Archives mensuelles : novembre 2008

Liège enterrée avec ses parkings

Non, c’est non!

Non de non!

Non, non, non!

Pour ce qui est de mener des projets intéressants et de faire vivre la commune de Liège au rythme de l’innovation et de politiques un peu sensées d’urbanisme ou de mobilité, les autorités locales sont régulièrement aux abonnés absents.

Mais cette fois, ils dépassent clairement une limite en prévoyant d’injecter 15 millions d’euros dans l’édification de deux parkings souterrains supplémentaires, afin de concurrencer les opérateurs privés(si, vous avez bien lu!). L’un est prévu sous la place Cokerill, soit sur un site jouxtant l’Université de Liège. L’université a sa place au cœur de la Cité en tant que centre de savoir et d’apprentissage critique. En la maillonnant de toutes part d’autoroutes urbaines, les autorités en ont déjà dit long sur le respect et la liberté dont ils honoraient l’institution (sans parler des problèmes récurrents de mobilité à destination du campus du Sart-Tilman). Inutile d’en rajouter.

L’autre parking est prévu sous le parc d’Avroy, seul parc véritablement situé dans l’épicentre de Liège et lui aussi quadrillé de routes à trois, quatre voire cinq bandes, sans compter les nombreuses perpendiculaires qui rognent son unicité à chaque intersection routière. Ce parc est déjà ravagé en surface une fois par an par la foire et fait l’objet d’un manque d’entretien chronique le reste du temps. Construire des parkings souterrains à cet endroit achèverait de ruiner les lambeaux du parc qui ont survécu à la colonisation par l’automobile, par d’autres parkings (côté Pont d’Avroy) ou encore par le nombre excessif de voies routières.

Trop, c’est trop!

La ville de Liège étouffe littéralement sous le poids d’un trafic automobile complètement démesuré. Chaque matin, la foire d’empoigne automobile se répète comme un pitoyable cirque sans fin. La ville est sale, les bâtiments sont noirs. Les bagnoles envahissent déjà allègrement les trottoirs, les abords des rues et bien des espaces souterrains. On ne peut plus accepter ça! De toute évidence, construire de nouveaux parkings n’arrangera rien aux problèmes de trafic mais fera sombrer Liège encore un peu plus dans la politique du symptôme et du tout-à-la-voiture. Ainsi, de nouveaux parkings dont le but est d’être (un peu) moins coûteux vont forcément drainer un flux supplémentaire de bagnoles, lorsque Liège est déjà trop engorgée.

Deux remarques encore: l’opposition semble ne trouver à redire sur ces projets que sur des détails techniques (création de filiales, structures de financement, etc.). Deuxièmement, le fait de pouvoir injecter 15 millions d’euros pour ce projet néfaste pour la ville rend irrecevable a priori tout refus d’injecter des fonds publics pour des projets qui amènent vraiment une valeur ajoutée à la ville (qui a susurré « Liège 2015« ?)

La voie royale de Sarkozy

Décidément, on voit mal ce qui désormais peut faire obstacle de manière crédible à la réélection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République française. Il a surfé sur la précédente campagne électorale avec une aisance presque indécente face à une Ségolène Royal qui n’a jamais fait illusion, et dont les discours enflammés dissimulaient mal une absence presque totale de fond.

Il faut lui reconnaître qu’elle n’était pas soutenue par les pontes (dits « éléphants ») de son parti, pas même son mari, François Hollande, qui s’est assez nettement désolidarisé d’elle pendant la campagne et dont elle a divorcé par la suite. Elle a ensuite adopté des poses charismatiques et mystiques du plus détestable effet et a cessé définitivement de faire semblant de véhiculer un message politique, communiquant désormais par slogans exclusivement (« changement », « rénovation », « fraternité », etc.)

