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Tram à Liège : le bonheur n’est pas dans le pré-

insi, le gouvernement wallon, par l’entremise du ministre Ecolo Philippe Henry, vient de se prononcer sur la question du tram à Liège, dans la plus grande discrétion médiatique.

C’est que le projet retenu par son cabinet n’a rien de vraiment folichon.

Tout d’abord, il entérine le principe d’une ligne unique qui va traverser le fond de vallée (relier Seraing à Herstal, en passant par Liège). Bon, des tas d’interventions très savantes ont déjà expliqué que ce n’était pas judicieux, dans la mesure où c’est déjà là qu’est condensé tout le trafic routier. Un fonctionnement optimal serait atteint avec un réseau complet, qui aurait un effet de « taille critique ».

Le second problème concerne le calendrier; en gros, les engagements budgétaires sont reportés à la prochaine législature, si j’ai bien compris. Alors que Liège se propose d’accueillir une exposition internationale en 2017, la ligne ne devrait même pas être achevée comme il se doit à cet horizon. Même le partenaire gouvernemental critique ces échéances trop, beaucoup trop tardives. Disons que l’engagement n’est ni clair, ni ferme, ni surtout immédiat. En un mot comme en cent, il est faible.

Le troisième problème est encore plus préoccupant que les deux premiers, car il ajoute l’hypocrisie à la faiblesse. Il s’agit du problème des « axes de pré-tram », et voilà ce dont je souhaiterais traiter dans ce billet.

TramHenry

Le gouvernement reconnaît l’importance d’une structure en réseau, mais refuse d’y adjoindre les moyens nécessaires: pour pallier à cette situation, on propose des « BHNS » (en vert sur cette carte). C’est quoi, ce bidule?  Pour ta gouverne, cher lecteur, l’acronyme barbare de « BHNS » désigne

… des bus TEC. Bref, il s’agit de bons vieux bus, à l’ancienne, dont la révolution principale consiste en la possibilité de monter aussi par l’arrière. Ces lignes auraient, je l’imagine, une fréquence relativement élevée. Dans le projet gouvernemental, elles seraient de nature provisoire et se destineraient, à terme, à être remplacées par des lignes de tram. En ce sens, on appelle ces BHNS des « axes de pré-tram » (sic).

Je vois deux inconvénients à cette appellation ridicule.

Premièrement, il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes. Si le ministre veut faire un réseau, qu’il fasse un réseau. S’il veut faire une ligne unique, qu’il l’annonce clairement. S’il veut rajouter des lignes de bus par ailleurs, grand bien lui fasse: mais autant appeler un bus « un bus », et ne pas se réfugier sous le vocable trompeur « d’axe de pré-tram ». Il s’agit de lignes de bus, ni plus, ni moins.

Deuxièmement, j’entends déjà que l’on me rétorque: « Mais ces lignes sont provisoires! Elles ne font qu’annoncer l’arrivée du tram! ». Là encore, qu’il soit permis au lecteur averti de rire sous cape: on ne sait que trop la signification, en Wallonie, de « l’éternel provisoire« . Songeons aux solutions de mobilité à destination du Sart-Tilman, qui sont toujours en rade après plus de 30 ans. Songeons également au Théâtre de la Place, construit « provisoirement » il y a longtemps, très longtemps de cela…

En conclusion, le projet n’est pas à la hauteur des attentes; c’est clairement un pis-aller à bien des égards. Un projet de cette envergure relève d’une décision collégiale du gouvernement wallon, et l’on se doute que le ministre Henry est tributaire d’arbitrages budgétaires effectués à ce niveau. Cela dit, il lui appartient d’endosser la portée exacte des projets qui rentrent dans ses attributions. En d’autres mots, il devrait reconnaître publiquement les limites actuelles du redéploiement du tram à Liège – l’engagement des budgets, les délais, la ligne unique, etc. – et ne pas tenter de camoufler ces insuffisances manifestes.

