Barbarie ordinaire chez bpost

Franchement, il y a des fois où on aimerait que l’histoire soit moins caricaturale.

Il y a quelques mois, je reçois dans ma boîte aux lettres, sur laquelle est pourtant apposé un autocollant « pas de publicité », une … publicité de La Poste. On m’annonce sa transformation en « bpost », pour un meilleur service au client, sans toutefois qu’on m’explique en quoi le service serait effectivement meilleur.

Tournant typique d’une stratégie néo-managériale, on parle anglais parce que le français, c’est la langue du bas peuple, et que l’anglais, c’est la langue des rois: les actionnaires. Actionnaires qui, sans surprise, raflent la mise: en 2010, distribution record de dividendes.

En janvier 2011, barbarie ordinaire au programme; le dernier bastion postal de Sainte-Marguerite, le quartier dans lequel j’habite et m’investit, devrait fermer ses portes en mars. Bien sûr, la décision est tombée vite et mal, sèche comme un couperet. Les habitudes, c’est fait pour ne pas être pris; chantons, chantons, les louanges du flexible, de l’instable, de l’absence totale et délibérée de repères stables et rassurants. Le XXIème siècle sera adaptable1 ou ne sera pas.

Pour y faire la file relativement souvent, je sais à quel point ce bureau ne suffisait pas à absorber la demande des usagers clients, et pas que pour les services bancaires. Je sais que la population qui le fréquente est celle d’un quartier à part entière, qui compte pas moins de vingt-six associations et qui frémit d’une dynamique nouvelle.

Bpost, quant à elle, ferme ses antennes, au profit de « post points », succursales d’enseignes privées aux services très limités dont les services postaux ne sont pas, loin s’en faut, l’occupation principale. Elle restructure. Elle change. Elle arrache. Elle déplante. Elle extrait la productivité de son personnel comme on extrait du charbon d’une mine.

La résistance s’organise, évidemment prise au dépourvu. Elle tentera bien de griffer l’acier trempé du glaive, aveugle autant qu’implacable, qui s’abat sur ce bureau de poste et ses employés.

Pauvre société, barbarie ordinaire.

  1. pour les travailleurs et le vulgum pecus – rien ne permet de penser que l’actionnaire doive s’adapter à quelque moment que ce soit, par exemple quant à ses exigences pornographiques de dividendes []

4 réflexions au sujet de « Barbarie ordinaire chez bpost »

  1. Masson Bénédicte

    Bonjour François,
    j’adore ton site. Et avec les entêtes « photos », c’est frais et très beau.
    Je ne sais comment faire pour lire la suite de bpost, car je suppose qu’après le point 1 en bas, il y a un 2?
    Je clique dans tous les sens, mais …
    bises à tous les deux
    Béné

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  2. Francois Auteur de l’article

    Merci beaucoup, c’est très gentil! Oui, c’est assez facile à faire, finalement. Et toutes les photos sont des créations personnelles 🙂
    Alors, le point 1, en fait, c’est une note de bas de page qui renvoie au texte, donc pas de point 2 pour ce texte qui est plutôt un texte d’humeur – à ce titre, il n’est que faiblement structuré.
    La bonne nouvelle, c’est que la résistance s’organise et peut compter sur un précédent; il y a trois ou quatre ans, la ville était déjà parvenue, avec l’appui du quartier, à faire fléchir la Poste… Espérons qu’elle puisse rééditer l’exploit, on est derrière!

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  3. GECKO

    Bonjour, M. Thoreau.

    Votre article sur Bpost évoque irrésistiblement ce qui se passe actuellement en France :
    un démantèlement des services publics au profit de sociétés privées. Logique, puisque, selon la doxa néo-libérale, les fonctionnaires sont tous des parasites sociaux flemmards qu’il faut éliminer à terme. Aussi subtil que du George Bush Jr.
    Ma crainte est qu’on s’oriente vers une société post-démocratique, où une oligarchie détiendrait à terme tous les pouvoirs, au détriment de la grande masse quasiment réduite en esclavage; vous reconnaîtrez là la vision de Nietzsche.
    En attendant, nous avons un régime qui ne présente plus que les apparences de la démocratie, puisque ce sont les groupes de pression qui ont tendance à faire la loi.

    Qu’en pensez-vous ?

    Bien cordialement. Gecko.

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