BHV : ficelles et désarroi

Le direct de RTL est encore tiède qu’on a cessé de rire depuis longtemps. La blague, saumâtre, s’avère une fois encore de mauvais goût. En matière de débat politique, c’est une énième ficelle improbable qui est survenue – je l’avais prédit dans mon article précédent. C’est Van Rompuy qui a du mettre de l’ordre à la place d’Yves Leterme. Comme c’est son rôle de Président de la Chambre, il a fait adopter un ordre du jour. Il a proposé avec succès de donner la priorité à la loi-programme et au budget, et de postposer le point BHV.

Celui-ci refera surface dans les débats à très court terme. En outre, la crise éclate de plus en plus ouvertement au sein du CD&V, puisque le Président de la Chambre, en faisant adopter un ordre du jour sans BHV, se range du côté du Premier ministre mais contre le chef du groupe parlementaire CD&V à la Chambre.

Mes aïeux, quel capharnaüm! Et pour quoi faire? Il y a la frustration flamande des blocages francophones, et il y a les gifles flamandes arguées par les francophones. Mais quand une issue rationnelle à cette histoire, qui a cessé depuis longtemps d’être signifiante pour les citoyens, sera-t-elle enfin trouvée? Difficile de manifester aujourd’hui autre chose que du désarroi devant tant d’obtusion intellectuelle et politique.

BHV : quelles stratégies francophones?

Aujourd’hui, cela sera la cacophonie annoncée, on le sent, on le sait. BHV s’invite à nouveau à l’agenda politique et, une fois encore, va provoquer des crispations.

Ce qu’il se passe, en réalité, c’est ce qui a abondamment été relayé dans la presse comme un « empêche moi de te faire mal« . A savoir, les francophones auraient pu agiter la sonnette d’alarme et postposer la mise à l’ordre du jour du texte en séance plénière de la Chambre. Ils ne l’ont pas fait. Or, les flamands, quant à eux, étaient pris au piège de leurs déclarations et ils n’envisagent toujours pas, à l’heure actuelle, de changer leur fusil d’épaule : il est encore question de tirer à bout portant. Ils auraient bien voulu ne pas en arriver là…

Je peux concevoir, en termes stratégiques et électoraux, l’intérêt flamand de se livrer à de mâles déclarations puis de pousser la logique à son terme, si stupide cela soit-il. En revanche, lors d’une séance de séminaire hier à l’ULg, nous avons mené une réflexion collective sur l’intérêt qu’avaient les partis francophones du Gouvernement de laisser Leterme se casser les dents, de clasher le CD&V-NVA et probablement, si cette loi BHV était votée, de faire chuter la majorité?

Plusieurs pistes ont été avancées, mais restent peu convaincantes. Pourquoi les francophones auraient-ils intérêt à la crise maintenant et probablement à de nouvelles élections? Stratégie personnelle de Didier Reynders, qui se verrait bien reprendre la main lors de négociations ultérieures et décrocher le poste que l’on sait? Le cdH, donné en hausse par la plupart des sondages? Le PS entendrait-il se lancer, suivant les déclarations de Caroline Gennez, à la poursuite d’une coalition olivier, qui mettrait les libéraux hors jeu grâce aux succès, annoncés par les sondages, d’Ecolo et du cdH?

Enfin, tout cela reste hypothétique, d’autant plus que je ne serais pas étonné qu’une petite solution bricolée de derrière les fagots ne surgisse en dernière minute et ne bouscule le cours des événements.

Bref, pourquoi diable les francophones n’ont-ils pas tiré la sonnette d’alarme?

Flamands, je vous aime bien, mais avec modération!

Ces derniers jours auront été marqués par les provocations et les vexations en provenance de la Flandre. Les plus fidèles parmi vous, chers lecteurs, auront sans doute remarqué qu’il m’est arrivé de me faire l’avocat du diable, plus souvent qu’à son tour, tout au long de la crise politique qui a secoué notre pays. Ainsi, j’ai souvent pris la défense d’un Leterme qui, à une époque et selon moi, était véritablement la cible d’une campagne de diabolisation dans les journaux francophones.