Depuis sa victoire, Sarkozy a très habilement exploité les ambitions personnelles internes au Parti socialiste et a placé bon nombre d’éléments très stratégiques – tels que Kouchner ou Strauss-Kahn – à des postes inféodant ces dernier, dans les faits, au pouvoir établi. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette stratégie fut efficace, aussi bien en termes de récupération politique que de zizanie interne. Le PS français se déchire à qui mieux mieux.

L’apogée des luttes fratricides fut atteint ce week-end : les militants du PS français étaient appelés à choisir entre Ségolène Royal et Martine Aubry au poste de premier secrétaire (le chef du parti). La seconde l’a emporté sur le tranchant du fil à un tel point que le résultat du vote est surtout une division parfaitement symétrique du parti et une radicale incertitude pour l’avenir.

A titre personnel, je regrette que Bertrand Delanoë, maire de Paris, n’ait pas poussé sa candidature jusqu’au bout : il aurait pu emporter le morceau de manière beaucoup plus significative que Martine Aubry et, de ce fait, imposer son autorité à la tête du parti. Il incarne un très bon idéal de gauche, progressiste (au sens authentique, pas au sens dévoyé du terme dont est coutumière une certaine « gauche ») et sincèrement écologiste, animée par des idéaux de justice sociale. La meilleure traduction de ces principes prend corps dans le cadre de son maïorat, à la tête de Paris.

Souvent, la mairie de Paris est l’antichambre de l’Élysée. Peut-être Bertrand Delanoë se protège-t-il pour préserver intactes ses chances de se présenter contre Nicolas Sarkozy à la prochaine échéance présidentielle, en 2012. J’en doute. Et quand bien même, au vu de l’état pitoyable de délabrement dans lequel se trouve le PS français, on se demande bien quel génie politique arriverait à lui barrer la voie avec fruit à ladite échéance… Nicolas Sarkozy sera réélu. Avec le degré de division interne du PS français aujourd’hui, c’est une quasi-certitude.

Pourquoi Liège 2015 doit aller au bout

En lecteurs attentifs, vous aurez retenu qu’au mois de mai de cette année, un comité s’est constitué en vue de récolter 19 000 signatures pour l’organisation d’une consultation populaire à Liège. Le but? Pouvoir demander l’avis de la population sur le dépôt d’une candidature au titre de capitale européenne de la culture. Cet objectif en soi était une gageure et, pour le dire tout net, récolter ces signatures fut franchement harassant.

Je ne saurais féliciter assez tous ceux qui ont passé des journées entières, formulaire et bic à la main, à répandre l’initiative et y faire adhérer, à partager notre enthousiasme fondateur.

Aujourd’hui, la situation est la suivante : suite à ses déclarations dans la presse (Liège 2015? Une fausse bonne idée et la réplique du Comité Liège 2015), le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, est dans l’incapacité politique d’introduire une candidature sans aller à la consultation populaire. Il s’est clairement et fermement exprimé dans ce sens. Le comité Liège 2015, pour sa part, a été mandaté par plus de 10 % de la population pour porter le projet de capitale européenne de la culture auprès des autorités communales : il ne peut, sauf à trahir tous les signataires, se dédouaner de cette responsabilité. Impossibilité d’une candidature vs. nécessité d’une candidature : le dilemme est insolvable.

Dès lors, la consultation populaire est inéluctable. C’est donc maintenant que les choses sérieuses vont démarrer et une véritable campagne devrait s’amorcer à Liège, en vue de cette consultation.

Voici quelques raisons qui valident, encore actuellement et peut-être plus que jamais, la pertinence de la cause portée par le comité Liège 2015 :

1. Un enjeu démocratique

Indubitablement, avant d’être culturel, le projet porté par le comité Liège 2015 est intrinsèquement politique. Ce n’est pas forcément un choix spontané, mais il est évident que l’introduction d’une candidature est un acte qui relève de l’appréciation des autorités politiques. A Liège, leur appréciation conduit à refuser le dépôt d’une candidature. Finalement, la base du mouvement Liège 2015, c’est une contestation de la validité de cette appréciation et une volonté de rallier les autorités à un projet défendu par la population. A cet égard, l’enjeu démocratique est omniprésent et la meilleure preuve en est l’organisation de la consultation populaire, qui est un levier de démocratie directe. Soulignons que le mot d’ordre, pour tous les acteurs impliqués, est le respect de la procédure légale ; il faut s’en féliciter.