L’alternative à cette modestie de principe existe: il peut tout aussi bien renoncer au projet du tram, en justifiant de l’impossibilité de trouver un compromis satisfaisant au sein du gouvernement. Renoncer au saupoudrage et tenter le pari du « tout ou rien »; car, dans l’état actuel du projet, peut-être le statut quoest-il préférable. Faisons les choses convenablement, ou ne les faisons pas. En l’occurrence, le bonheur n’est pas dans le « pré- »…

Consultation populaire à Liège

Ce lundi 22 décembre, le conseil communal de Liège a voté à l’unanimité en faveur d’une consultation populaire portant sur la question : « Souhaitez-vous que la Ville de Liège pose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 »? Il a été décidé qu’un quorum de participation de 16000 votants rendrait le suffrage recevable et que, dès maintenant, une commission issue du conseil communal et présidée par l’échevin de la culture travaillerait au montage d’un dossier de candidature. Cette commission sera appelée à ouvrir grand les portes du débat démocratique à tous les acteurs, associations et institutions concernés, ainsi qu’à travailler en toute transparence, avec de réguliers compte-rendus publics de l’état d’avancement du dossier.

Le collectif « Liège 2015 » se réjouit très sincèrement de cette issue, et tient à adresser ses sincères félicitations au conseil communal pour sa décision, aussi bien aux partis de la majorité qu’à ceux de l’opposition. Le vote à l’unanimité sur un sujet aussi politiquement délicat, à une encablure d’élections lourdes d’enjeux, est un témoignage de bonne foi de la part de tous les acteurs concernés. Le collectif estime maintenant réunies les conditions nécessaires à la tenue d’un débat de qualité et appelle le conseil à poursuivre ses travaux dans la voie de respect mutuel et d’esprit constructif pour laquelle il s’est prononcé, en se dotant pour ce faire des moyens suffisants.

Voici une belle manière de clore provisoirement la trilogie mouvementée, très mouvementée, de Liège 2015 et de l’introduction de la demande de consultation populaire annoncée dès le 27 juin. Pour rappel, en voici le mode d’emploi, qui donne peut-être une vague idée de l’immense travail accompli par Alain De Clerck, François Schreuer et tous ceux qui se sont investis avec beaucoup d’abnégation et un volontarisme en béton armé pour que cette consultation puisse avoir lieu. L’enjeu culturel sera maintenant placé pour un temps au cœur des débats publics.

Quelques remarques sur cet épilogue temporaire.

Avant

Quels qu’aient été les aléas menant à la décision adoptée à l’unanimité par le conseil communal de ce lundi 22 décembre, l’important est précisément qu’elle ait été adoptée, qui plus est à l’unanimité. Je suis persuadé que les épisodes animés, voire franchement bordéliques, qui ont conduit par une improbable alchimie à susciter la cohésion du conseil communal, font partie intégrante de sa décision unanime. Voudrait-on en réécrire la trame, voire le scénario, que nous serions bien en peine de le faire. C’est la raison pour laquelle je tiens à maintenir, après réflexion, mes deux billets précédents, pourtant rédigés dans le feu de l’action et sans le moindre recul. Je peux témoigner qu’il réside quelque chose de proprement initiatique dans le cours de ces événements.

Maintenant

D’ores en avant, le collectif va se doter d’une structure juridique et du cadre formel qui lui ont fait défaut jusqu’à présent. Il veillera bien entendu, tant que faire se peut, à la bonne tenue des débats initiés par le conseil communal et à y contribuer utilement. Pour ma part, je resterai bien entendu à la disposition du collectif pour jouer les petites mains, me rendre utile lorsque (et si) le besoin s’en fait sentir. En effet, d’ici quelques petites semaines, je serai appelé sous d’autres lattitudes pour des motifs professionnels, et ce pour une longue durée. Cher lecteur, n’aie crainte : pour le 22 février, je donnerai procuration!

Ils en parlent

La Libre

La Meuse (I et II)

Actu 24

RTL Info

Le phœnix Liège 2015

Poum! Bardaf… C’est l’embardée!

En effet, le collectif Liège 2015 a introduit ce jour les signatures nécessaires à la demande d’organisation d’une consultation populaire.

Attentif aux nombreuses réactions, il a préféré remettre le mandat démocratique qui lui avait été confié à ceux qui le lui réclamaient et qui en avaient le droit.

A titre personnel, je suis satisfait de ce qui, loin d’être un dénouement définitif, marque toutefois un aboutissement certain dans une démarche longue, harassante, épuisante, qui peut maintenant laisser à place au débat, aux idées, à la confrontation. Gageons que ceci se fera in fine au plus grand bénéfice de l’objectif final, qui est de promouvoir, de faire rayonner et de consolider la culture à Liège en général.

