Politiques de trophéïsation en Région wallonne

Ce billet est en forme de saute d’humeur (y lire une réalité beaucoup plus nuancée) à l’égard de l’échelle à laquelle sont entrepris des projets qui relèvent par essence d’une gestion locale et qui sont confisqués par les niveaux de pouvoir supérieurs. Il ne faut pas chercher loin pour donner une tonalité concrète à ces vagues propos : oui, je parle de cette propension des ministres wallons à se lancer à bride perdue dans une « chasse aux trophées » aussi dispendieuse que mal adaptée.

Sur le plan économique

En matière économique, himself rappelait récemment l’inanité des montants « investis » pour faire venir dans le Hainaut des entreprises qui ont la cote telles que Google ou Microsoft. Symboles d’un renouveau, c’est possible et c’est probablement l’effet recherché. Pour autant, ces investissements sont-ils un minimum durables et sécurisés ? Poser la question, c’est y répondre. Cette manne financière dévolue au Hainaut ne trouverait-elle pas une meilleure pérennité par des programmes locaux ancrés sur les très petites entreprises ou sur celles de taille moyenne ?

Bien sûr, me sera-t-il rétorqué à juste titre, il y a déjà pléthore d’antennes locales d’aide à l’emploi, de mise en couveuse, de centres de formation, etc. La superposition de ces multiples initiatives n’est pas non plus la garante d’une politique d’emploi cohérente et ordonnée, certes. Pas plus que la mise en vitrine d’un trophée aguicheur…

Sur le plan culturel

Ce que j’avance là est encore plus prégnant en matière culturelle. Comprenons-nous bien, il est évident que des projets ambitieux et de grande ampleur doivent être menés à une échelle communautaire et même fédérale. Encore faut-il que ces projets soient de qualité… A priori, l’idée saugrenue – et d’ailleurs écartée depuis lors – de faire un Guggenheim à Liège est un bon exemple de démesure mal placée. Et je ne parle même pas du projet MAMAC (remarquez la couleur du site), son remplaçant, voulu à tout prix par le Ministre et qui fait l’unanimité contre lui dans les milieux autorisés …

Et pour ne parler que de ce que je connais un peu, j’ai déjà dit ici ma façon de penser au sujet du Country Hall, lorsque le centre-ville est totalement dépourvu d’une salle de concert proportionnée à Liège, laquelle pourrait le cas échéant être polyvalente.

L’on sait très bien en vertu de quels critères sont alloués les subsides à la DG culture de la Communauté française. Le site internet donne le ton (ou plutôt… la couleur du site, encore). Quelques gros dossiers sont pré-sélectionnés en coulisses, les autres se partagent les miettes. De nouveau, ce n’est pas mieux au niveau local (et même pire par endroits). En revanche, en vertu de critères très peu transparents, l’essentiel des subsides est placé dans un nombre infime de mammouths culturels qui sont visibles et pour le grand public et… pour le Gouvernement. Tout en évitant le saupoudrage, il serait possible d’investir dans des projets locaux de qualité.

Sur le plan environnemental

Faut-il vraiment rappeler les ambitions ministérielles visant à apposer son nom sur la plaque d’inauguration de telle autoroute, tel centre commercial décentré ? Les enjeux locaux, communaux ou à l’échelle de la communauté urbaine, peinent à exister dans le cadre régional. Il n’est pas facile pour la commune de sortir de son ressort géographique étroit et de s’insérer au sein d’une Région où ne sont, à nouveau, soutenus que quelques grands projets d’infrastructure routière lorsqu’une multitude de petits aménagements concrets rendraient l’espace de mobilité mieux réparti et plus agréable (vivable) pour tous.

En bref, cela vaut ce que ça vaut, on peut trouver des tas de contre-exemples et ne pas souscrire à cette vision, mais dans l’ensemble je ressens souvent cette impression. L’impression de la préférence systématiquement accordée au mastodonte plutôt qu’aux petits, au visible plutôt qu’à l’épars, à l’emballage plus qu’au contenu.

C’est une histoire de tableau de chasse, de trophées à décrocher par tel Ministre, à ramener dans sa chaumière de préférence. C’est la parfois lassante histoire du Graal électoraal. C’est une histoire de proportions.

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