Reviviscence du « péril musulman »

La charge est lourde, très lourde. Cette fois, le Vif / L’Express a fait fort en matière de populisme racoleur, en titrant sans ambages sur « Comment l’Islam menace l’école ».

C’est là une manifestation particulièrement détestable de ce phénomène rampant de « racisme ordinaire à la ‘Une’« .

Je ne vais pas m’y étendre, tout d’abord parce que les réactions justement indignées sont légion (voir Henri Goldman et Jacky Morael) et ensuite parce que le MRAX a déposé une plainte contre Le Vif, ce qui signifie que cet impair n’aura pas été commis en toute impunité. Update : The Mole atomise le Vif.

Certains doivent avoir avalé leur cravate de travers au déjeuner en découvrant cette Une : d’une part, les auteurs d’une enquête menée par l’ULg sur la qualité des systèmes d’enseignements (supposée, d’après l’édito, être l’objet principal de l’article), laquelle ne concerne au demeurant pas spécifiquement les rapports entre la religion musulmane et l’enseignement et, d’autre part, les journalistes auteurs de cet article eux-mêmes (voir l’article de Jacky Morael).

Je sors de conclure une étude sur le financement public des cultes, et ce que je peux dire de manière certaine, c’est que le culte islamique a été et est encore structurellement sous-financé par les pouvoirs publics, au regard d’autres convictions philosophiques.

Sur la thématique particulière de l’enseignement, la (non-)politique de la Communauté française, qui délègue le choix d’interdire ou non le port du foulard aux établissements scolaires, a inéluctablement conduit à une getthoïsation.

En bref, il faut arrêter ces simplismes médiatiques destructeurs (et dangereux!), témoins d’une reviviscence du « péril musulman« , et il est heureux qu’une veille active ait permis de dénoncer efficacement et unanimement les errances du plus vendu des hebdomadaires, en voie continue de feuille-de-chouïsation (notamment depuis des tensions internes et le départ de Jacques Gevers).

33 réflexions au sujet de « Reviviscence du « péril musulman » »

  1. Mam

    Suite à ton article, suis allée sur le site du Vif et leur ai laissé un ptit commentaire leur souhaitant un bon procès retentissant dans les gencives pour incitation au racisme.
    L’harmonie entre les différentes composantes de notre société est à refaire tous les jours, pour maintenir un juste équilibre, mais cette façon d’agir n’aide en rien à ce but.

  2. magris

    Que de guimauve électoraliste! Restons bien gentils avec tous le monde…Pas de vague, voilà qui promet un lendemain d’élection « dans les gencives » pour reprendre l’expression du vengeur masqué…ououou on va rire….jaune…..demndez leur avis aux habitants de Schaerbeeck(pas les coins chics près de Schuman, cette belle Ch de Haecht) et Anderlecht…Et demandez-leur dans quelles écoles ils mettent leurs enfants…

  3. Francois T

    @ Magris :

    Votre commentaire se situe dans la ligne de la stratégie du Vif qui se défend en disant avoir « brisé un tabou ». Je regrette, mais cette charge en règle met le doigt sur un problème qui n’en est pas un. Le vrai problème, en effet, se situe au niveau des politiques de la CF et des ségrégations – indirectement raciales – qui en résultent…

  4. raymond

    fichtre!
    Entre ladite « islamophobie » et le flicage politiquement correct, mon coeur ne balance pas.
    Fichue époque , voilà se poindre une jolie tendance vers l’autocensure au risque de s’octroyer les foudres des bien pensants. Ca craint!
    En attendant, merci pour la pub pour ce numéro du Vif que je ne manquerai pas de me procurer, histoire de voir…(au passage, cet article-non signé- ne nous dit rien de pertinent sur la teneur du numéro du Vif)
    Guimauve éléctoraliste effectivement…

    Ray

  5. Bono

    « Entre ladite “islamophobie” et le flicage politiquement correct, mon coeur ne balance pas. »
    Et il va acheter le numéro du Vif, c’est sur il ne balance pas l’organe qui te fait office de coeur…on comprend bien d’où tu parles !
    Sache surtout, qu’en matière de briseur de tabou, « chez riton », bistrot du coin, le discours « casse-crouile » fait florès, t’es pas tout seul, loin de là…On se prend pour Voltaire et l’on est qu’un beauf de seconde zone !

