Archives mensuelles : février 2010

La numérisation de l’identité

bigbrotherlogo460Une question importante liée au développement des technologies micro-informatiques, en combinaison avec les technologies de l’information et de la communication, est la question de l’identité. Pas question d’identité nationale, bien sûr.

Il est bien davantage question de l’identité individuelle et, surtout, du support sur lequel celle-ci est véhiculée. Les passeports et les cartes d’identités rivalisent d’ingéniosité et d’hyper-sophistications. Le principal atout de ces technologies de l’identité serait double. D’une part, elles permettraient un meilleur contrôle des identités et, par là, une meilleure sécurité à une échelle nationale ou régionale. D’autre part, et c’est supposé être un avantage distinctif, ces technologies pourraient être combinées à d’autres services rendus par les pouvoirs publics. Les services publics en seraient plus performants, plus rapides; mieux intégrés, moins rigides.

Pour illustrer ceci, prenons un exemple précurseur qui concerne le petit royaume de Belgique: la carte d’identité électronique. Cette carte ressemble à une carte de banque, elle est faite de plastique et munie d’une puce. Pour le moment, ne sont contenues sur cette puce que les données relatives au domicile du détenteur de la carte. Demain, on pourrait imaginer d’autres extensions données à ce produit: carte hypermobile d’accès aux transports en commun, intégration avec la carte SIS (qui concerne les mutuelles et la couverture des soins de santé), etc. Les idées en la matière sont potentiellement illimitées.

Toutefois, certaines applications potentielles soulèvent des inquiétudes légitimes, qui n’ont rien de vagues spéculations. Pour commencer, la démarche-même de dématérialiser l’identité pose question. À la place des éternels supports papiers, formulaires ou tampons administratifs, toute l’information se trouve centralisée, progressivement, en un lieu unique: la puce électronique.

D’une part, privée de support matériel, l’identité deviendrait purement virtuelle, c’est-à-dire de moins en moins palpable, tangible. D’autre part, elle serait sans doute centralisée au niveau de banques de données ou de méta-banques de données, posant des problèmes de contrôle et de fiabilité. Le scénario catastrophe serait celui d’une identité tellement coupée des personnes qu’elle incarne, des « vrais gens », que des âmes mal intentionnées, disposant d’accès aux systèmes informatiques, pourraient rayer une personne de la carte virtuelle, d’un simple coup de code informatique (1). Pensons à la question du piratage d’identité (voir comment Elvis Presley a ressuscité numériquement à l’aéroport d’Amsterdam, sur la video ci-dessous).

Bien sûr, toute la question de la numérisation de l’identité est indissociable du problème du respect des droits de l’homme. On pense bien sûr au droit au respect de la vie privée, c’est le plus évident. Mais quid d’autres droits, de nature plus politique sans doute, tels que le droit de manifester (ou résister à l’oppression) ou encore la liberté de culte?  Tous ces droits, et d’autres encore, pourraient se trouver menacés, à partir du moment où certaines informations seraient reprises et croisées avec l’identité. Ici, tout est virtuellement possible.

Ferait-on de la carte d’identité une carte bancaire? Quid du secret bancaire et du lien ainsi crée entre une personne et son patrimoine? Sur le plan philosophique, ne deviendrait-on pas, au sens propre, ce que l’on possède? Autre exemple, le croisement de l’identité avec des informations relatives à l’état de santé (du groupe sanguin à l’existence de tous types de pathologies). Cela poserait certainement des problèmes en matière d’assurance. Bref, les illustrations se multiplient à l’envi.

En tous les cas, en conclusion, la plus grande précaution s’impose pour les développements ultérieurs. Ces développements, que l’on présente comme inéluctables, voire souhaitables et « en avance sur leur temps », ne vont pas soi. Ils doivent faire l’objet d’un choix politique, qui soupèse finement les pros et lescontras de la décision à prendre, et de toutes ses alternatives.

Vote obligatoire : l’indicateur perdu

Ce week-end, c’est le retour du débat sur le vote obligatoire. Doit-on, dans une démocratie, imposer le vote aux électeurs? Si c’est le cas, s’agit-il encore d’un droit de vote ou plutôt d’une obligation de vote?

