Archives mensuelles : juin 2008

Consultation populaire pour Liège 2015 !

C’est maintenant officiel : une campagne en vue d’organiser une consultation populaire sera lancée ce lundi prochain à Liège. Elle portera sur la question suivante :

Souhaitez-vous que la ville de Liège pose sa candidature au titre de capitale européenne de la culture en 2015 ?

Je me lance dans cette campagne fracassante avec Alain De Clerck et François Schreuer. Comme eux, j’estime que l’enjeu en vaut la chandelle, et je suis convaincu par la pertinence d’ébranler cette (lourde) machine démocratique (et procédurale).

Liège doit vibrer au son de la question culturelle. Un projet d’envergure et surtout – j’y insiste – fédérateur doit être entrepris en la matière. Pour le moment, nous ne sentons ni l’énergie ni la volonté de porter un tel projet au niveau des autorités communales et voilà pourquoi cette démarche prend tout son sens.

L’objectif : recueillir 19 000 signatures papiers de Liégeois favorables à l’organisation de cette consultation. Concrètement, un lancement en fanfare aura lieu lundi prochain, à l’ULg, salle Godefroid Kurth, dès 19h30. L’occasion de nourrir un débat sur la vision, l’envie, les énergies de tous les participants autour de la culture et de distribuer tout le matériel promotionnel (affiches, badges, flyers, t-shirts, autocollants, etc.).

Je peux annoncer un événement concocté par nos soins qui fera date. Cette soirée s’annonce grandiose ! Indice : ce sera la ruée vers l’or…

Voici le formulaire officiel, tel que délivré par le Secrétariat communal hier : imprimez-le, signez-le, diffusez-le auprès de vos amis liégeois, renvoyez-le, parlez-en, appropriez-vous la démarche, sautez dans le train démocratique ; il est lancé à grande vapeur !

Formulaire Ville de Liege

Qu’est-ce que la pauvreté ?

Au regard des derniers développements sur le pouvoir d’achat, une évidence vient à l’esprit : oui, la question de la précarité croissante se pose avec une acuité particulière ; non, le pouvoir d’achat n’est pas cette solution miracle qui réglera tous les problèmes, tout au plus une formule qui fait recette. En vérité, elle s’avère beaucoup trop réductrice et mal adaptée pour restituer le malaise des plus démunis.

Le débat sur le pouvoir d’achat

En fait, le pouvoir d’achat est dénoncé par d’aucuns comme s’apparentant à un pouvoir de consommer. Autrement dit, il ne peut se positionner – et n’entretient pas d’autre ambition – que sur un axe matériel. Finalement, c’est à cet axe que se réduit la bipolarisation de notre système politique que cherchent à entretenir les deux partis dominants, le MR et le PS.

Débat cantonné sur un axe matériel, donc. C’est en cela que le débat sur le pouvoir d’achat me semble tronqué. En réalité, je pense que la notion de « pouvoir d’achat » est extrêmement réductrice et qu’il faut chercher dans la multidimensionnalité de la pauvreté les motifs qui fondent le malaise exprimé par le prisme du pouvoir d’achat ; ces motifs pourtant ne peuvent être réduits à un quelconque pouvoir de consommer.

Une bonne définition de la pauvreté

Pour étayer cela, voici une des nombreuses définitions de la « pauvreté » qui me semble englober la plupart des aspects de cette réalité ; « La pauvreté est la condition dans laquelle se trouve un être humain qui est privé de manière durable ou chronique des ressources, des moyens, des choix, de la sécurité et du pouvoir nécessaires pour jouir d’un niveau de vie suffisant et d’autres droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux » [1].

La pauvreté devient extrême lorsque la précarité afférente à l’un ou plusieurs de ces domaines d’existence devient persistante et difficilement réversible. En outre, dans les textes tout au moins, cette conception de la pauvreté reflète l’’indivisibilité et l’’interdépendance de tous les droits de l’’homme.