  6. seniorette

    La gauche bien pensante a commis d’énormes boulettes sur ce dossier en jouant l’angélisme. Elle oppose continuellement des beaux principes à ce que vivent, au quotidien, les gens.
    Je ne suis pas d’accord avec le titre du Vif mais les dérives dénoncées sont réelles et pas rares. J’ai découvert le thème des interdits alimentaires à l’occasion d’une visite guidée d’une expo sur les religions. J’avais dans mon groupe une 20aine d’instits bruxellois totalement énervés par les bagarres perpétuelles, les insultes « oh c’est dégoûtant, comment tu peux manger du jambon ! « , que subissaient les petits « belges » (je rappelle quand même que le cochon est la base de notre alimentation depuis toujours et la source de la richesse des pauvres comme le montre le symbole de la tirelire) Le résultat effectivement, c’est soit la ségrégation, car pas question d’être assis à côté d’un mangeur de cochon, ou la suppression des menus de tout ce qui ressemble à du porc. Comme le disait la même expo « les interdits alimentaires ont pour objet de séparer le croyant du non-croyant » Rien que cela mérite qu’on s’y oppose partout, si on veut une société ouverte.

  7. raymond

    J’avoue ne pas comprendre de ce que vous vouliez exprimer mon cher Bono.
    Cela ne devrait pas vous empêcher de rester poli. (By the way, mauvais exemple de valeurs et de tolérance…)
    Votre supposé antiracisme semble suspect!

    cheers,

    Ray

  8. bono

    Tout est là vous n’avez jamais rien compris à rien, c’est votre problème et le nôtre , puisque nous vivons en société…
    Comme tout les gens, un peu limité, vous vous contentez de la forme, vous restez en surface, le fond ne vous est pas accessible… Ce n’est pas un fatum, car derrière la bêtise et l’ignorance, il y a toujours la paresse…La lecture du « vif », voilà un bel hymne à la paresse !

  9. bono

    Quant à seniorette, rien à dire, c’est sans espoir, L’alcool et la télévision lui on mangé le peu de neurones dont il était le bénéficiaires…Le Royaume des cieux est fait pour les pauvres d’esprit, « la pauvre créature » attend la visite de l’esprit saint… Alléluia !

  10. himself

    Bonjour François,

    je n’ai pas (encore) lu l’article incriminé et je ne ferai donc pas de commentaires à ce sujet; j’avais lu le dépot de plainte du MRAX. Cela fait longtemps que je me pose des questions concernant les plaintes du MRAX … qui ne sont pas des condamnations de justice,(« ce qui signifie que cet impair n’aura pas été commis en toute impunité ») seule à pouvoir juger. Attendons.

    Par effet du hasard, javais suivi avec beaucoup d’intérêt la rediffusion de l’émission « La Pensée et les Hommes » avec comme sujet « Pas de voile à l’école ?
     » et comme invités Nadia Geerts et Sam Touzani.
    http://grand-barnum.blogspot.com/2008/09/pas-de-voile-lcole.html

  11. JD

    Deux remarques:
    1. Je ne comprendrai jamais ces excités en Belgique qui font ce genre de critiques racistes déplacées sur l’Islam dans un pays ou la moitié des écoles et des universités, financées par l’Etat, ont des crucifix dans les salles de cours, font des messes à la rentrée, etc. etc.

    2. Je ne suis pas surpris par le Vif. Qu’attendez-vous de ce magazine? Une critique sociale du capitalisme?

    JD.

  12. JD

    @seniorette

    les insultes “oh c’est dégoûtant, comment tu peux manger du jambon ! “,

    Effectivement, j’espère que le petit Belge qui a reçu cette insulte s’en relèvera. Dur dur la cours de récré.

    Vraiment, ça me rend dingue cette histoire, Faut-il rappeler la position de l’Eglise catholique sur le darwinisme? Et puis combien de prof savent ce que c’est le darwinisme? Et puis combien de prof croient au darwinisme social?

    Alors l’absentéisme au cours de gym menaçe l’école? Je ne suis pas sur qu’il faille commenter.

    Ce qui est terrible, c’est que le vif est présenté et perçu comme une espèce de source d’information hyper légitime, dans le champs de la presse et des médias, comme le haut du panier, un peu impertinent et intellectuel. Une insulte à tous les bons journalistes, et à tous ceux qui essayent de faire du travail scientifique dans les sciences humaines.

