Penser la crise financière

C’est la crise financière et, avec elle, les plus grands auteurs et intellectuels contemporains sortent de leur réserve.

Fukuyama avait prédit « la fin de l’histoire » (et le dernier homme) lors de la chute du mur de Berlin, proclamant ouverte l’ère du capitalisme sans contrepoids, thèse qualifiée un peu rapidement de « fin de l’histoire ». Son auteur s’est par la suite amendé, reconnaissant que si, « fin de l’histoire » il devait se produire, la prédiction était pourtant un peu prématurée… Il est intéressant de lire l’analyse de ce même auteur sur une sorte de déclin (à haute vitesse) de l’empire américain.

Francis Fukuyama – « La Chute d’America, Inc. » – Le Monde

D’un autre côté, les thèses de Wallerstein – auteur marxiste s’il en est – qui annonce abruptement (et probablement un peu péremptoirement) la fin prochaine du capitalisme. Le substrat des thèses marxistes réside dans la logique auto-destructrice du capital : si on le laisse aller, il se nourrit, grandit, dévaste, cannibalise tout ce qui l’entoure au point de s’en anéantir. C’est pourquoi Marx, à l’époque déjà, plaidait parfois pour des mesures de nature très libérale, arguant que cela concourrait à accélérer la chute du capitalisme.

Amusant retournement de l’histoire : les thèses économiques classiques et ensuite néo-libérales ont énormément évolué depuis les théories économiques classiques de Smith, etc. Elles se sont adaptées aux évolutions du monde et ont prolongé la validité de leur raisonnement par des artifices chaque fois un peu plus équilibristes… D’aucuns proclament qu’elles ont glissé de ce fil ténu et ont lourdement chuté. La science économique serait en faillite.

Et bien, voici où je veux en venir: lisez cette interview de Wallerstein. Il procède exactement de la même manière. Il reprend les thèses de Marx, les actualise et justifie rétro-activement les motifs pour lesquels le capitalisme a tenu le coup jusqu’à nos jours (alors que Marx en annonçait la fin imminente). C’est amusant. Au fond, il prolonge et maintien à tout prix le core business théorique de Marx, quitte à en amoindrir la lisibilité et, se peut, la validité.

Immanuel Wallerstein – « Le capitalisme touche à sa fin » – Le Monde

Retenons de ces deux histoires qu’il faut éviter l’effet d’annonce et la proclamation péremptoire du futur proche : il ne se révèle à nous qu’avec de la patience et emprunte des chemins tortueux qu’il est, ma foi, particulièrement difficile d’emprunter.

3 réflexions au sujet de « Penser la crise financière »

  1. David C.

    Vous souhaitez des solutions pour faire face à la crise financière internationale:Faites appel à Cheminade !!!Depuis 1995, Jacques Cheminade l’avait dit!!! Aujourd’hui Jacques Cheminade propose ses solutions!!!Vite demandez un VRAI Nouveau Bretton Woods !!!
    Nous avons fait le bon diagnostic, en regardant la réalité en face l’hiver dernier. Maintenant, soutenez avec nous ces mesures : c’est le médecin qui fait le bon diagnostic qui rédige la meilleure ordonnance.David C.

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  2. JD

    Intéressant. Il faudrait faire l’histoire sociale des annonceurs de fin du monde. Ils sont particulièrement entendu en cas de crise. Car ils parlent en continu, et lorsqu’il y a une crise, il y en a nécéssairement un qui avait prédit la crise. Nouriel Roubini joue ce role actuellement et vient d’accéder à une célébrité qui dépasse le champs de la science éco.

    Fair l’histoire sociale des annonceurs de fin du monde permettrait de réduire leur pouvoir nuisible, en leur ressortant les déterminismes socio-historiques qui rendent leur discour possible. Il faudrait per exemple montrer l’homologie de position sociale des annonceurs de fin du monde avant l’avènement de la science moderne. Je dirais a priori que les curés, les religieux jouaient ce role, mais ils ont perdu leur monopole dans la production de discours apocalyptique au profit des sciences humaines en général, des éconiomistes en particulier.

    JD

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  3. Francois

    @ JD

    Petit relâchement dans les réponses aux commentaires, vous l’aurez remarqué.

    Vous avez entièrement raison et je trouve d’ailleurs que votre idée est excellente. « Brève histoire des prophètes de malheur » ou encore « Histoire terminale de la fin du monde » 🙂

    Parfois, la mauvaise foi de ceux qui se plantent dans leurs prédictions est absolument amusante…

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