Ce débat est récurrent en Belgique, l’un des seuls pays de l’Union européenne à maintenir un vote obligatoire. Traditionnellement, les libéraux sont pour sa suppression, et les socialistes sont pour son maintien. Après, on peut lire tout et n’importe quoi comme arguments, employés souvent de manière contradictoire.

Ainsi, le vote obligatoire inciterait les citoyens déconnectés du monde politique à aller voter, les pieds de plomb, pour des partis situés aux extrêmes de l’échiquier politique, pour des partis contestataires. Le contre-argument veut que si le vote devient facultatif, seul les plus motivés – et donc les plus extrêmes – se déplaceront pour aller voter, au détriment des citoyens qui ont des convictions politiques modérées mais peu de motivation à se déplacer pour l’exprimer par leur suffrage. La question cruciale, ici, est celle de la motivation: quel type d’électeur se déplace à quelle occasion?

Cette même question se retrouve, avec les deux positions antagoniques décrites ci-dessus, dans le débat inverse, à savoir: le vote obligatoire favorise-t-il le conservatisme? Les libéraux pensent que, par inertie, une partie trop importante de la population vote pour les socialistes, car « c’est comme ça ». Les socialistes ont l’air de le penser aussi, eux qui ont toujours défendu farouchement le « droit obligatoire de voter ».

Bref, il est difficile de trier le bon grain de l’ivraie et de savoir à quels comportements incite ou n’incite pas le vote obligatoire. Ce qui est certain, en revanche, et sur ce point je rejoins Charles Bricman, c’est que le vote obligatoire nous prive d’un indicateur précieux sur l’état de santé de la démocratie belge. Les foules abstentionnistes pèsent sur l’homme politique comme une grave menace sur sa légitimité, et doivent l’inciter à renouveler le contrat social, de manière permanente. Rien n’est acquis par défaut lorsque le premier défi est d’obtenir un taux de participation suffisant aux élections.

Ceci est certainement une vue de l’esprit, et n’est pas exempt de dérives non plus – il peut s’agir d’une puissante incitation au populisme – mais, dans l’absolu, il me semble bon que chacun puisse avoir le choix effectif de prendre part au système – ou pas.

À lire chez Charles Bricman: Vote obligatoire: un faux débat?

À lire l’édito de Jean-Paul Duchateau, Edito pour le vote obligatoire

Chef Seattle ou la conception sacrée de la nature

Ce petit texte, trouvé récemment sur le site de l’A.S.B.L Grappe, m’a beaucoup touché. Il décrit un rapport de l’homme à la nature fondé, au fond, sur la vertu d’humilité. Cette vertu conduit, par modestie plutôt que par superstition, à conférer au monde qui nous entoure une dimension sacrée. Celle-là même qui est foulée du pied, bien trop souvent, par les développements galopants d’une civilisation technicienne, fondée sur la démesure et l’excès. Aujourd’hui, un certain point de non-retour a été atteint, par rapport à l’état d’harmonie qui a pu prévaloir, jadis, entre l’homme et son environnement. Trop de décennies ont eu l’effet de séparer radicalement ces deux entités, pourtant si étroitement imbriquées l’une dans l’autre. Toutefois, au quotidien, il est bon de se rappeler ce genre de textes, au moment de poser des actes concrets, qui influent un tant soit peu sur le cours des événements et permettent, fut-ce subrepticement, de renouer avec un peu de cette symbiose perdue…

C’est l’homme qui appartient à la terre et non l’inverse

Réponse du Chef Seattle en 1854 au gouvernement américain qui lui proposait d’abandonner sa terre aux blancs et promettait une  » réserve  » pour le peuple indien.

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?

L’idée nous paraît étrange.

Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte est sacré dans le souvenir et l’expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge.

Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous.

Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères.

Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l’homme – tous appartiennent à la même famille.

Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu’il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons, donc, votre offre d’acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres.

Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.

Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës, et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n’est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu’il l’a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.