  13. Francois

    Et bien, quel débat, merci pour vos interventions!

    @ himself : Nadia Geerts part, me semble-t-il, du principe que le voile est forcément une atteinte aux droits de la femme et imposé à elles contre leur volonté… plus d’infos?

    @ JD : vous avez entièrement raison. Ceux qui s’arment d’une laïcité de combat vont rarement au bout de leur logique. Quant au Vif, je n’en attends plus rien, j’en suis dûment désabonné depuis les incendies politiques hebdomadaires allumés par cette feuille de chou. Mais je le subis toujours chez beau-papa 🙂

    Quant au débat science / religion / société, il m’intéresse de très près. J’y reviendrai probablement dans un avenir plus ou moins proche. Avez vous-lu (tout le monde) le dernier XXI sur « Les Religions Mutantes »? Très passionnant, très intéressant!

  14. seniorette

    @JD
    « le pauvre petit belge, j’espère qu’il s’en relèvera »
    Dommage que vous ne puissiez comprendre que le 1er degré.
    Ce que signifie ce genre de comportement, c’est qu’au lieu que l’école propose à chaque enfant ce qu’il a envie, aime ou peut manger selon ses convictions, que ces mêmes enfants puissent, assis l’un à côté de l’autre, manger et découvrir leurs cultures mutuelles, les réactions de rejet sont tellement agressives que l’école est amenée à choisir UN seul type de repas, celui des enfants qui perturbent le plus. Ou alors de pratiquer la ségrégation « la table des spaguettis bolognaise », et « la table des spaghettis sauce tomate ». Idiot non ?
    Donc au lieu de créer une société multiculturelle, on exacerbe les différences. Je suis tout à fait partisane que chacun se voit respecté dans ses convictions mais pas que ce soit celui qui emmerde le plus le monde qui obtienne gain de cause.
    Je travaille dans l’orientation et quand je vois des filles voilées qui m’expliquent « je voulais faire éducatrice mais comme il y avait des cours de gym, j’ai dû choisir autre chose », ou d’autres dire ne pouvoir faire certains exercices de communication parce qu’elles ne peuvent pas toucher un garçon, je trouve qu’on ne leur a pas réellement ouvert la voie de l’émancipation en leur permettant de faire des humanités voilées.

    Pour le voile, signe de soumission, voici ce que m’a dit une jeune fille musulmane qui ne voulait pas porter le voile – mais c’était pas évident : « le voile, c’est comme les films porno, la vie toujours faite pour les mecs: d’un côté la fille doit se cacher parce qu’il faut pas les exciter et de l’autre côté, il faut se mettre à poil pour les exciter. »
    Un peu cru mais assez juste, je trouve.

    Enfin je trouve perso que c’est totalement improductif , pour justifier un certain obscurantisme de l’Islam, de rappeler les horreurs et les erreurs du Christianisme. On a enfin réussi à le mettre au pas, à quasi supprimer son influence dans la vie d’aujourd’hui, c’est le fruit d’un long combat et voilà qu’on devrait recommencer avec une autre religion ?
    Avec laquelle, je constate d’ailleurs, qu’on prend bcp plus de gants qu’on n’en a pris avec le Christianisme. Essayez de tourner un film sur Mahomet comme l’excellent Life of Brian des Monty Python, je crois que ça provoquerait quelques remous…
    Ce que j’essaie de dire simplement c’est qu’on laisse le discours sur les difficultés de cohabitation entre cultures à l’extrême-droite, ce qui est nier ce que vivent des gens pas du tout mal intentionnés mais qui le deviennent, parce qu’on ne les entend pas.

  15. Francois

    @ seniorette

    Je lis bien votre discours qui entend faire preuve de nuance, mais tout de même : que préconisez-vous concrètement?

    Entre le spaghetti bolo et spaghetti tomate, par exemple? Et comment intégrez-vous à votre analyse la politique de la Communauté française, qui conduit dans la pratique à concentrer la population musulmane dans quelques établissements scolaires?

    Mon sentiment à cet égard est qu’il existe un registre de la croyance et de la tradition, et un registre de la liberté individuelle. Le rôle de nos sociétés occidentales est de permettre l’expression et la cohabitation harmonieuse des croyances et des traditions, combinée à la possibilité d’une émancipation individuelle.

