Archives mensuelles : mai 2009

PS vs. MR ou l’échec de la bipolarisation

J’ai le très net sentiment que ces invectives viriles entre les deux partis dominants que sont le PS et le MR visent, tout comme en 2007 par ailleurs, à alimenter une surenchère médiatique qui tend à bipolariser “l’offre politique”. Lorsque les deux ténors, le bleu et le rouge, s’affrontent sur le ring, il ne reste que peu de place aux petits poucets que sont (qu’ont pu être) ECOLO et le CDH.

C’est une stratégie de monopolisation des espaces médiatiques sensée profiter aux partis impliqués dans la bagarre, le PS et le MR. Cela a d’ailleurs pas trop mal fonctionné en 2007. Cette fois, cependant, la crise politique et la crise économique sont passées par là… On a le sentiment que l’enjeu, aujourd’hui, est de s’enfouir sous terre, de fuir les médias plutôt que de chercher à y figurer (à tout prix, peu importe le message délivré…).

Les “plus petits partis”, qui cherchaient à “exister” médiatiquement face à leurs rivaux en 2007, la jouent nettement plus profil bas cette fois-ci. ECOLO se positionne bien en tant que futur arbitre des résultats du scrutin, et le cdH continue certes de marteler qu’il est au centre-contrairement-à-tous-les-autres, mais globalement on sent que la stratégie est davantage de laisser MR et PS filer au naufrage en tandem.

La presse ne s’y trompe d’ailleurs pas : son étonnant manque de lucidité sur les stratégies de bipolarisation de Reynders et de Di Rupo, en 2007, a cédé la place à une incrédulité quant aux invectives de rigueur, ainsi qu’à une prise de conscience de cette stratégie faites d’omerta et d’exclusions à l’égard du grrrrand rival. En outre, tout cela est également dû à la percée verte qui ne fait plus guère de doutes, même si l’ampleur reste à déterminer. Quand le succès annoncé d’ECOLO permet à ceux-ci de jouer dans “la cour des grands”, même modestement, cela ruine en creux un discours qui viserait à ne maintenir dans cette “cour des grands” que les seuls PS et MR.

Le PS veut du changement

Je suis étonné que l’axe de campagne principal défendu par les socialistes soit le changement. Ils ont fait de la rupture au modèle socio-économique dominant leur thème majeur pour les prochaines élections, suivant en cela la mode outre-Atlantique, voire même outre-Quiévrain. Ils dénoncent les dérives du modèle économique et financier qui a conduit à la crise.

Bien évidemment, cet argumentaire ne tient pas la route une seule seconde si l’on examine la composition des gouvernements régional, communautaire et fédéral successifs : le PS est une composante dominante de notre paysage politique depuis un bon bout de temps.

C’est certainement une analyse rudimentaire et une question tout aussi naïve : pourquoi les adversaires politiques ne mettent-ils pas cette contradiction en avant, et pourquoi le PS s’obstine-t-il à promettre un changement que, selon toute évidence, il peine à incarner?

Google Inc. endigue la fuite des cerveaux

Inquiet de laisser son monopole sur le marché des moteurs de recherche s’enrayer et, surtout, terrifié à l’idée de perdre la dynamique d’innovation qui l’anime depuis sa création, le géant américain Google Inc. vient de réagir, en faisant ce qu’il fait de mieux : un algorithme.

Cet algorithme établit un “profil de risque” des employés, basé sur une série d’indicateurs, pour déterminer lesquels, parmi les 20 000 qu’en compte l’entreprise, sont les plus susceptibles de quitter prématurément leur fonction. Les rouages de cette méthode qui sont, comme de coutume, jalousement gardés par ses concepteurs, incluraient notamment les rapports d’évaluation, les promotions et l’évolution barémique des employés.

Comme le dit le Wall Street Journal, “appliquer une équation complexe à une question fondamentale de gestion des ressources humaines, c’est du Google en plein” (Applying a complex equation to a basic human-resource problem is pure Google). Ces brillants éléments peuvent manifester, à un moment donné, le désir de quitter une entreprise qui s’est éloignée des promesses dont sont emplies les start-ups, au fur et à mesure que sa taille s’est accrue.

Le directeur des ressources humaines, Laszlo Bock, l’annonce avec pertes et fracas : “[l’algorithme de Google] aide la firme à pénétrer l’esprit des gens avant même qu’ils ne se rendent compte qu’ils pourraient la quitter” (Google’s algorithm helps the company get inside people’s heads even before they know they might leave).

On imagine sans peine les idées terriblement séduisantes et les promesses pleines de potentiel que permet une telle conception de ressources humaines, en termes de politique migratoire. Quelle facilité dorénavant d’identifier ceux des pieds nickelés, un peu moins “nickelés” que leurs congénères, à qui l’ont pourrait décerner l’insigne honneur de franchir les barrières de la forteresse européenne (la fameuse “immigration économique”)! Ce n’est pas tout ; non contents de draîner les éléments les plus prometteurs hors de leurs terres natales, un tel outil permettrait, à l’inverse, de cibler les bons éléments susceptibles de foutre le camp, et de mettre en place des mécanismes spécifiques pour les en dissuader. Bref. Tout cela ne nous rendra pas Aldous Huxley…

David Coppi plaint, admire et défend le PS

David Coppi, journaliste du Soir, signe ce jour un article intitulé : “Le PS en reprend pour une campagne d’enfer”. Rebaptisé plus sobrement “L’affaire Donfut tétanise le PS” dans l’édition en ligne, cet article se subdivise substantifiquement en trois parties :

1. Victimisation du PS : le pauvre parti socialiste subit un nouveau coup dur, à l’approche du scrutin régional. Quelle gigne! Auront-ils les épaules suffisantes pour encaisser ce choc de plus?  À en croire le papier, d’une part le PS serait à plaindre de cette affaire, et d’autre part la démission du ministre ne serait due qu’aux circonstances, “l’option ‘démission’ a été jugée la seule praticale politiquement ‘compte tenu du contexte politique général’ (la citation est d’Élio di Rupo)”. Autrement dit, si l’on daigne faire abstraction du contexte, la démission n’est pas justifiée en tant que telle.

