Avis de panne sèche politique

Noël 2008 marquera d’une pierre blanche l’histoire politique belge. Avec la chute de Leterme Ier suite au Fortisagte, c’est l’impéritie sèche et totale du gouvernement qui transparaît (une fois de plus) au grand jour. Fantoche, ce gouvernement n’a jamais été en mesure de faire illusion, de sa naissance branquignolesque à son euthanasie précoce. On annonce aujourd’hui un simple remaniement avant remise en selle de cette improbable « pentapartite » dont le seul objectif semble être d’éviter à tout prix un retour aux urnes précoce.

Finalement, le Roi a tenu un discours de bon sens cette année, insistant avant tout sur le contexte international, sur le nouvel ordre mondial au sein duquel la Belgique et ses petits conflits internes nagent à contre-courant. N’est-ce pas un magnifique auto-crime de lèse-majesté que d’admettre en creux l’insignifiance de la Belgique à l’échelle européenne et globale?

Concrètement, où en sommes-nous? Dans la plus stricte impasse.

Ce gouvernement complexe, multipolaire et pléthorique (23 ministres et secrétaires d’Etat, si mes calculs sur la photo du Soir de ce jour sont corrects) a presque mis plus longtemps à se former dans la douleur qu’à fonctionner. Même constitué, il fut parsemé d’opposition interne et de crises à répétition. Leterme et Reynders se sont bien tapé fort sur le ventre en s’auto-congratulant du sauvetage des banques, seule action vraiment palpable du gouvernement qui, ironie du sort, en fut aussi le fossoyeur indirect.

Pour nous résumer, d’une part nous avons une Belgique, petit pays qui s’inscrit, avec peu de moyens, dans un contexte global marqué par une crise financière d’ampleur sans précédent. D’autre part, nous avons un pays clairement hors d’état de fonctionner. La cause première en est très probablement le paysage institutionnel tout simplement ingérable, qui suppose un remodelage en profondeur, une véritable tabula rasa des institutions, sous peine d’aller droit à la scission. Un second facteur, dont il est difficile de déterminer la provenance, complique la situation : c’est le manque flagrant de charisme des élites politiques actuelles, lesquelles semblent privilégier le calcul, les opportunités stratégiques et les visées personnelles à une quelconque notion de bien commun, de confiance ou d’esprit constructif. On pourrait en effet soutenir que la génération politique actuelle ne forme pas précisément une classe soudée… A vrai dire, qu’il n’existe pas vraiment de génération politique actuelle.

Double contexte de crise radicale, donc, qui appelle à mon sens des réponses qui ne le sont pas moins. A problème grave, solutions inédites et fortes. Or, que constate-t-on? Aussi bien en ce qui concerne la crise financière que la crise politique, on constate une grande indigence des moyens utilisés pour aller de l’avant.

Là où des réformes en profondeur, des changements structurels sont attendus, du vent. Du bricolage. Des rustines. Des mesures ponctuelles, immédiates, urgentes. En ce qui concerne le système financier, elles sont certes adoptées sans préjudice d’une réflexion sur l’avenir du système lui-même. Mais on en reste tout de même, à mon sens au stade du discours et de l’idéologie (« il faut réguler l’économie »). D’abord, je n’ai vu aucun acte concret visant à entériner toute réflexion de fond. Ensuite, la Belgique serait peut-être bien en peine d’imposer de telles mesures systémiques : que je sache, j’ai pourtant entendu fort peu d’appels en ce sens aux instances adéquates, européennes et mondiales (la Belgique n’a-t-elle pas siégé au Conseil de sécurité de l’ONU?).

En ce qui concerne le système politique, navire à la dérive, c’est encore plus consternant car ce sont celles et ceux qui en composent le frêle esquif qui en dirigent également la barre. Aucun prétexte pour foncer droit au naufrage, donc, sauf le cas de volonté délibérée (ce qui relèverait d’un cynisme auquel je ne puis me résoudre). Comment se fait-il que, malgré la crise politique, institutionnelle et de leadership, aucune figure charismatique n’émerge pour remettre un peu d’ordre et forcer les mesures indispensables, déplaisent-elles au plus grand nombre?

