Merci M. Dupont!

Le décret « mixité » est enterré et c’est une bonne chose.

Je voudrais saluer le courage du Ministre Dupont dans cette affaire. Ce n’est pas évident d’assumer une erreur, même manifeste et même imputable à son précesseur, à l’approche d’un terme électoral (juin 2009). J’aime le discours du Ministre Dupont que je trouve à la fois audible et crédible. Audible parce qu’il ne raconte pas que des conneries et ne manipule pas la langue de bois. Crédible parce que son discours est argumenté et sonne juste. Bref, il fallait oser remettre de l’ordre dans ce décret adopté contre vents et marées suite à un entêtement peu commun (et peu fondé) de la Ministre Arena, sourde à toute autre oreille que la sienne.

Car ce décret est une ineptie totale. La mixité ne s’impose pas par décret. Le système scolaire a besoin d’une certaine souplesse en la matière et doit pouvoir s’adapter de facto a une certaine demande sociale. Qu’on veuille garantir la transparence du processus et éviter les passe-droits, c’est une chose. Au-delà d’un certain stade d’interventionnisme, toutefois, que constate-t-on? Des mécanismes parallèles, diffus, des accommodements au système se nouent et se recréent inévitablement. Je pense qu’il est illusoire de mener ce combat-là et que des soupapes doivent être préservées.

Qu’en revanche, il y a fort à faire pour revaloriser d’une manière ou d’une autre l’enseignement technique et professionnel. L’intention en est régulièrement manifestée par le Ministre Dupont qui devrait pousser loin sa position de principe dans les faits.

1) Faire en sorte que le technique et professionnel ne soient plus des choix résiduels auxquels on se résigne en cas d’échec dans le général ;

2) Restaurer des filières d’artisanat qui valorisent une expertise et une main d’œuvre uniques et parfois en voie de disparition ;

3) Mener campagne d’information tambour battant pour expliquer la pénurie de main d’oeuvre dans tous les secteurs manuels, et ne pas voiler les avantages matériels que cette situation procure pour le moment ;

4) Adopter toute initiative concrète propre à assurer cet objectif… !

Reviviscence du « péril musulman »

La charge est lourde, très lourde. Cette fois, le Vif / L’Express a fait fort en matière de populisme racoleur, en titrant sans ambages sur « Comment l’Islam menace l’école ».

C’est là une manifestation particulièrement détestable de ce phénomène rampant de « racisme ordinaire à la ‘Une’« .

Je ne vais pas m’y étendre, tout d’abord parce que les réactions justement indignées sont légion (voir Henri Goldman et Jacky Morael) et ensuite parce que le MRAX a déposé une plainte contre Le Vif, ce qui signifie que cet impair n’aura pas été commis en toute impunité. Update : The Mole atomise le Vif.

Certains doivent avoir avalé leur cravate de travers au déjeuner en découvrant cette Une : d’une part, les auteurs d’une enquête menée par l’ULg sur la qualité des systèmes d’enseignements (supposée, d’après l’édito, être l’objet principal de l’article), laquelle ne concerne au demeurant pas spécifiquement les rapports entre la religion musulmane et l’enseignement et, d’autre part, les journalistes auteurs de cet article eux-mêmes (voir l’article de Jacky Morael).

Je sors de conclure une étude sur le financement public des cultes, et ce que je peux dire de manière certaine, c’est que le culte islamique a été et est encore structurellement sous-financé par les pouvoirs publics, au regard d’autres convictions philosophiques.

Sur la thématique particulière de l’enseignement, la (non-)politique de la Communauté française, qui délègue le choix d’interdire ou non le port du foulard aux établissements scolaires, a inéluctablement conduit à une getthoïsation.

En bref, il faut arrêter ces simplismes médiatiques destructeurs (et dangereux!), témoins d’une reviviscence du « péril musulman« , et il est heureux qu’une veille active ait permis de dénoncer efficacement et unanimement les errances du plus vendu des hebdomadaires, en voie continue de feuille-de-chouïsation (notamment depuis des tensions internes et le départ de Jacques Gevers).