Archives mensuelles : décembre 2008

Bons baisers de Belgique

Comme c’est désormais la tradition en Belgique, le Royaume a l’infini plaisir et le très grand honneur d’offrir aux Belges son gouvernement nouveau. Cet année, le bouquet est amer et la coupe est pleine. Le gouvernement neuf de l’an (200)9 est de composition délicate et aux multiples arômes divergents, qui lui donnent une amertume vacillante, avec un arrière-goût de BHV.

Profitez-en bien, petits veinards!

Bons baisers de Belgique et très bonne année 2009!

Avis de panne sèche politique

Noël 2008 marquera d’une pierre blanche l’histoire politique belge. Avec la chute de Leterme Ier suite au Fortisagte, c’est l’impéritie sèche et totale du gouvernement qui transparaît (une fois de plus) au grand jour. Fantoche, ce gouvernement n’a jamais été en mesure de faire illusion, de sa naissance branquignolesque à son euthanasie précoce. On annonce aujourd’hui un simple remaniement avant remise en selle de cette improbable « pentapartite » dont le seul objectif semble être d’éviter à tout prix un retour aux urnes précoce.

Finalement, le Roi a tenu un discours de bon sens cette année, insistant avant tout sur le contexte international, sur le nouvel ordre mondial au sein duquel la Belgique et ses petits conflits internes nagent à contre-courant. N’est-ce pas un magnifique auto-crime de lèse-majesté que d’admettre en creux l’insignifiance de la Belgique à l’échelle européenne et globale?

Concrètement, où en sommes-nous? Dans la plus stricte impasse.

Ce gouvernement complexe, multipolaire et pléthorique (23 ministres et secrétaires d’Etat, si mes calculs sur la photo du Soir de ce jour sont corrects) a presque mis plus longtemps à se former dans la douleur qu’à fonctionner. Même constitué, il fut parsemé d’opposition interne et de crises à répétition. Leterme et Reynders se sont bien tapé fort sur le ventre en s’auto-congratulant du sauvetage des banques, seule action vraiment palpable du gouvernement qui, ironie du sort, en fut aussi le fossoyeur indirect.

Pour nous résumer, d’une part nous avons une Belgique, petit pays qui s’inscrit, avec peu de moyens, dans un contexte global marqué par une crise financière d’ampleur sans précédent. D’autre part, nous avons un pays clairement hors d’état de fonctionner. La cause première en est très probablement le paysage institutionnel tout simplement ingérable, qui suppose un remodelage en profondeur, une véritable tabula rasa des institutions, sous peine d’aller droit à la scission. Un second facteur, dont il est difficile de déterminer la provenance, complique la situation : c’est le manque flagrant de charisme des élites politiques actuelles, lesquelles semblent privilégier le calcul, les opportunités stratégiques et les visées personnelles à une quelconque notion de bien commun, de confiance ou d’esprit constructif. On pourrait en effet soutenir que la génération politique actuelle ne forme pas précisément une classe soudée… A vrai dire, qu’il n’existe pas vraiment de génération politique actuelle.

Double contexte de crise radicale, donc, qui appelle à mon sens des réponses qui ne le sont pas moins. A problème grave, solutions inédites et fortes. Or, que constate-t-on? Aussi bien en ce qui concerne la crise financière que la crise politique, on constate une grande indigence des moyens utilisés pour aller de l’avant.

Là où des réformes en profondeur, des changements structurels sont attendus, du vent. Du bricolage. Des rustines. Des mesures ponctuelles, immédiates, urgentes. En ce qui concerne le système financier, elles sont certes adoptées sans préjudice d’une réflexion sur l’avenir du système lui-même. Mais on en reste tout de même, à mon sens au stade du discours et de l’idéologie (« il faut réguler l’économie »). D’abord, je n’ai vu aucun acte concret visant à entériner toute réflexion de fond. Ensuite, la Belgique serait peut-être bien en peine d’imposer de telles mesures systémiques : que je sache, j’ai pourtant entendu fort peu d’appels en ce sens aux instances adéquates, européennes et mondiales (la Belgique n’a-t-elle pas siégé au Conseil de sécurité de l’ONU?).

