L’opportunité de l’alternance

Les élections qui s’annoncent sont incompréhensibles et inacceptables. Pourtant, à toute chose malheur est bon, et cet épisode tragique de l’incontinence politique belge pourrait trouver – à moyen terme – une issue politique souhaitable.

D’abord, ces élections sont incompréhensibles. Elles ont été provoquées par une suite de posture, de provocations, de gesticulations, tout autant que par le vrai problème de fond qui divise profondément – la scission de BHV. Les enjeux de BHV sont importants, très importants, mais ils doivent être relativisés à l’aune de la taille de notre pays et de tous les autres problèmes inscrits à l’agenda politique.

Ces élections anticipées sont ensuite inacceptables. Le timing est désastreux par rapport à la Présidence de l’UE; impossible de faire preuve de volontariat ou d’initiative dans un contexte politique si précaire (tout au plus de la gestion). Un drame pour la Belgique dont le rôle moteur pour l’UE est crucial. Et puis, le coût est exorbitant par rapport aux bénéfices – du côté francophone, aucun bouleversement majeur des lignes n’est escompté. De manière plus générale, on voit franchement mal ce que ces élections vont modifier au paysage actuel, si ce n’est en pire. Il n’est pas inutile de rappeler que les appareils de partis verrouillent passablement bien la composition des listes et que différents mécanismes font que, grosso modo, ce sont les mêmes têtes que l’on retrouvera à la mi-juin.

Toutefois, toutefois, à moyen terme, il y a une immense opportunité à saisir: celle de regrouper les élections à tous niveaux de pouvoir en 2014, à l’exclusion des collectivités locales. 2014, ce sont les élections régionales, communautaires et européennes. Une législature fédérale 2010-2014 nous conduit à la même échéance. D’ici là, il faut ajuster les élections fédérales à un terme de 5 ans, en concordance avec les échéances régionale, communautaire et européenne.

Quel serait le bénéfice d’un tel couplage? Il créerait la possibilité d’unealternance politique plus crédible. Sans renoncer au modèle proportionnel, qui est spécifique de la politique belge et qui conduit à des gouvernements de coalition, des élections couplées permettraient de clarifier considérablement le jeu politique. Finis, les enjeux interpénétrés (les campagnes électorales ne sont pas étanches à la répartition des pouvoirs). Finies, les coalitions asymétriques entre les niveaux de pouvoir.

La possibilité d’une plus grande alternance clarifierait les règles de jeu et, sans doute, conduirait à un affaiblissement des partis extrêmes du nord. L’hypothèse est plausible qu’une des raisons pour lesquelles NVA, Vlaams Belang et autre Lijst Dedecker remportent un grand succès est à chercher dans une certaine lassitude envers les partis traditionnels – CD&V, open-VLD et SPa. Dès lors, en mobilisant une meilleure alternance politique, ces partis seraient sans doute plus souvent appelés à rejoindre les bancs de l’opposition. Ils incarneraient alors une alternance plus crédible, la possibilité d’un vrai changement politique.

On le constate aussi au niveau wallon. Tous les partis démocratiques exercent des responsabilités dans l’un ou l’autre gouvernement. Comment, dans ces conditions, incarner le changement, la possibilité de faire de la politique d’une autre manière, de façon crédible? Comment pouvoir prétendre à « changer le centre de gravité », alors même que l’on forme des coalitions au pouvoir avec le partenaire que l’on dénonce?

Bref, ces élections de 2010, pour désastreuse qu’elles sont, doivent permettre de coupler les scrutins à partir de 2014. Ce serait un grand pas pour la démocratie belge.

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