La chronique du lundi #1: Le mouvement des Indignés

indignés bastilleLe 15 octobre 2011, ce qui restera dans l’histoire comme le mouvement des «Indignés» organisait des manifestations d’ampleur dans la majorité des pays occidentaux. De Washington à Bruxelles, où pas moins de 7.000 personnes ont pris part au cortège, les principaux centres de décision politique du monde global ont été pris d’assaut. Retour sur ceux qui ont, au choix, pris le nom ou suivi le mot d’ordre d’un essai polémique de Stéphane Hessel, ancien haut diplomate et résistant, «Indignez-vous!».

Les indignés, c’est une contestation radicale du pouvoir politique qui prend racine en Espagne, dans la foulée du Printemps arabe. Là où les populations arabes sont parvenues à mettre à pied d’antiques régimes dictatoriaux, les indignés européens concentrent leur critique sur le délitement des institutions démocratiques et représentatives. Ils dénoncent le détournement du pouvoir opéré par quelques élites au détriment des masses populaires. Les manifestations résonnent au rythme des «¡Democracia real YA!», en Espagne, ou encore du «1-99 %» américain (l’immense majorité de la population subit la domination sans partage d’une infime minorité d’élites – We are the 99 %).

Ces mouvements populaires s’inscrivent dans un contexte très particulier, celui de la mise en retrait de l’ordre du politique par rapport à l’économie de marché. Depuis la chute du mur de Berlin, les grandes familles politiques européennes traditionnelles  ont renoncé à contester le développement industriel et la logique de la croissance par l’activité économique, qui veut que l’on crée d’abord des richesses, pour (éventuellement) les distribuer ensuite. Et pour cause, nos nations en ont tiré d’indéniables profits matériels, en termes de création d’emplois ou d’accessibilité aux produits de consommation.

La génération post-chute du mur de Berlin est née dans ce contexte particulier d’États-providence gavés de richesses par les trente glorieuses, qui on su préserver un modèle de redistribution aussi généreux que dispendieux en dépit des crises répétées. Cela n’a d’ailleurs été possible qu’au détriment des pays pauvres de notre planète, réduits à l’état de grenier ou d’usine de l’Occident, ou par une exploitation sans précédent des ressources naturelles, dont les effets secondaires indésirables se manifestent chaque jour davantage.

Les institutions démocratiques sont aux abois, dépassés qu’elles sont par la marche du monde et la prééminence annoncée du régime autoritaire chinois. Et revoilà nos indignés, saisis dans la tourmente de ces crises multiples, économiques, politiques ou écologiques, en proie aux interrogations existentielles. Démarche fondatrice ou imposture? Quête de sens ou perte de repères?

Dans tous les cas, nous assistons à un moment historique. Les lignes de fond tanguent à tout va. Et je saisis cette occasion comme point de départ d’une série de chroniques hebdomadaires, sur le monde tel qu’il est en voie de recomposition.

 

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