    Concrètement, il ne me paraît pas choquant que des parents entendent faire observer des prescrits religieux à leurs enfants jusqu’à leur majorité. Par la suite cependant, j’estime qu’il doit être possible à ces derniers de se positionner sur leurs croyances et d’en donner la libre définition qu’ils souhaitent.

    Qu’en pensez-vous?

  16. seniorette

    Prenons les problèmes un par un, enfin essayons car bien évidemment, ils sont imbriqués et la solution ne peut être que systémique. je vais essentiellement m’appuyer sur des cas réels pour, précisément, souligner la complexité.

    1. Les interdits alimentaires, liés à la religion et, de manière générale, l’éducation dans une religion
    Pour les spaghettis, à partir du moment où on est entrés dans le jeu, il est difficile de faire marche arrière. Mais je ne crois pas que les parents peuvent etc… d’autant plus, qu’à part chez les chrétiens très convaincus, on ne baptise plus les enfants justement « pour ne pas les influencer »: je suis issue d’une famille catho et un seul de mes 10 neveux est baptisé.
    Tout le travail de la modernité a été de passer du « pater familias » romain, qui avait le pouvoir sur ses enfants à une société qui impose les comportements adéquats pour la vie en commun. Donc les parents ne font pas ce qu’ils veulent (une preuve: l’instruction obligatoire).

    2. Religion et liberté
    Croire qu’à 18 ans, on peut s’affranchir d’une religion qui comporte des manifestations externes visibles et vivre comme on veut, c’est de la théorie. Souvent,la seule manière est la rupture avec la famille, pour les filles comme pour les garçons, par exemple quand ils sont amoureux d’un ou d’une non-musulman.
    – Une jeune fille turque, voilée, que je vois actuellement, a été mariée à 17 ans (avant la majorité donc) avec un garçon qu’elle n’avait jamais vu. Elle a aujourd’hui 24 ans et essaie désespérément de faire des études supérieures mais elle vit depuis son mariage avec ses beaux-parents, qui lui répètent tout le temps « une femme mariée reste à la maison et s’occupe de son ménage. Point ». Elle a commencé dans ce climat, mais même en examen, il n’est pas question qu’elle ouvre un cours à la maison.. Pour elle, le voile n’est pas un choix, c’est la condition sine qua non pour pouvoir sortir.
    – Une autre, turque aussi, de 19 ans, vit seule; son voile est une obligation pour ne pas être traitée comme une P…par ceux qui connaissent sa famille, me dit-elle.
    – une de mes amies, prof dans une école à discrimination positive surtout de filles m’expliquait : « nous n’annonçons plus les sorties, visites d’expo .. parce quand on le faisait, on trouvait sur le trottoir les pères ou les grands frères qui nous accompagnaient en rue, pour surveiller la bonne tenue de leur fille/soeur. »

    3. Religion et moralité
    – Un mémoire de licence que j’ai lu, réalisé auprès de jeunes filles turques des écoles d’Herstal et de Cheratte, concerne les relations entre garçons et filles. C’est sidérant. Parce que la virginité est une obligation, pardonnez-moi le détail mais… la pratique essentielle de la sexualité (imposée par les garçons puisque, comme elles disent, ils ne pensent qu’à ça) c’est la sodomie, qui ne « déchire pas l’hymen ». pas le meilleur moyen de découvrir le plaisir à l’adolescence, je crois..
    Or en théorie, l’Islam impose la virginité aux deux, garçons comme filles mais elle n’est vérifiable que chez les filles… Quand j’explique aux ados qu’Allah, dont un des principaux qualificatifs est « le Juste », ne peut avoir imposé quelque chose qui n’est applicable et vérifiable qu’à la moitié des humains, ils sont interpellés… surtout les filles évidemment !
    – Autre exemple: dans un quartier de Liège, une assistante sociale marocaine monte le projet d’ouvrir la maison des jeunes aux filles, actuellement réservée aux garçons. On lui oppose des arguments de type religieux. Elle observe, discute, interpelle et comprend la vraie raison : les garçons boivent de l’alcool. Or le Coran l’interdit et ils ne veulent pas que les filles le voient. Cette opposition est soutenue par l’éducateur en charge de l’animation, qui est un jeune marocain. Arrive un jour le responsable communal du service, un marocain aussi mais d’une quarantaine d’années. Il s’étrangle devant la manière dont est gérée la maison, réfute l’argument religieux, remballe les discours sexistes et soutient l’assistante sociale. Pourquoi ? Parce que, explique t-il, les « interdits » religieux sont pratiques pour les garçons qui gardent ainsi leur liberté, leur possibilité d’adapter les exigences à leurs envies, tout en maintenant la rigueur pour les filles.
    La différence entre lui et l’éducateur de 25 ans, c’est que le responsable a été éduqué ici, à un moment où on a exigé que lui et sa famille se plient à nos modes de vie. Aujourd’hui il regrette que la laïcité, l’égalité, l’émancipation plient devant ce qu’il considère comme des attitudes rétrogrades et enrage de voir comment se comportent les jeunes.

