l’ambiance morose. Hier encore, un des négociateurs de la majorité avec qui j’avais l’occasion de débattre affirmait qu’à l’heure actuelle et malgré le bidouillage d’un gouvernement, les vraies questions n’étaient toujours pas abordées.

Différentes échéances tétanisent nos élus. Électorales, bien sûr. Ce n’est pas tout : comme si cela ne suffisait pas, ils ont procédé en se fixant eux-mêmes des deadlines temporelles qui agissaient à la fois comme facteur de pression supplémentaire et comme facteur de paralysie (écouter le commentaire de Geoffroy Matagne).

Les mots manquent aux plus fins analystes de notre vie politique, à l’instar de Charles Bricman :

J’avoue rester pantois au spectacle de l’espèce de prostration morbide dans laquelle la totalité de notre personnel politique, de gauche à droite et du sud au nord, se laisse dériver vers les récifs qui menacent de pulvériser le radeau Belgique. Mardi, il y a aura un an que nous avons voté. Et nous n’avons toujours pas de gouvernement.

Je crois que dans l’ensemble, tout le monde s’accorde pour dénoncer l’incurie des négociateurs et l’impuissance dans laquelle ils semblent s’enfermer un peu plus chaque jour. Presque avec résignation. Chaque partie du pays, Nord et Sud, campe sur ses positions tristement restrictives et creuse un peu plus, de la sorte, le sillon d’un discours unilatéral qui chaque jour tourne davantage à l’obsession monomaniaque.

Les motifs ? Maintes fois répertoriés, ils dénoncent principalement le manque d’espaces de dialogue instaurés entre Communauté flamande et Région wallonne. Élections découplées, trop peu de représentativité au Parlement fédéral, absence de toute forme de circonscription fédérale, etc. L’heure n’est plus aux diagnostics. Il s’agit aujourd’hui de prendre les devants et de proposer un avenir pour ce pays, un avenir pour cette Belgique dont tout le monde s’accorde à dire qu’en l’état, elle n’est plus viable.

Plaider que le pays est arrivé au bout d’une logique institutionnelle s’avère séduisant. Il est vrai que le pays semble à bout de souffle, radicalement incapable de faire souffler un vent de fraîcheur. Les caprices politiques de ces derniers mois sont un caprice de nantis, un privilège de luxe d’un pays où malgré tout beaucoup de choses tournent bien. La richesse – pas uniquement matérielle – y est considérable et il y est, par conséquent, d’autant plus dommageable de s’enfermer dans une telle médiocrité.

En bref, le temps n’est plus à la complainte et à l’inertie. Flamands comme francophones doivent oser sortir des tranchées, sortir de la caverne et contempler la lumière. Ils doivent maintenant faire preuve de créativité. Ce ne sont pas les idées qui manquent, comme en témoignent les 100 projets pour la Belgique conçus par des jeunes de tous rangs, de tout bord. Les politiques doivent piocher dans ce vivier, prendre la responsabilité d’endosser un projet, une vision pour le pays. Qui ne repose pas forcément sur sa dualisation actuelle, au contraire.

Il n’est jamais trop tard ! À condition de prendre les utopies à bras-le-corps et de les porter sur la place publique, nos politiciens peuvent encore sortir gagnants de cette gabégie. Leur pragmatisme électoral ne porte plus et a enfoncé le pays dans l’impasse. Prenons-en acte, de l’impasse. Prenons-en acte pour mieux relancer des pistes de renouveau, faisant fi des réalités institutionnelles, proposant de l’inédit !

La Belgique vaut mieux que l’affligeant spectacle auquel elle est confronté et je veux croire que notre classe politique peut encore, au fond de la crise, rebondir et rendre au pays un élan fédérateur, un beau projet qui vaille la peine de s’extirper de l’interminable conflit de tranchées qui mine le pays !

________________________________________

update le 11/06 : ce post très intéressant d’Alexandre Plennevaux