Archives mensuelles : septembre 2010

Vente d’arme : cache-sexe wallon ?

La gouvernement wallon vient de compliquer singulièrement la procédure d’octroi de licence d’armes, à en croire cet édito. L’idée est d’éviter de vendre des armes à des États voyous, voire terroristes. Le client devra dorénavant montrer patte blanche, en produisant ce que l’on appelle un « certificat d’utilisateur final ». Histoire d’éviter que des armes wallonnes se retrouvent en de mauvaises mains…

Est-ce éthique, ou est-ce stupide?

Produire et vendre des armes est foncièrement immoral. Les armes sont faites au mieux pour emporter la conviction d’autrui par la force, ce qui n’est pas franchement démocratique, au pire pour blesser, voire tuer. On voit mal ce qui peut justifier cela. Il me semble méthodologiquement douteux d’avancer que les armes puisse servir de nobles causes utilement, dans ce sens que si la cause était suffisamment noble et non point, par exemple, liée aux intérêts géostratégiques d’une des parties prenantes au conflit, alors elle ne nécessiterait sans doute pas le recours à la violence armée. Voilà pour le principe.

Qui de son application, en termes de vente d’armes? Lorsque l’on encadre le processus de vente d’armes de manière trop contraignante, le risque est bien sûr de pousser ses partenaires commerciaux à déserter. Ils pourraient préférer négocier avec des fournisseurs moins regardants. Avec cet inlassable argument, mille fois répété, que la Wallonie ne résoudra pas tous les conflits dans le monde et que, dès lors que des conflits armés existent, il faut bien que quelqu’un équipe ces conflits. Tant qu’à faire, autant que ce soit nous plutôt que d’autres. C’est l’opinion de cet éditorialiste de La Libre, qui avance: « La paix s’arrache aussi parfois avec les armes. Et il ne sert à rien de la construire sur un désert économique« .

Cet argument relève à l’évidence d’une double faille intellectuelle. Premièrement, il impose une dictature de la fatalité, technique de gouvernement ô combien trop souvent employée de nos jours. Cela consiste sommairement à asséner cyniquement que quelqu’un doit bien s’occuper du sale boulot, que de toutes façons c’est comme cela et que l’on y peut rien. Faux. On peut très bien décider de limiter ou d’encadrer notre vente d’armes. C’est un choix politique. Deuxièmement, il relève d’un égoïsme économique régionalisant du plus mauvais aloi. En effet, cet éditorialiste justifie la vente d’arme au nom de la « paix », qu’il ne sert à rien de « construire sur un désert économique ». Problème: on parle de deux choses différentes, ici. On parle d’assurer la prospérité économique ici, pour « arracher la paix » ailleurs. Petite dissonance spatio-temporelle.

En conclusion, le gouvernement wallon a fait un choix politique courageux. La FN-Herstal est détentrice d’un savoir-faire de très longue tradition, héritière du bassin sidérurgique que la Région wallonne est depuis bien longtemps. Sa production mérite mieux qu’un vil bradage à des dictateurs libyens. En encadrant strictement les destinataires de sa production, le gouvernement wallon assure à cette filiale des débouchés à la hauteur de que la qualité de ses productions mérite.

UPDATE: encore plus explicite que La Libre, cet article de La Meuse: Mobilisez-vous pour l’armement liégeois.

Du greenwashing au greenbashing

De l’état de grâce à l’état d’indigestion.

Nous sommes en train de dévaster notre habitat, personne ne songe plus à nier cette évidence. Les dérèglements environnementaux sont légion, inquiètent et sont, pour bonne part, très difficile à appréhender dans toute leur complexité.

Pour tout le monde?

Non pas. Une immense caste de vendeurs de breloques a bien compris comment exploiter cette peur et l’anesthésier à grands coups de business-as-usual. Dormez en paix, brave populace, et achetez nos bidules éco-efficients (un bel oxymore), nos voitures éco-performantes (le gouvernement paye pour ça), bref, tous nos machins plus ou moins verdâtres. Le marketing vert est un phénomène maintenant bien démasqué et analysé, ce qui ne l’empêche pas de fonctionner. On appelle cela le greenwashing.

Le problème, c’est d’avoir en général assorti cette verdisation un peu cheap de marges bénéficiaires proprement obscènes, d’autant plus que la couche de vert n’était jamais qu’apposée en surface1. Une stratégie délétère qui a largement contribué à répandre insidieusement l’idée que respecter l’environnement, ça coûte cher et c’est hors de portée de la bourse du vulgus pecum. Bien qu’inepte, ce message gagne en audibilité dans un contexte de crise, de précarisation de l’emploi et de grande stagnation sociétale.

On en sent maintenant les pénibles effets.

Lassés à juste titre qu’on prenne leurs vessies pour des lanternes, les consommateurs friands de contestation ont conspué l’écologiquement correct. Faut les comprendre. L’effet de mode s’estompe. Il devient presque de bon ton d’entonner des refrains populistes sur l’environnement, de renvoyer à leurs carottes les hérauts moralistes de ce nouveau christianisme qui ne s’assume pas. Merde, l’environnement, à la fin! On a bien le droit de s’en foutre plein les doigts puis de lécher à grands coups de langue. On appelle cela le green bashing. Merde au vert!

À l’état de grâce succède la disgrâce; l’indigestion. Les mauvaises réponses apportées aux vrais problèmes engendrent des réactions compréhensibles mais stupides.

On en est là, aujourd’hui. Tout le monde sait que ça va partir en couille. Mieux vaut sans doute s’en mettre une bonne dernière derrière la cravate et l’assumer avec cynisme2.

  1. l’exemple typique est MacDonalds, qui s’est mis à vendre des salades et a métamorphosé le rouge de son logo en vert. Point. []
  2. Allons, pour une enquête bien plus documentée sur le phénomène, voir l’excellent blog American Ecolo []