2. Une opportunité culturelle pour Liège

Ne nous y trompons pas : la consultation populaire joue également en faveur des autorités communales. Fortes d’une pression populaire intense et d’un débat aux résonnances importantes, les élus liégeois disposent d’un poids politique majoré dans toute négociation à venir. Autrement dit : avec leur population qui met la pression, les autorités pourront négocier des avantages et des compensations.

Ceci est vrai, par exemple, en ce qui concerne les multiples propositions avancées par Willy Demeyer depuis le début du mouvement « Liège 2015 » : Forum universel des cultures en 2016, exposition universelle en 2017, partenariats avec Mons en 2015, avec Maastricht en 2018 et, plus récemment, l’idée d’une « Métropole Culture ». Si j’ai dit par ailleurs le mal que je pensais de cette dernière initiative, il n’empêche que de nombreuses propositions ont vu le jour et que certaines d’entre elles sont vraiment intéressantes.

Il faut bien se rendre compte que rien de cet acabit n’était proposé avant l’irruption de la revendication « Liège 2015 » : en soi, c’est déjà une victoire. Sinon quant aux moyens, du moins quant à la fin.

3. Un projet en voie de prendre corps

Il a été reproché à Liège 2015 – probablement à juste titre – de manquer de corps et d’un projet culturel structurant. C’est vrai dans la mesure où, d’une part, le mouvement n’était pas légitimé à porter un tel projet et, d’autre part, n’avait pas les moyens humains et matériels d’en poser les fondations. Pourtant, une conférence de presse tenue hier a permis de clarifier les objectifs du mouvement et d’esquisser les bases d’un possible projet culturel pour Liège.

Les objectifs, outre celui de doter Liège d’une projet culturel cohérent – qui fait encore défaut aujourd’hui – consistent notamment à améliorer les conditions d’exercice des artistes, à améliorer la gestion des outils culturels institutionnels et à ouvrir le secteur culturel liégeois aux coopérations internationales.

Quant aux bases d’un projet culturel intéressant à mener, vu l’échéance de 2015 pour une série de projets urbanistiques connexes, la thématique de « l’espace public » pourrait être appropriée fort à propos. Outre l’urbanisme et l’architecture, la reconversion post-industrielle pourrait trouver sa place dans ce projet, de la même manière que la thématique de la place de la culture, du débat, de l’alternatif, de la mobilité douce, au sein de l’espace public commun.

A suivre donc, mais dans l’état actuel des choses, Liège 2015 est déjà une victoire pour avoir amené tous ces éléments…

#2 : Restons modestes

     La modestie désarmant la vanité - Jan van der Straet (Giovanni Stradanus), 1569, Musée du Louvre

La modestie désarmant la vanité – Jan van der Straet (Giovanni Stradanus), 1569, Musée du Louvre

Ce billet est à lire en forme de second avertissement méthodologique préalable au vif du sujet, dans la saga « l’écologie au quotidien ».

Quels que soient les choix individuels que l’on peut poser, il faut rester conscient à tout prix de la portée réduite de ceux-ci. Une réflexion pertinente et les conséquences pratiques qui en découlent, menées sur un plan individuel, ne pourront jamais métamorphoser la planète.

Dès lors, il est inconvenant de tirer quelque gloriole de nos propres choix ou d’en magnifier l’amplitude. Contradictoire avec l’objet même de cette série? Pas tellement : l’ambition est de partager, de confronter des expériences et – qui sait ? – de sensibiliser l’un(e) ou l’autre d’entre vous, chers lecteurs.