    4. Permettre à chacun d’exprimer ses convictions
    Je pense que vivre ensemble suppose qu’on essaie de privilégier ce qui nous rassemble et pas ce qui nous différencie.
    Imaginons que je sois une jeune femme voilée (ou une religieuse arborant une grande croix en bois) et que je veuille travailler dans un planning familial. OK. Mais quel est le premier message, avant même que j’ouvre la bouche, que j’envoie à la petite ado piégée, qui voudrait bien avorter ??? « Je ne suis pas une femme, une professionnelle de l’aide, je suis d’abord une musulmane ou une archi-catho ( religions, qui en l’occurrence s’opposent à l’avortement et aux relations hors mariage).
    Donc ça aussi, c’est un souci.

    5. Ecole et communautarisme
    Pour la politique de la CF, il n’y a pas de « politique », il y a des essais maladroits de pratiquer une mixité sociale, qui se heurtent à des tas de grosses résistances égoïstes et à des alliances objectives contre nature.
    La ghettoïsation est liée à de très nombreux facteurs : la liberté du père de famille, inscrite dans la Constitution; la proximité de l’habitation, la connaissance des us et coutumes scolaires,le bouche à oreilles…
    Mais aussi la possibilité aujourd’hui de vivre en Belgique comme « au pays », d’écouter la radio, de regarder la TV satellite, de lire les journaux, de manger la nourriture … du pays d’origine. Résultat: des parents ici depuis 30 ans parlent à peine le français. A la maison, on vit comme là-bas. Or la maîtrise du français est le premier critère pour la réussite scolaire. A la fin du 1er degré, leurs enfants sont donc poussés vers le technique puis le professionnel. On oublie souvent que le fameux ascenseur social d’autrefois se faisait soit avec des surdoués qui auraient de toutes façons fait leur chemin, soit au prix d’un renoncement complet à son milieu d’origine (souvent grâce à l’internat, qui procurait le cadre nécessaire aux études, – calme, temps, espace, livres, conseils – inexistant à la maison) cfr les bouquins d’Annie Ernaux qui a vécu ce déchirement. Aujourd’hui il y a effectivement ghetto mais qui en fait est voulu par les deux parties: les « bonnes familles » qui n’ont pas envie qu’on mélange torchons et serviette et les familles allochtones qui ne peuvent (may and can) pousser leurs enfants à se mouler dans une autre identité. Et enfin, les enfants eux-mêmes qui sont mal à l’aise dans des milieux qui ne sont pas le leur, soulagés (mais à la fois humiliés) de se retrouver entre eux. chez X.. parce que ta famille n’était pas assez chic. Jusqu’il y a une vingtaine d’années, soit on écrasait, on se disait que c’était la seule manière de réussir à entrer dans ce milieu, soit on faisait de la rebellion mais en se dotant d’abord d’outils intellectuels (syndicats, promotion sociale, ..)
    – Enfin, un des endroits où se faisait le mieux le mélange social, où des responsabilités pouvaient être apprises ainsi que des codes de vie commune, c’était les mouvements de jeunesse. Mais on sait que les jeunes immigrés 2de génération y sont très minoritaires, même au patro qui a toujours recruté dans les milieux populaires. Or la raison en est, de nouveau, une difficulté à laisser le jeune, surtout la fille, sortir de chez elle sans surveillance…

    Ca, c’est la réalité, au-delà des discours de principes de tolérance, de respect des convictions auxquels j’adhère mais que je dois bien confronter aux problèmes qu’on me soumet, ou simplement, car ça ne se limite pas aux cas problématiques, aux situations « normales ».

