Un Leterme de combat !

Impossible de le louper: le Premier ministre, Yves Leterme, vient d’entamer une offensive politique de grande ampleur. Il arrive avec un plan stratégique, une vision politique pour la Belgique à l’horizon 2020.

On ne peut que se féliciter qu’enfin, un homme politique de ce pays élève le niveau du débat politique et l’extirpe des ornières communautaires, voire sous-régionalistes, dans lesquelles il s’embourbe trop souvent.

Suis-je d’accord avec cette stratégie? On s’en fout, là n’est pas la question. L’important est que cet espace de débat ait été ouvert, et je me réjouis d’entendre les réactions qui ne manqueront pas d’abonder de la part des partenaires de la majorité, comme de l’opposition.

Les médias, véritables girouettes de papier lorsqu’il s’agit d’Yves Leterme, portent cette fois le Premier au pinacle du volontarisme politique, saluent son rôle de fer de lance dans le redéploiement de la Belgique.

À mon sens, ils ont cette fois entièrement raison, pour trois motifs.

Premièrement, le plan d’Yves Leterme contient un axe programmatique fort: relancer la croissance économique pour protéger et stimuler l’emploi. On peut discuter cette proposition sur le fond, et c’est justement là son intérêt. En effet, le Premier nous avait habitués à être plus évasif sur le fond, et à truffer ses interventions médiatiques de formule creuses, répétées jusqu’à la caricature, telles que « avec les collègues du gouvernement, nous prendrons nos responsabilités », ou encore « nous travaillons pour trouver des solutions ». Donc, un débat de fond hors-période électorale. Premier bon point.

Deuxièmement, la tactique stratégique de Leterme fait incontestablement mouche. En mars dernier, la Commission européenne a proposé un plan pour l’Europe, intitulé « Europe 2020″. Le Conseil européen doit statuer sur ce plan la semaine prochaine. Il est difficile de ne pas voir dans le plan « Belgique 2020″ un alter ego national de cette stratégie européenne. En rejoignant ce débat, non seulement le Premier ministre permet la – nécessaire – intégration des enjeux nationaux (belges) et européens, très explicitement assumée et soutenue, mais il profite en outre du momentum médiatique et politique crée autour de cette échéance stratégique, 2020.

Troisièmement, Yves Leterme consulte largement et tente de rassembler les gouvernements des entités fédérées, autrement dit de rassembler un large consensus autour de sa stratégie. C’est en réalité une opérationalisation de son concept de « fédéralisme de coopération ». Au delà de ce slogan, avancé par le Premier depuis janvier, il s’agit donc d’un véritable mode opératoire, très concret. Dans un pays où la logique est plutôt « centrifuge », tend à la séparation plutôt qu’aux initiatives qui rassemblent, ce n’était pas gagné d’avance.

Triple coup de chapeau, donc. C’est assez rare que pour qu’on le souligne.

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