En ce qui concerne le système politique, navire à la dérive, c’est encore plus consternant car ce sont celles et ceux qui en composent le frêle esquif qui en dirigent également la barre. Aucun prétexte pour foncer droit au naufrage, donc, sauf le cas de volonté délibérée (ce qui relèverait d’un cynisme auquel je ne puis me résoudre). Comment se fait-il que, malgré la crise politique, institutionnelle et de leadership, aucune figure charismatique n’émerge pour remettre un peu d’ordre et forcer les mesures indispensables, déplaisent-elles au plus grand nombre?

La première de ces mesures, à mon sens, est un grand rebattage des cartes électorales en 2009, ce que Wilfried Martens, probablement poussé par les équipes en place, a voulu éviter à tout prix. Je le maintiens : aller aux urnes en 2009 permettrait de dégager la Belgique de tout échéance électorale pendant une éternité politique (3 ans!), instaurerait de la symétrie entre les niveaux de pouvoir et permettrait une réflexion cohérente (parce que issue de coalitions semblables) et concertée sur l’indispensable réforme de l’Etat.

Ceux qui réfutent cette solution avancent qu’elle nuira à la stabilité de l’Etat, qui en a bien besoin en ces temps troublés, ainsi qu’en prédisant la montée des extrémismes de tout poil. Ceci est aisément falsifiable. En effet, la crise financière amène l’instabilité : c’est pourtant se leurrer de croire que le fédéral fonctionnera « comme si de rien n’était » en contexte électoral, régional et européen. L’imbrication des enjeux propres aux différents niveaux de pouvoir fait que le fédéral sera paralysé de facto, a fortiori au vu du bilan médiocre engrangé par lui jusqu’à présent, suite à sa pénible formation. Quel facteur permettrait d’imaginer la pentapartite rafistolée de partir sur les chapeaux de roue et d’engranger des résultats exceptionnels dans un contexte de campagne électorale?

Deuxième contre-argument : si les élections de juin 2009 risquent bien d’être le théâtre de la montée des extrémismes ou du populisme, cela n’est pas une raison pour ne pas les organiser. Que je sache, exception faite de juin 2007, les extrémismes montent inéluctablement d’élection en élection, surtout au nord de la frontière. C’est un symptôme, pas une cause. Il faut en prendre son parti et en tirer les justes conséquences, qui ne peuvent consister, en aucun cas, à contourner ou éviter une échéance électorale…

Bref, la Belgique est à la croisée des chemins et a besoin, plus que jamais, d’une classe politique unie et visionnaire (enfin, rangée derrière une vision cohérente – car des visionnaires, il y en a au Nord du pays et, croyez-moi, vous ne les voudriez pas dans votre gouvernement). C’est à ce prix qu’il sera possible de répondre aux impératifs posés par la crise financière et politique. Cela ne se crée pas sur commande : il y faut un vote citoyen, une volonté de table rase et de reconstruire à neuf, sans tabous (sans tabous, j’ai dit!) ainsi que dans un état esprit tourné vers l’avenir. Et vite… !

Consultation populaire à Liège

Ce lundi 22 décembre, le conseil communal de Liège a voté à l’unanimité en faveur d’une consultation populaire portant sur la question : « Souhaitez-vous que la Ville de Liège pose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 »? Il a été décidé qu’un quorum de participation de 16000 votants rendrait le suffrage recevable et que, dès maintenant, une commission issue du conseil communal et présidée par l’échevin de la culture travaillerait au montage d’un dossier de candidature. Cette commission sera appelée à ouvrir grand les portes du débat démocratique à tous les acteurs, associations et institutions concernés, ainsi qu’à travailler en toute transparence, avec de réguliers compte-rendus publics de l’état d’avancement du dossier.

Le collectif « Liège 2015 » se réjouit très sincèrement de cette issue, et tient à adresser ses sincères félicitations au conseil communal pour sa décision, aussi bien aux partis de la majorité qu’à ceux de l’opposition. Le vote à l’unanimité sur un sujet aussi politiquement délicat, à une encablure d’élections lourdes d’enjeux, est un témoignage de bonne foi de la part de tous les acteurs concernés. Le collectif estime maintenant réunies les conditions nécessaires à la tenue d’un débat de qualité et appelle le conseil à poursuivre ses travaux dans la voie de respect mutuel et d’esprit constructif pour laquelle il s’est prononcé, en se dotant pour ce faire des moyens suffisants.