    Si tu me répètes « oui mais concrètement, quoi ?  » eh bien je me dis qu’il y a des masses de trucs qu’il faudrait enclencher dans des domaines différents:
    – arrêter de pratiquer le politiquement correct, en pardonnant ou acceptant des choses de certaines religions que l’on n’accepte plus, aujourd’hui, d’autres religions ou cultures;
    – ne rien tolérer, pour aucune raison, que ce soit qui aille à l’encontre de nos valeurs fondatrices: liberté, égalité, non-discrimination des genres;
    – être intransigeant sur la formation: éducation physique, études libres des auteurs, histoire et sciences: pas de tabous, ni de discours lénifiants. Mais aussi sur les excursions, voyages etc.. qui doivent être offerts à tous et intégrer tous, garçons comme filles.
    – exiger une formation correcte des professeurs de religion, comme aujourd’hui dans la religion chrétienne où il faut un diplôme, même pour les instits: les imams de quartier font souvent le même bourrage de crânes qu’ont fait au 19es les petits curés de Flandre, en diffusant une vulgate qui n’est ni historiquement ni religieusement exacte, mais qui entretient l’obscurantisme et les récriminations.
    – travailler dans les écoles à distinguer ce qui est religieux et ce qui est culturel; insister sur la manière dont la laïcité s’est construite chez nous, avec le véritable combat qui fut mené contre la puissance de l’Eglise, au nom des valeurs des Lumières. faire comprendre que l’Eglise a été acculée à perdre son influence, elle n’y a pas renoncé spontanément et pourquoi on a agi comme cela.
    – créer des cours de religions comparées et de philosophie dans les écoles, à la place des cours confessionnels, pour enrichir le bagage commun et introduire la notion de relativité des solutions apportées aux problèmes humains (démocratie = autonomie en perpétuelle négociation, religion = hétéronomie, fixée d’en haut et une fois pour toutes)
    – détacher plus fermement nos rythmes de vie des anciennes fêtes religieuses chrétiennes; cfr en France, les vacances de printemps n’ont plus rien à voir avec Pâques. Privilégier des critères pédagogiques (et éventuellement économiques. )
    – encourager la mixité scolaire en inscrivant nous-mêmes nos enfants dans des écoles de quartier, pas attendre que la loi règle le problème.
    – encourager la mixité urbaine, voter pour des partis ou des gens qui prônent un habitat varié, la requalification des quartiers, mais nous-mêmes, commencer par choisir des quartiers « normaux » au lieu des lotissements 4 façades à la campagne.
    C’est le choix que j’ai fait: dans ma petite rue de Liège ville, il y a une famille turque, une marocaine, une italo-belge, une belgo-vietnamienne, une vraie liégeoise pure souche, mon couple wallon/wallon, … on s’échange pâté de lapin, spéculoos frais, vraie sauce bolognaise et feuilles de vignes farcies et on participe à la fête de fin de Ramadan – Mais épouses et filles savent qu’elles peuvent compter sur nous pour montrer l’exemple des couples égalitaires et de la liberté et éventuellement faire une remarque aux mâles si nécessaire. Et nous savons qu’on peut compter sur eux pour s’occuper de l’ancêtre qui ne voit plus grand monde, pour préparer un repas si on tombe malade. Bref, chacun donne le meilleur de sa culture et essaie de lutter contre ses défauts.

    Ouf! quel pensum pour un dimanche matin ! c’est un sujet tellement difficile, qu’il faudrait tellement nuancer que la vraie conversation orale serait sûrement plus utile. Mais …
    Merci de m’avoir lue, d’un oeil j’espère bienveillant 😉

  17. bono

    Senoriette et son salmigondis de propos islamophobes honteux, et ça s’occupe d’orientation, « l’égarée trisomique » n’en a pas même un échantillon sur elle !

    P.S : le clou du spectacle , c’est le propos qui fait du voile une métaphore du film porno, on sait pas si on doit en rire ou en pleurer…

  18. seniorette

    @Bono
    perspicacement lu, finement argumenté, conclusion dûment étayée, je suis époustouflée et mon bec définitivement cloué
    Bravo Bono !

  19. Francois

    Chère seniorette,

    Merci beaucoup pour votre commentaire long et détaillé. J’ai pris le temps de le lire attentivement (et avec un œil très bienveillant, rassurez-vous, j’apprécie énormément toute contribution au débat) et, de toute évidence, il réfère à votre réalité de terrain, ce dont je ne puis juger, n’ayant pas la même expérience.