Je ne sais pas. Nos mœurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l’homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l’homme rouge est un sauvage et ne comprend pas.

Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc. Pas d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-petre est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y-a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas.

L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant au-dessus de la face d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.

L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle – la bête, l’arbre, l’homme, ils partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir.

Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition : l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre. J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait.

Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ?

Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit.

Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l’homme. Toutes choses se tiennent.

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.

Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même.

Même l’homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune.

Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l’homme blanc découvrira peut-être un jour – c’est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l’homme, et sa pitié est égale pour l’homme rouge et le blanc. Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c’est accabler de mépris son créateur. Les blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l’homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d’hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent.

Où est le hallier ? Disparu. Où est l’aigle ? Disparu.

La Grèce, un problème archi-compliqué

La situation actuelle et ses deux options politiques

stormoverGreeceCe n’est un secret pour personne: la Grèce connaît actuellement des difficultés économiques, qui pourraient bien être en voie de s’apaiser. Que se passe-t-il vraiment? En gros, le déficit du pays pour l’an dernier a été très important, et les marchés doutent aujourd’hui que l’Etat grec pourra rembourser sa dette. La conséquence est double: la Grèce doit emprunter de l’argent à un taux très élevé (ce qui augmente donc encore sa dette, cercle vicieux) et l’emprunt grec est dévalorisé sur les marchés. Le risque de faillite de la Grèce est donc réel. Petite tentative de décodage, très simple.

Dans les médias, on entend deux discours très différents. L’un prône la responsabilité de l’Etat grec qui doit assumer seul ses erreurs; la zone euro, dont la Grèce fait partie, n’a pas à intervenir et, quant aux marchés, la situation se calmera dès le retour à des finances saines. L’autre discours dit au contraire qu’il est inacceptable que les marchés dictent le « cours boursier » d’un Etat, quitte à le mettre en faillite; que, dès lors, la Banque centrale européenne doit intervenir, et qu’une solidarité doit se manifester au sein de la zone Euro.

Qui a raison, qui a tort? La faute à la Grèce, ou la faute aux marchés?

Retour sur les origines du problème

Réponse: aucun des deux, mon capitaine. La chronologie des événements laisse apparaître une situation très compliquée. Tout d’abord, c’est la crise économique. Beaucoup de banques et d’entreprises se retrouvent coincés dans une tourmente des marchés, et les plans de relance initiés par les gouvernements se multiplient. Ils coûtent très cher, donc accroissent logiquement les déficits publics un peu partout.

En Grèce, la situation était pourrie. Depuis plusieurs années, les chiffres du déficit public étaient trafficotés pour correspondre aux critères du Traité de Maastricht, qui prévoit la zone Euro. En 2009, le gouvernement grec a dissimulé un déficit qui allait s’avérer monter à près de 13 % du PIB, ce qui est immense! Depuis lors, ce qui ne simplifie rien, un gouvernement de gauche a pris le pouvoir: ses membres ne sont donc pas responsables des erreurs commises par leurs prédécesseurs.

Lorsque la supercherie a été dévoilée, les Etats membres de la zone Euro et la Banque centrale européenne l’ont mal pris. Quand on entre dans la zone Euro, on a des droits mais aussi des devoirs, et la Grèce n’a pas respecté ses devoirs. Plusieurs intervenants ont donc fait savoir qu’il était hors de question qu’ils payent les pots cassés à la place de la Grèce.

Là-dessus, ce qu’on appelle des « agence de notation », qui « notent » la valeur de l’emprunt de tel ou tel État, en fonction de sa capacité à rembourser, se sont affolés: et si la Grèce s’avérait incapable de rembourser, et tombait en faillite?