Les positions manifestées par le Collège communal restent pertinentes et le combat mené quant à la création d’un pôle des arts émergents devra être continué. Mais il ne peut faire l’économie d’une réflexion plus générale. Les 22000 signataires, les médias et les partis de l’opposition vont pouvoir s’approprier le débat qu’ils nous ont réclamé, au même titre que le collectif ou le Collège.

Voici le communiqué du collectif :

Mesdames,
Messieurs,

Le collectif « Liège 2015 » a annoncé mardi la conclusion d’un accord avec le Collège communal.

Toutefois, en accord avec les 22 000 signataires qui lui donnent sa force et sa légitimité, le collectif a décidé de ne pas en rester là et de soumettre au vote populaire la question « Souhaitez-vous que Liège dépose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 »? Par cet acte, le collectif restitue le mandat démocratique qui lui a été confié à qui de droit.

Suite à la décision de la Communauté française de raccourcir au 1er mars 2009 le délais pour se porter candidat, le collectif exige l’examen de sa demande à la séance du conseil communal de lundi 22 décembre prochain, par son inscription en extrême urgence à l’ordre du jour. En outre, renseignements à l’appui, il affirme que la consultation peut matériellement être organisée d’ici la mi-février 2009 et que cette échéance doit être respectée par les autorités compétentes.

Enfin, le collectif se réjouit du débat démocratique qui va désormais s’ouvrir pour la culture à Liège et maintient son entière ouverture aux résultats des délibérations du conseil communal de lundi prochain.

Le collectif Liège 2015

Petite philosophie du parking

Liège prévoit de construire deux parkings souterrains, projet qui m’estomaque au plus haut degré. Ce billet a obtenu de nombreuses réactions construites et motivées, ce dont je me réjouis, a fortiori en vertu de leur caractère fortement contradictoire. Autrement dit, chers lecteurs, la question du parking sensibilise nombre d’entre vous. Petit essai de philosophie du parking.

Le parking est un symptôme. Il est l’âme damnée de la voiture. Le parking est à la fois l’achèvement, la raison d’être du trajet et à la fois la condition de réalisation de celui-ci. Sans parking, le déplacement automobile n’a pas de sens. Entamons une petite remontée à contre-sens de ces assertions.

Premièrement, le parking est une ressource gourmande en espace. De ce fait, c’est une ressource rare, d’autant plus dans des centres urbains fortement densifiés et conçus dans leur principe, un peu anarchiquement, à une époque où la voiture n’existait pas, tels que celui de Liège. L’augmentation chronique du trafic motorisé a pour conséquence logique la raréfaction croissante des emplacements de stationnement, et donc une pression accrue en vue de la construction de nouveaux équipements.

Le problème est double à cet égard. D’une part, c’est d’espace public qu’il s’agit, et toute construction supplémentaire grignote un peu plus l’espace public, au détriment donc de ses autres « co-propriétaires » : les piétons, les cyclistes et autres usagers faibles de la route. D’autre part, la place de parking est devenue une sorte de quête à laquelle l’automobiliste ne peut déroger.

Deuxièmement, il convient de revenir sur cette notion de quête. L’emplacement de stationnement est la destination privilégiée par essence de tout déplacement. Ce simple fait, couplé à la raréfaction des places, donne un tour presque métaphysique à la recherche d’un parking. Le conducteur anticipe la pénurie, la redoute, sachant que s’il est bredouille, son trajet ne sera pas pleinement accompli. Plus les ressources à mobiliser pour prendre sa voiture sont grandes, plus le conducteur concevra de la frustration de ne pas trouver d’emplacement ou d’en trouver un mauvais.

Parce que, troisièmement, là est le problème : trouver une place est absolument nécessaire. Or, les places étant rares (et chères, de ce fait), l’automobiliste se trouve, à leur égard, dans une situation de dépendance. Comme toute situation de dépendance, celle-ci est marquée par un rapport amour / haine. Amour, parce qu’il faut trouver une place, sans quoi le trajet n’a pas abouti et que cette place permettra d’accomplir ce pourquoi le trajet a été initié. Autrement dit, si le conducteur prend la peine de prendre sa voiture, une place de parking est une récompense de ses « efforts ». Haine, parce que ce rapport est ambigu, que les places sont rares et chères et que, de plus en plus fréquemment, l’exercice s’achève par une frustration intense, et au prix d’efforts décuplés.