Conformément à cette définition, le phénomène de la pauvreté, multidimensionnel, trouve en Belgique, et notamment en Région wallonne, des extensions beaucoup plus complexes que le « pouvoir d’achat ». En guise de ressources, il s’agit de réduire la problématique aux ressources matérielles : en matière de droits, il s’agit de limiter les atteintes aux droits économiques (quelle que soit l’ampleur de ces atteintes).

Domaines d’existence où sévit (potentiellement) la pauvreté

En circonscrivant les quelques éléments qui suivent au territoire de la Région wallonne, quelques réalités sont révélatrices d’une pauvreté qui, à défaut se s’accroître (?), reste préoccupante.

Première observation : l’accès au logement reste une difficulté majeure pour de nombreuses personnes, le marché locatif étant loin d’être suffisamment développé (et, à vrai dire, les conditions de location pour les propriétaires ont encore été durcies par la loi Onkelinx de 2007, ce qui n’arrange rien). C’est la principale priorité soulevée par le Plan d’Action National Inclusion 2006-2008 [2].

Bien entendu, seconde observation, l’accès à l’emploi pose problème également. En Région wallonne, le taux d’emploi peine à se relever. Or, l’emploi reste un levier important, voire prépondérant, de sortie de la pauvreté. Ainsi, si « seulement » 4,1 % des travailleurs courent un risque accru de pauvreté, les personnes sans emploi sont dans une situation nettement plus inquiétante : 27 % d’entre elles courent ce même risque [3]. Bien entendu, le « risque accru de pauvreté » repose sur un critère exclusivement matériel (se situer en dessous de 60 % du revenu médian) et tombe de ce fait dans le travers réducteur dénoncé ci-dessus.

Troisième observation : la qualité de l’enseignement semble se détériorer en Communauté française (et donc en Région wallonne), selon les rapports PISA [4]. Or, selon moi autant que l’emploi, la formation est plus que jamais une clé d’accès essentielle aux armes nécessaires pour faire sa place au sein de la société. L’éducation reste un vecteur privilégié pour éviter l’exclusion.

Quatrième observation, sans prétention à l’exhaustivité : citons encore l’accès au droit, qui pose problème. En Région wallonne, d’importants débats ont eu lieu sur l’inflation normative et la complexité du droit, auxquels j’ai eu l’opportunité d’être associé. J’y reviendrai dans une série dédiée à ce thème. Un droit trop complexe joue assurément en défaveur des plus démunis et se rend inaccessible en premier lieu aux personnes (citoyens et étrangers) qui n’ont pas les moyens (ni matériels ni intellectuels) de s’y forger un chemin.

Conclusion

Nous vivons dans un pays riche, très riche sur un plan mondial, dans une véritable abondance. Si les revenus ne sont pas toujours répartis également, en toute justice et équité, ce n’est selon moi qu’un aspect du problème plus vaste de la pauvreté. Cet aspect est dénoncé à haute et claire voix sous l’angle du pouvoir d’achat – parfois d’ailleurs par des classe-moyennards qui témoignent à l’occasion d’un manque flagrant d’humilité et de sens critique.

Il existe un problème préoccupant de pauvreté en Région wallonne ; de cela je suis persuadé. Ce problème est infiniment plus complexe et multidimensionnel que ce que laisse indiquer la seule revendication d’une augmentation du pouvoir d’achat. Il touche à tous les domaines fondateurs de l’existence : le logement, l’emploi, la formation, l’accès au droit, et bien d’autres aspects probablement.

La conclusion (provisoire) que je voudrais tirer au terme de ces lignes est que le pouvoir d’achat peine à restituer un semblant de réalité sociale, mais la vigueur avec laquelle de nombreuses voix le revendiquent fait peut-être écho à un malaise plus profond, plus diffus, bien plus complexe que ce que l’on veut bien (s’) avouer.

____________________________________________

A lire également : cet article de l’économiste de renom Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie), qui montre bien à mon sens certains paradoxes de la problématique du pouvoir d’achat.

[1] Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies, en 2001, E/C.12/2001/10, Annexe VII, § 8.

[2] PAN Inclusion 2006-2008.

[3] Quelques faits et chiffres, Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale.