La première de ces mesures, à mon sens, est un grand rebattage des cartes électorales en 2009, ce que Wilfried Martens, probablement poussé par les équipes en place, a voulu éviter à tout prix. Je le maintiens : aller aux urnes en 2009 permettrait de dégager la Belgique de tout échéance électorale pendant une éternité politique (3 ans!), instaurerait de la symétrie entre les niveaux de pouvoir et permettrait une réflexion cohérente (parce que issue de coalitions semblables) et concertée sur l’indispensable réforme de l’Etat.

Ceux qui réfutent cette solution avancent qu’elle nuira à la stabilité de l’Etat, qui en a bien besoin en ces temps troublés, ainsi qu’en prédisant la montée des extrémismes de tout poil. Ceci est aisément falsifiable. En effet, la crise financière amène l’instabilité : c’est pourtant se leurrer de croire que le fédéral fonctionnera « comme si de rien n’était » en contexte électoral, régional et européen. L’imbrication des enjeux propres aux différents niveaux de pouvoir fait que le fédéral sera paralysé de facto, a fortiori au vu du bilan médiocre engrangé par lui jusqu’à présent, suite à sa pénible formation. Quel facteur permettrait d’imaginer la pentapartite rafistolée de partir sur les chapeaux de roue et d’engranger des résultats exceptionnels dans un contexte de campagne électorale?

Deuxième contre-argument : si les élections de juin 2009 risquent bien d’être le théâtre de la montée des extrémismes ou du populisme, cela n’est pas une raison pour ne pas les organiser. Que je sache, exception faite de juin 2007, les extrémismes montent inéluctablement d’élection en élection, surtout au nord de la frontière. C’est un symptôme, pas une cause. Il faut en prendre son parti et en tirer les justes conséquences, qui ne peuvent consister, en aucun cas, à contourner ou éviter une échéance électorale…

Bref, la Belgique est à la croisée des chemins et a besoin, plus que jamais, d’une classe politique unie et visionnaire (enfin, rangée derrière une vision cohérente – car des visionnaires, il y en a au Nord du pays et, croyez-moi, vous ne les voudriez pas dans votre gouvernement). C’est à ce prix qu’il sera possible de répondre aux impératifs posés par la crise financière et politique. Cela ne se crée pas sur commande : il y faut un vote citoyen, une volonté de table rase et de reconstruire à neuf, sans tabous (sans tabous, j’ai dit!) ainsi que dans un état esprit tourné vers l’avenir. Et vite… !

6 réflexions au sujet de « Avis de panne sèche politique »

  1. Jean-Yves

    Pour des élections en juin, également.
    Hélas, nous avons surtout des alimentaires de la mandature politique à la barre de ce pays, qui ont peur de perdre leur casse-croûte.
    Quant a la classe politique visionnaire au sud du pays, un coup d’oeil sur la patalonnade du groupe Wallonie-Bruxelles ne laisse, pour l’heure, pas planer beaucoup d’illusion. Peut-être découvriront-ils un jour que l’intelligence paie aussi électoralement…
    Pour finir, je profite de l’occasion pour vous annoncer la naissance de mon nouveau projet http://www.entrepriseglobale.biz
    Meilleurs voeux!

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  2. Jean-christophe

    Evidemment qu’il faut regrouper les élections…et arrêter de « rêver » de stabilité…la stabilité, elle est dans la tête de ceux qui arrêtent de réfléchir :p

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  3. François Bertrand

    Des élections regroupées en juin 2009 seraient en effet une solution autant pragmatique que démocratique.
    Le frêle esquif (où bateau ivre allez savoir!) gouvernemental semble sombrer corps et âmes, derrière les événements des dernières semaines plus qu’une « faute à Leterme », c’est à la faillite de TOUT un gouvernement sans véritable projet à laquelle on assiste (Karim Majoros en parlait encore sur son blog il y a peu).