Cela dit, je rejoins cette fois les inquiétudes exprimées notamment par Jean Quatremer (ici, ici ou ). Le refus de nommer les bourgmestres démocratiquement élus tourne à l’obsession. Les justifications flamandes ne tiennent pas la route une seule seconde, cela n’est pas nouveau, il y a une affirmation proprement politique dans cette attitude, c’est clair. En revanche, il me semble inquiétant d’opposer au dialogue une logique butée et intransigeante. Et sur ce point, la ridicule cède progressivement la place à l’extrémisme…

En outre, le peu de crédit accordé aux plus hautes instances internationales (Commission européenne et ONU) par Yves Leterme, au sujet de l’ONU, sont significatives d’un changement d’attitude. Cette désinvolture, cette nonchalante indifférence vis-à-vis de ces « cogitations », de ces « savants rapports », incapables de saisir dans son essence le « drame social » qui se déroule ; ces attitudes indiquent à suffisance – et c’est selon moi un élément inédit -le repli de la Flandre sur elle-même, y compris sur un plan international. Que diable, en poussant ce mépris au bout de sa logique, ces propos semblent indiquer que la Flandre toute puissante est tout aussi indépendante sur les scènes européenne et mondiale que sur la scène belgo-belge! Ma parole, c’est qu’ils ne laisseront personne leur remonter les bretelles, fût-ce à juste titre!

Enfin, que penser de ce dessin du Standaard, où lorsque le mauvais goût se fait caricature? Mes lecteurs assidus savent ma position en matière d’humour : « on peut rire de tout, sauf lorsque ce n’est pas drôle ». Ici, les registres retenus sont sans nul doute ceux du vexatoire et l’attaque blessante. C’est dommageable.

Standaard

Pour être parfaitement honnête, les francophones ne sont pas non plus avares en turpitudes, avec ces grandes envolées lyriques sur « Wallonie-Bruxelles » sans queue ni tête ni quelconque chance de réalisation effective (je rejoins l’excellent Charles Bricman sur cette énième sortie médiatique)… Cela dit, ce n’est pas bien méchant et cela n’engage, in fine, que les « franco-wallons ». Au rebours des attaques flamandes dont la cible privilégiée, nous, commence à être sérieusement criblée d’un certain venin populiste.

Mise au point sur le débat des Présidents

Je suis en train de regarder la rediffusion de l’émission Mise au Point, sur la RTBF, enregistrée hier en direct de la Chambre. Le débat a lieu entre tous les Présidents de partis francophones.

Deux réflexions me viennent à l’esprit.

La première porte sur la forme. Il faut se féliciter qu’enfin un débat serein puisse avoir lieu entre ces éminences de notre vie politique. On a trop vu, depuis les élections, Mme Milquet et MM. Reynders, Javaux et di Rupo, se tirer dans les pattes pour des motifs préélectoralistes parfois flagrants. Ce matin, en toute honnêteté, je suis très heureux d’assister à un véritable débat respectueux. Alors, je ne dis pas que tout le monde est d’accord, on a eu droit à de belles passes d’armes entre Jean-Michel Javaux et Joëlle Milquet, et entre Jean-Michel Javaux et Elio di Rupo. Ecolo fait son job d’opposition et critique le gouvernement, c’est normal, le gouvernement fraîchement formé défend son accord, c’est tout aussi normal. Pour autant, les sales vannes, les tackles du fond des âges n’ont pas eu lieu. On a discuté programme, pas personnes.

Ma seconde réflexion porte sur le fond, et c’est là que le bât blesse un peu plus. Bon, j’ai la critique légère mais c’est aussi le rôle d’un blogueur. Je trouve que la discussion est restée très limitée. Le thème principal a sans conteste été une potentielle réforme fiscale, avec de multiples questions ; fallait-il chiffrer l’accord? Le projet favorise-t-il les bas ou les hauts revenus? Quelles mesures pour les pensionnés, les précarisés, etc? Chacun tente de défendre son bilan, c’est entendu. Bien sûr, c’est important. Il n’empêche ; on discute de l’effet plus ou moins redistributif de certains leviers fiscaux, en partant du principe que l’argent fait le bonheur. Ce n’est « que ça », c’est orienter un peu plus ou un peu moins les moyens publics vis-à-vis de certains publics. Ensuite, on parle (un peu) des peines de prison et, enfin, de la réforme de l’Etat et de son calendrier, ainsi que des rapports entre communautés et entre francophones.