Voici une belle manière de clore provisoirement la trilogie mouvementée, très mouvementée, de Liège 2015 et de l’introduction de la demande de consultation populaire annoncée dès le 27 juin. Pour rappel, en voici le mode d’emploi, qui donne peut-être une vague idée de l’immense travail accompli par Alain De Clerck, François Schreuer et tous ceux qui se sont investis avec beaucoup d’abnégation et un volontarisme en béton armé pour que cette consultation puisse avoir lieu. L’enjeu culturel sera maintenant placé pour un temps au cœur des débats publics.

Quelques remarques sur cet épilogue temporaire.

Avant

Quels qu’aient été les aléas menant à la décision adoptée à l’unanimité par le conseil communal de ce lundi 22 décembre, l’important est précisément qu’elle ait été adoptée, qui plus est à l’unanimité. Je suis persuadé que les épisodes animés, voire franchement bordéliques, qui ont conduit par une improbable alchimie à susciter la cohésion du conseil communal, font partie intégrante de sa décision unanime. Voudrait-on en réécrire la trame, voire le scénario, que nous serions bien en peine de le faire. C’est la raison pour laquelle je tiens à maintenir, après réflexion, mes deux billets précédents, pourtant rédigés dans le feu de l’action et sans le moindre recul. Je peux témoigner qu’il réside quelque chose de proprement initiatique dans le cours de ces événements.

Maintenant

D’ores en avant, le collectif va se doter d’une structure juridique et du cadre formel qui lui ont fait défaut jusqu’à présent. Il veillera bien entendu, tant que faire se peut, à la bonne tenue des débats initiés par le conseil communal et à y contribuer utilement. Pour ma part, je resterai bien entendu à la disposition du collectif pour jouer les petites mains, me rendre utile lorsque (et si) le besoin s’en fait sentir. En effet, d’ici quelques petites semaines, je serai appelé sous d’autres lattitudes pour des motifs professionnels, et ce pour une longue durée. Cher lecteur, n’aie crainte : pour le 22 février, je donnerai procuration!

Ils en parlent

La Libre

La Meuse (I et II)

Actu 24

RTL Info

Le phœnix Liège 2015

Poum! Bardaf… C’est l’embardée!

En effet, le collectif Liège 2015 a introduit ce jour les signatures nécessaires à la demande d’organisation d’une consultation populaire.

Attentif aux nombreuses réactions, il a préféré remettre le mandat démocratique qui lui avait été confié à ceux qui le lui réclamaient et qui en avaient le droit.

A titre personnel, je suis satisfait de ce qui, loin d’être un dénouement définitif, marque toutefois un aboutissement certain dans une démarche longue, harassante, épuisante, qui peut maintenant laisser à place au débat, aux idées, à la confrontation. Gageons que ceci se fera in fine au plus grand bénéfice de l’objectif final, qui est de promouvoir, de faire rayonner et de consolider la culture à Liège en général.

Les positions manifestées par le Collège communal restent pertinentes et le combat mené quant à la création d’un pôle des arts émergents devra être continué. Mais il ne peut faire l’économie d’une réflexion plus générale. Les 22000 signataires, les médias et les partis de l’opposition vont pouvoir s’approprier le débat qu’ils nous ont réclamé, au même titre que le collectif ou le Collège.

Voici le communiqué du collectif :

Mesdames,
Messieurs,

Le collectif « Liège 2015 » a annoncé mardi la conclusion d’un accord avec le Collège communal.

Toutefois, en accord avec les 22 000 signataires qui lui donnent sa force et sa légitimité, le collectif a décidé de ne pas en rester là et de soumettre au vote populaire la question « Souhaitez-vous que Liège dépose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 »? Par cet acte, le collectif restitue le mandat démocratique qui lui a été confié à qui de droit.