Il faut savoir que, selon des chiffres à vérifier, de 95 % à 99 % des déchets et pollutions sont commis en amont de la consommation finale par le consommateur lambda que nous sommes. Le vêtement que nous portons, avant de devenir un déchet, a nécessité de grandes quantités de fibres, de produits chimiques et d’eau avant d’arriver dans notre H&M favori. La viande dont nous nous empiffrons a converti en protéine des milliers de kilos de céréales, qu’il a fallu faire pousser, avec produits chimiques et eau, etc.

Que l’on parle d’agro-alimentaire, de production de masse, de composants rares (pour l’informatique, par exemple), de nombreuses conséquences écologiques et sociales sont produites de manière systémique en amont du processus de consommation, de l’extraction de ressources naturelles à la production en usine, au conditionnement et à la logistique.

Cela restreint considérablement toute velléité individuelle à influer sur le cours des choses, sur des mécaniques bien huilées. Faut-il dès lors renoncer? Non pas. Il faut agir en espérant qu’un nombre significatif d’actions individuelles finissent par peser leur poids dans le débat collectif. Il faut agir pour avoir la conscience tranquille.  Surtout, il faut agir pour dénoncer.

Finalement, adopter des comportements écologiques au quotidien, actuellement, s’apparente à adopter des comportements de déviants (ce n’est pas péjoratif, c’est issu de ces théories populaires en sciences sociales). C’est entrer en résistance avec des systèmes sociaux bien ancrés, se placer en porte-à-faux avec des valeurs couramment véhiculées. Il faut en assumer les conséquences (pas toujours facile de se passer de voiture, par exemple) et espérer interpeller autrui, stimuler les sens critiques et porter le débat sur nos modes de vie sur la place publique.

#1 : l’obsession quantitative

Prélude #0 : l’écologie au quotidien

NanObama

Périscope est de retour après un long week-end d’armistice dans une nature sublime et déconnectée de tout (ce que le lecteur attentif aura remarqué, la cadence de publication sur Périscope s’en étant trouvée ralentie…).

Puisque le bien-être est de mise, reprenons en mode mineur avec cette information insolite relative au nouveau Président des USA, Barack Obama. Un centre d’étude dans le domaine des nanotechnologies, de l’Université du Michigan, a recrée une image d’Obama à l’échelle du nanomètre (le standard de comparaison, pour donner une idée, correspond à un nanomètre = 1/80.000ème du diamètre d’un cheveu…). Son petit nom, cousu de fil blanc : le NANOBAMA.

Cette image, véritable prouesse technologique, est constituée de 150 millions de nanotubes de carbone, soit un des composants les mieux maîtrisés issus de la recherche en nanotechnologie. À cette échelle, le carbone présente la particularité d’être particulièrement résistant.

L’intérêt de cette démonstration technologique? Elle est avant tout envisagée par ses concepteurs comme une voie ludique et privilégiée de communiquer au sujet de la science et de la technologie auprès du plus vaste public.

Source : Obama under the microscope

Nanobama.com

Obama Président, regagnez vos pénates!

Obama est Président des USA.

Il l’emporte très largement sur son rival McCain selon les premières estimations de résultats. Crédité un temps de 207 sièges contre 135 pour McCain, Obama a franchi la barre décisive des 270 sièges nécessaires vers 5h du matin, décrochant les états de Californie, d’Oregon et de Washington avec des majorités significatives. Avec 297 grands électeurs assurés, le triomphe d’Obama est univoque. UPDATE : McCain vient de reconnaître sa défaite (cuisante).

Comme beaucoup, je n’ai jamais lu la plus traître ligne de son programme politique mais who cares? Obama irradie un charisme fédérateur et a suscité un engouement peu commun autour de sa personne. Le consensus international explicite en vue d’éviter McCain me semble une bonne chose, tant ce cireux, sorti tout droit d’un Grévin, et ses visées réactionnaires (ou du moins celles qui ont transpiré dans les médias européens) sont ulcéreuses.

