Archives mensuelles : octobre 2010

Élections en 2011 ?

de wever di rupo

La crise se prolonge et commence à tourner à rien, tout comme en 2007. Les ténors de la négociation, Bart de Wever et Elio di Rupo, s’installent maintenant dans des postures pré-électorales, qui pourraient bien être justifiées. Je parie sur des élections début 2011.

Charles Bricman a démontré que la NV-A estimait avoir perdu sur toute la ligne dans le processus de négociation: réforme de l’État impressionnante sur les montants mais à la marge en terme de pouvoir réel, des principes sur la loi de financement qui en balisent très sévèrement la réforme et, surtout, un débordement sur son flanc gauche au sein du gouvernement à venir. Rendez-vous compte; le cdh, en vertu de la parité, y obtiendrait 3 ministres, soit autant (ou presque) que la NV-A. Avec Elio 1er ministre, la NV-A serait mise en minorité avec son programme socio-économique de droite. D’où l’erreur fondamentale, séminale, initiale de Bart De Wever: s’embarquer dans des négociations à 7, SANS les libéraux. Raison pour laquelle il ne bougera plus sans les libéraux: on peut le comprendre.

De son côté, les francophones et Elio di Rupo en tête, ont de l’avis général bien poussé la négociation. Personne ne conteste sérieusement aujourd’hui la responsabilité déterminante de la NV-A dans l’échec des négociations. Elle s’en trouve isolée. Mais voilà, il est dangereux d’isoler un mammouth électoral qui se sait incontournable. La NV-A a les moyens de l’intransigeance et peut se permettre, stratégiquement aussi bien que programmatiquement, d’aller au clash. Le PS a rudement bien joué son coup, il a ficelé Ecolo et le cdH, il a négocié une grande réforme de l’État qui ne fasse pas perdre un euro aux francophones, qui les renforce sans les appauvrir et, enfin, il a isolé politiquement son adversaire principal. Au passage, Di Rupo y gagne ses galons d’Homme d’État primo-ministrable. Il refuse dès lors de toucher à cet équilibre qui lui est foncièrement favorable et profite de sa position de force pour pousser la NV-A dans les retranchements de sa responsabilité.

La conclusion s’impose d’elle-même. Aucun des deux ténors, ni De Wever, ni Di Rupo, n’ont avantage ni intérêt à bouger d’un pouce sur leurs positions rigides. La suite est inéluctable: on va au clash. Alors, nonobstant les hypothèses dramaturgiques (un bordel généralisé, la scission du pays), le scénario qui se profile est celui d’élections en 2011. De Wever et Di Rupo sont clairement entrés dans des postures pré-électorales, tous les analystes de Sans langue de bois le soulignent, et La Boulette endosse leurs conclusions. La guerre qui fait rage sur le front intra-francophone, avec ces spectaculaires passes d’armes entre PS-Ecolo-cdH et le MR, en est un témoin supplémentaire. Et puis, le cdH n’a-t-il pas déjà acheté le nom de domaine « elections2011.be »?

Je pense que les élections auront lieu en janvier 2011. Pourquoi janvier? D’une part, parce que trois mois correspondent plus ou moins au délais de dissolution des chambres et de convocation des électeurs. D’autre part, parce que ce sera là le terme de la présidence belge de l’UE et que le souhait existe que le gouvernement actuel, même démissionnaire, poursuive et achève cette mission de présidence. Le seul espoir qui subsiste est que le degré de ridicule absolu de ce scénario – retourner aux élections sans même avoir eu la formation d’une coalition de gouvernement – éveille chez les plus hauts responsables de la crise la crainte d’une punition spectaculaire des électeurs. Si malgré tout des élections devaient se produire, j’en connais alors qui pourraient lancer leur slogan, « Stop au cirque politique », sans la moindre trace de poujadisme.

Arriver à rien pour repartir de zéro

Après le petit De Croo, c’est le gros De Wever qui fait ses dents.

Est-ce qu’un sondage sérieux a montré la lassitude de l’opinion publique francophone?

La plupart des gens que je croise de ci et de là sont passablement échaudés, voire carrément sur des charbons ardents, avec cette crise interminable. L’indigence du politique et en l’espèce, bien qu’il me soit arrivé plus souvent qu’à son tour de les défendre, l’imbécilité obtuse des politiciens flamands en particulier, commence à faire des dégâts sérieux, pour ne pas dire grave, auprès de l’électorat lambda.

Bref, j’espère qu’une solution radicale et efficace existe, et pourra parer au plus pressé de ce néant politique.

La déclaration complète de De Wever – lesoir.be.

La page blanche de l’avenir de la Belgique

Et voilà. Un blocage de plus.

Le dernier soubresaut d’une série proprement vomitive de circonvolutions en tous sens. Franchement, j’en ai ma claque.

Je ne trouvais déjà pas de mots assez durs pour dénoncer cette irresponsabilité infantile en 2007-2008. Depuis lors, j’en ai perdu jusqu’à l’envie de me forger une quelconque opinion sur ces querelles de bas-étage qui ne conduisent à rien, ni d’ailleurs sur cette situation de blocage permanent.

Lion Rooster fight Walloon Flemish
Cela fait quatre ans que l’on sait que le « compromis à la belge » est mort. Nous ne sommes qu’en train de chercher la manière d’éviter la mort concomitante du pays. Bien évidemment, cette espèce d’improvisation permanente et urgentiste va nous conduire droit dans le mur… La question à se poser est de savoir comment aménager au mieux les dégâts collatéraux.

On part d’une page blanche.

Où sont les politologues? Je les entends égrener des options A, B et C. J’entends des discours rationalisants, rassurants, très cadrants sur ce qui se produit. Aucun ne met en évidence la profonde et intrinsèque irrationalité de ce qui se passe et n’admet avec honnêteté la profonde incertitude liée à cette page blanche.

Alors, allons-y. À l’heure où certains idiots se demandent si on va provoquer (encore) de (nouvelles) élections anticipées, je propose l’option bien plus intéressante de supprimer de facto le gouvernement fédéral. Nous avons assez de gouvernements de parlements en Belgique, et la structure est suffisamment résiliante pour absorber le choc.

une bonne bagarreQue chacun prenne ce qu’il veut, qu’on ouvre la guerre des tranchées, qu’on déclenche la guerre d’intérêts. Espérons simplement ne pas en arriver aux mains. Après une période de chaos et de bordel surgira la stabilité. Essoufflés, exsangues, défoulés, épuisés, peut-être allons-nous alors nous donner une petite tape dans le dos et – pourquoi pas? – esquisser un petit sourire complice. « Qu’est-ce qu’on s’est foutu, pas vrai? ». Un tantinet hasardeux, je le concède. Mais certainement très productif en fin de compte.

D’alternative, il n’y a point. Le chaos a déjà commencé. Vouloir l’organiser est illusoire. La seule règle crédible est d’éviter les affrontements physiques dans la mesure du possible. Alors, laissons les passions se déchaîner dans une tourmente salvatrice.