Suite à la décision de la Communauté française de raccourcir au 1er mars 2009 le délais pour se porter candidat, le collectif exige l’examen de sa demande à la séance du conseil communal de lundi 22 décembre prochain, par son inscription en extrême urgence à l’ordre du jour. En outre, renseignements à l’appui, il affirme que la consultation peut matériellement être organisée d’ici la mi-février 2009 et que cette échéance doit être respectée par les autorités compétentes.

Enfin, le collectif se réjouit du débat démocratique qui va désormais s’ouvrir pour la culture à Liège et maintient son entière ouverture aux résultats des délibérations du conseil communal de lundi prochain.

Le collectif Liège 2015

Ma clarté sur Liège 2015

Cher lecteur, tu n’es pas sans savoir que le Comité Liège 2015 a décidé d’écarter la piste d’une consultation populaire et de nouer un accord avec le Collège communal concernant la création d’une fondation fonctionnelle (lieu, équipe, moyens financiers) et durable dédiée aux « arts émergents ». L’accord porte également sur différentes revendications à faire émerger conjointement devant les autorités compétentes – communautaires, régionales, européennes, etc.

Par souci d’honnêteté, de clarté et de transparence, je voudrais donner ma position strictement personnelle sur l’évolution du processus et sur l’accouchement difficile, très difficile, sur l’accouchement particulièrement douloureux de cette décision. Je voudrais revenir un peu plus longuement, pour ceux que cela intéresse, sur ma position au sein du bureau, en ma qualité d’initiateur de la consultation populaire.

1. Lancer la consultation populaire

Je n’étais pas spécialement partisan du lancement de la consultation populaire, en juin, mesurant les innombrables difficultés qui nous attendaient ; mes estimations les plus lourdes se sont, en sus, avérées bien en deçà de la réalité. Initier une consultation populaire est un processus extrêmement lourd, vraiment. Or, le collectif a réussi à obtenir 22 000 signatures, ce qui est un exploit, mais dont je voudrais que l’on restitue la juste portée. Ces 22 000 signatures sont avant tout le fruit du travail acharné d’une poignée d’acteurs très volontaristes, qui ont sué sang et eau à les récolter.

2. Pour l’ouverture et la négociation

Depuis septembre, j’ai lancé des signaux d’alerte concernant la suite des événements et les stratégies à long terme que le collectif aurait dû planifier et mettre en œuvre. En particulier, j’ai soutenu avec force l’amorce d’un dialogue avec les autorités et l’adoption de positions d’ouverture par le mouvement. Malheureusement, il s’est avéré extrêmement difficile de mener ces discussions de fond, si essentielles, notamment en raison de la collecte de signature qui accaparait toutes les énergies disponibles. J’en porte d’ailleurs mon entière part de responsabilité : je n’ai vraisemblablement pas été suffisamment disponible et impliqué, et/ou j’ai échoué à imposer ces débats sur lesquels a toujours primé la recherche de signatures, qui étaient et qui restent le ciment du collectif.

3. La consultation impraticable à tous points de vue

La consultation populaire n’est plus une issue envisageable depuis un bon moment. Pourquoi? Parce qu’endéans un délais raisonnable, il était encore possible de plaider un recomptage rapide des signatures. En deçà de ce délais, écoulé depuis maintenant plusieurs semaines, le Bourgmestre aurait parfaitement pu, et à bon droit, réclamer un délais légitime de vérification de la demande. De ce fait, les marges temporelles dont nous disposions étaient extrêmement serrées, trop sans doute.

Il était parfaitement impossible d’espérer pouvoir tenir la consultation dans une période propice et suffisante à l’introduction d’un dossier. Autrement dit, impossible de tenir la consultation avant le 1er mars, date limite de dépôt de la candidature. En outre, le temps manquait pour préparer un dossier cohérent, construit et sensé ; au-delà, rien ne garantissait son succès dans la décision prise par le Comité paritaire chargé de statuer sur le dossier, que du contraire.