Finalement, le parking est un symptôme. Il est un symptôme du lien de dépendance entretenu à l’automobile. Tout part du problème qu’en dépit de l’augmentation continue des coûts, directs et indirects, de la conduite automobile, la solution reste avantageuse – en termes d’efforts et de ressources mobilisées – pour bon nombre d’usagers de la route. Pour le formuler différemment, quels qu’en soient les inconvénients, les automobilistes préfèrent leur voiture à d’autres modes de déplacement : transports en commun, voies de mobilité douce.

Le parking est l’alpha et l’omega de l’automobiliste.

Dès lors, pour en revenir à la question qui nous anime, faut-il construire des parkings souterrains à Liège? On peut se poser cette question en termes d’espace public et en termes de « philosophie du parking ».

Tout d’abord, d’une part, cela n’empièterait pas sur l’espace public puisqu’il s’agirait d’espaces à créer, à ouvrir. D’autre part, le projet consiste actuellement à juxtaposer au parc de stationnement existant deux parkings supplémentaires. Dans cette perspective, cela ne fait qu’accroître le nombre d’emplacements, sans aucunement prévoir la possibilité d’une quelconque compensation.

On comprend bien, Gilles et Frédéric, que la construction de ces parkings devrait s’accompagner d’une vision stratégique, d’un vaste plan de désengorgement de l’espace public « à ciel ouvert », comprenant une réhabilitation d’espaces verts, des réseaux de transport en commun, des voies cyclables. On n’en est tout simplement pas là. La ville propose deux parkings supplémentaires, point. Aucune espèce de compensation n’est imaginée à l’heure actuelle. Il avait bien été question d’inscrire ces parkings dans un projet plus vaste, mais cette idée semble pour le moment écartée.

Ensuite et enfin, une réflexion en termes de « philosophie du parking » conduit à conclure que la construction de deux parkings supplémentaires conduit à entériner la dépendance à leur égard des automobilistes et la pression croissante qui s’exerce en faveur de la construction de parkings. C’est jouer le jeu du symptôme sans traiter le mal urbain à la racine. C’est enterrer la « quête » à laquelle est livré tout automobiliste dans une tentative dérisoire de l’externaliser. Dérisoire, parce que c’est une logique forcément (très) limitée, les espaces souterrains n’étant pas inextensibles.

Le risque serait d’en arriver à une cité bâtie complètement hors-sol et à la sérénité superficielle, dont les rues piétonnières et les charmants espaces verts dissimulent dans leurs entrailles un puits à noirceur et à goudron, le crissement de pneus et le râle de la ménagère qui cherche désespérément la place la plus proche de l’ascenseur. Une belle couronne posée sur une carie profonde, un peu à l’instar de Louvain-la-Neuve.

Liège enterrée avec ses parkings

Non, c’est non!

Non de non!

Non, non, non!

Pour ce qui est de mener des projets intéressants et de faire vivre la commune de Liège au rythme de l’innovation et de politiques un peu sensées d’urbanisme ou de mobilité, les autorités locales sont régulièrement aux abonnés absents.

Mais cette fois, ils dépassent clairement une limite en prévoyant d’injecter 15 millions d’euros dans l’édification de deux parkings souterrains supplémentaires, afin de concurrencer les opérateurs privés(si, vous avez bien lu!). L’un est prévu sous la place Cokerill, soit sur un site jouxtant l’Université de Liège. L’université a sa place au cœur de la Cité en tant que centre de savoir et d’apprentissage critique. En la maillonnant de toutes part d’autoroutes urbaines, les autorités en ont déjà dit long sur le respect et la liberté dont ils honoraient l’institution (sans parler des problèmes récurrents de mobilité à destination du campus du Sart-Tilman). Inutile d’en rajouter.

L’autre parking est prévu sous le parc d’Avroy, seul parc véritablement situé dans l’épicentre de Liège et lui aussi quadrillé de routes à trois, quatre voire cinq bandes, sans compter les nombreuses perpendiculaires qui rognent son unicité à chaque intersection routière. Ce parc est déjà ravagé en surface une fois par an par la foire et fait l’objet d’un manque d’entretien chronique le reste du temps. Construire des parkings souterrains à cet endroit achèverait de ruiner les lambeaux du parc qui ont survécu à la colonisation par l’automobile, par d’autres parkings (côté Pont d’Avroy) ou encore par le nombre excessif de voies routières.

