BHV : sortir de l’impasse, c’est pas gagné !

Par le passé, il m’est arrivé de dénoncer les grandes négociations, faites d’emplâtres et de bouts de ficelles, qui ont structuré l’État belge depuis plusieurs décennies. En reposant sur des bases trop circonstancielles, en étant trop complexes, celles-ci portaient en elles les germes de leurs insuffisances. Il fallait chaque fois, sitôt l’encre d’un accord séchée, remettre l’ouvrage sur le métier. Cette méthode a aujourd’hui atteint ses limites, pour deux raisons.

La première est politique, au sens strict: les francophones n’encaissent plus. Il faut reconnaître aux Flamands un projet politique fort, une union sacrée de leurs partis et une perspective stratégique bien plus puissante que ce qui existe chez les francophones. Le résultat est sans appel: chaque négociation, rétrospectivement, a fait droit aux principales revendications flamandes, moyennant de la monnaie de singe. Aujourd’hui, les partis francophones veulent éviter à tout prix l’analyse d’une défaite dans leur chef.

Exemple très concret: si l’on scinde BHV contre un mécanisme de nomination des bourgmestres de la périphérie, personne ne sera dupe: il s’agira simplement de revenir sur un levier qui avait été octroyé au gouvernement flamand dans un passé pas si lointain et que celui-ci n’aura eu aucun scrupule à utiliser pour faire monter la pression et parvenir à ses fins – procédé franchement limite.

La seconde raison est le mic-mac institutionnel qui gouverne la Belgique. Etat fédéral, Régions, Communautés, provinces, communes, communes à facilités, arrondissements électoraux et judiciaires, … La répartition claire des compétences entre toutes ces entités politiques et législatives est tout sauf évidente. D’où la conviction qu’on ne s’en tirera plus par un énième accord « vers le bas », en complexifiant et détricotant encore un peu plus le système actuel, mais uniquement par un accord « par le haut », en construisant la négociation sur de nouvelles prémisses. Autrement dit, il faut aujourd’hui refondre l’État belge et ses institutions sur des bases nouvelles.

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Le nouveau blocage des négociations de BHV confirme que la politique des compromis compliqués, dans lesquels la Flandre tire bien mieux son épingle du jeu que les francophones, n’est plus d’actualité. Ce modèle correspondait à une génération d’homme politique révolue, et Dehaene a sans doute sous-estimé, dans sa mission, le changement de génération qui s’était opéré. Faut-il dès lors se réjouir du blocage actuel, comme attestant du retour du politique dans la négociation, comme annonciateur d’une sortie du conflit « par le haut », faite de modèles différents propulsés par une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques?

Rien n’est moins sûr. Comme l’a dit Dehaene, le débat est pratiqué à l’instar d’un dialogue de sourds: aucune des deux parties n’accepte de se mettre au diapason de l’autre – de comprendre les prémisses de son raisonnement et de se mettre un tout petit peu à sa place. Une intransigeance partagée de part et d’autre: d’un côté, les francophones qui gardent en mémoire les vives humiliations des précédentes négociations et, de l’autre côté, certains politiciens flamands désireux de s’affirmer (cf. l’ultimatum de l’Open-VLD). Aussi navrant cela soit-il, c’est un retour au blocage total de 2007 qui se profile aujourd’hui comme l’hypothèse la plus probable.

L’alternative est donc claire, entre deux options. La première est l’option pauvre: soit les francophones acceptent le plan Dehaene sans autre forme de procès – ils mettent unilatéralement de l’eau dans leur vin – soit ils refusent ce chantage et c’est la crise. Tout porte à croire qu’ils n’accepteront jamais – en l’état, l’accord serait impossible à vendre à l’opinion publique et ne ferait qu’ajouter une couche d’humiliation et de rancoeur, à l’idée d’avoir encore cédé. La seconde possibilité est une option riche: on prend acte des blocages actuels et la classe politique, dans son ensemble, entreprend une réflexion sur les prémisses constitutives de l’État belge: quels sont ses socles, qu’est-on prêts à partager, sur quels veleurs pouvons-nous faire consensus? En bref, cette option viserait à recréer les conditions de l’empathie, fondement nécessaire de tout accord à venir.

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