Du voile à l’école et de l’autonomie des établissements

La controverse du port du voile à l’école connaît un aboutissement provisoire avec l’arrêt du Conseil d’État. Sur la teneur juridique de cet arrêt et ses conséquences pratiques, je ne puis que vous renvoyer à l’excellent blog d’Henri Goldman, qui une fois de plus parle d’or et adopte une position nuancée (mais ferme) – denrée rare lorsqu’il s’agit d’adresser la question délicate du voile dans les établissements scolaires.

Comme lui, je ne me prononcerai pas sur le fond de la question, mais j’en appelerai au courage politique. L’hypocrisie dont font preuve les autorités politiques en déléguant le pouvoir de décision en la matière aux établissements scolaires, dans leur singularité, n’est plus à démontrer. Elle transpire : “les règlements d’ordre intérieur contestés resteront en vigueur et le politique ne s’en mêlera pas au nom de l’autonomie des établissements et de la confiance due aux équipes éducatives” (H. Goldman, lien susmentionné).

Je voudrais prolonger le raisonnement et dénoncer la double hypocrisie qui règne ici. Car si le cas d’espèce rend bien commode un renvoi du pouvoir décisionnel aux établissements au nom de leur autonomie, il faut se rendre compte que cette attitude fait figure d’exception. L’inflation décrétale relative aux écoles est tout bonnement stupéfiante ; les directeurs croulent sous une masse incroyable d’obligations légales et administratives. Leur marge de manoeuvre dans le “gouvernement” de l’école se réduit comme peau de chagrin. Ils ont de moins en moins autorité sur les équipes pédagogiques et disposent d’une flexibilité toujours réduite quant aux programmes et aux activités qu’ils entendent dispenser. Les cabinets ministériels sont lancés dans un processus d’étouffement procédural et bureaucratique des établissements scolaires.

Si, sur le point précis du port du voile, les directeurs sont habilités à statuer de manière autonome (ce qui produit des contre-résultats, puisque 90 % des établissements l’interdisent, conduisant à une nette getthoïsation), leur autonomie est rabotée, sabotée, piétinée, réduite à peau de chagrin pour le reste. Double hypocrisie, donc, à laquelle il n’existe vraisemblablement d’issue tangible que par le haut ; en revalorisant les écoles, en améliorant la qualité de l’enseignement, en général, on évite le phénomène de “fiefs d’excellence”. De la sorte, la compétition se tasse quelque peu et les problèmes qu’elle engendre – refus du port du voile, périodes d’inscriptions en bataille rangée – s’amenuisent, à défaut de se résorber complètement. Dans cette optique, l’autonomie des établissements (sincère, pleine et entière, et non pas ponctuelle et contingente) apparaît très nettement, tout à la fois, comme un objectif à atteindre et une partie de la solution.

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