La voie royale de Sarkozy

Décidément, on voit mal ce qui désormais peut faire obstacle de manière crédible à la réélection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République française. Il a surfé sur la précédente campagne électorale avec une aisance presque indécente face à une Ségolène Royal qui n’a jamais fait illusion, et dont les discours enflammés dissimulaient mal une absence presque totale de fond.

Il faut lui reconnaître qu’elle n’était pas soutenue par les pontes (dits « éléphants ») de son parti, pas même son mari, François Hollande, qui s’est assez nettement désolidarisé d’elle pendant la campagne et dont elle a divorcé par la suite. Elle a ensuite adopté des poses charismatiques et mystiques du plus détestable effet et a cessé définitivement de faire semblant de véhiculer un message politique, communiquant désormais par slogans exclusivement (« changement », « rénovation », « fraternité », etc.)

Depuis sa victoire, Sarkozy a très habilement exploité les ambitions personnelles internes au Parti socialiste et a placé bon nombre d’éléments très stratégiques – tels que Kouchner ou Strauss-Kahn – à des postes inféodant ces dernier, dans les faits, au pouvoir établi. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette stratégie fut efficace, aussi bien en termes de récupération politique que de zizanie interne. Le PS français se déchire à qui mieux mieux.

L’apogée des luttes fratricides fut atteint ce week-end : les militants du PS français étaient appelés à choisir entre Ségolène Royal et Martine Aubry au poste de premier secrétaire (le chef du parti). La seconde l’a emporté sur le tranchant du fil à un tel point que le résultat du vote est surtout une division parfaitement symétrique du parti et une radicale incertitude pour l’avenir.

A titre personnel, je regrette que Bertrand Delanoë, maire de Paris, n’ait pas poussé sa candidature jusqu’au bout : il aurait pu emporter le morceau de manière beaucoup plus significative que Martine Aubry et, de ce fait, imposer son autorité à la tête du parti. Il incarne un très bon idéal de gauche, progressiste (au sens authentique, pas au sens dévoyé du terme dont est coutumière une certaine « gauche ») et sincèrement écologiste, animée par des idéaux de justice sociale. La meilleure traduction de ces principes prend corps dans le cadre de son maïorat, à la tête de Paris.

Souvent, la mairie de Paris est l’antichambre de l’Élysée. Peut-être Bertrand Delanoë se protège-t-il pour préserver intactes ses chances de se présenter contre Nicolas Sarkozy à la prochaine échéance présidentielle, en 2012. J’en doute. Et quand bien même, au vu de l’état pitoyable de délabrement dans lequel se trouve le PS français, on se demande bien quel génie politique arriverait à lui barrer la voie avec fruit à ladite échéance… Nicolas Sarkozy sera réélu. Avec le degré de division interne du PS français aujourd’hui, c’est une quasi-certitude.

7 réflexions au sujet de « La voie royale de Sarkozy »

  1. EJ

    Aqueu j’aime ton blog !

    Ton analyse est une fois de plus judicieuse : Martine Aubry n’a pas gagné; disons plutôt qu’elles ont toutes les deux gagné ou toutes les deux perdu (selon l’angle d’approche). 42 voix d’écart (chiffre officiel et contesté) ne sont pas suffisantes pour les départager. Toutefois, même si elle a perdu de 42 voix, je dirais que Royal a mieux gagné qu’Aubry : elle rassemble – seule – 50% des voix alors qu’Aubry bénéficiait du soutien du parti et de la quasi totalité de ses éléphants. C’est un autre enseignement : la moitié des militants en a marre des vieux caciques et pourtant ce sont eux qui revendiquent la victoire.

    Quid de l’avenir ? Je ne doute pas une seule seconde que Royal s’accrochera quitte à faire imploser le PS (malgré ses dénégations hier soir sur TF1). On aura encore droit à la « Fraternité », au « Changement », et bla bla bla [petite incise : le discours sur le changement d’Obama était aussi creux il y a deux ans au début de sa campagne mais il est vrai qu’au fur et à mesure, il s’est renforcé d’un point de vue crédibilité…].

    De son côté, Aubry. Sincèrement, j’ai été bluffé hier. Premier discours avec pour principal thème : les syndicats. Elle était pataude, n’avait aucune éloquence et ses mots sortaient presque de chez Zola. Mon dieu, le PS français n’a pas encore compris que la lutte des classes c’était terminé. Delanoe l’avait bien compris lui : le PS doit opérer sa révolution et se convertir à la gauche moderne des Tories ou du SPD. Je ne pense pas que ce soit le projet d’Aubry.

    Bref, dans les mois prochains on aura droit à un combat entre une diva un peu creuse et une pachyderme au discours suranné. Tu as raison, dans un tel contexte, c’est la voie royale pour Sarko.

