La Grèce, un problème archi-compliqué

La situation actuelle et ses deux options politiques

stormoverGreeceCe n’est un secret pour personne: la Grèce connaît actuellement des difficultés économiques, qui pourraient bien être en voie de s’apaiser. Que se passe-t-il vraiment? En gros, le déficit du pays pour l’an dernier a été très important, et les marchés doutent aujourd’hui que l’Etat grec pourra rembourser sa dette. La conséquence est double: la Grèce doit emprunter de l’argent à un taux très élevé (ce qui augmente donc encore sa dette, cercle vicieux) et l’emprunt grec est dévalorisé sur les marchés. Le risque de faillite de la Grèce est donc réel. Petite tentative de décodage, très simple.

Dans les médias, on entend deux discours très différents. L’un prône la responsabilité de l’Etat grec qui doit assumer seul ses erreurs; la zone euro, dont la Grèce fait partie, n’a pas à intervenir et, quant aux marchés, la situation se calmera dès le retour à des finances saines. L’autre discours dit au contraire qu’il est inacceptable que les marchés dictent le « cours boursier » d’un Etat, quitte à le mettre en faillite; que, dès lors, la Banque centrale européenne doit intervenir, et qu’une solidarité doit se manifester au sein de la zone Euro.

Qui a raison, qui a tort? La faute à la Grèce, ou la faute aux marchés?

Retour sur les origines du problème

Réponse: aucun des deux, mon capitaine. La chronologie des événements laisse apparaître une situation très compliquée. Tout d’abord, c’est la crise économique. Beaucoup de banques et d’entreprises se retrouvent coincés dans une tourmente des marchés, et les plans de relance initiés par les gouvernements se multiplient. Ils coûtent très cher, donc accroissent logiquement les déficits publics un peu partout.

En Grèce, la situation était pourrie. Depuis plusieurs années, les chiffres du déficit public étaient trafficotés pour correspondre aux critères du Traité de Maastricht, qui prévoit la zone Euro. En 2009, le gouvernement grec a dissimulé un déficit qui allait s’avérer monter à près de 13 % du PIB, ce qui est immense! Depuis lors, ce qui ne simplifie rien, un gouvernement de gauche a pris le pouvoir: ses membres ne sont donc pas responsables des erreurs commises par leurs prédécesseurs.

Lorsque la supercherie a été dévoilée, les Etats membres de la zone Euro et la Banque centrale européenne l’ont mal pris. Quand on entre dans la zone Euro, on a des droits mais aussi des devoirs, et la Grèce n’a pas respecté ses devoirs. Plusieurs intervenants ont donc fait savoir qu’il était hors de question qu’ils payent les pots cassés à la place de la Grèce.

Là-dessus, ce qu’on appelle des « agence de notation », qui « notent » la valeur de l’emprunt de tel ou tel État, en fonction de sa capacité à rembourser, se sont affolés: et si la Grèce s’avérait incapable de rembourser, et tombait en faillite?

Échaudés par la crise, les investisseurs se sont mis à fuir comme la peste ce fruit pourri qu’était devenue l’économie grecque, créant un mouvement de panique sur les places financières et plongeant l’économie grecque dans une tourmente, dont elle ne sortira qu’en piteux état…

Le problème, c’est que cette chute du titre grec faisait manifestement les affaires de quelques groupes financiers, à en croire le journaliste Jean Quatremer, au moins une grande banque américaine (sauvée par le gouvernement) et deux fonds de pension américains (qui gèrent des capitaux incroyablement énormes) ont parié sur une chute du titre grec. Ils ont manoeuvré pour déstabiliser le cours de l’action grecque, en quelques sortes. Ca a tellement bien marché qu’ils se sont attaqués, dans la foulée, à d’autres États comme le Portugal et l’Espagne, l’Irlande et, progressivement semble-t-il, l’Italie.

Et maintenant?

On voit bien que la situation est un petit peu plus compliquée que « c’est la faute aux États » ou « c’est la faute au capitalisme financier ». En réalité, la responsabilité est distribuée entre le gouvernement grec (mauvaise gestion), BCE (erreurs de communication), fonds de pension (stratégies dilatoires) et investisseurs (cèdent à la panique).

Aujourd’hui, il semble tout de même que la réaction des marchés soit largement disproportionnée au regard de la vraie gravité de la situation. L’actuel gouvernement grec a l’air de vouloir jouer cartes sur table (transparence) et a prévu un plan d’assainissement des finances publiques modeste, mais crédible (revenir à 8,7 % de déficit en 2010, puis diminuer de 2 ou 3 % en 2011 et 2012, jusqu’à atteindre l’équilibre). Il est normal que ce processus prenne un peu de temps et il faut maintenant laisser la Grèce panser ses plaies – car les stigmates sur « l’économie réelle », sur l’emploi notamment, seront bien profonds.

Si l’irrationnel et la panique devaient continuer à prendre le dessus, il faut impérativement des gestes d’apaisement au niveau de la Banque centrale européenne. Que ce soit  un engagement à couvrir la dette au-delà d’un certain seuil, ou à prêter de l’argent à un taux réduit à la Grèce, j’imagine que plusieurs solutions sont possibles. Cela éviterait de déstabiliser la zone Euro dans son ensemble. Mais il faut mettre un frein à une tourmente qui, au-delà d’un certain stade, n’a plus rien de strictement logique.

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