Google Inc. endigue la fuite des cerveaux

Inquiet de laisser son monopole sur le marché des moteurs de recherche s’enrayer et, surtout, terrifié à l’idée de perdre la dynamique d’innovation qui l’anime depuis sa création, le géant américain Google Inc. vient de réagir, en faisant ce qu’il fait de mieux : un algorithme.

Cet algorithme établit un “profil de risque” des employés, basé sur une série d’indicateurs, pour déterminer lesquels, parmi les 20 000 qu’en compte l’entreprise, sont les plus susceptibles de quitter prématurément leur fonction. Les rouages de cette méthode qui sont, comme de coutume, jalousement gardés par ses concepteurs, incluraient notamment les rapports d’évaluation, les promotions et l’évolution barémique des employés.

Comme le dit le Wall Street Journal, “appliquer une équation complexe à une question fondamentale de gestion des ressources humaines, c’est du Google en plein” (Applying a complex equation to a basic human-resource problem is pure Google). Ces brillants éléments peuvent manifester, à un moment donné, le désir de quitter une entreprise qui s’est éloignée des promesses dont sont emplies les start-ups, au fur et à mesure que sa taille s’est accrue.

Le directeur des ressources humaines, Laszlo Bock, l’annonce avec pertes et fracas : “[l’algorithme de Google] aide la firme à pénétrer l’esprit des gens avant même qu’ils ne se rendent compte qu’ils pourraient la quitter” (Google’s algorithm helps the company get inside people’s heads even before they know they might leave).

On imagine sans peine les idées terriblement séduisantes et les promesses pleines de potentiel que permet une telle conception de ressources humaines, en termes de politique migratoire. Quelle facilité dorénavant d’identifier ceux des pieds nickelés, un peu moins “nickelés” que leurs congénères, à qui l’ont pourrait décerner l’insigne honneur de franchir les barrières de la forteresse européenne (la fameuse “immigration économique”)! Ce n’est pas tout ; non contents de draîner les éléments les plus prometteurs hors de leurs terres natales, un tel outil permettrait, à l’inverse, de cibler les bons éléments susceptibles de foutre le camp, et de mettre en place des mécanismes spécifiques pour les en dissuader. Bref. Tout cela ne nous rendra pas Aldous Huxley…

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