    Si je me place sur un terrain macro, ou théorique, si je ne puis préjuger de la teneur de vos constats, je m’interroge en revanche sur les solutions que vous préconisez. Certaines sont tout à fait tangibles et acceptées pour telles, comme la formation des imams. En revanche, ce que vous prônez concrètement revient parfois à réduire la spécificité de la communauté musulmane, à la diluer dans nos institutions occidentales, au nom d’une vérité dont nous serions les uniques détenteurs et de valeurs républicaines dont je doute qu’elles fassent consensus.

    J’espère que ma réponse ne vous paraît pas d’une brièveté insatisfaisante, mais je vous remercie en tous cas vraiment pour les éclairages que vous amenez.

  20. bono

    Cette distribution des rôles indiquent la teneur de la vision du monde de la beaufette seniorette, et de son inconscient coloniale ! (mission civilisatrice, hiérarchie des « cultures » et tout le toutim du « casque blanc »…), jugez sur pièce :
    « Mais épouses et filles savent qu’elles peuvent compter sur nous pour montrer l’exemple des couples égalitaires et de la liberté et éventuellement faire une remarque aux mâles si nécessaire. Et nous savons qu’on peut compter sur eux pour s’occuper de l’ancêtre qui ne voit plus grand monde, pour préparer un repas si on tombe malade. » Chacun à sa place et l’Occident judéo-chrétien sera bien gardé…

  21. seniorette

    Désolé Bono, mon inconscient colonial te situe sans hésiter dans les descendants des Bonobos, sans doute, mais sûrement pas des plus évolués

    Désolée le modo, je croyais qu’on ne pouvait pas lancer des injures ad hominem, ici ad mulierem pour être plus précis. Je me mets donc au diapason de ce très grossier troll

  22. Ø

    Bonobo sait comment répartir les tâches de chaque citoyen avec justice : les femmes voilées à la maison, les hommes pour les surveiller.

  23. Francois

    Mes aïeux, que le débat sur les croyances peut être sensible, lorsque d’aucuns le disent pacifié depuis 1958! Je crois que je vais publier des articles sur cette question, mais plutôt sur la place des cultes dans la société et l’esprit de la laïcité.

  24. seniorette

    @françois: il ne s’agit pas que du domaine des croyances; tu obtiendras cela sur bien d’autres sujets.
    Comme le dit très bien Jacques Salomé « on ne peut raisonner quand cela résonne trop fort en nous ». Or bien souvent, les sujets des forums qui ont du succès sont précisément ceux qui résonnent fort chez ceux qui y participent, qu’ils touchent à la religion, la morale, l’éducation, la sexualité, bref ce qui fonde nos valeurs. La vrai démocratie, celle qui encourage non seulement une participation libre mais aussi équitable et juste, est donc celle qui balise l’expression, contrairement à ce qu’on pourrait croire.
    Sinon on retombe sur la loi du plus fort: celui qui crie le plus, celui qui jongle le mieux avec les outils intellectuels, celui qui manipule le plus finement, celui qui rejoint au plus près nos préjugés et nos représentations, c’est celui-là qui dominera le débat. pas le plus nuancé, ni le plus respectueux.
    Je cherche comment dire cela le plus précisément possible mais il y aurait un très beau sujet à creuser sur « Les forums, lieu de démocratie participative ou rendez-vous du populisme » en sachant, bien sûr, que l’alternative est par définition fausse. Merci, en tout cas, de chercher à préserver la sérénité et la réflexion sur ton forum.

  25. Francois

    @seniorette

    Personnellement, je ne vous rejoins absolument pas sur ce point. Au contraire, selon moi, l’essence de la démocratie est le conflit. L’importance est de laisser vacant un espace de débats et de conflits où chacun puisse trouver à s’exprimer.

    Qui déciderait quelles paroles brider? Selon quelles valeurs?

    Par exemple, un ostracisme médiatique par rapport à l’extrême droite ne conduit-il pas à renforcer la propagation de son idéologie? Si on contraire on pousse les tenants de ces thèses à affronter la pratique, l’argumentaire… leurs thèses ne tiennent pas la route et ils se décrédibilisent tous seuls.