Pour le surplus, la récupération politique oscille entre le sirupeux et le graveleux. Si vous n’êtes pas populaire, faites vous populariser par les autres! Avec la manie de vouloir faire entrer Obama dans le carcan étriqué de la petite Belgique, bon nombre de nos élus, grappillant quelques miettes de notoriété ou d’exposition médiatique, ont tout juste réussi à faire montre de leur inanité. En ouvrant un comité aussi vain que « Belgium for Obama » (présidé par un président d’un parti présidentiel) ou en allant se faire mousser à des « Obama night »…

Soirées chaudes sur le blog de Mateusz

Soirée chaude sur le blog de Mateusz

Pour le dire autrement, si Obama était Belge… Il serait socialiste, dixit le PS. Il serait libéral, dixit le MR. Il serait centriste, dixit le CDH.

Bref, n’en jetez plus, la coupe est pleine! Vivement la victoire de notre ami Barack, à qui je me réjouis de faire une petite visite en 2009, et vivement également la fin de l' »Obamania », aka la récupération politicienne de bas-étage (voir cet excellent sujet de Eigen Blog Eerst). Puis-je suggérer aux élus en mal de popularité de tenter de se rendre populaire par eux-mêmes à l’avenir?

On en parle sur Je suis Belge mais je me soigne.

Mateusz a passé la nuit à live-bloguer sur son blog d’où provient la photo ci-dessus (déjà awardée du chicon de titane).

UPDATE : Jacky Morael nous livre un grand cru au sujet de cette élection.

La contradiction atomique

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de mettre en évidence un décalage particulièrement important des paroles aux actes, au sujet de la construction de nouvelles centrales nucléaires. En d’autres termes, le présent billet ambitionne de placer un parti, le cdH, face à ses promesses électorales. L’on sait la vacuité desdites promesses et que ce n’est plus, depuis longtemps, à l’aune de celles-ci que l’on juge la qualité de l’action d’une parti…

Il n’empêche, les sorties médiatiques particulièrement désastreuses du ministre Antoine sur le sujet du nucléaire ne peuvent laisser indifférent. Ramasser une gamelle aux élections fédérales n’est pas un bon prétexte pour faire feu de tout bois (encore qu’on serait dans le registre de la biomasse) ! Petite dialectique contradictoire.

Le programme en vue des élections fédérales de 2007, p. 8 :

Programmer la sortie de l’énergie nucléaire était une bonne chose. Malheureusement, cette décision impliquait la mise en place d’un ambitieux plan de substitution de l’énergie nucléaire par des énergies « propres ».

André Antoine :

« Cela suffit de les laisser répandre leur illusion écologiste. Maintenant, on doit dire la vérité aux gens, même si ça ne va pas dans le sens du vent : nous ne pourrons pas sortir du nucléaire à partir de 2015, comme cela avait été promis sous l’arc-en-ciel il y a quelques années. Et non seulement nous ne pouvons pas, mais nous ne devons pas le faire. »

Qui ment? Le programme ou Antoine?

Le programme dit encore, p. 132 :

Le cdH propose d’adopter  un  plan  ambitieux  d’énergie  alternatif à l’énergie fossile (pétrole, gaz, charbon) poursuivant un objectif clair de -30% d’émissions de gaz à effet de serre en 2020 et -80% en 2050 articulé autour de la réduction de notre consommation d’énergie et du développement des énergies renouvelables, élaboré dans le cadre de la « Task force pour une alternative à l’énergie fossile », prévoyant des mécanismes contraignants, des évaluations, des étapes et objectifs intermédiaires.

Le ministre Antoine :

« Ecolo n’avance aucune base chiffrée quand il s’agit de substituer la capacité de production nucléaire par des unités de production d’énergie renouvelable, mais nous signalons que cela supposerait d’implanter 16.000 éoliennes en Belgique, soit une moyenne de 27 éoliennes par commune ! Vous imaginez : 27 éoliennes à Ixelles… » Il insiste : « En tenant compte des autres filières alternatives (biomasse, hydraulique, etc.), les mêmes études montrent qu’au total, tout cela représenterait au maximum un sixième de la production électrique assurée par le nucléaire aujourd’hui. Or, la consommation d’électricité est en augmentation : de 88,8 % entre 1979 et 2006 ».