Un grand nombre de débats cruciaux auxquels sera inévitablement confronté le nouveau gouvernement ne seront même pas abordés. Comment le gouvernement entend-il faire face à la crise boursière qui s’annonce? Est-ce un faux problème? Et la fin du pétrole, un faux débat?  Au fond, à part la mise en place d’une « Task Force« , quelles mesures environnementales sont envisagées (JMJ en a d’ailleurs fait la remarque tout à la fin)? On pourrait aller plus loin : le gouvernement ne doit-il pas réagir collégialement aux évènements de Lhassa?

Voilà, il était positif d’assister à un débat serein et constructif, respectueux, dommage simplement qu’il soit resté cantonné au belgo-belge et à des thématiques très limitées, certes importantes mais parfois fort éloignées des enjeux vraiment importants qui s’annoncent à l’avenir.

Il est né le divin gouvernement

Source : le Politique Show

Gouvernement de désunion nationale

La première réflexion qui m’est venue à l’esprit en prenant connaissance de la composition du gouvernement est : bon sang, Jean Quatremer et le GERFA avaient raison. Le gouvernement intérimaire était bien une version bêta (je maintiens l’accent circonflexe) du gouvernement 2.0.0.8 (définitif, jusqu’à la version 2.0.0.9?). En substance, les francophones ont laissé filer tous les ministères régaliens (fonctions traditionnelles de l’Etat-Nation : justice, police, affaires étrangères etc.) à des ministres flamands. A ce titre, il est très intéressant de prendre connaissance de l’article de Jean Quatremer.

Je voudrais prolonger la réflexion. Un observateur, même peu averti, remarquera (comme le fait M. Quatremer), que les portefeuilles échus aux francophones sont ceux de nature « sociale ». A mon sens, cela confirme et entérine la grave rupture entre les deux communautés du pays. En cherchant à défendre farouchement les domaines touchant de près ou de loin à la « solidarité interpersonnelle », et en s’accaparant les postes y relatifs, les francophones ont tout simplement démissionné de la gestion de l’Etat. Ils se sont retranchés dans un bastion intra-gouvernemental dans lequel les flamands n’ont pu que les enfermer avec bonheur.

On pressent déjà l’attitude défensive et peu constructive qui sera celle des francophones lorsque les flamands reviendront à la charge avec leurs revendications, cette fois dans une position de force figée par la représentation gouvernementale, dans le cadre du groupe Octopus ou de je-ne-sais-quel comité des « sages ».

Post-Scriptum : attention image aggressive à laquelle je ne souscris pas mais dont je me dis qu’elle est de circonstance, pour la touche humoristique

La volaille francophone enc***

Il est né l’accord indécent

Pom pom

Il est né l’accord indécent… Jouez hautbois, résonnez musettes!

Un accord, enfin!

Après 282 jours de tergiversations et à peu près autant de turpitudes, on a un accord sur quelque chose qui ressemble à un gouvernement. C’est officiel : dès aujourd’hui, à 11h, Verhofstadt passe le flambeau. Je n’ai pas toujours été fan de sa manière de faire de la politique, ni de la paralysie qu’induisait un gouvernement violet. Mais je dois admettre qu’il a su se montrer séduisant, faire une sortie fracassante et, tout de même, contribué sérieusement à débloquer une situation pourrie. Et puis, si un gouvernement violet générait des blocages idéologiques, qu’en sera-t-il d’un pentapartite?

Quel accord?

Son menu (table des matières)

J’ai reproduit la table des matières de l’accord ici.

Sa digestibilité

Comme j’ai pu le lire par ailleurs, l’accord de gouvernement:

– ratisse large ;

– ne chiffre pas précisément les mesures ;

– reporte les arbitrages délicats ;

– et délègue tout le volet institutionnel à l’Octopus.

Sur ce dernier point, je ne peux que constater que les Flamands ont été contraints de culotte baisser. Rappelez-vous les mâles déclarations, il y a quelques mois seulement ; « pas d’accord institutionnel fort, pas de gouvernement! ».