Ajoutons à cela que je maintiens que la consultation était un processus éminemment dangereux et contre-productif :

– nous n’avions ni les moyens humains et matériels de mener campagne de manière adéquate ;

– partant, l’opposition aurait fait campagne à notre place, avec peu de moyens de riposte de notre part, et la consultation aurait sans nul doute été instrumentalisée à des fins pré-électorales bien éloignées de la culture, selon un jeu politique classique et de bon aloi, je n’en disconviens pas, mais différent de l’objectif du collectif ;

– en sus, nous courrions le risque – à ne pas sous-estimer – d’obtenir un taux de participation inférieur au minimum requis pour que le résultat soit recevable (10%) et de couler toute l’énergie investie. Comprenez : sept mois pour recueillir les signatures de 10 % de la population, au forcing. Il aurait fallu qu’au minimum tous ces signataires se déplacent en une seule demi-journée, non en sept mois… un fameux challenge!

– enfin, le processus risquait de s’avérer contre-productif sur le point de vue strictement culturel, d’entériner une logique d’opposition avec de trop nombreux acteurs (y compris culturels) et, in fine, de détériorer la situation existante.

Voilà pourquoi j’ai plaidé très tôt pour l’investigation de pistes alternatives à la consultation, ce qui supposait à tout le moins une négociation et éventuellement une issue concertée avec le Collège.

4. Des négociations houleuses, très houleuses

Toutefois, je suis en désaccord avec la manière dont les négociations se sont déroulées. De très nombreuses erreurs ont été commises, dues probablement au manque de structure et de formalisation des rôles et responsabilités de chacun. Ces erreurs, parfois manifestes et indiscutables, se sont répétées et font que les débats au sein du bureau (l’organe exécutif en charge de la gestion de Liège 2015) ont été – et restent – particulièrement houleux.

5. Prendre ses responsabilités ou dénier

Face à cela, il n’y a pas eu d’autre choix que d’endosser la décision prise, autant à contre-cœur que possible et vraiment très douloureuse au regard du volet démocratique et participatif de la démarche, de cela tout le monde est conscient. L’alternative?  Dénier, dénoncer, faire péter. A quoi cela aurait-il servi de ruer dans les brancards et de tout dénoncer en vrac, même sur des questions de pure forme du processus décisionnel?

D’une part, cela aurait probablement réduit à rien l’accord politique qui a été noué. Or, je suis convaincu que cet accord est une des moins mauvaises solutions qui était accessible au collectif. Partant du principe que la consultation n’était plus envisageable, que le collectif était en retard et donc en position de faiblesse, il lui a fallu faire ce qu’il pouvait avec les moyens (humains et politiques) dont il disposait. L’accord enregistre des avancées intéressantes, bien qu’insuffisantes. Autrement dit, je refuse de nuire au fond lorsque je ne puis dénoncer que certains vices de forme. Accessoirement, je réfute toute logique destructrice qui aurait pour effet de saboter ce qui est acquis, ce qui existe, sans proposer des alternatives constructives.

D’autre part, l’accord noué correspond grosso modo au collectif, c’est-à-dire qu’il promeut non pas la culture à Liège en général, mais une certaine culture alternative et, n’ayons pas peur des mots. Depuis le départ, notre mouvement est cantonné à une certaine frange de la population culturelle, probablement celle impliquée dans ces fameux « arts émergents », notamment en raison du refus de toutes les institutions culturelles de poids de rejoindre notre mouvement. Dès lors, premièrement, cet accord est en adéquation avec la portée du mouvement. Deuxièmement, il proscrit toute critique de la part de quiconque émargerait à une desdites institutions : que des gens du conservatoire ou de l’association X ou Y émettent des critiques ne peut être accepté que dans la mesure ou leur institution d’appartenance a publiquement pris fait et cause pour Liège 2015.

6. Conclusions : ma position

Ma décision est donc d’observer la neutralité par rapport à ce qui se passe. Je regrette certaines choses, mais j’ai maintenant la volonté de tourner la page et de ne pas générer des dommages superfétatoires. Liège 2015 fut une belle aventure, très instructive, et je tiens à en rester là malgré ce que je pourrais regretter ou dénoncer. Je n’ai aucune appartenance politique ni intérêt personnel dans l’aventure. J’ai simplement la volonté de ne pas envenimer à tout prix une situation déjà compliquée.