C’est ça la Task Force ?

Le programme, p. 132 toujours :

A cet égard, l’absence de stratégie énergétique en Belgique, imputable au gouvernement fédéral, a introduit une forte incertitude, comme en témoigne le retour à l’avant-plan du débat sur l’énergie nucléaire, malgré l’adoption de la loi de sortie en 2003. (…) La Belgique doit sortir en priorité de sa dépendance aux énergies fossiles. Elle doit, également, sortir de l’énergie nucléaire.

La conclusion d’Antoine sur le dossier du nucléaire :

« C’est quand même autre chose que l’impasse idéologique d’Ecolo ».

Ma conclusion personnelle : l’impasse idéologique, elle réside dans les promesses à tout crin que l’on ne tient pas. Sortir du nucléaire aujourd’hui demande un investissement massif et unidirectionnel dans les énergies alternatives et – n’en déplaise à M. Antoine – dans la réduction drastique de la consommation. C’est tout. Vouloir poursuivre le nucléaire ne nécessite pas de courage politique. Ce n’est pas « impopulaire » : ce qui l’est, c’est de rationner l’énergie disponible, d’implanter des parcs d’éoliennes ou de mettre le hola sur l’illusion photovoltaïque (les panneaux solaires ne vont pas résoudre tous les problèmes énergétiques, loin s’en faut). Bref, le courage politique, en matière énergétique, c’est d’éviter la procrastination.

NB : la Belgique compte 7 réacteurs nucléaires (contre 1 aux Pays-Bas, 0 en Italie ou au Portugal, par exemple), ce qui est proportionnellement une des densités les plus fortes au monde.

NB2 : lire également ceci sur le site d’André Antoine.

UPDATE : à lire cet indispensable complément d’information (David Leloup, journaliste Imagine).

UPDATE 5/11 : Daras passe les « Schtroumpfs oranges » à la sulfateuse

Jorion, pour une épistémologie des sciences économiques

Paul Jorion est un profil atypique et tout à fait fascinant. Diplômé en sociologie et en anthropologie sociale (j’avoue ne pas bien saisir ce que recouvre cette dernière notion), il a enseigné dans de nombreux établissement en développant une expertise sur les milieux économiques et financiers. Ce qui est singulier à son égard, c’est la publication, en 2007, d’un ouvrage intitulé Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte: 2007). Vous avez dit prophète ? Un temps mis au ban de la communauté financière, pour autant que je puisse en juger, Paul Jorion s’est taillé une place de choix parmi les « analystes-ressources » de la crise financière en raison de ses écrits précurseurs. Son blog cartonne littéralement depuis ces mois de septembre et d’octobre et a grandement contribué, me semble-t-il, à l’exposition dont il bénéficie aujourd’hui.

Plus que de vous faire découvrir ce blog essentiel dont les analyses sont parlantes et pertinentes, je voudrais attirer l’attention sur un billet précis, qui éclaire d’un jour particulier le cheminement intellectuel suivi par Paul Jorion. C’est étonnant, la manière dont il a développé une épistémologie particulière, en total porte-à-faux avec l’évolution des sciences économiques contemporaines. Autrement dit, sa manière de concevoir les disciplines dans lesquelles il évoluait différait grandement de la manière dont ces disciplines étaient vécues et comprises par la majorité des gens.

Où l’on comprend l’importance de réintroduire l’humain dans des sciences économiques qui avaient parfois cédé aux sirènes positivistes du calcul rationnel… C’est pour moi une façon de restituer à l’économie sa dimension intrinsèquement politique. À lire et à relire, donc, sans modération !

Blog de Paul Jorion » Crise : où l’expliquer.