L’horizon fuyant de la consommation

En lien avec cette réflexion que je soumettais hier, voici un passage d’un livre que je suis en train de lire qui relaie une expérience menée par Alfred Sauvy, que je livre ici sans fard :

Alfred Sauvy raconte une expérience étonnante. Lorsque l’on demande aux gens : « quelle augmentation de vos revenus vous permettrait-elle de satisfaire vos besoins ? », ils répondent en moyenne : « une augmentation d’un tiers environ ». Mais lorsqu’on revient interroger les mêmes personnes dix ans plus tard, et que leur revenu a de fait augmenté d’un tiers, leur réponse reste inexorablement : « un tiers de plus ». Ce tiers de plus que l’on ne peut jamais atteindre, comme l’horizon qui fuit toujours devant soi (…).

Ceci est évidemment sujet à caution ; je ne suis en rien renseigné sur les méthodologies d’enquête mobilisées pour parvenir à ce résultat. Ce qui est intéressant, selon moi, c’est l’idée de relativité : quel que soit le revenu ou les désirs qu’une personne cherche à assouvir, c’est toujours dans une perspective comparée avec un conditionnel. Autrement dit, ce que l’on a ou ce que l’on désire avoir n’est jamais absolu : ces éléments sont à mettre en balance avec ce que l’on pourrait avoir et à ce que possèdent les autres.

Daniel COHEN, Nos Temps Modernes, Flammarion, 2000.

8 réflexions au sujet de « L’horizon fuyant de la consommation »

  1. Martin

    Est-il précisé si l’augmentation de leur revenu est — elle même — absolue aussi ? C’est à dire qu’elle est pondérée par l’inflation (et le cas échéant de l’augmentation des besoins vitaux de la famille).

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  2. Holocrate

    Bien sûr que tout est relatif !
    Seules, les lois fondamentales de l’Univers sont absolues.
    Pour le moment… 😀

    En tout cas, à notre échelle – et vu la multiplicité des facteurs régissant constamment nos vies – il me semble quand même que l’absolu constitue une belle utopie et sa recherche, déjà une erreur en soi.
    Donc, exit l’absolu et bonjour la relativité.

    Pour en revenir à ce que nous désirons, ben oui, on n’est jamais satisfait. Toujours plus tel pourrait être notre crédo universel.
    Ce qui n’empêche pas notre quête de changer parfois de nature, dès que l’on a « atteint » un certain « palier ».
    Exemple : Bill Gates. Jamais il ne parviendra, au cours de sa vie, dépenser ce qu’il possède. Ce qu’il semble avoir enfin compris, si l’on en croit son désir de lever le pied sur le plan business, pour se consacrer plus spécifiquement à sa fondation.
    Mais bon, cela reste des exceptions : dans la quasi majorité des cas, on court toujours après les mêmes lapins, à l’instar de Ruppert Murdoch, ce vieux crocodile insatiable et doté d’une capacité d’ingestion proprement abyssale.

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  3. EJ

    Petit interlude (qui ne révolutionnera en rien ce débat : ceci est une précaution d’usage !).

    comme je l’ai entendu un jour, les pauvres et les riches ne sont pas si différents que ça : tous cherchent à être plus riches… (mais seulement de 33% ?)

    J’avais bien dit que ce propos ne révolutionnerait pas le débat 😉

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  4. François Bertrand

    Ce début de saga sur les comportements de consommation et l’écologie au quotidien est très intéressant: vivement la suite!

    Pour le coup, je reste partagé sur « l’obsession quantitative ». Depuis que je suis salarié (au SMIC) je n’ai pas de difficulté à finir les fins de mois avec 1300 Eur nets mensuels (même si je ne cracherai pas sur une hausse salariale de 33% ;))… et là, il est clair que ce sont des choix de vie qualitatifs (individuels et de couple) qui ont fait la différence (le choix de me rendre au boulot en navette SNCB intégralement remboursé, pas de voiture pour mes déplacements à Liège mais l’usage des TEC, des vacances en rando dans les Alpes au bas coût forcément, des économies de chauffage etc).

    D’un autre côté le SMIC n’est pas la panacée (les minimas sociaux n’en parlons pas…) dans un contexte de hausse des prix de l’alimentaire, de l’explosion des prix énergétiques domestiques (le Gazélec quoi!)…là le quantitatif (et les choix collectifs) reviennent au galop. Le loyer a aussi son poids: compter une moyenne de 600-700 Eur pour un logement décent en région Bruxelloise (mais qui restera à ce prix souvent un studio surpeuplé) ça restreint déjà le disponible budgétaire (pour les minimas sociaux, inutile de faire un tableau).

    Pour ta déception envers les programmes syndicaux, je te rejoins: il est vrai qu’ils semblent aujourd’hui noyés dans la course à l’urgence dans une optique quantitative… Même si ceux-ci ont aussi une réflexion qualitative de longue date (occultée par la crise économique) sur la réduction du temps de travail et donc sur l’augmentation du temps pour soi et les autres, du « pouvoir être » plutôt que du « pouvoir d’achat ».

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  5. Francois

    @ Holocrate

    Merci pour l’intervention. Vous devriez peut-être lire ce livre de D. Cohen, il y fait référence à la fin de la consommation, explique à quoi sont affectés les revenus supplémentaires (basiquement, à la même chose, en mieux – plus grosse maison, plus grosse voiture – ainsi qu’aux dépenses de loisir – au détriment de dépenses « traditionnelles » telles que l’alimentation). Il typologise les consommateurs selon qu’ils consomment des biens nécessaires, ostentatoires ou sociaux (biens méritoires comme soins de santé ou école). Sur cette base, je peux vous rejoindre ; il est probablement davantage question de possession que de consommation, même si honnêtement je ne suis pas sûr que la distinction soit tellement importante.

    Ca ne coupe pas trois pattes à un canard et ce n’est pas vraiment scientifiquement établi, m’enfin la réflexion est intéressante.

    @ Francois Bertrand

    Merci pour ton commentaire également. Je surveille ton blog avec attention 😉

    Je suis étonné par les chiffres que tu présentes ; 600 à 700 € pour un petit studio surpeuplé? Si ces chiffres sont vrais en Région Bruxelloise, alors ça change la donne mais a me paraît beaucoup. Cela ne fluctue-t-il pas de manière conséquente selon les quartiers? D’autre part, je suppose que les prix de l’énergie sont +/- les mêmes et que de ce point de vue il me semble que les charges sont raisonnables (je paye environ 100 € par mois en gaz, eau et électricité).

    Pour l’action syndicale, je suis dubitatif également ; de quand date la dernière sortie volontariste d’un syndicat sur le temps de travail, ce qui devrait être leur cheval de bataille? Quel syndicat a-t-il tenu un autre message que bêler avec le troupeau pour du pouvoir d’achat?

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