Toutefois, pour finir, j’accepte de cosigner une carte blanche, car j’estime qu’une position de neutralité en ce qui me concerne est inacceptable en tant qu’initiateur de la consultation : sur ce point, je me dois de rendre des comptes et je suis d’accord avec les faits que restitue – avec beaucoup d’honnêteté et avec vulnérabilité – cette carte blanche, en ce qui concerne la consultation.

Merci M. Dupont!

Le décret « mixité » est enterré et c’est une bonne chose.

Je voudrais saluer le courage du Ministre Dupont dans cette affaire. Ce n’est pas évident d’assumer une erreur, même manifeste et même imputable à son précesseur, à l’approche d’un terme électoral (juin 2009). J’aime le discours du Ministre Dupont que je trouve à la fois audible et crédible. Audible parce qu’il ne raconte pas que des conneries et ne manipule pas la langue de bois. Crédible parce que son discours est argumenté et sonne juste. Bref, il fallait oser remettre de l’ordre dans ce décret adopté contre vents et marées suite à un entêtement peu commun (et peu fondé) de la Ministre Arena, sourde à toute autre oreille que la sienne.

Car ce décret est une ineptie totale. La mixité ne s’impose pas par décret. Le système scolaire a besoin d’une certaine souplesse en la matière et doit pouvoir s’adapter de facto a une certaine demande sociale. Qu’on veuille garantir la transparence du processus et éviter les passe-droits, c’est une chose. Au-delà d’un certain stade d’interventionnisme, toutefois, que constate-t-on? Des mécanismes parallèles, diffus, des accommodements au système se nouent et se recréent inévitablement. Je pense qu’il est illusoire de mener ce combat-là et que des soupapes doivent être préservées.

Qu’en revanche, il y a fort à faire pour revaloriser d’une manière ou d’une autre l’enseignement technique et professionnel. L’intention en est régulièrement manifestée par le Ministre Dupont qui devrait pousser loin sa position de principe dans les faits.

1) Faire en sorte que le technique et professionnel ne soient plus des choix résiduels auxquels on se résigne en cas d’échec dans le général ;

2) Restaurer des filières d’artisanat qui valorisent une expertise et une main d’œuvre uniques et parfois en voie de disparition ;

3) Mener campagne d’information tambour battant pour expliquer la pénurie de main d’oeuvre dans tous les secteurs manuels, et ne pas voiler les avantages matériels que cette situation procure pour le moment ;

4) Adopter toute initiative concrète propre à assurer cet objectif… !

« Du McCarthysme de gauche »

Il y a des noirs, des beurs, des blancs, des jaunes, des hommes, des femmes, des homosexuels, des transexuels, des catholiques, des musulmans, des hindous, des indiens, des protestants, des bouddhistes, des transhumanistes, des amish, … Il y a l’uniformisation, il y a la standardisation et il y a la diversité. Il y a la télé, la radio, les blogs, Eric Zemmour… Et il y a des polémiques stériles.

Petite philosophie du parking

Liège prévoit de construire deux parkings souterrains, projet qui m’estomaque au plus haut degré. Ce billet a obtenu de nombreuses réactions construites et motivées, ce dont je me réjouis, a fortiori en vertu de leur caractère fortement contradictoire. Autrement dit, chers lecteurs, la question du parking sensibilise nombre d’entre vous. Petit essai de philosophie du parking.

Le parking est un symptôme. Il est l’âme damnée de la voiture. Le parking est à la fois l’achèvement, la raison d’être du trajet et à la fois la condition de réalisation de celui-ci. Sans parking, le déplacement automobile n’a pas de sens. Entamons une petite remontée à contre-sens de ces assertions.

Premièrement, le parking est une ressource gourmande en espace. De ce fait, c’est une ressource rare, d’autant plus dans des centres urbains fortement densifiés et conçus dans leur principe, un peu anarchiquement, à une époque où la voiture n’existait pas, tels que celui de Liège. L’augmentation chronique du trafic motorisé a pour conséquence logique la raréfaction croissante des emplacements de stationnement, et donc une pression accrue en vue de la construction de nouveaux équipements.

Le problème est double à cet égard. D’une part, c’est d’espace public qu’il s’agit, et toute construction supplémentaire grignote un peu plus l’espace public, au détriment donc de ses autres « co-propriétaires » : les piétons, les cyclistes et autres usagers faibles de la route. D’autre part, la place de parking est devenue une sorte de quête à laquelle l’automobiliste ne peut déroger.