Trop, c’est trop!

La ville de Liège étouffe littéralement sous le poids d’un trafic automobile complètement démesuré. Chaque matin, la foire d’empoigne automobile se répète comme un pitoyable cirque sans fin. La ville est sale, les bâtiments sont noirs. Les bagnoles envahissent déjà allègrement les trottoirs, les abords des rues et bien des espaces souterrains. On ne peut plus accepter ça! De toute évidence, construire de nouveaux parkings n’arrangera rien aux problèmes de trafic mais fera sombrer Liège encore un peu plus dans la politique du symptôme et du tout-à-la-voiture. Ainsi, de nouveaux parkings dont le but est d’être (un peu) moins coûteux vont forcément drainer un flux supplémentaire de bagnoles, lorsque Liège est déjà trop engorgée.

Deux remarques encore: l’opposition semble ne trouver à redire sur ces projets que sur des détails techniques (création de filiales, structures de financement, etc.). Deuxièmement, le fait de pouvoir injecter 15 millions d’euros pour ce projet néfaste pour la ville rend irrecevable a priori tout refus d’injecter des fonds publics pour des projets qui amènent vraiment une valeur ajoutée à la ville (qui a susurré « Liège 2015« ?)

Pourquoi Liège 2015 doit aller au bout

En lecteurs attentifs, vous aurez retenu qu’au mois de mai de cette année, un comité s’est constitué en vue de récolter 19 000 signatures pour l’organisation d’une consultation populaire à Liège. Le but? Pouvoir demander l’avis de la population sur le dépôt d’une candidature au titre de capitale européenne de la culture. Cet objectif en soi était une gageure et, pour le dire tout net, récolter ces signatures fut franchement harassant.

Je ne saurais féliciter assez tous ceux qui ont passé des journées entières, formulaire et bic à la main, à répandre l’initiative et y faire adhérer, à partager notre enthousiasme fondateur.

Aujourd’hui, la situation est la suivante : suite à ses déclarations dans la presse (Liège 2015? Une fausse bonne idée et la réplique du Comité Liège 2015), le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, est dans l’incapacité politique d’introduire une candidature sans aller à la consultation populaire. Il s’est clairement et fermement exprimé dans ce sens. Le comité Liège 2015, pour sa part, a été mandaté par plus de 10 % de la population pour porter le projet de capitale européenne de la culture auprès des autorités communales : il ne peut, sauf à trahir tous les signataires, se dédouaner de cette responsabilité. Impossibilité d’une candidature vs. nécessité d’une candidature : le dilemme est insolvable.

Dès lors, la consultation populaire est inéluctable. C’est donc maintenant que les choses sérieuses vont démarrer et une véritable campagne devrait s’amorcer à Liège, en vue de cette consultation.

Voici quelques raisons qui valident, encore actuellement et peut-être plus que jamais, la pertinence de la cause portée par le comité Liège 2015 :

1. Un enjeu démocratique

Indubitablement, avant d’être culturel, le projet porté par le comité Liège 2015 est intrinsèquement politique. Ce n’est pas forcément un choix spontané, mais il est évident que l’introduction d’une candidature est un acte qui relève de l’appréciation des autorités politiques. A Liège, leur appréciation conduit à refuser le dépôt d’une candidature. Finalement, la base du mouvement Liège 2015, c’est une contestation de la validité de cette appréciation et une volonté de rallier les autorités à un projet défendu par la population. A cet égard, l’enjeu démocratique est omniprésent et la meilleure preuve en est l’organisation de la consultation populaire, qui est un levier de démocratie directe. Soulignons que le mot d’ordre, pour tous les acteurs impliqués, est le respect de la procédure légale ; il faut s’en féliciter.

2. Une opportunité culturelle pour Liège

Ne nous y trompons pas : la consultation populaire joue également en faveur des autorités communales. Fortes d’une pression populaire intense et d’un débat aux résonnances importantes, les élus liégeois disposent d’un poids politique majoré dans toute négociation à venir. Autrement dit : avec leur population qui met la pression, les autorités pourront négocier des avantages et des compensations.