    Dans ce contexte, les éloges répétitifs à la stabilité à tout prix et à l’évacuation de l’appel à la votation et donc au droit/devoir citoyen relèvent d’une piètre vision de la démocratie et des électeurs. Peut être bientôt en viendra t’on à demander à changer les électeurs (à s’en passer?). Pour ma part je revendique le droit de pouvoir m’exprimer dans l’isoloir (pour les européennes, les régionales et les législatives).

    Comparaison n’est pas raison mais, toutes choses égales par ailleurs, la tempête actuelle me fait penser aux gesticulations tragiques de « sauvegarde de la démocratie par son contraire » de la République de Weimar entre 1924 et 33.
    Je ne suis pas sûr que c’est en étouffant l’expression citoyenne sous prétexte de stabilité que l’on évitera de s’échouer sur les plages du communautarisme…bien au contraire!

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  4. pieters

    je suis scandalisé par la politique belge .
    celà dur depuis des mois sans solution correcte .
    le peuple en a assez de la façon dont il est gouverner .
    je pense a ceux qui attendent une délivrance :les chomeurs , les sans-abris , les sans-papiers .
    sommes-nous diriger par des imcapables !!!!!!!!!je le crois de plus en plus .
    les partis traditionnelles nous ont trahis .
    Allons-nous continué a leurs faires confiances !!!!!!!!!!!!moi en tout cas NON .
    le silence du PARTI SOCIALISTE m’étouffe .
    Que faire !!!!!!!!!!!!!
    Réveillons-nous …………….vite .
    bon courage .
    bonne année .
    Fadi .

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  5. Francois

    @ Tous

    Merci pour vos réactions. Un recommandé sera envoyé aux autorités compétentes avec ce billet et ses réactions, attestant du cyber-consensus social en faveur d’élections pour ce qui concerne le microcosme Périscope 🙂

    @ Jean-Yves

    Je vous rejoins partiellement. Mon sentiment est qu’il existe, au sein de la classe politique, beaucoup de personnes qui font un travail de fourmi, se donnent corps et âme à la chose publique… Mais que leur bonne volonté n’est pas toujours récompensée ou mise en avant. Et que ceux qui détiennent les postes clés, parfois de bonne foi également, donnent fortement l’impression d’être mus par leur propre plan de carrière, c’est indéniable.

    @ Francois Bertrand

    Même si je ressens une indisposition épidermique concernant les comparaisons avec Weimar, je te rejoins pourtant sur ton point de vue : la solution serait la seule pragmatique et, oserais-je le dire?, praticable.

    Démocratique, je n’en suis pas aussi persuadé : les électeurs se sont prononcés en juin 2007 selon une procédure électorale qui prévoit la mise en place d’une équipe gouvernementale jusque 2011. La démocratie, à mon sens, c’est d’abord un ensemble de règles qui garantissent l’Etat de droit. Donc, aller aux élections maintenant serait une solution pragmatique, très souhaitable par ailleurs, mais peut-être difficile à justifier en scandant à la « démocratie », concept qui pourrait alors se réduire à une simple slogan.

    Qu’en penses-tu?

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  6. François Bertrand

    Concernant la République de Weimar cela peut être perçu comme une analogie de mauvais goût: Chute vertigineuse du Mark v/s effondrement des classes moyennes v/s crise de légitimité du Bundestag et surdité envers une société civile livrée à une certaine répression au nom de « l’état de droit » v/s montée des populismes (qui bien avant, le nazisme s’illustrait par certaines formes de régionalismes allant jusqu’à la sécession).

    Comparaison n’est pas raison, c’est sûr! Et je comprenne que cela puisse heurter, c’était écrit et posté à chaud sans argumentaire et reste hautement subjectif.
    La question belge est d’ailleurs un thème avec lequel j’ai paradoxalement beaucoup de mal… je suis né en Belgique, féru de la chose publique et pourtant, j’ai parfois l’impression d’avoir grandi et évolué hors d’elle ou est-ce le contraire? … Que la Belgique a grandi sans notre « jeune génération » (ou contre elle).
    je pense que ce sentiment est plus répandu que l’on ne le pense avec tous les risques de rejet de notre classe politique que cela comporte (du communautarisme politique déjà bien installé au populisme en passant par les dernières impostures rattachistes).

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