    Maintenant, il faut faire attention à un certain poujadisme ou populisme, et c’est plus inquiétant quand des propos comme ceux du Vif émergent d’une institution supposée garantir un certain filtre, diffuser une certaine « vérité »…

  26. bono

    Cher François, vous ne croyez pas si bien dire car seniorette est précisément une compagnon de route l’extrême-droite… Elle n’en a pas tout à fait conscience, la bougresse, mais,sa rhétorique en atteste un « bonobo » c’est si près du « macaque »…Eh oui, l’histoire nous apprend que sous le « casque blanc » ont distingue toujours le casque à pointe !

  27. seniorette

    @françois
    « où chacun puisse s’exprimer » oui mais à armes égales ! « pour les petits, c’est la loi qui protège et la liberté qui opprime », ce que Marx a exprimé autrement en démontrant que le libéralisme, càd quand même l’idéologie qui donne bien la primauté à la liberté, était un puissant outil d’oppression, non ? la liberté ne sert à rien si on est démuni des outils pour s’en servir. Or la qualité de l’expression est prioritaire dans un espace où tout le monde peut prendre la parole.
    J’ai pas mal lu les différents forums suite à l’article du Vif mais aussi des forums français quand des aspects de l’islam sont critiqués, et j’y ai vu beaucoup de jeunes d’origine étrangère, qui manifestement n’ont pas l’assurance de Bono, se payer des vides terrifics, provoquant des réactions d’une ironie insultante, sur leur orthographe, leur syntaxe, la faiblesse de leurs arguments, la pauvreté du vocabulaire et j’en passe – le tout accentué bien sûr par la colère que ces jeunes éprouvaient et qu’ils ne parvenaient pas à cadrer dans un discours audible, faute de formation suffisante.
    Je ne plaide pas pour une censure, je dis simplement qu’on croit que donner la parole à tout le monde est le summum de la liberté d’expression alors que c’est un outil puissant de discrimination sociale.
    Ceci dit, j’arrête, car même sur les commentaires en direct du Soir, je n’ai jamais vu laisser passer autant d’injures que les éructations de Bono (heureusement que l’original ne le connait pas )
    Un petit recensement non exhaustif ?
    « beauf de seconde zone  » et « gens un peu limités « pour Raymond qui a d’ailleurs renoncé bien avant moi; personnellement, l’alcool et la télé ont bouffé mes neurones, je suis une égarée trisomique (tiens Timsit s’est pas fait condamné en justice pour ça ? ), une islamophobe, une crypto extrême droite, une beaufette à l’inconscient colonial, un peu lourd François, non ?
    ça apporte quoi au débat ? ça l’enrichit ? ça le nuance ? ça stimule l’argumentation ? ça alimente la réflexion ?
    Rien du tout ! Ca déforme le conflit, le simplifie, le caricature et donc seul résultat : figer les positions. Et surtout ça décourage de poursuivre. Le conflit est évidemment la base de la démocratie, pas les injures.
    Donc hasta la vista, je laisse à Bono le soin de me trouver une belle épitaphe (du moins s’il ne m’enferme pas direct dans le four crématoire), du genre « bon débarras, la microcéphale créature »

  28. bono

    Voilà que séniorette,la magnifique, cite Marx, à contre -emploi, il va sans dire….(pouf, pouf, pouf…)
    Et quelle se plaint de la libre expression de certains, tandis quelle la soutient, comme une seule femme, quand il s’agit de « casser du crouille » (de manière euphémisée, hypocrisie oblige!)… Comme tous les tartuffes de son acabit, sa sensibilité est à géométrie variable, elle est passée reine en bottage de touche et en noyade de poisson…

  29. Francois

    Hé bien, quel débat!

    Je concède que je suis un peu dépassé par la tournure qu’il a pris. C’est la première fois qu’un tel espace s’ouvre sur Périscope et c’est pour le moins… étonnant!

    À seniorette et bono, j’entends bien vos arguments respectifs, même si je dois reconnaître que l’on sort parfois du registre de l’argument pour se positionner dans celui des jugements de valeur.

    Je ne vais pas compter les points ou départager, en tous cas, j’observe d’un oeil attentif ce qui s’est joué dans ce débat et j’en tirerai l’expérience nécessaire pour un prochain débat.

    Dans l’immédiat, le moment me semble opportun pour déclarer le débat clos et, de ce fait, fermer les commentaires pour cet article. Merci pour votre participation!

  30. Ping : Joyeux Noël, bande de primates! | Périscope

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