Ceci est vrai, par exemple, en ce qui concerne les multiples propositions avancées par Willy Demeyer depuis le début du mouvement « Liège 2015 » : Forum universel des cultures en 2016, exposition universelle en 2017, partenariats avec Mons en 2015, avec Maastricht en 2018 et, plus récemment, l’idée d’une « Métropole Culture ». Si j’ai dit par ailleurs le mal que je pensais de cette dernière initiative, il n’empêche que de nombreuses propositions ont vu le jour et que certaines d’entre elles sont vraiment intéressantes.

Il faut bien se rendre compte que rien de cet acabit n’était proposé avant l’irruption de la revendication « Liège 2015 » : en soi, c’est déjà une victoire. Sinon quant aux moyens, du moins quant à la fin.

3. Un projet en voie de prendre corps

Il a été reproché à Liège 2015 – probablement à juste titre – de manquer de corps et d’un projet culturel structurant. C’est vrai dans la mesure où, d’une part, le mouvement n’était pas légitimé à porter un tel projet et, d’autre part, n’avait pas les moyens humains et matériels d’en poser les fondations. Pourtant, une conférence de presse tenue hier a permis de clarifier les objectifs du mouvement et d’esquisser les bases d’un possible projet culturel pour Liège.

Les objectifs, outre celui de doter Liège d’une projet culturel cohérent – qui fait encore défaut aujourd’hui – consistent notamment à améliorer les conditions d’exercice des artistes, à améliorer la gestion des outils culturels institutionnels et à ouvrir le secteur culturel liégeois aux coopérations internationales.

Quant aux bases d’un projet culturel intéressant à mener, vu l’échéance de 2015 pour une série de projets urbanistiques connexes, la thématique de « l’espace public » pourrait être appropriée fort à propos. Outre l’urbanisme et l’architecture, la reconversion post-industrielle pourrait trouver sa place dans ce projet, de la même manière que la thématique de la place de la culture, du débat, de l’alternatif, de la mobilité douce, au sein de l’espace public commun.

A suivre donc, mais dans l’état actuel des choses, Liège 2015 est déjà une victoire pour avoir amené tous ces éléments…

Obama Président, regagnez vos pénates!

Obama est Président des USA.

Il l’emporte très largement sur son rival McCain selon les premières estimations de résultats. Crédité un temps de 207 sièges contre 135 pour McCain, Obama a franchi la barre décisive des 270 sièges nécessaires vers 5h du matin, décrochant les états de Californie, d’Oregon et de Washington avec des majorités significatives. Avec 297 grands électeurs assurés, le triomphe d’Obama est univoque. UPDATE : McCain vient de reconnaître sa défaite (cuisante).

Comme beaucoup, je n’ai jamais lu la plus traître ligne de son programme politique mais who cares? Obama irradie un charisme fédérateur et a suscité un engouement peu commun autour de sa personne. Le consensus international explicite en vue d’éviter McCain me semble une bonne chose, tant ce cireux, sorti tout droit d’un Grévin, et ses visées réactionnaires (ou du moins celles qui ont transpiré dans les médias européens) sont ulcéreuses.

Pour le surplus, la récupération politique oscille entre le sirupeux et le graveleux. Si vous n’êtes pas populaire, faites vous populariser par les autres! Avec la manie de vouloir faire entrer Obama dans le carcan étriqué de la petite Belgique, bon nombre de nos élus, grappillant quelques miettes de notoriété ou d’exposition médiatique, ont tout juste réussi à faire montre de leur inanité. En ouvrant un comité aussi vain que « Belgium for Obama » (présidé par un président d’un parti présidentiel) ou en allant se faire mousser à des « Obama night »…

Soirées chaudes sur le blog de Mateusz

Soirée chaude sur le blog de Mateusz

Pour le dire autrement, si Obama était Belge… Il serait socialiste, dixit le PS. Il serait libéral, dixit le MR. Il serait centriste, dixit le CDH.

Bref, n’en jetez plus, la coupe est pleine! Vivement la victoire de notre ami Barack, à qui je me réjouis de faire une petite visite en 2009, et vivement également la fin de l' »Obamania », aka la récupération politicienne de bas-étage (voir cet excellent sujet de Eigen Blog Eerst). Puis-je suggérer aux élus en mal de popularité de tenter de se rendre populaire par eux-mêmes à l’avenir?

On en parle sur Je suis Belge mais je me soigne.