    PS (= post-scriptum) : j’ai adoré ce titre dans la presse helvète: « Le PS français sombre dans le tout à l’égo » (La Tribune de Genève du 16 novembre)
    http://www.tdg.ch/actu/monde/ps-francais-sombre-ego-2008-11-16

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  2. Francois

    Merci EJ pour ton commentaire, nous connaissons tous ton penchant et ton expertise en ce qui concerne la politique française 🙂

    Je ne peux que souscrire à l’entièreté de ton propos : le PS français fonce droit dans le mur avec une célérité déconcertante, à croire qu’ils y prennent du plaisir.

    Quid des chances de Delanoë de revenir dans la course à la présidentielle? Tu penses qu’il pourrait encore emporter le morceau après avoir soigneusement évité de mettre ses fesses sur le grill? Lui qui a été cloué au pilori pour avoir osé se déclarer « libéral » et qui pourtant fait des merveilles à la mairie de Paris? Qui finalement prend pour acquis la place prépondérante de l’individu comme moteur social – ce que font tous les autres au PS, sans le dire – et qui adopte d’excellentes politiques écologiques?

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  3. François Bertrand

    Personnellement, le fait de voir dans le résultat des rodomontades du PS Français la victoire des Eléphants (et/ou de la « vieille gauche ») ne me convainc pas trop. Même si Ségolène Royal était décrite dans les médias comme l’alternative aux éléphants de par sa soit disant proximité avec les bases militantes, celle-ci fait à mon sens partie intégrante de l’élite partidaire PS au même titre qu’Aubry, Delanoë ou DSK. Cela reste subjectif mais pour ma part, je voyais le vent de fraicheur/renouveau d’avantage dans les personnalités de Mélenchon ou Hamon.

    L’actualité des dernières semaines en la matière (on devrait plutôt dire des derniers 6 mois) montre plus objectivement une reconfiguration d’ampleur de la gauche en France (mais également en Europe). Cette réorganisation du paysage politique à gauche n’en serait qu’à son point psychodramatique en France. Le Centre-gauche (marqué par les personnalités de Royal et Aubry) semble amené à devenir, un jour, tout simplement, le Centre.

    La ligne Fabius/Mélenchon, plus marquée à la gauche de la gauche, semble, elle, destinée un jour à s’autonomiser ou se rapprocher des confettis de la gauche radicale (confettis amenés, je pense à reprendre une certaine crédibilité au vu du contexte actuel de coupure avec les bases militante et par rebond avec une certaine « France réelle »). Ces recompositions ne sont pas sans rappeler les recompositions plus anciennes en Allemagne avec l’essor de Die Linke face à un SPD…en proie lui aussi à une certaine crise de légitimité.

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  4. JD

    @ EJ

    Je suis vraiment curieux devant une telle absence de lucidité: qu’est-ce qui vous fait penser que la lutte des classes est terminée? Ou plutot, je crois savoir ce qui vous fait penser ça: c’est une idée à la mode et fait partie de la vulgate de droite des médias. Mais si je vous demande de justifier cette idée ou simplement de me donner une idée, argumentée, satisfaisante, qui me convainquerait qu’il n’y a plus de lutte des classes? En d’autre terme, vous vous basez sur quoi pour dire ça?

    JD.

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  5. Francois

    @ JD

    On pourrait à tout le moins argumenter que la lutte des classes s’est solidement métamorphosée, avec l’apparition massive d’une classe moyenne et le redéploiement des inégalités par le biais d’une minorité capitaliste / spéculative. Aujourd’hui, la pauvreté et l’exclusion persistent sous des formes différentes, et la nature du débat public sur ces sujets a considérablement évolué (le « pouvoir d’achat » concerne-t-il les démunis, exclus et autres sans-papiers?)

    On est beaucoup moins qu’avant dans le schéma patrons / ouvriers – syndicats.

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  6. Holocrate

    Rien à voir directement, mais au delà de ce spectacle pour le moins assez lamentable, force est de nous extasier sur les trésors de douceur, d’humanisme et de respect de l’autre déployés par ces deux représentantes d’un sexe qui, depuis 1/2 siècle, prétend pouvoir – et même vouloir – nous gouverner avec moins de hargne, de brutalité et d’agressivité que les mâles.
    Apparemment, ce n »est pas encore avec ces deux-là que nous assisterons à cette « nouvelle gouvernance » tellement revendiquée par les différents mouvements féministes comme appartenant forcément au « sexe faible », vu sa nature réputée moins belliqueuse.

    J’attends toujours la première représentante de cette utopie féministe et ce n’est certes pas notre inénarrable Anne-Marie nationale – ci-devant roitelette de la bonne ville de Huy (pour le moment…) – qui risquerait de me faire changer d’opinion !

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