Deuxièmement, il convient de revenir sur cette notion de quête. L’emplacement de stationnement est la destination privilégiée par essence de tout déplacement. Ce simple fait, couplé à la raréfaction des places, donne un tour presque métaphysique à la recherche d’un parking. Le conducteur anticipe la pénurie, la redoute, sachant que s’il est bredouille, son trajet ne sera pas pleinement accompli. Plus les ressources à mobiliser pour prendre sa voiture sont grandes, plus le conducteur concevra de la frustration de ne pas trouver d’emplacement ou d’en trouver un mauvais.

Parce que, troisièmement, là est le problème : trouver une place est absolument nécessaire. Or, les places étant rares (et chères, de ce fait), l’automobiliste se trouve, à leur égard, dans une situation de dépendance. Comme toute situation de dépendance, celle-ci est marquée par un rapport amour / haine. Amour, parce qu’il faut trouver une place, sans quoi le trajet n’a pas abouti et que cette place permettra d’accomplir ce pourquoi le trajet a été initié. Autrement dit, si le conducteur prend la peine de prendre sa voiture, une place de parking est une récompense de ses « efforts ». Haine, parce que ce rapport est ambigu, que les places sont rares et chères et que, de plus en plus fréquemment, l’exercice s’achève par une frustration intense, et au prix d’efforts décuplés.

Finalement, le parking est un symptôme. Il est un symptôme du lien de dépendance entretenu à l’automobile. Tout part du problème qu’en dépit de l’augmentation continue des coûts, directs et indirects, de la conduite automobile, la solution reste avantageuse – en termes d’efforts et de ressources mobilisées – pour bon nombre d’usagers de la route. Pour le formuler différemment, quels qu’en soient les inconvénients, les automobilistes préfèrent leur voiture à d’autres modes de déplacement : transports en commun, voies de mobilité douce.

Le parking est l’alpha et l’omega de l’automobiliste.

Dès lors, pour en revenir à la question qui nous anime, faut-il construire des parkings souterrains à Liège? On peut se poser cette question en termes d’espace public et en termes de « philosophie du parking ».

Tout d’abord, d’une part, cela n’empièterait pas sur l’espace public puisqu’il s’agirait d’espaces à créer, à ouvrir. D’autre part, le projet consiste actuellement à juxtaposer au parc de stationnement existant deux parkings supplémentaires. Dans cette perspective, cela ne fait qu’accroître le nombre d’emplacements, sans aucunement prévoir la possibilité d’une quelconque compensation.

On comprend bien, Gilles et Frédéric, que la construction de ces parkings devrait s’accompagner d’une vision stratégique, d’un vaste plan de désengorgement de l’espace public « à ciel ouvert », comprenant une réhabilitation d’espaces verts, des réseaux de transport en commun, des voies cyclables. On n’en est tout simplement pas là. La ville propose deux parkings supplémentaires, point. Aucune espèce de compensation n’est imaginée à l’heure actuelle. Il avait bien été question d’inscrire ces parkings dans un projet plus vaste, mais cette idée semble pour le moment écartée.

Ensuite et enfin, une réflexion en termes de « philosophie du parking » conduit à conclure que la construction de deux parkings supplémentaires conduit à entériner la dépendance à leur égard des automobilistes et la pression croissante qui s’exerce en faveur de la construction de parkings. C’est jouer le jeu du symptôme sans traiter le mal urbain à la racine. C’est enterrer la « quête » à laquelle est livré tout automobiliste dans une tentative dérisoire de l’externaliser. Dérisoire, parce que c’est une logique forcément (très) limitée, les espaces souterrains n’étant pas inextensibles.

Le risque serait d’en arriver à une cité bâtie complètement hors-sol et à la sérénité superficielle, dont les rues piétonnières et les charmants espaces verts dissimulent dans leurs entrailles un puits à noirceur et à goudron, le crissement de pneus et le râle de la ménagère qui cherche désespérément la place la plus proche de l’ascenseur. Une belle couronne posée sur une carie profonde, un peu à l’instar de Louvain-la-Neuve.