Résister au FN: ni le doigt, ni sa lune

Le proverbe dit:

Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt

Le Front national français désigne constamment sa « lune » à lui: sécurité, immigration, et islam. Ce sont là les trois problèmes essentiels qui font du FN un parti « lunatique ».

Une stratégie consiste à dénoncer le messager, et à focaliser l’ensemble de la critique sur le parti politique « Front national » et sur son leader, Le Pen & fille. C’est la diabolisation des personnes. Ca peut fonctionner, mais ça correspond globalement à « regarder le doigt ». Le FN, en tant que parti, est le vecteur qui désigne les problèmes cités ci-dessus, et s’en prendre au FN consiste à délégitimiser le messager, plutôt que le message – la « lune ».

C’est le grand enseignement du premier tour des élections que cette stratégie est un échec. Plus vous lancez un mot d’ordre contre « Le Pen », plus les récalcitrants leur offrent des parts de marché électorales. Alors, que faire?

C'est ce qui s'appelle se fourrer le doigt dans la lune

Sarkozy dit: « j’arrête de diaboliser le doigt, et je vais m’en prendre à la lune« .Autrement dit, il fait siens les problèmes que le FN dénonce: sécurité, immigration, islam. Le raisonnement consiste à dire que, si 17 % des Français ont voté Le Pen, c’est parce qu’ils étaient sensibles à la lune que leur désignait le FN, et qu’il faut donc aller décrocher cette lune pour les ramener dans le giron de la droite. C’est une stratégie dangereuse, très dangereuse, qui consiste à brouiller complètement les cartes, puisque tout à coup plusieurs doigts se mettent à devenir lunatiques, et veulent de concert s’en prendre aux musulmans, à l’immigration et à l’insécurité, dans un grand amalgame.

Dans ce contexte, que doit faire la gauche? Courir après la lune, ou changer de lune? Souvenons-nous du proverbe: « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ».

S’approprier la lune, ce serait donc admettre pour la gauche que le FN est sage, qu’il avait désigné les bons problèmes, que sa lune n’était pas une lubie, mais répondait bien aux « vrais problèmes des vrais gens ». Ce serait ne pas faire la part du vote contestataire, ces électeurs qui votent Le Pen, non pas tant parce qu’elle leur aurait montré la bonne lune, mais parce qu’ils en ont assez d’être essorés.

Il faut contester la lune du FN. Aujourd’hui qu’elle est en passe de faire imploser la droite et d’être récupérée par une multitudes de doigts, il faut identifier clairement ces lunes, voir au fond les problématiques qu’elles imposent à l’agenda politique. Il faut les dénoncer avec la dernière fermeté. Il faut rappeler toujours les inégalités qui s’accroissent, les ravages de la croissance à tout prix, la destruction avancée de la nature et du lien social. Il faut surtout, et sans relâche, proposer d’autres possibles, les mille et une lunes de la justice sociale, de l’écologie politique, de la sobriété joyeuse.

Une réflexion au sujet de « Résister au FN: ni le doigt, ni sa lune »

  1. Ced

    Bien écrit brother,
    ça met des mots clairs sur des pensées qui me poursuivent!
    Finalement, ça rejoint une problématique plus globale qui veut qu’à chaque élection (càd très régulièrement), les politiciens ne sont plus sincères car ils ne pensent qu’à séduire. A mes yeux, ça restera toujours une sorte de jungle…

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