La numérisation de l’identité

bigbrotherlogo460Une question importante liée au développement des technologies micro-informatiques, en combinaison avec les technologies de l’information et de la communication, est la question de l’identité. Pas question d’identité nationale, bien sûr.

Il est bien davantage question de l’identité individuelle et, surtout, du support sur lequel celle-ci est véhiculée. Les passeports et les cartes d’identités rivalisent d’ingéniosité et d’hyper-sophistications. Le principal atout de ces technologies de l’identité serait double. D’une part, elles permettraient un meilleur contrôle des identités et, par là, une meilleure sécurité à une échelle nationale ou régionale. D’autre part, et c’est supposé être un avantage distinctif, ces technologies pourraient être combinées à d’autres services rendus par les pouvoirs publics. Les services publics en seraient plus performants, plus rapides; mieux intégrés, moins rigides.

Pour illustrer ceci, prenons un exemple précurseur qui concerne le petit royaume de Belgique: la carte d’identité électronique. Cette carte ressemble à une carte de banque, elle est faite de plastique et munie d’une puce. Pour le moment, ne sont contenues sur cette puce que les données relatives au domicile du détenteur de la carte. Demain, on pourrait imaginer d’autres extensions données à ce produit: carte hypermobile d’accès aux transports en commun, intégration avec la carte SIS (qui concerne les mutuelles et la couverture des soins de santé), etc. Les idées en la matière sont potentiellement illimitées.

Toutefois, certaines applications potentielles soulèvent des inquiétudes légitimes, qui n’ont rien de vagues spéculations. Pour commencer, la démarche-même de dématérialiser l’identité pose question. À la place des éternels supports papiers, formulaires ou tampons administratifs, toute l’information se trouve centralisée, progressivement, en un lieu unique: la puce électronique.

D’une part, privée de support matériel, l’identité deviendrait purement virtuelle, c’est-à-dire de moins en moins palpable, tangible. D’autre part, elle serait sans doute centralisée au niveau de banques de données ou de méta-banques de données, posant des problèmes de contrôle et de fiabilité. Le scénario catastrophe serait celui d’une identité tellement coupée des personnes qu’elle incarne, des « vrais gens », que des âmes mal intentionnées, disposant d’accès aux systèmes informatiques, pourraient rayer une personne de la carte virtuelle, d’un simple coup de code informatique (1). Pensons à la question du piratage d’identité (voir comment Elvis Presley a ressuscité numériquement à l’aéroport d’Amsterdam, sur la video ci-dessous).

Bien sûr, toute la question de la numérisation de l’identité est indissociable du problème du respect des droits de l’homme. On pense bien sûr au droit au respect de la vie privée, c’est le plus évident. Mais quid d’autres droits, de nature plus politique sans doute, tels que le droit de manifester (ou résister à l’oppression) ou encore la liberté de culte?  Tous ces droits, et d’autres encore, pourraient se trouver menacés, à partir du moment où certaines informations seraient reprises et croisées avec l’identité. Ici, tout est virtuellement possible.

Ferait-on de la carte d’identité une carte bancaire? Quid du secret bancaire et du lien ainsi crée entre une personne et son patrimoine? Sur le plan philosophique, ne deviendrait-on pas, au sens propre, ce que l’on possède? Autre exemple, le croisement de l’identité avec des informations relatives à l’état de santé (du groupe sanguin à l’existence de tous types de pathologies). Cela poserait certainement des problèmes en matière d’assurance. Bref, les illustrations se multiplient à l’envi.

En tous les cas, en conclusion, la plus grande précaution s’impose pour les développements ultérieurs. Ces développements, que l’on présente comme inéluctables, voire souhaitables et « en avance sur leur temps », ne vont pas soi. Ils doivent faire l’objet d’un choix politique, qui soupèse finement les pros et lescontras de la décision à prendre, et de toutes ses alternatives.

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