Échaudés par la crise, les investisseurs se sont mis à fuir comme la peste ce fruit pourri qu’était devenue l’économie grecque, créant un mouvement de panique sur les places financières et plongeant l’économie grecque dans une tourmente, dont elle ne sortira qu’en piteux état…

Le problème, c’est que cette chute du titre grec faisait manifestement les affaires de quelques groupes financiers, à en croire le journaliste Jean Quatremer, au moins une grande banque américaine (sauvée par le gouvernement) et deux fonds de pension américains (qui gèrent des capitaux incroyablement énormes) ont parié sur une chute du titre grec. Ils ont manoeuvré pour déstabiliser le cours de l’action grecque, en quelques sortes. Ca a tellement bien marché qu’ils se sont attaqués, dans la foulée, à d’autres États comme le Portugal et l’Espagne, l’Irlande et, progressivement semble-t-il, l’Italie.

Et maintenant?

On voit bien que la situation est un petit peu plus compliquée que « c’est la faute aux États » ou « c’est la faute au capitalisme financier ». En réalité, la responsabilité est distribuée entre le gouvernement grec (mauvaise gestion), BCE (erreurs de communication), fonds de pension (stratégies dilatoires) et investisseurs (cèdent à la panique).

Aujourd’hui, il semble tout de même que la réaction des marchés soit largement disproportionnée au regard de la vraie gravité de la situation. L’actuel gouvernement grec a l’air de vouloir jouer cartes sur table (transparence) et a prévu un plan d’assainissement des finances publiques modeste, mais crédible (revenir à 8,7 % de déficit en 2010, puis diminuer de 2 ou 3 % en 2011 et 2012, jusqu’à atteindre l’équilibre). Il est normal que ce processus prenne un peu de temps et il faut maintenant laisser la Grèce panser ses plaies – car les stigmates sur « l’économie réelle », sur l’emploi notamment, seront bien profonds.

Si l’irrationnel et la panique devaient continuer à prendre le dessus, il faut impérativement des gestes d’apaisement au niveau de la Banque centrale européenne. Que ce soit  un engagement à couvrir la dette au-delà d’un certain seuil, ou à prêter de l’argent à un taux réduit à la Grèce, j’imagine que plusieurs solutions sont possibles. Cela éviterait de déstabiliser la zone Euro dans son ensemble. Mais il faut mettre un frein à une tourmente qui, au-delà d’un certain stade, n’a plus rien de strictement logique.

Daerden est-il franc-maçon ?

PériscopeFM enregistre, ce week-end, un formidable afflux de visiteurs qui recherchent des informations sur le thème : « Daerden franc maçon ». Bien que j’ignore le motif de cet intérêt soudain, je voudrais dire que je le trouve non-fondé.

La franc maçonnerie a toujours attisé les fantasmes, les craintes, les jalousies, les haines ou les mépris de tous genres. Il réside, derrière ce paravent quelque peu mystérieux, une aura mystique qui a pour vertu de fasciner les foules. Pourtant, comme le débat consécutif à un article publié sur Périscope l’avait montré il y a deux ans, presque jour pour jour, ces passions me semblent aujourd’hui exagérées, si pas injustifiées.

On sait peu de choses, finalement, sur le Grand Orient de Belgique et les loges apparentées. Il s’agit de sociétés sélectives qui agissent dans une relative discrétion et qui promeuvent un idéal inspiré des Lumières. Au-delà, ce ne sont rapidement plus que vaines supputations et écrans de fumée. Des listes de franc-maçons avaient été publiées sur Wikipédia, in illo tempore. Outre la provenance douteuse de ces listes, les sources sur lesquelles elles s’appuyaient sont discutables. De telles listes constituent en outre une entorse au droit à la vie privée (même si certaines personnalités l’assument publiquement).

Alors, Michel Daerden est-il franc-maçon?

Franchement, là n’est pas la question. Quand bien même il le serait, où est le problème? Les liens de solidarité et de réciprocité qui unissent les membres de la franc-maçonnerie sont sans doute de même nature que dans d’autres mouvements ou sociétés philosophiques ou spirituelles. Ce qui importe sont les faits, ceux qui sont avérés de manière indiscutable et qui posent de vrais problèmes de société. À ce titre, les intérêts politiques et financiers du Ministre Daerden Sr et de l’actionnaire Daerden Jr sont plus que litigieux. Eux seuls méritent de déchaîner les passions et une saine curiosité investigatrice.