2. Glorification du PS : mais, dans l’adversité, contre les coups du sorts, la rose plie mais ne rompt point. Mieux, elle se redresse et, contre toute attente, se hisse et porte haut les couleurs de l’éthique ; le PS brandit à nouveau fièrement le drapeau de la bonne gouvernance, exigeant la totale interdiction de toute autre activité (publique ou privée) dans le chef d’un ministre. “Les plus belles contre-attaques sont les plus désespérées“, peut-on lire dans l’article de David Coppi. La flamboyance du geste n’aura échapé à personne.

3. Diabolisation des adversaires : le PS, noble, a su rester droit pour lutter contre cet énième coup du sort. Et pourtant, pourtant, ses adversaires profitent de l’occasion pour tirer sur l’ambulance, pour dégainer le sabre ; sans nul doute, on vise la tête. Le cdH met la pression et vitriole le ministre démissionnaire : “c’est la guerre, de bonne guerre…“. Le lecteur attentif aura senti la charge de lassitude dont sont dotés ces derniers points de suspension, on croirait entendre M. Coppi soupirer. Cela dit, attention ; le cdH, c’est encore de la petite bière, le “partenaire du PS à Namur“. Non, le vrai méchant, le grand loup, le sanglant viking, c’est bien sûr le MR. M. Coppi introduit sa charge par des propos anonymes minimisant les rémunérations du Ministre Donfut au regard des milliards investis dans la crise économique (une bien foireuse analogie, ma foi). L’on sait que l’axe programmatique du PS revient à mettre la crise économique sur le dos des libéraux ; c’est donc leur prêter foi que de publier ce commentaire étrange et malvenu. Sur ces entrefaits, l’article se conclut de bien belle manière en démontrant à quel point c’est le méchant MR qui a tout orchestré, sur base de l’heure de publication de leur communiqué de presse.

Bref, un exemple typique d’article mal équilibré et qui ne restitue à l’évidence qu’une thèse en présence, l’autre thèse étant bien sûr qu’il appartenait au PS de faire le ménage dans ses rangs, qu’il fallait redoubler de vigilance et s’engager de manière volontariste dans la voie de l’éthique politique, sous peine d’assister, impuissant, à des scandales médiatiques. Finalement, pour équilibre le papier de M. Coppi, il faudra lire l’édito, “Le PS ne doit s’en prendre qu’à lui-même“.

Ma vision naïve du journalisme me fait dire qu’un bon article doit être équilibré et faire place aux thèses en présence ; montrer que les socialistes dénoncent une manoeuvre électoraliste (ce qui est manifestement exact), et le faire clairement ; montrer que les autres partis s’engouffrent dans la brêche de la mal-gouvernance (et pourquoi pas les confronter à leurs contradictions, ce faisant) ; montrer enfin que le comportement du ministre était tout simplement inacceptable sur le plan de l’éthique politique. Parce que ce dernier point est tout simplement absent de l’article de M. Coppi ; les actes du ministre, qui sont centraux dans cette problématique, ne sont même pas évoqués… Il existe bien sûr une alternative, qui consiste à photocopier la carte de parti de l’auteur en guise de signature.

Le 1er mai des dupes

M. Di Rupo, habitué des déclarations fracassantes, a déclaré lors du premier mai en avoir “mââââââââârre du libéralisme”.

Comme le rapporte La Libre Belgique :

Le président du PS s’en est immédiatement pris à “la crise libérale” qui résulte “de 20 années d’aveuglement idéologique d’un libéralisme débridé, au niveau mondial, européen et belge”. C’est pourquoi “il faut définitivement tourner la page de ces décennies de duperie!”

Je comprends bien ce message qui, de toute évidence, s’adresse à la crise économique et mondiale. On pourrait bien entendu critiquer le rôle du PS au sein du gouvernement dans le cadre de l’affaire Fortis (ils sont coresponsables de cette faillite, le ministre fût-il libéral). Toutefois, loin de moi l’idée de poursuivre l’examen des contradictions internes entre ce discours et un long historique des actes des éminences socialistes au pouvoir depuis bien longtemps en Belgique.

Toutefois, je voudrais simplement poser la question de la compatibilité de ce “ras-le-bol” du “libéralisme” avec les finalités poursuivies par le Plan Marshall et notamment sa mouture 2.0. : la compétitivité, le leadership sur les marchés technologiques, des opportunités d’entreprendre par l’innovation, la recherche de création d’emplois par ce biais et, in fine, la poursuite d’une croissance économique soutenue.

Le PS est-il bien conscient du bagage idéologique qui accompagne ses politiques? Sa vision du progrès social, basée sur l’innovation et l’économie pour la création d’emploi et la croissance, n’est-elle pas intrinsèquement “libérale”?

Notons encore que, par souci d’équité, les pitreries allaient bon train de l’autre côté du 1er mai, chez les libéraux. Je pressens à leur endroit un bon gros gadin pour les prochaines élections…

Décidément, la date du 1er mai n’est plus que le théâtre d’une tiède pantonymie, une allégorie avortée de fête du travail!