Du greenwashing au greenbashing

De l’état de grâce à l’état d’indigestion.

Nous sommes en train de dévaster notre habitat, personne ne songe plus à nier cette évidence. Les dérèglements environnementaux sont légion, inquiètent et sont, pour bonne part, très difficile à appréhender dans toute leur complexité.

Pour tout le monde?

Non pas. Une immense caste de vendeurs de breloques a bien compris comment exploiter cette peur et l’anesthésier à grands coups de business-as-usual. Dormez en paix, brave populace, et achetez nos bidules éco-efficients (un bel oxymore), nos voitures éco-performantes (le gouvernement paye pour ça), bref, tous nos machins plus ou moins verdâtres. Le marketing vert est un phénomène maintenant bien démasqué et analysé, ce qui ne l’empêche pas de fonctionner. On appelle cela le greenwashing.

Le problème, c’est d’avoir en général assorti cette verdisation un peu cheap de marges bénéficiaires proprement obscènes, d’autant plus que la couche de vert n’était jamais qu’apposée en surface1. Une stratégie délétère qui a largement contribué à répandre insidieusement l’idée que respecter l’environnement, ça coûte cher et c’est hors de portée de la bourse du vulgus pecum. Bien qu’inepte, ce message gagne en audibilité dans un contexte de crise, de précarisation de l’emploi et de grande stagnation sociétale.

On en sent maintenant les pénibles effets.

Lassés à juste titre qu’on prenne leurs vessies pour des lanternes, les consommateurs friands de contestation ont conspué l’écologiquement correct. Faut les comprendre. L’effet de mode s’estompe. Il devient presque de bon ton d’entonner des refrains populistes sur l’environnement, de renvoyer à leurs carottes les hérauts moralistes de ce nouveau christianisme qui ne s’assume pas. Merde, l’environnement, à la fin! On a bien le droit de s’en foutre plein les doigts puis de lécher à grands coups de langue. On appelle cela le green bashing. Merde au vert!

À l’état de grâce succède la disgrâce; l’indigestion. Les mauvaises réponses apportées aux vrais problèmes engendrent des réactions compréhensibles mais stupides.

On en est là, aujourd’hui. Tout le monde sait que ça va partir en couille. Mieux vaut sans doute s’en mettre une bonne dernière derrière la cravate et l’assumer avec cynisme2.

  1. l’exemple typique est MacDonalds, qui s’est mis à vendre des salades et a métamorphosé le rouge de son logo en vert. Point. []
  2. Allons, pour une enquête bien plus documentée sur le phénomène, voir l’excellent blog American Ecolo []

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