Fortis : quel intérêt (tardif) ?

La décision est donc tombée hier soir : les gouvernements belge, néerlandais et luxembourgeois vont racheter 49 % de la banque Fortis, pour un montant total de 11,2 milliards d’euros, dont 4,7 milliards à charge du gouvernement belge. Comme le fait remarquer Alain Destexhe, cette somme est équivalente, en ce qui concerne la Belgique, à 10 % du budget du gouvernement fédéral hors sécu. C’est un montant énorme.

Plusieurs éléments de réflexion (deux) : comment se fait-il qu’il ait fallu en arriver à une situation de crise à ce point critique pour que, d’un coup de baguette magique, les éminences politiques sortent du bois ? Fortis allait mal depuis avril et la crise de confiance guettait sérieusement depuis le 26 juin, date d’un appel à capitalisation qui fut un monumental échec (5 % de capital supplémentaire et… 20 % de baisse du cours en bourse). Sans être analyste financier, je m’étais demandé dans ce billet ce qui arriverait si le colosse avait bien les pieds d’argile que l’on apercevait de mieux en mieux. Bref : à quoi est imputable cette énième carence des responsables politiques, débarqués beaucoup trop tard sur ce dossier ? Étaient-ils trop occupés à ne pas résoudre la crise politique belgo-belge ?

Deuxième réflexion : quel intérêt l’État tire-t-il à « nationaliser » (venant de Reynders, le mot prête à rire), autrement dit à dépenser la susdite considérable somme en vue de sauver les meubles de Fortis, sans pour autant y prendre un contrôle majoritaire ? Le PS, Onkelinx et Di Rupo en tête, hurlent à la défense du petit épargnant. Les autres ont l’air de considérer comme normal ou évident qu’une institution bancaire qui va mal doive être sauvée. Alors, de deux choses l’une ; soit l’État s’est fait plaisir en investissant dans une institution en crise, acte qui en soi devrait participer au redressement de la confiance envers ladite institution et, par là, générer à terme du profit pour l’État belge (actionnaire). Soit l’État n’y trouve pas un intérêt direct, mais alors quelle est la raison de cet investissement massif à l’heure où le gouvernement rabâche sans cesse l’étroitesse des marges budgétaires et la nécessité de l’austérité ? Tout cela est encore peu clair à l’heure actuelle, mais gageons que l’on en reparlera.

UPDATE : la confiance est loin d’être restaurée, les gouvernements semblent aussi peu crédibles que les banques. Fortis plonge et Dexia avec. On en parle chez Je suis belge mais je me soigne.

Crise bancaire : plus dure sera la chute?

Ce n’est pas un scoop, les grandes institutions bancaires (KBC, Dexia, Fortis) accumulent les contre-performances avec une célérité inquiétante. À croire qu’elles y mettent un certain zèle.

Jusqu’ici, acheter des actions de ces grands groupes était perçu comme un placement de bon père de famille, c’est-à-dire que les perspectives n’étaient jamais mirobolantes en termes de dividendes (rémunération de l’actionnaire), mais en revanche il était possible d’escompter une régularité dans les plus-values du titre.

Or, c’est le cours même du titre qui s’est effondré. Si j’ai bien suivi, certains cours sont passés d’environ 40 € à 10 €, soit une chute de l’ordre de 75 %. Ce qui signifie que la personne qui détient des actions a intérêt à s’armer de patience avant de retrouver ses petits.

Ce qui m’étonne, là-dedans, c’est que j’en ai discuté directement ou indirectement avec plusieurs personnes très compétentes dans le domaine boursier et accessoirement détentrices d’actions, et toutes étaient très sereines quant à l’avenir de ces institutions bancaires. En gros, si on a de l’argent et un peu de temps, ce serait le must du placement (partant de l’idée qu’on peut difficilement tomber plus bas).

D’accord. En attendant, le flot de mauvais résultats semble loin d’être endigué et je dois avouer ma perplexité. Sans être un expert analyste financier, qu’est-ce qui permettrait à une banque comme Dexia ou Fortis d’échapper à une crise majeure de confiance de ses actionnaires? Certes, ces institutions semblent imputrescibles. Mais on les qualifiait de colosses avant d’apercevoir leurs pieds d’argiles.

L’on sait Fortis, par exemple, dans une situation très inconfortable, devant d’une part trouver beaucoup de liquidités pour finaliser le rachat d’ABN AMRO pour la fin de l’année et, d’autre part, devant céder une partie de ses activités (à un groupe allemand) pour éviter une situation de monopole contraire au droit européen, sur le marché hollandais.

On comprend bien que, dans le climat de crise actuelle, ce groupe allemand ne fera aucun cadeau à Fortis qui se retrouve coincée. Dès lors que ledit acheteur tire sur l’ambulance, on peut supposer qu’un climat de crise multiplie les prises données aux adversaires et place l’institution en position d’infériorité ou, en tous cas, dans une situation inconfortable.

En bref, serait-il possible que le placement de « bon père de famille » soit un leurre? Que subitement éclate un scandale financier? Que Dexia ou Fortis s’effondre sans autre forme de procès? Que les gens fassent la file dans les rues pour récupérer leurs maigres deniers? Qui peut me garantir le contraire? Le cas échéant, quels sont les leviers de l’État belge (si par chance on a un gouvernement à ce moment-là)?