Mateusz a passé la nuit à live-bloguer sur son blog d’où provient la photo ci-dessus (déjà awardée du chicon de titane).

UPDATE : Jacky Morael nous livre un grand cru au sujet de cette élection.

Homme et ville

Une exposition en ligne a été crée très récemment avec pour objectif de montrer l’architecture de Liège au cours des années 1960. Intitulée « Homme et ville », cette exposition s’accompagne d’un texte introductif de très grande qualité qui remet en contexte des initiatives qu’il est de bon ton aujourd’hui, le recul aidant, de vilipender.

Il est intéressant de comprendre mieux les politiques urbaines de la ville et cette nécessité qui s’est fait jour, dans un contexte donné, à une période précise, d’une mobilité axée sur la voiture individuelle et la création d’espaces habitables en hauteur. Certes, des dommages irréversibles ont été causés et l’on peut nourrir des regrets du patrimoine perdu à bon droit. Toutefois, j’interprète cette exposition en ligne comme une véritable incitation, d’une part, à aller de l’avant dans la réflexion sur les politiques urbaines et, d’autre part, à exercer une vigilance accrue sur les enjeux actuels.

Je dois ajouter qu’on me souffle à l’oreillette (à très bonne source – son initiateur) que l’initiative rencontre un flamboyant succès, ayant atteint pas loin de 10 000 visites à la date d’hier et ce, quelques jours seulement après son lancement !

L’exposition est en ligne ici (Homme et ville).

L’écologie au quotidien

Depuis longtemps maintenant, j’entretiens une réflexion sur l’écologie et une série d’enjeux qui gravitent autour de cette thématique générale, comme la mobilité, l’alimentation, etc. Au long de cette période, j’en suis venu à concevoir théoriquement une ébauche de modèle de vie particulier, que j’aspirais à pouvoir implémenter dans la pratique.

C’est désormais chose en train de se faire, dans la mesure où j’ai quitté le cocon familial depuis deux semaines, pour aller investir mon humble demeure du centre-ville de Liège. Loin de moi l’idée de m’ériger en donneur de leçons ou en porteur d’un quelconque idéal à atteindre ; il me semble toutefois intéressant de témoigner de mon expérience de l’écologie au quotidien.

Quelle expérience ? Et bien, certains choix de consommation ou de mode de vie que je pose, à titre tout à fait individuel, et qui sont le fruit d’une réflexion de longue haleine menée avec Anne, ma compagne. À raison d’un billet par semaine pendant quatre ou cinq semaines (et plus si affinités), j’essayerai de vous faire partager le plaisir de la confrontation des expériences !

Di Rupo dans « Les Salons », campagne on the rocks

Didier Reynders lance la campagne électorale en donnant uppercut (le « mal wallon » ou « la Wallonie au cœur du mal belge« ) sur uppercut (« je suis disponible pour Namur« ).

L’Empereur contre-attaque : on va parler social, économique, écologique et… « dans les salons ». Le lieu nouveau de la lutte des classes est ainsi défini : on se battra « dans les salons ». C’est la prochaine marotte de notre As de la comm’, Elio di Rupo, qui nous déclare, dans une interview au Soir, à zéro question d’intervalle (autrement dit coup sur coup) :

Le président du Parti socialiste [Lui-Même!, nda] est toujours fâché de voir des gens qui gagnent jusqu’au-delà du million d’euros se réunir dans les salons et déclarer que, bien entendu, les autres doivent se serrer la ceinture ! Et que la Sécu ça coûte cher ! Ou que les chômeurs sont des fainéants assistés ! Tout ça, c’est de l’idéologie de droite.

La seconde citation est issue du même registre et le bon vieux salon y tient encore la vedette :

On ne va quand même pas me demander de plonger une partie de nos concitoyens dans la misère parce que, dans des salons, entre un morceau de foie gras et un verre de champagne, on considère qu’il y a trop d’assistés ! C’est juste le contraire.

Bien, vous constatez comme dans quel jus nous sommes partis pour mariner jusqu’en 2009, et je vous fiche mon billet qu’il va en pleuvoir dans tous les sens, tout à l’heure, sur les plateaux télé dominicaux. La campagne est partie et sera, en francophonie, résolument « socioéconomique » (vous savez, le grand-amalgame-qui-vous-parle-de-tout-sauf-d’institutionnel).