Enfin, toujours est-il qu’un accord a été trouvé. A mon sens, à force de manger à tous les râteliers, cette accord se montre incapable de dégager une vision politique claire, un projet de société. Beaucoup de points sont de grandes intentions dont on perçoit mal l’effectivité et l’applicabilité concrète. Je dois toutefois admettre que (selon mon opinion, et je la partage), sur deux points qui ont été mieux développés et réfléchis, l’intention affichée est tout à fait louable et authentiquement politique (pas de simples mesurettes ou arbitrages fiscaux) : l’environnement et les migrations (notamment l’accord sur une régularisation des sans-papier).

Reste à voir la traduction concrète…

Un accord indécent

Je voudrais quand même souligner que, s’il est important pour notre pays d’être doté d’un gouvernement et d’un accord, si précaire soit-il, il n’en reste pas moins qu’il est proprement indécent d’avoir mis 282 jours pour y parvenir, sans compter les mélodrames en voie de confection (qui ne manqueront pas de se rappeler à nous… en juillet?).

J’observe un peu certains blogs sur Internet. La plupart se préoccupent de la crise boursière d’ampleur qui se prépare, qui signifie peut-être le début d’une phase de récession, voire l’effondrement d’un système. Bien plus que d’un accord politique boîteux et trop tardif. On a une chance inouïe de pouvoir se payer le luxe de pinailler autant sur des détails dont l’importance, ancrée dans le moment présent et dans notre petit contexte localo-belgo-belge, est somme toute très relative!

Tout ça ne nous rendra pas le Tibet…

La NV-A est allée trop loin

La décision de la NV-A de ne pas entrer dans le Gouvernement « définitif » (jusqu’en 2009?) n’a rien de surprenant.

Ils ont abusé de leur pouvoir de blocage numérique lors des crises à répétition. Ils se savaient indispensables. Résultat : ils en ont lassé plus d’un et ont commis l’erreur de croire qu’ils pouvaient manifester la même intransigeance à l’heure où les partis commençaient à faire preuve de pragmatisme et où, en outre, ils devenaient arithmétiquement insignifiants, puisque contournables.

Finalement, ce qui a été annoncé hier, c’est bel et bien une rupture implicite du Cartel, que cela plaise à ses dirigeants ou non. C’est un aveu d’impuissance frustrée qu’a formulé De Wever.

C’est un pas dans la bonne direction : une négociation à « tête reposée » où l’on discute de vrais enjeux politiques et pas d’une sombre idéologie sécessionniste. Maingain, malgré toutes ses gesticulations de ce week-end, ne fait que chercher à exister médiatiquement. Mais nul doute que devant lui aussi, bien que le FDF ne l’assume pas publiquement, bien des horizons de blocage se sont bouchés.

Vivement la suite!

[NB: beaucoup moins d’agitation médiatique autour de ces accords nocturnes sur le « premier paquet » et sur le « budget »… l’un et l’autre ont abouti, sans fuites mais également avec moins de pression me semble-t-il. Faut-il voir dans cette accalmie du jeu médiatique un lien de cause à effet avec l’aboutissement plus rapide de négociations concrètes?]

Un Noscar pour la Belgique!

SCOOP EXCLUSIF!

C’est tombé cette nuit, peu après 6h du matin.

La Belgique vient de se voir décerner un Noscar et pas n’importe lequel : celui du pays le plus compliqué politiquement. Le jury de la Noscar company, qui décerne le prix, est encore hilare au souvenir de la lecture de l’accord du comité des sages portant sur le « premier paquet » de réformes institutionnelles et de compétences à transférer aux entités fédérées dans le cadre d’une modernisation de l’Etat belge.

Le Nonos, surnom de ce fameux trophée, a été décerné vers 6h12 à GMT + 1 aux émissaires du Gouvernement belge qui, pour l’anecdote, ont été un peu gênés par le poids de l’objet, semble-t-il trop pesant pour un si petit pays que la Belgique.

Allez… Tout cela ne nous rendra pas le Congo, c’est bien entendu, mais qu’il est bon de temps en temps de pouvoir flatter sa belgitude!