[4] Accès aux résultats des enquêtes PISA (menées par l’OCDE).

Sur le populisme de Dedecker…

Je viens d’achever à l’instant la lecture de cette interview du « trublion » de la démocratie belge qu’on ne présente plus, Jean-Marie Dedecker. Celui-là même qui est taxé de « populisme de drrrrroite (entendez « très à droite ») » et conspué par bon nombres de confrères politiques.

Et pourtant…

dedecker

Et pourtant Dedecker a des côtés séduisants, il faut le dire. Sur son seul nom, on gratifie sa liste de 10 % d’intentions de vote ; cet argument n’est pas insignifiant à l’époque où de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer le respect de l’opinion publique irlandaise. Et puis, à l’instar d’un Alain Destexhe, c’est un franc-tireur ; il ne manie pas la langue de bois. 

 Pour clarifier le débat, je ne suis certainement pas en accord avec bon nombre de ses propos (loin, très loin de là), tels l’exclusion par principe des partis socialistes, ses détestables positions sur l’immigration ou encore sa préférence monomaniaque pour un système majoritaire. Cela dit, il a le mérite d’avoir une ligne politique claire, de tenir des propos cohérents et d’assumer son référentiel idéologique.

Et vient un moment dans un pays compliqué, trop compliqué, où la clarté se fait éloquence, où la simplicité parle aux égarés du dédale politico-institutionnel. A fortiori lorsque 5, voire 7 des 8 partis « démocratiques » (auto-proclamés, par exclusion des autres) sont mêlés directement à la gestion de la chose publique : le discours d’opposition touche forcément une corde sensible.

Bref, ces quelques digressions pour se mettre dans la peau d’un électeur de Dedecker et se dire que, franchement, ce derniers doivent avoir parfois l’impression de tenir une corde – fût-elle fragile, fût-elle gluante – pour sortir du marécage… 

« Le Microsoft de l’alimentation »

Très cher lecteur,

Peu de temps actuellement pour nourrir ce blog. Je me contente aujourd’hui de renvoyer à cette interview de Marie-Monique Robin, à qui l’on doit le film et le livre « Le Monde selon Monsanto« .

Ce que cette interview met remarquablement en lumière, c’est le manque de transparence du processus décisionnel en matière d’OGM, notamment l’opacité du fameux principe « d’équivalence en substance ».

Une idée de solution pour l’Europe

Série sur l’Europe, suite et fin. En discutant du « non » irlandais autour de moi, une idée a pris corps qui pourrait à mon humble avis permettre de réconcilier la voix des peuples avec un projet européen et les dirigeants.

J’ignore si cette proposition est originale ou éculée, il serait étonnant que personne n’en ait eu l’idée plus tôt (à vrai dire, je crois qu’il en avait été question au sujet de la Constitution européenne).

Quel est le plan ?

1. Redéfinir un texte et un projet pour l’Europe (ce que plus aucun gouvernement ne veut faire aujourd’hui).

2. Adopter une directive prévoyant que ce texte sera soumis au référendum dans tous les États membres, à charge pour ceux-ci d’adapter leurs législations nationales (exemple : en Belgique). J’ignore si la directive est la meilleurs technique juridique pour ce faire.

3. L’Europe entière est consultée par voie référendaire sur le projet de texte, simultanément, à l’occasion des élections européennes.

Inconvénients

D’abord, la nouvelle équipe en place après les élections doit tenir compte d’un projet qui lui est antérieur. Cela dit, il me semble que les énormes bouleversements électoraux sont si rares (sur un plan européen) qu’ils permettent stabilité et continuité.

Ensuite, comme je l’ai dit, plus personne ne veut négocier et certains États bloquent actuellement la possibilité même de certaines politiques européennes.

Enfin, tout ce processus prendrait du temps, beaucoup de temps, trop de temps (j’imagine déjà les débats stériles sur la possibilité d’un référendum en Belgique…).

Avantages

À mon sens, le fait d’avoir rendez-vous avec l’opinion publique stimulerait les ambitions d’un projet qui pourrait se laisser un peu plus aller à une vision commune, au delà de l’agrégation des vues nationales.

Précisément, ce serait bien ici le pouls européen qui serait palpé, ce qui est à la fois plus transparent et plus démocratique que la situation actuelle où une majorité d’État ratifient le texte dans une relative opacité et où une minorité d’État dont le peuple s’exprime directement le rejettent.

En outre, l’avantage majeur consiste en l’impossibilité d’instrumentaliser le texte. En liant ce texte aux élections nationales, on en fait un enjeu partagé par tous, plutôt qu’un levier politique dont se sert l’opposition pour déstabiliser le pouvoir en place.

En effet, on imagine mal les candidats sur les listes européennes, qui tous briguent un mandat à ce niveau, tirer à feu continu sur l’Europe.

Pour une analyse plus fine, plus complète et mieux informée, voyez les Coulisses de Bruxelles.

L’Europe de Bronislaw Geremek

Piqué sur le blog de Pierre Catalan

Quelle profondeur de vues, mes aïeux ! Pour ce qui concerne les jeunes et les programmes d’échange, même si le propos est maladroit (« Le citoyen européen aurait le sentiment que l’Union européenne pense à son avenir »), il y a là une si belle opportunité de faire vivre le projet européen au plus grand nombre !

L’Europe est-elle en crise ?

Comme je le mentionne dans mon article précédent, deux motifs sont à l’origine du « non » irlandais au Traité de Lisbonne.

D’une part, les eurocrates ont eu le tort de chercher à passer outre les « non » français et hollandais, sans tenir compte le moins du monde du malaise qui était exprimé en ces occasions, fût-ce de manière maladroite. En cherchant à imposer Lisbonne par la force, ils ont accrédité la thèse du viol de la volonté populaire et contribué à reproduire, à l’identique, le schéma ayant conduit au « non » français.

D’autre part, l’opposition hétéroclite fédérée par le camp du « non » a incontestablement instrumentalisé, au moins en partie, la campagne référendaire. Trop souvent, les simplismes et amalgames ont rythmé la campagne, conduisant au rejet d’un texte qui, selon moi, se serait avéré bénéfique à l’UE.

Qui va ramasser les miettes ?

Passons : le mal est fait. Qui va s’occuper maintenant de réparer les dégâts ?

Le Traité de Lisbonne était promu sous le vocable de « Traité simplifié« , par le Président français Nicolas Sarkozy. Ce dernier s’est d’ailleurs amplement auto-félicité de la grande réussite politique qu’incarnait ce texte. Or, hasard du calendrier, la France s’apprête à prendre la Présidence de l’Union. Le menu annoncé était plus que copieux, touchant aux matières sociales, fiscales ou environnementales.

Aujourd’hui, les analystes concordent pour signaler logiquement un bouleversement de l’agenda politique de la présidence française. La priorité sera de veiller à l’adoption d’un Traité fondateur pour l’Union européenne.

Quel est le scénario le plus plausible ?

Le scénario le plus plausible est que la présidence française se borne à enfoncer le clou et à faire passer le Traité en force, moyennant quelques menues compensations, le Traité de Lisbonne. Cela suppose que le Traité soit ratifié là où ce n’est pas encore fait, Royaume-Uni en tête (ils ont l’air en passe de le faire).

Les résultats ? Les institutions européennes, convaincues de leur bon droit, se féliciteront d’avoir débloqué la crise européenne. Et pourtant, la crise sera toujours là car rien n’aura été fait pour réconcilier l’UE avec la voix des peuples. Français, Néerlandais et Irlandais ont avant tout exprimé un malaise en rejetant ces textes ; selon moi, le Traité n’est qu’un élément accessoire du « non » prononcé.

Le projet européen ne peut faire l’économie du soutien populaire, doit se réinventer et avoir le courage et l’honnêteté de s’amender dans un souci de répondre aux rejets manifestés. Sans quoi le fossé continuera de s’élargir entre l’UE et ses diverses populations.

Je reviendrai sous peu avec une idée pour que l’Europe, demain, ne rate pas son rendez-vous avec elle-même (rien que ça! :-).